(Sur) exposition

Samedi dernier, à la Fête du Livre de Bron, était organisée une rencontre vaguement baroque à priori, celle de Virginie Despentes (mon idole de 20 ans, comme tout à chacun sait) & Edouard Louis, petit génie révélé par son 1er roman « En finir avec Eddie Bellegueule », où il dépeint sa condition de fils de prolo du chnord cherchant à échapper à sa condition sociale. Le dialogue devait initialement porter sur vérité et fiction, mais leur échange a largement dépassé ce seul cadre, et a été très vite emporté par l’intelligence assez folle d’Edouard Louis. Ce n’est pas souvent que cela se produit, mais il est assez impressionnant (et rare) de voir l’intelligence, fulgurante et brute, sortir ainsi de la bouche de ce grand rouquin encore tout jeune.

Afficher l'image d'origine

(D’aucun disent qu’il ressemble vaguement à l’Epoux, spa faux.)

Au fil de la discussion, Edouard Louis est revenu sur son histoire, et la souffrance qui a été la sienne et celle de ses proches, notamment quand des équipes de journalistes ont décidé de vérifier via une enquête ce qui relevait de la fiction et de la vérité dans son 1er roman. Il était sans doute naif de sa part de croire que cette intrusion n’aurait pas lieu, mais on sentait la blessure encore fraîche. C’était assez paradoxal et surprenant, lors des séances de questions / réponses avec la salle, de voir sa mine déconfite lorsque les gens, sous prétexte de témoigner de leur émotion et de leur empathie, se lançaient dans des séquences assez déplacées de psy de comptoir sur ce qu’il était, profondément.

Cette posture délicate m’a ramenée (en toute modestie) à ma relation au présent blog. Bloguer, et surtout bloguer (marche avec twitter et autres RS) sur sa vie, son quotidien, ses malheurs, ses réussies, c’est s’exposer au regard et surtout au jugement d’autrui. Combien de fois, certains ont cru au travers de la seule lecture du blog, se persuader de mes traits de caractère essentiels, et pouvoir décréter, au hasard « que tout va bien dans la ta vie » puisque le blog laisse transparaître une tranche de vie joyeuse et légère. Alors, c’est sur, mes choix « éditoriaux’ penchent en faveur de l’exposition du cool et du chouette. Pour autant, comment peut on s’imaginer que l’anecdotique / le guilleret que je choisis de révéler est représentatif de l’ensemble de mon quotidien, de ma vie ? C’est comme, par exemple, les réactions hébétées, où tout le monde s’extasie sur les photos de mes enfants, qui certes sont très beaux (normal avec le capital génétique dont ils peuvent se targuer), mais sont aussi casses burnes qu’ils sont beaux. C’est dire s’ils sont relous …..

Aussi, j’ai eu cette bouffée d’orgueil de croire partager un point commun avec Edouard Louis, l’être supérieur, cette légère ambivalence entre le choix, assumé certes, de se donner à voir, et l’agacement, parfois visible, de se rendre compte que l’on est un cliché ambulant au mieux, ou qu’au pire les gens ont des clefs de lecture sur votre vie et votre psyché, pour lesquelles vous n’avez pas de réciproque.

Je me raconte beaucoup, mais vous, qui me lisez et croyez me connaître, je ne sais rien de vous.

Pour autant, je reste attachée, ici, à ma part d’extimité. Assumée.

Un jour sur deux.

Revue (positiviste) de 2015

Il y a quelques jours, circulait sur Twitter une proposition positiviste dont je me suis d’abord moqué (je suis française = je suis moqueuse), et qui appelait, en gros, à arrêter de ronchonner sur « 2015, année de merde », même si cela est indéniable, 2015 fut assez daubique.

Le 7 janvier 2015, j’avais fait cette photo, alors que j’étais dans le métro à Paris, car j’avais voulu me souvenir de cette sidération face à l’absurde et à la violence de l’attentat contre Charlie Hebdo.

7 janvier 2015 #CharlieHebdo :'(

L’idée était de célébrer le verre à moitie plein, ainsi que les « réalisations » qui nous ont accompli, nous ont fait grandir, jouir, rire, rayez les mentions inutiles.

Alors je me suis prêtée à l’exercice, avec le support logistique de mon réseau social favori, instagram <3

En 2015, il y a eu de chouettes choses qui se sont produites.

  • Les enfants ont grandi

Certes, cela risque d’être une constante, cependant il est des années où le constat est un peu plus vivace que d’autres. Clairement, aujourd’hui, en 2016, je n’ai plus de bébé. Je dis ça sans acrimonie ni amertume (car j’ai longtemps caressé l’idée d’un 3ème enfant), car nous sommes passés à autre chose. Une chose ma foi assez prenante, la vie avec les Taz, sacré paire d’emmerdeurs qui ne manquent ni d’énergie, ni de bagout, ni de sens de la connerie, mais qui présentent l’immense avantage d’être à notre image (ce qui nous rend nécessairement plus indulgents) et très attachants.

Paye ta Pinata Pokémon (big up & tribute à @tsunami_parker !) #8ans

Une journée seule avec les taz. Je pense me coucher à 19h45 :B #faitesdesgosses

Surtout, on rentre dans une phase un tout petit plus confortable en termes de parentalité, grâce à une autonomie grandissante (comprendre = ils se lèvent seuls le matin, sans te réveiller, pourvu qu’ils réussissent à choper un ipad pour jouer à zombies vs plantes), et une capacité confirmée à tenir une conversation cohérente ( mêmes si encore souvent traversée par des fulgurances de moindre intérêt du type pipi / caca / prout / zizi.

Dernière soirée belleiloise !

Après 3 semaines de séparation la dauphine est en mode ventouse (je boude pas mon plaisir) (Vous avez échappé au side boobs ...)

Les taz chez tété #faitesdesgosses #lyon7

  • On a ri, entre amis (et on a pleuré un peu, aussi)

Avoir des enfants te fait prendre souvent lourdement conscience de ta vieillitude, et de ta finitude. Si tu es quelqu’un d’à peu près équilibré, tu n’en tires pas d’angoisse, au contraire, ce marqueur là te rappelle à l’essentiel, et te met en perspective, dans ta lignée au sens biologique, et pour moi cette continuité est apaisante. Par contre, quand avec ta bande de (vieux) potes, tu commences à partager des souvenirs qui ont entre 15 et 20 ans d’âge, la pente vers le club des vieux cons est clairement attaquée. Même si globalement, on l’assume bien la pente.

Les six grâces (à peu près :)) #combloux

La reine et ses sujets <3 #faitesdesgosses Cc @instagramarjo @sebastr74

Le EYC (Enlarge Your Circle) se réunit toujours à intervalles … espacés (sans doute les Doodle les plus laborieux de l’espace européen).

Dernières retrouvailles en 2015 pour la #teameyc au complet ??????

En 2015, on aura aussi fêté (dignement), les 100 ans de notre fratrie (37 + 32 + 31), et on a été assez contents de ce chiffre bien rond.

Nous c'était les 3 petits cochons \o/ #lejubilédelafratrie

Y’a aussi eu, en vrac, pas mal de passages du cap terrible (les 40), et un mariage, et ça, c’est de plus en plus rare au fil des années.

Shooting #bruxelles #evjf#bruxelles dernière #evjf

Les mariés & Vic #yayasemarie

Même avec le travail (et surtout les quelques bonnes âmes qui surnagent encore), on a réussi à avoir quelques poilades.

Les brunes comptent pas pour des prunes #apeupres

  • J’ai accompli un vieux rêve, celui de me faire tatouer.

En fait, j’ai commencé, le 30 décembre 2014, avec un petit truc qui me tenait à coeur, « Ainsi soit elle », sur l’intérieur du bras droit. Hommage à Benoîte Groult, à mes convictions féministes, à la Reine Mère (qui m’a fait connaître Groult et a posé les bases fondatrices des dites convictions, comme je l’ai raconté récemment chez Crèpe Georgette.

Le 2ème tatouage, entamé le 30 décembre 2015, a une visée plus « ornementale », mais je l’aimeuh aussi beaucoup. Il paraît qu’ensuite on ne s’arrête plus … Il paraît.

Voilà le travail avant de remballer dans le cellophane. Plus les heures passent plus je l'aimeuh #tatoo

Et voilà le petit 2eme fait par @alysondachertattoo (il manque le remplissage mais c'est déjà très cool <3 ) #tatouage

  • J’ai gardé une vie culturelle de haut niveau, exigeante.

Dirty Dancing.

On y est \o/ #DirtyDancing

Elmer Food Beat.

Le burlesque.

Soirée #burlesque #Lyon7l

Et les festivals d’été, Fourvière, et Rock en Seine.

Bête de scène #Fourviere

Etienne 4 ever <3 #RES15

Merci FFS <3 #RES15

  • On a fait quelques balades

En Toscane.

Lucca vue de la tour de l'horloge #Toscane

La tour ! (De Pise) #Toscane

Ponte Vecchio, Florence #Toscane

A Belle Ile en Mer.

Couche de soleil sur les aiguilles de Port Coton <3 #belleile #sansfiltre

A Amsterdam.

Canaux #Amsterdam

Quand tu voyages, il est difficile de faire la part des choses parfois entre la correspondance aux clichés de ta destination et ta propre attention + ou - consciente à chercher des correspondances entre ce que tu découvres et l'image que tu en avais a priori. (J'ai perdu tout le monde là ?) #Amsterdam

J'ai enfin eu l'opportunité de voir de mes yeux des filles danser totalement à oualpé, écrasant leur fessier sur des visages de messieurs ravis et rougeauds, ou tendant leurs seins pour se les faire malaxer violemment. J'étais la seule femme parmi la clientèle, je me suis pas sentie très bien accueillie par la horde de consommateurs en rut (et qui devaient se demander pq j'étais habillée). Mais je m'en cogne, je m'en suis plein les mirettes <3 #Amsterdam

Encore un petit canal sans filtre, pour la route ? #Amsterdam

 

Bref, 2015, on te laisse, sans regret, mais on a vécu et survécu.

Prenez soin de vous les vilains <3

Très belle année 2016 à tous et toutes ! Joies bonheur et prospérité <3

I wish U

Il y aurait moult choses à raconter en cette fin d’année 2015, année assez pourrie somme toute, tout le monde s’accorde à le penser.

Mais parce qu’il faut toujours voir le verre à moitié plein, souhaitons nous de bien la finir, cette anus horribilis, et de démarrer 2016 sous de meilleurs auspices, plutôt que de gratter les plaies encore vives de 2015.

Pour la peine je vous colle les  Miss en Mère Noel cul nu, avec la cousine Léa (cousine de l’Epoux, et représentante de la Région Bretagne au concours de Miss France samedi dernier) au 1er plan, 3ème en partant de la droite, qui a été tout à fait honorable dans ce concours assez ringard. L’avantage c’est qu’on va pouvoir lui ressortir un certain nombre de clichés pas piqués des hannetons, pendant un nombre considérable d’années : )

bikini-noel-1226ff-0@1x

Des baisers les vilains et vilaines <3

Quand la musique est bonne

Vendredi 13 novembre 2015, en fin d’après-midi, j’évoquais avec une certaine allégresse la grappe de concerts qui devaient s’aligner dans un court horizon, pour mes proches et moi.

Au programme :

  • Coeur de Pirate, que je me réjouissais de voir pour la 3ème fois, accompagnée vaillamment de l’Epoux, qui se « sacrifie » à chaque fois (2h à reluquer des minettes à peine pubères, ni vu ni connu, ça ne se refuse pas),
  • Years & Years, que j’avais découvert à Rock en Seine, et que j’avais ardemment envie de revoir, sur lequel j’avais envie de danser,
  • Foo Fighters, Kadavar …

Je ne suis pas *vraiment* une grande connaisseuse et amatrice de musique (globalement, parce que j’aime et j’écoute bien de trop de daube, nous le savons tous). Mais j’ai découvert, sur le tard (il y a une dizaine d’années, j’avais déjà passé les 25 balais, ça fait déjà tard pour faire la groupie), la musique live, en festival et en concert de manière générale. Mon « dépucelage » festivalier fut breton ET mémorable. C’était en 2006, je voulais voir Elmer Food Beat, ils furent remplacés par Dick Rivers, on en rigole encore. Depuis, j’ai récidivé, à maintes reprises, plutôt en mode embourgeoisé, avec Fourvière et Rock en Seine essentiellement. J’aime les concerts (et ce malgré mon agoraphobie), la musique en vrai, avec du poil et de la sueur, l’énergie qu’elle dégage, cette pulsion de vie, ce souffle collectif qui embarque tout et tout le monde un court moment. Je suis toujours un poil désappointée par les concerts assis (généralement, d’ailleurs, je m’y endors paisiblement). J’ai des souvenirs très précis de concerts qui m’ont particulièrement touchée, où certains morceaux m’ont tiré des larmes, d’autres où je me suis égosillée à accompagner les paroles qui me galvanisaient (au désespoir de mes compagnons d’infortune), et ceux sur lesquels j’ai dansé à corps perdu. Un seul artiste me permet de combiner ces 3 états dans un même concert, Etienne <3 Daho.

Je comprends bien la volonté des terroristes en attaquant vendredi, entre autres, le Bataclan, repère et concentration des « abominables pervertis » comme ils l’ont énoncé dans un communiqué que je ne veux pas reproduire ici. Je ne connais que peu de lieux où la pulsion de vie est aussi forte et belle que dans un concert. Les concerts sont aussi souvent et beaucoup le rassemblement de la jeunesse, je suis la première à m’en plaindre, puisqu’au fil des années, j’ai de plus en plus le sentiment d’y être un brontosaure venant m’alimenter à une source qui n’est plus de mon âge ! Ce fut un crève coeur, tout au long du WE, de découvrir les portraits de ceux qui sont tombés sous les balles, la jeunesse fauchée à son zénith. S’il n’était pas difficile, même loin du champ des événements qui se sont déroulés vendredi, de toucher du doigt l’ampleur du drame, on a tous encaissé la violence crue et obscène de la symbolique de ces vies, jeunes et festives, fauchées dans une rafale de fusils automatiques, de manière aléatoire et erratique, au nom d’un Dieu dont ils ne respectent pas le premier des principes (le respect de la vie, bordel).

Nous, pauvres ères  de 2015, savons désormais à quoi nous en tenir (ça faisait quelques années que ça couvait, tu me diras). La guerre n’est plus l’affaire des professionnels de celle-ci, des soldats équipés et armés, qui s’affrontent sur un terrain bien délimité. Elle est là, dans nos villes, dans nos rues, et frappe, au hasard le plus souvent, en essayant si possible de marquer les esprits par quelques symboles faciles (j’ai quand même lu qu’au moment de l’irruption des terroristes dans le Bataclan, Eagles of Death Metal interprétaient « Kiss the devil« , et CA, C’ETAIT PAS LE HASARD). Comme je l’expliquais aux Taz, mes enfants de 4 et 8 ans (autre moment simple et funky du WE), d’une il n’y avait pas grand chose à faire (mon fatalisme oriental), et de deux ça ne servait à rien d’avoir peur. Car tant que des imbéciles dociles et peu instruits seraient prêts à sacrifier leur vie pour mettre fin à celle d’autres personnes, nous ne serions à l’abri de rien (oui, je les ai bien rassurés, mais vous pouvez des trucs un peu plus pédagogiques ici, par exemple). Qu’il fallait être attentifs, prudents, certes, mais ne pas s’empêcher de vivre, surtout pas, car c’était exactement ce qu’ils attendaient de provoquer comme réaction. Et surtout, SURTOUT, que 99,99 % de l’humanité n’allait pas se laisser dicter sa conduite, son mode de vie, bordel de couille, par 0,01 % d’illuminés, fanatiques, et autres produits dégénérés de nos sociétés contemporaines.

C’est à ce titre que j’ai caressé le secret espoir que l’on relève la tête collectivement, vite fait bien fait, et que nous remplissions gaiement et à toute vitesse les salles de concert de France et de Navarre.

Las, tout est annulé jusque nouvel ordre. Et on ne peut qu’assister, dépités et impuissants, au bal des politicards, avides de récupération (Laurent W. spéciale dédicace, va te faire cuire le cul, avec des lentilles du Puy si nécesaire). Je n’ai pas gloussé comme une ado attardée devant Coeur de Pirate, et je n’agiterais pas demain mon postérieur de mère de famille indigne devant Years & Years. Soit.

A charge de revanche, bande de connards.

PS : ami amateur de bonne musique, tu remarqueras que dans ce modeste article j’ai réussi à caser :

  • JJ Goldman, dans le titre,
  • Beatrice Coeur de Pirate, qui je l’espère reprogrammera sa date lyonnaise,
  • Years & Years, pareil,
  • Foo Fighters, idem,
  • Elmer Food Beat & Etienne Daho, mes idoles vivantes,
  • Dick Rivers, pour qui j’ai le plus grand respect,
  • Eagles of Death Metal, c’était la moindre des choses,
  • Alliance Ethnik, et ça c’est c’est balèze

(La fierté, un peu.)

Le féminisme à ma main

En ce jour (tout à fait ordinaire) où j’ai encore eu à subir un grand moment de misogynie en milieu professionnel (méga surprise), je me suis dit qu’il serait de bon aloi de relayer ici ce que j’ai dit ailleurs (solution de grosse feignasse, j’en conviens volontiers).

Aussi foncez chez Valérie lire mon interview féministe, c’est la #25, et elle présente l’avantage non négligeable de reprendre à peu près tous les thèmes qui me passionnent s’agissant du sujet.

(Je vois que les commentaires sur son blog sont fermés, donc viendez si vous le souhaitez échanger ici, ou sur mon Twitter.)

La démarche de Valérie est méritoire, car elle vise à montrer les différents visages du féminisme au travers de portraits de « pratiquantes » ou militantes de la cause. C’est ce qui fait la richesse, mais sans doute aussi la faiblesse du féminisme, cette capacité à accueillir et faire  cohabiter différentes mouvances au sein d’un même groupe. Si les différentes branches du féminisme ne finissent pas par se cannibaliser entre elles, on peut espérer que le « but ultime » (l’égalité hommes femmes) soit atteint de notre vivant. (Mais y’a du TAFF camarades.)

On est encore verts, et on bande encore (à peu près)

J’ai hésité, je me suis dit initialement que mon avis sur Rock en Seine cuvée 2015, tout le monde s’en cogne (ce qui est largement admissible au regard de mon ignorance crasse). Mais j’ai vu que je l’avais fait en 2009 et 2010 (comme quoi, des fois je fais moins ma timide), et qu’en fait c’est cool d’avoir des traces de ces festivals, où finalement tu ressors avec une tête farcie de groupes qui s’entrechoquent (même sans lien direct avec l’absorption excessive de pintes de guinness), et tu as du mal ensuite à te rappeler tes coups de coeur.

5 ans donc en fait que je n’avais pas remis les pieds à RES, comme disent les affranchis. J’avais décrété que j’étais trop vieille pour ces conneries (au moment où j’écris ces lignes, force est de constater que mon dos crie misère, mon foie au secours, et mes doigts de pieds adieu). Cette année, au bénéfice d’une ou deux têtes d’affiches (ETIENNE DAHO …. et ETIENNE DAHO), j’ai décidé d’accompagner l’Epoux, histoire de reprendre goût aux allées mi poussiéreuses mi boueuses du Parc de Saint Cloud.

On y a retrouvé la vieille garde constituée par l’ami Antoine (Dubuc), et le chapelet des copains, connaissances et twittos divers et variés, qu’on réussissait à débusquer au détour d’un platane (ou pas).

 

Merci FFS <3 #RES15

A photo posted by _SasaT_ (@_sasat_) on

Vieux blogueurs encore verts @dubuc #RES15

A photo posted by _SasaT_ (@_sasat_) on

Festivaliers – jour 3 #RES15

A photo posted by _SasaT_ (@_sasat_) on

Depuis 5 ans, pas de grandes révolutions, en dehors d’un changement d’orientation de la scène de l’Industrie, et un système fort commode de paiement mobile, histoire d’écluser encore + de bières à 8€ (le vrai scandale de ce festival, définitivement). Et il est toujours aussi fatigant d’arpenter le site pour assister aux différents sets. Sur une journée moyenne (de 15h à minuit) mon podomètre m’indiquait plus de 8km de marche …

Alors, petit résumé de (mes) faits marquants 2015. Jour par jour.

Jour 1

J’ai voulu démarrer en douceur, avec Benjamin Clementine. Las, mes camarades ont jugé cela un peu dépressif et mou du genou pour un démarrage, du coup on a rapidement migré vers la Grande Scène où officiaient un duo de guitaristes mexicains, Rodrigo y Gabriela, qui ont mis une grosse ambiance. C’était la 1ère fois que je les voyais, impressionnant et entraînant.

Benjamin Clementine (que tout le monde a trouvé boring, sauf moi) #RES15

A photo posted by _SasaT_ (@_sasat_) on

Ensuite, on a enchaîné avec un des meilleurs concerts des 3 jours pour moi, FFS, qui ont clairement mis le feu à la Scène de la Cascade. Gros respect pour les membres des Sparks en particulier, qui te donnent une bonne leçon de jeunesse.

FFS meilleur concert de cette 1ère journée #RES15 #monanalyse

A photo posted by _SasaT_ (@_sasat_) on

Pendant que les velus allaient voir Offspring (que j’avais déjà vu à RES, et qui apparemment a tout refait pareil), je suis allée à la rencontre de Miossec, que j’écoute dévotement depuis 15 ans, mais que je n’avais jamais vu sur scène. Horreur, malheur. Non seulement Miossec est très fatigué physiquement (on dirait un vieux cure dent mâchonné) mais en plus la gestion des scènes (il passait donc en même temps que Offspring) était calamiteuse, et les punks à skate (comme il les a fielleusement appelé) couvraient son set. La cata. On est restés (les fidèles et les bretons) à l’encourager, jusqu’au bout, mais c’était un crève coeur.

Heureusement, la soirée s’est terminée en beauté, avec Fauve <3 qui était comme d’habitude, emportés, dans le feu et la fougue. Définitivement fan (je vous entends vous moquer, au fond.)

Jour 2

La 2ème journée était celle qui comptait puisque c’était celle de DAHO.

Mais il y a eu d’autres chouettes moments. On a commencé avec Balthazar, pas inoubliable mais bien dansant.

Comme son nom l'indique #RES15

A photo posted by _SasaT_ (@_sasat_) on

Ensuite, on hésitait entre plusieurs options, faute d’avoir des chouchous et c’est un peu au hasard qu’on est tombés sur Marina and the Diamonds, dont je suis tombée amoureuse. Elle portait une improbable tenue ultra moulante, zébré et rose, ainsi que des chaussures à plates formes roses fluo, tout ça étant du meilleur effet, sur une voix assez solide. J’ai adoré !

Marina (& the diamonds) mi Kate Perry mi Jem & the holograms <3 #RES15

A photo posted by _SasaT_ (@_sasat_) on

Après quoi nous avons assisté au concert de Years & Years, avec là aussi un rythme très soutenu, bien dansant, tellement dansant que je croyais que le chanteur était de sexe féminin 😉 (oui je sais les gars savent parfois danser, mais ne confondons pas une vague ondulation du bassin pour suivre le rythme, et danser, en utilisant toutes les parties de son corps.)

Le clou pour moi était naturellement Etienne Daho, pro mais assurant le main stream plutôt que le fan club (que des tubes pour contenter le public de festival), même si sans doute ému car c’était la dernière date de sa tournée. Il a joué « Soleil noir », c’était donc une bonne soirée !

Etienne 4 ever <3 #RES15

A photo posted by _SasaT_ (@_sasat_) on

Pour le reste de la soirée, rien de foufou, à part peut être Gramatik et Shamir, qui étaient bien dansants aussi (critère très important en festival, car on adore se dandiner d’un pied sur l’autre d’un air entendu).

Jour 3. 

Le 3ème jour est généralement le plus chargé en termes de têtes d’affiches, et celui où toi, vieux festivalier de + de 35 ans, tu commences à accuser le coup. Le soleil, la poussière, la fatigue qui s’accumule dans le dos et les pieds, toutes ces bières, saucisses et frites qui finissent de t’alourdir la bouée ventrale, tu es au top de ta forme et de ton sex appeal. Sans compter que là il faisait assez chaud, donc tu es gras ET collant, ascendant moite.

L’Epoux a voulu m’enjailler avec du gros son à mon arrivée sur le site, avec Fuzz, autant te dire qu’en 3 chansons j’ai décroché.

Fuzz. Du bruit. Des tenues aux goûts douteux. Beaucoup de cheveux qui s'agitent #RES15 #monanalyse

A photo posted by _SasaT_ (@_sasat_) on

Je me suis donc concentrée à optimiser mes trajets, histoire de tenir le coup jusqu’à la fin. Comment faire des lignes les plus droites possibles en faisant des arrêts stratégiques : bière (10 min d’attente), WC pour filles (15 min d’attente), saucisses (8 min d’attente), c’est tout un art pour pas rater un début de set, tout en ayant une bonne gâche. La définition de la bonne gâche étant variable d’un festivalier à l’autre. Pour ma part c’est : sur un côté de la scène et avec de la place, car 1/ j’aime danser 2/ je suis agoraphobe, et je ne supporte pas d’être plaquée contre d’autres personnes. Surtout si les dites personnes ont à peine 18 ans, sont torse nu et toutes transpirantes, et rendues très affectueuses (et bruyantes) par l’alcool.

(Je ne connais rien de pire qu’un ado suintant de transpiration et d’alcool qui se colle contre toi pendant un concert.)

Cette dernière journée, j’ai donc surtout découvert des artistes que je ne connaissais pas en  live. En dehors de Hot Chip, qui était impeccable sur la grande scène, et que j’avais en toute petite configuration, aux Nuits Sonores, il y a quelques années.

Hot Chip <3 #RES15

A photo posted by _SasaT_ (@_sasat_) on

Tame Impala, bien plus écoutable en live que les quelques morceaux passés sur Spotify, et sur lesquels je m’étais endormi.

Tame Impala #RES15

A video posted by _SasaT_ (@_sasat_) on

Alt J très chouette, mais rendu compliqué matériellement par la foule des fans qui me pressait de partout (j’ai tenu 20 minutes).

Alt-J. Mon agoraphobie & moi avons tenu 20 minutes #RES15

A photo posted by _SasaT_ (@_sasat_) on

J’ai fini avec Run the Jewels, mais de loin, rapport là aussi à l’excitation des premiers rangs.

En conclusion, une bonne cuvée pour moi, la satisfaction d’avoir tenu les 3 jours sans collapser, en  dehors de 2 ou 3 coups de speed lors de concerts très chargés (mais ça c’est lié à mon agoraphobie), et d’avoir vécu quelques moments de solitude, quand j’avais plus de batterie dans mon téléphone et perdu tous mes camarades festivaliers (va trouver des potes dans une foule de 40.000 pékins).

Mon top 5 :

  1. Etienne Daho
  2. FFS
  3. Fauve
  4. Marina and the Diamonds
  5. Years & Years

La playlist de RES 2015 est écoutable sur Spotify.

La robe bleue

Il y a quelques semaines, j’ai procédé au tri bi annuel de ma garde robe, cet antre de 9 m² vaguement partagé avec l’Epoux, et dont j’élague les branches mortes régulièrement (comprendre : virer les fringues dans lesquelles je ne rentre plus, où dont je me suis lassée, le cas 1 étant tout aussi courant que le cas 2, si si).

En dehors de me permettre de réaliser que je me lasse vite de mes nippes, ça me donner l’occasion de faire remonter au 1er plan quelques pièces oubliées. Cette fois, je suis tombée sur une robe bleue, dont j’avais fait l’acquisition pour un mariage, en 2009. Le genre d’achat un peu dispendieux, évidemment fait hors soldes (maudissons les mariages au mois de juin), mais qui fait copieusement baver toute gonzesse vaguement intéressée par la mode. J’ai donc cassé ma tirelire (+ de 400€ de mémoire, soit facilement le double du budget que j’avais coutume de mettre pour une robe) pour cette beauté en soie de chez ZAPA, dont je savais qu’elle avait avoir un effet boeuf. Ce fut le cas, puisque plusieurs minettes me demandèrent les références de la dite robe pendant l’apéro suivant la cérémonie.

(Pour l’anecdote, j’ai eu la présence d’esprit de me changer pour la soirée, ce qui a sans doute sauvé la robe, puisque je me suis ensuite exercée à mon sport favori lors de n’importe quel mariage : boire trop et vomir beaucoup.

(Je suis allée repêcher cette photo sur FB, et je sais, j’ai l’air d’un sacré loukoum à côté des autres minettes). 
bleue2009ter

Et puis la robe est partie chez le teinturier, avant de ressortir pour un 2d mariage (oui, on A LE DROIT de recycler les robes d’un mariage à l’autre, la même année ou les suivantes, si les cercles amicaux ne sont pas les mêmes).

(Là on jouait à domicile, mariage à la mairie de Lyon 7, coucou Pierre & Branwen, le temps file camarades ….)

(On avait décroché le portrait du Président de l’époque, histoire de lui faire passer la cérémonie au frais, et promis après on l’a remis en place.)

bleue2009bis

bleue2009

(Je me souviens avoir payé une somme faramineuse pour le chignon savamment sauvageon que je portais ce jour là. J’ai juré mes grands dieux qu’on m’y reprendrait plus. Au regard de ma coupe actuelle, on respire.)

Depuis lors, pénurie de mariages (les gens ne se marient plus, c’est scandaleux, ça diminue d’autant les occasions de se payer des belles robes, et de vomir à l’arrière des berlines), et la robe est restée au placard … jusque l’année dernière.

J’ai eu donc l’opportunité de la ressortir pour les épousailles 2014 de Tomi.

bleue14

Ce sont donc toutes ces maigres occasions de porter cette petite merveille que je me suis remémorée en l’exhumant de mon placard.

Dans mon for intérieur, je me suis dit (comme cela m’arrive assez souvent somme toute, je suis très dans l’auto flagellation) que j’étais très con (en dehors d’avoir des revirements capillaires assez réguliers).

Je me suis également souvenue d’un récit (si quelqu’un retrouve son auteur et l’ouvrage, c’est un mojito offert par la patronne) où le narrateur évoquait une frustration de son enfance, focalisée sur l’achat (et la consommation) du pain quotidien. Il expliquait que son père, tous les jours, ramenait du pain frais, sur lequel tous les enfants lorgnaient. Mais que systématiquement, la mère obligeait les membres de la famille à finir LE PAIN DE LA VEILLE, avant d’attaquer le pain frais (on notera au passage la dichotomie classique entre l’homme hédoniste et la femme castratrice :)). En conséquence de quoi, 80% du temps, la fratrie n’avait jamais accès à du pain frais.

(J’adore ce genre de récits, qui nous ramènent à une certaine altérité : qui n’a pas été blasé de grignoter du pain à moitié rassi, en sachant qu’une baguette fraîche allait à son tour se rassir dans un coin de la cuisine …)

Toutes choses ramenées à leurs proportions, je me suis demandée à quel titre je me privais de porter – hors occasion festive – cette robe, dont je suis clairement fan. Evidemment, je connais (trop bien) la réponse. Parce que ça ne se fait pas. Une robe de ce prix, ça doit rester pour les « grandes occasions ».

Alors je me suis faite violence (un truc fou), et je me suis dit « profite donc des belles choses tant qu’elles sont à ta portée, meuf ».

(Oui je m’interpelle souvent en mon fort intérieur, et je m’appelle « meuf ».)

Et voilà. Je l’ai fait.

Portée un jour de rien, au boulot, le soir sur les berges du Rhône.

Tranquille et sans pression.

bleue15

Alors bien sûr je vais pas forcément la mettre toutes les semaines (parce que c’est tout de même pas lavable en machine cette affaire), mais j’ai aimé cette idée, pour la rentrée 2015 (je suis très « bonne élève », j’aime les résolutions de rentrée des classes), qu’il fallait arrêter de se mettre des barrières morales absurdes, des contraintes que toi seule estimes légitimes. Et croquer la banane par les deux bouts (à peu près).

Je vous souhaite à tous et toutes une belle rentrée 2015 avec votre robe bleue personnelle <3

Le carburant qui est le mien

Le WE dernier nous avons fait une sortie ciné familiale, exploit de taille puisque je suis rétive aux dessins animés, et que TOUT m’endort invariablement. Du coup, à 10€ la séance, je passe généralement mon tour, surtout que je suis encore présentement en train de digérer une douloureuse année sous le sceau (glacé à souhait) de la REINE DES NEIZES.

(Et autant vous dire que la team parents EN A PLEIN LE FION de la Reine des Neizes.)

(Mais je m’égare, c’est la colère.)

Là c’était le dernier Pixar, et ma foi, y’avait une bonne critique dans Télérama, je n’ai pas été déçue.

« Vice-versa » raconte l’histoire intérieure d’une pré ado, traumatisée par le déménagement de sa famille. A l’intérieur de son cerveau, nous sont décrites toutes les zones de mémoire vive / morte, différentes « îles » comme autant d’ancrages de sa personnalité, et surtout, 5 petits personnages qui se partagent les commandes du vaisseau amiral, Joie, Tristesse, Peur, Dégoût et Colère. Le dispositif est très astucieux et poétique, et permet de traiter avec joliesse une des périodes de looze majeure de notre vie : l’adolescence naissante. J’ai naturellement pleuré comme une toutoune la moitié du film, et ri l’autre.

Surtout, derrière le traitement du cas de la jeune donzelle, les lignes de partage entre les différents sentiments qui nous habitent sont explorées  de manière passionnante. Si le film tourne principalement autour du binôme entre la Joie et de la Tristesse, la 1ère essayant de « driver » la seconde, j’ai été amenée à considérer mon propre rapport à un sentiment à priori peu noble : la Colère. Dans le film, elle est incarnée par un petit bonhomme cubique rouge, qui à tout moment explose et fulmine.

J’ai une Colère assez prégnante en moi. Je râle tout le temps, je m’insurge, je tempête, je suis rarement apaisée (et je m’auto fatigue), même si pour finir je ne suis pas si mécontente que ça (même si j’ai toujours quelque chose à re-dire). C’est plus une manière de progresser que de freiner. Me concernant (et ayant dépassé l’adolescence depuis 20 bonnes années, bordel), je suis donc plutôt pleine de mansuétude vis à vis de ma Colère. Elle peut être certes envahissante, fatigante, et parfois contre productive, mais elle reste un moteur, un carburant puissant, qui fait que j’avance, en tapant du pied certes, mais j’avance. Et j’estime que c’est une chance.

Il y a quelques semaines, aux Assises Internationales du Roman, j’ai vu mon idole, Virginie Despentes, s’exprimer sur la génération désenchantée à laquelle elle / on appartiendrait (le débat est écoutable ici, c’est très bien, foncez donc). Elle a parlé à cette occasion de la Colère aussi, celle qui est la sienne, celle qu voyage sans bagage. (Elle parle souvent de la / sa Colère, en fait, chez Trapenard aussi.) On considère assez mal les coléreux et les colériques, l’intempérance étant souvent assimilée à une forme d’adolescence, de montée de sève mal régulée. Je ne suis pas d’accord, il est de saines colères, et je préfère cet éveil vaguement courroucé (coucou mon ulcère) à la placidité résignée de certains.

Alors autant le versant politique de ceusses qui sont collectivement en colère très fort (et à juste titre), les Indignés, ne m’a jamais vraiment parlé, autant « Vice-versa » a bien incarné et illustré la Colère. C’est un chouette film, même pour les petits, qui conservent une partie des éléments non compris dans leur mémoire souterraine pour sûrement les exploiter plus tard, et ne s’ennuient pas en proximité.

Des baisers les vilains !

Résilience & expérience

(Je reprends cet article, démarré en pleine tempête pro, au début du mois d’avril. Je l’avais mis de côté, me disant que je n’avais pas besoin de me rouler complaisamment dans mes emmerdes, et que deux  mois après, tout serait oublié. Là où c’est « drôle », c’est qu’en deux mois de l’eau a coulé sous les ponts, certes, mais la situation a perduré et s’est plutôt aggravée ! Une petite écriture en mode cathartique me fera donc le plus grand bien. Merci pour la séance de psy gratos.)

Je vis ce que je peux qualifier avec pas mal de certitude la pire période de ma vie de consultante (en 15 ans tout de même). Cette shitstrom corporate, sur le fond, ne présente pas un grand intérêt narratif (comprendre = mon boulot est vraiment pas sexy, et – accessoirement – il faut que je préserve quelque confidentialité). En quelques mots, un client (stratégique) a décidé de modifier lourdement la méthode de travail sur notre job (méthode que j’avais construite soigneusement en amont), et nous a collé ainsi dans des impasses, techniques et stratégiques. Plusieurs de nos travaux ont du être lourdement modifiés, et il a fallu se réorganiser à l’arrache. Et globalement, c’est ce qui se passe depuis lors : toujours à tout revoir et refaire à l’arrache, pour satisfaire un client jamais content, parce que la confiance n’est pas là, et aussi parce que le job couvre des enjeux bien plus larges que ceux qui sont énoncés en théorie.

RH

Des fois, l’alignement des planètes et ton karma sont clairement daubiques, voire nettement ligués contre toi, ce qui fut le cas pendant cette période. Les principaux soutiens de mon organisation au cordeau entre boulot et vie perso étaient absents pile sur une semaine TRES chargée,  les taz (comprendre = ma progéniture) étaient donc à ma seule charge, et la n°2 bien malade. Je vois encore les mots « mauvaise mère » s’inscrire au néon sur mon front quand la pédiatre m’a lâché « ah ben si elle a une otite, mais depuis tellement longtemps qu’elle a du s’habituer à la douleur » …. 

J’ai donc fait l’expérience de la vraie SOLITUDE professionnelle. Personne ne pouvait décider à ma place, et pour autant, il fallait avancer, trouver des solutions, répondre aux attentes changeantes et contradictoires parfois, ne pas rester dans l’impasse. Et faire face. A la colère et l’insatisfaction du client (et quand tu es prestataire de services, le client est ROI), à l’incompréhension et au désarroi des équipes, qui n’avaient pas vu la foudre s’abattre (moi non plus ma couille, je te rassure), et prendre ses responsabilités. Alors je ne dis pas que c’était totalement inédit, mais mon habitude (et la vocation de mon métier) est de travailler en équipe, et dans un cadre très hiérarchisé, donc en théorie je ne suis jamais seule aux manettes. C’est dans ces périodes un chouia hostiles que tu réalises aussi que quand les choses partent en sucette, les soutiens que tu peux trouver sont vachement moins nombreux que ceux qui t’entourent quand tout roule.

(Oui, méga scoop, le monde des bisounours est loin derrière moi).

La bérézina s’est ensuite confirmée, et à double détente : un de mes collaborateur clef sur le projet a été viré par le client, et mon patron, sans doute laminé par l’ambiance délétère et les difficultés, est arrêté depuis plusieurs semaines par son médecin. En un mot : le prochain fusible qui doit sauter, si le temps poursuit son travail de sape, c’est bibi. Longtemps, j’ai cru que je résistais bien (l’orgueil), que mon expérience et ma capacité à prendre du recul me servaient. La fière à bras … J’ai toujours conservé un discours très distancié en surface, je fais (même si de moins en moins) comme si cette situation compliquée ne m’atteignait pas, et j’encourage les collaborateurs à se protéger, à ne pas prendre pour eux des critiques et des remontrances qui ne sont que l’exutoire un peu facile d’un projet complexe. Mes petits pioupious sont tout tremblotants parfois avant le démarrage des réunions, à se demander à quelle sauce ils vont se faire bouffer. Je prends sur moi pour rester calme, professionnelle, souriante et bienveillante. (Oui bienveillante, c’est tout moi.)

violence

Pourtant, après 4 mois sous pression, je me rends compte combien je suis atteinte sous la carapace. J’ai encaissé, subi, parce qu’il le fallait. Parce que je ne voulais pas abandonner, donner l’occasion à certains (côté client mais aussi en interne) de dire qu’on avait échoué (orgueil ad nauseam), parce qu’en bonne élève je voulais aller au bout de l’exercice et prouver que je pouvais le mener à bien. Mais résister à certaines formes de violence, ça laisse des traces. Il y a peu de temps que je me suis mise à dresser de manière circonstanciée le constat, mais y’a plein de trucs qui déconnent et qui (me) lâchent. La confiance, la sérénité, la légèreté évidemment, se sont envolées. Mais aussi la (bonne) santé, au travers d’un tas de petits (et plus gros) tracas qui s’accumulent comme autant de feux d’incendie.

Jusque récemment, quand je lisais des articles de fond sur le syndrome d’épuisement professionnel / burn out, notamment dans le cadre de mes fonctions de représentante des salariés, ça avait toujours pour moi un côté un peu surréaliste, à la limite du fictionnel. Parce que finalement, comment peut on se mettre dans de tels états ? me disais je. C’est comme le cancer, tant que c’est loin de nous, ça n’existe pas vraiment. Pour autant, quand je découvre le « tableau clinique » d’ensemble de ce syndrome, il ne peut faire qu’écho à ma situation professionnelle (en gras les items qui me parlent)  => j’ai 3 items sur 5 s’agissant du métier, 2 / 4 concernant mon caractère, et 6 / 7 concernant les symptômes (auto évaluation à la petite semaine, mais bon).

  • certaines professions sont plus « à risque » que d’autres, notamment celles :
    • à fortes sollicitations mentales, émotionnelles et affectives,
    • à forte responsabilité notamment vis-à-vis d’autres personnes,
    • où l’on cherche à atteindre des objectifs difficiles, voire impossibles,
    • où il existe un fort déséquilibre entre les tâches à accomplir et les moyens mis en œuvre,
    • où il existe une ambiguïté ou un conflit de rôles ;
  • certaines personnes sont plus « à risque » que d’autres :
    • personnes ayant des idéaux de performance et de réussite,
    • personnes liant l’estime de soi à leurs performances professionnelles,
    • personnes sans autre centre d’intérêt que leur travail,
    • personnes se réfugiant dans leur travail et fuyant les autres aspects de leur vie ;
  • les différents symptômes rencontrés dans le burnout sont :

Nommer les choses, c’est les faire exister, dit on. Pour autant, je ne me déclare pas atteinte par un syndrome de burnout (même avec 6 symptômes sur 7). Pas par déni ou volonté d’y échapper par principe et orgueil. Mais parce que je continue de me battre, de serrer les dents et de résister à l’abattement. J’ai toujours envie de me lever le matin, aller bosser et prouver que je peux faire du bon boulot (parce que de toutes manières le syndrome de la bonne élève me poursuivra toute ma vie, et prend le pas sur l’épuisement …). Dans mon cas, il est certain que la colère générée chez moi par cette situation professionnelle peut être un moteur puissant (car clairement je suis très en colère de vivre cela). Virginie Despentes le disait pas plus tard que dimanche dernier dans une conf sur la « génération désenchantée » ( dont j’espère pouvoir vous parler aussi bientôt), la colère est un puissant moteur, car finalement elle te fait avancer, mais elle est épuisante.

Nommer les choses c’est les faire exister donc, et c’est ce que j’ai fini par faire sur ce cas bien particulier. Histoire de ne pas rester seule avec mon tombereau de petits tracas et de gros soucis, j’ai exposé la dérive du dossier, la maltraitance subie / perçue par les collaborateurs, les impasses, etc. Mais je ne suis pas « laissée aller » à parler de burnout, parce que je ne voulais pas ajouter du pathos aux difficultés existantes. La démarche a été relativement déceptive, car comme je le disais plus haut, on trouve toujours moins de soutiens dans l’adversité que dans la réussite. Une fois cette réalité assimilée, on résiste mieux quand même, et on serre les dents en attendant des jours meilleurs …

(Sympa cette note de blog hein les gars ! LA GROSSE PATATE ça valait bien la peine de s’y recoller :D)

(Dans la prochaine, je vous raconterais comment les féministes se sont encore foutu sur la tronche de manière bien stérile et caricaturale lors de la conf aux Assises Internationales du Roman, en présence de Virginie Despentes.)

Putain 10 ans.

Je ne sais pas qui dans la présente audience connaît mon tout 1er blog, « Iouaye & Karl« , aujourd’hui disparu (car hébergé sur une plateforme gratuite de M6), ouvert, quelques uns s’en souviennent, pour commenter « Le Bachelor » sur  la dite chaîne.

(Levez le doigt les vieilles badernes !)

Sur mon blog, il y avait peu ou prou les mêmes éléments qu’aujourd’hui. Ma gueule, mes voyages, mes marottes féministes et égalitaristes, les mecs dans la baignoire. Et le Bachelor, lubie éteinte faute de combattants depuis lors. J’avais 26 ans, j’étais jeune et j’avais encore de l’acné (oh wait), et j’attirais déjà le chaland avec des chats mignons.

chat

Étrange comme les choses se télescopent en ce 10 mars 2015, où justement, pour cause de participation à une émission de télé-réalité, 8 personnes, dont 3 sportifs de haut niveau sont morts, dans un accident digne d’un Darwin Award … Et nous sommes par ailleurs au lendemain des épousailles d’une de ceux qui commentaient avec moi le Bachelor, puis la Nouvelle Star, à la machine à café, et ici donc (big up Yaya !!). Ce premier cercle s’est maintenu, il porte même un petit nom (EYC / Enlarge Your Circle), double allusion fine dont nous sommes assez fiers (car nous sommes un peu cons, aussi).

Ce partage de « communautés d’intérêt », c’est exactement ce que m’a permis le blog, et depuis lors Twitter (inscrite depuis 2007) et Instagram. Je me fais souvent charrier / tancer / critique pour mon usage et mon addiction aux réseaux sociaux (et surtout Twitter). J’assume. Toujours (ou presque). Je ne suis pas du genre à faire des listes ou des tableaux (j’en produis déjà suffisamment à titre professionnel), mais je mesure très concrètement l’enrichissement des liens que j’ai tissé sur cette immense toile, à ma petite échelle. Parce que je suis présente, active et bavarde ici & ailleurs, j’ai échangé, croisé, rencontré, noué des liens avec des personnes (de grand valeur évidemment) que je n ‘aurais jamais eu l’occasion de croiser IRL (in real life) comme on dit. J’ai même permis des rencontres fructueuses à titre professionnel et sentimental (mais pas pour moi, dans un cas comme dans l’autre !).

J’ai ri, j’ai tempêté, j’ai pleuré, j’ai discuté le bout de gras, avec vous, et j’espère bien continuer à le faire, même si clairement aujourd’hui l’interactivité est tout de même plus grande sur Twitter qu’ici, où les échanges sont moins réactifs. Alors c’est vrai, aujourd’hui ce blog sent un peu la petite fille négligée (honte à moi), mais il est toujours debout, il a 10 ans, et j’en suis très fière.

Happy B-day à lui <3

Et merci évidemment à tous ceux qui me lisent, partagent et font un bout de chemin, virtuel ou bien réel. Je vous serre contre mon coeur.

(Parce que de temps en temps, il faut savoir dire aux gens qu’ils comptent et qu’on les aime !)