La complainte de la victime, ou comment je me suis fait couper l’herbe sous le pied par David Abiker

Il est des semaines, comme celle que j’ai passé la semaine dernière, où une cascade d’évènements divers et variés tendent à vous convaincre que ou votre karma est dans un mauvais décan, ou alors un ennemi cruel et mal intentionné vous a jeté un sort, en se rendant chez Jean-Marcel Bouala, marabout à toute heure du jour et de la nuit, désenvoûtements, travail, santé, vigueur sexuelle et argent. Bref, vous êtes aspirés dans une terrible spirale de la louse (oui, en français je dis la louse), dont vous ne voyez pas l’issue.

Je comptais bien sur ce réceptacle complaisant de mes petites contrariétés (et grands malheurs) qu’est ce blog (entre autres), pour épancher ma soif de plainte. Je voulais me faire plaindre, raconter comment (le seul intérêt de cette litanie résidant encore une fois dans son authenticité), en l’espace d’une semaine :

:: je me suis pris un poteau en fonte, en marchant dans une rue de Paris, en plein sur mon mont de Vénus, écopant d’un hématome violacé et douloureux, m’interdisant toute pratique sexuelle autre que la levrette (ou la sodomie, oui tiens c’est vrai, je n’y avais pas pensé).

:: je suis restée coincée plus une heure dans un hall de Roissy (en compagnie de 300 autres voyageurs tout aussi fumasses), parce qu’un couillon de passager avait oublié un sac à dos dans le dit hall. Il a fallu attendre sagement que la maréchaussée vienne faire sauter les menus souvenirs de vacances et la brosse à dents du distrait, contenus dans le sac.

:: la méchante (et bornée) préposée à l’enregistrement des bagages m’a obligée à faire voyager ma valise en soute, grâce à quoi elle a été malmenée et cassée (je parle de la valise). J’ai passé ensuite des plombes à négocier à l’aéroport d’Alger un hypothétique dédommagement.

:: on m’a annoncé entre deux avions que mon grand-père était mort. Ce qui m’a permis de devenir la curiosité de tout le lounge Air France, qui se demandait bien pourquoi je sanglotais au téléphone sans rien dire.

:: je me suis fait descendre en flammes en comité de pilotage (devant une bonne trentaine de fonctionnaires d’Etat impavides), par un client hargneux et peu clément, pour deux erreurs d’appréciation, et une formulation malheureuse qui n’était pas de mon fait (mais ça se fait pas de débiner ses collègues devant le client, même quand ça te démange fort).

:: le réparateur à vide-ordures (si si si, rappelez vous, et , celui coincé depuis 3 semaines) a fendu le dit vide-ordures en forçant la trappe. Ensuite, pour achever le tableau, mon bras est passé à travers la vitre de la cuisine, que j’avais ouverte pour évacuer l’odeur fétide qui se dégageait suite au déblocage du vide-ordures. La fenêtre est à changer. Mon bras aussi (bon j’exagère un peu là).

:: l’Epoux est victime d’un redressement fiscal, dont le montant (même négocié avec une inspectrice intraitable) compromet grandement nos chances de prendre quelques vacances avant 2011, ou même de faire et ensuite entretenir un enfant (comment ça, ça marche pas comme excuse ?).

:: J’ai reçu une amende (45 euros) et perdu deux points sur mon permis de conduire, pour un excès de vitesse (123 km/h au lieu de 110, avec un Wagon R ! la honte internationale) commis alors que j’allais à un festival voir un groupe qui jamais ne vint, remplacé par Dick Rivers (si si, rappelez vous, , Elmer …).

Bref, je comptais bien m’épancher tout mon saoul sur ces menus évènements, quand j’ai reçu le bouquin de David Abiker, « Le mur des lamentations » avec un sous-titre évocateur, « Tous victimes et fiers de l’être ».

Et là, pouf pouf, je me suis littéralement fait couper l’herbe sous le pied. Non seulement David s’est avéré carrément hors classe et hors cadre avec le récit de ses malheurs de vraie victime (en effet, qu’est ce qu’un gros bleu sur la fouf’, contre un astéroïde au derche, je vous le demande ?), mais en plus, il m’a mis le nez dans mes turpitudes de geignarde semi-professionnelle. En effet, comme il le développe dans un chapitre entier (« Connexion haut débile »), le blog n’est jamais qu’un de ces vecteurs de la communication contemporaine, à l’usage des victimes en tous genres, qui profitent de cette fenêtre sur le monde pour étaler à la face du monde leurs aventures en mode Caliméro.

Je l’admets bien volontiers, David Abiker fait carrément mieux la victime que moi. On y retrouve la verve et l’humour qu’il déployait déjà dans son premier opus (« Le musée de l’homme »), que je vous avais chaleureusement recommandé (c’est marrant, le blog est toujours actif, plus de 9 mois après l’arrêt de toute activité de ma part dessus). Avec un sujet pareil, pas évident de faire sourire, et bien pourtant plusieurs passages m’ont fait hurler de rire (je sais, en même temps, je suis plutôt bon public, puisque même l’Epoux réussit encore à me faire rire avec les mêmes vannes éculées, depuis bientôt 10 ans).

Au final, comme souvent quand il fait partager ses tranches de vie (plus ou moins romancées), ses humeurs et malheurs, David A. fait écho à nos propres vies. En le lisant, c’est un certain soulagement de pouvoir se refléter dans ce miroir un peu déformant de ce que nous sommes. Un partage d’humanité. Le propre des blogs aussi non ?

Bref, courez-y, ça fait du bien …

PS : pour la polémique, « oué, ces blogueurs vendus au grand capital, c’est un scandale, gna gna gna », passez votre chemin, je rassure tout le monde, comme La Lène, je ne suis pas une blogueuse influente. Par contre, je suis assez prétentieuse pour m’être inscrite là, mais c’est une autre histoire.

3 réponses sur “La complainte de la victime, ou comment je me suis fait couper l’herbe sous le pied par David Abiker”

  1. Ah mince un contrôle fiscal ca le fait pas.

    :: Fuck les impôts

    Mitch Buchanan le vrai

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