Des premiers baisers à la métamorphose de Nelly, la fin de l’innocence

Vendredi soir, une piste de danse dans un bar de nuit (oué, une boîte), nous sommes en train de nous déhancher lascivement sur des rythmes syncopés. Autour de moi, comme il est habituel dans ce genre d’endroits, la comédie humaine se déroule, sans surprises : regards échangés, sourires esquisés, tentatives d’approches plus ou moins masquées, …. J’adore observer ces moments de séduction chez mes frères humains (d’autant plus que j’en suis moi même exclue, bien évidemment …). Repérer les manoeuvres, identifier l’instant T, celui où l’on voit que la proie se décide à se laisser dévorer par son prédateur. Le geste de rédition n’est pas toujours le même (un sourire qui change de sens, une hanche qui se colle un peu plus, une main qui s’aventure au-delà du respectable …), mais dans tous les cas, sa signification ne peut être ignorée. C’est presque émouvant. Parfois, je suis tellement absorbée par mon activité d’observation anthropologique voyeuriste que j’en oublie de danser.

Pour moi, il n’y a pas plus beau moment à saisir (même vu de l’extérieur), que le premier baiser (oui, on peut dire roulage de pelle, mais c’est moins plaisant dans la bouche). Il dit tout : la fin d’une attente, celle de la séduction, l’accomplissement d’une quête, le désir qui se matérialise, l’anticipation d’un plaisir encore meilleur, à venir. Je me souviens de tous mes premiers baisers. Sans exception, et quelque ait été la suite donnée. Et bien souvent, ils ont conditionné tout le reste.

Je me souviens du contact, pressant, de la chaleur du souffle, de la consistance des lèvres (harro sur les molles), de leur taux d’humidité (harro sur les baveurs en excès), des dents qui cognent (un peu, toujours), de la langue qui hésite, qui s’aventure.

Je me souviens des soupirs de certains, petits gémissements presque imperceptibles, ou du sourire qui s’ébauche sur certaines lèvres, le rictus invonlontaire de celui qui sait qu’il triomphe d’une épreuve, qu’il passe un barrage, qu’une porte s’est ouverte.

Je me souviens des mains, de ce qu’elles faisaient à ce moment là. Les ballantes, oubliées car toute l’attention se concentrait plus haut. Les nerveuses, balladeuses, qui se permettent déjà d’explorer. Les anxieuses, qui te broient, comme si juste à ce moment là, tu allais tenter de t’enfuir. Les amoureuses qui t’enserrent, qui t’entourent, parce qu’elles participent pleinement à ce moment unique.

Je me souviens surtout de ce tourbillon qui envahissait ma tête. La montée d’adrénaline, immédiate, cette chaleur inimitable qui se répand dans le corps et dans la tête. Du plaisir, brut, auquel on s’abandonne, plus ou moins longtemps en fonction de la qualité de l’amant et sa propre sensibilité. Et ensuite, la première décharge passée, le mælstrom de mes pensées, pouvant aller de « qu’est ce que je fous là, pourquoi il me colle, et comment je vais m’en débarasser maintenant » à « où sont les capotes, heureusement que je bosse pas demain, pourquoi j’ai pas rangé ma piaule avant de sortir, et j’espère que c’est un bon coup … ». Longtemps, je me suis demandée si j’étais la seule à être complètement dépourvue de fibre romantique ou de capacité à m’extraire de mon quotidien, de ma condition humaine, pour m’abandonner complètement à l’instant présent. En fait, il semblerait que ça soit un travers féminin assez partagé : la difficulté « à fermer les portes » comme cela m’a été décrit très justement une fois (par un homme !), la tendance à toujours vouloir être « sur le coup d’après ».

C’est sans doute tous ces signes, marqueurs d’une humanité toujours un peu la même, que je recherche dans l’observation impudique de mes congénères célibataires et en chasse.

C’est alors que la musique, assourdissante, se rappelle à moi. Les baffles hurlent le dernier tube de Nelly Furtado, « Promiscuous » (pour ceux qui ignorent ce qu’est cette daube, voir le clip ci-après, régalez vous). Nelly Furtado, pour moi, c’est le mystère de la métamorphose.



« I’m like a bird ». C’était limite « la Petite maison dans la prairie« , jupe informe, créoles has been, baskets d’adolescente attardée. Et c’est là qu’on se demande (j’atteins des sommets de réflexion, en boîte de nuit après 2 heures du mat’) comment s’opère une telle métamorphose. Plan marketing habile pour relancer une carrière qui peine à rebondir ? ou alors réel passage d’une dimension à l’autre ? La fin de l’innocence alors ?

Du coup, je me dis que c’est un peu ça la fin de l’innocence, le passage dans l’âge adulte et cynique. Quand vous êtes innocente, vous chantez des chansons sur les oiseaux et la liberté, le coeur léger, et vous embrassez les garçons sans vous demander s’ils aimeront vos dessous et votre intérieur. Après, on tombe dans la facilité, le putassier, on chante des daubes dont on sait qu’elles auront un succès commercial, pourvu qu’on y mette un peu de coeur cul, et on embrasse en se demandant si ce mec est vraiment celui qu’il nous faut, et s’il sera éventuellement un bon mari – un bon père – un bon coup d’un soir – un bon amant au long cours (rayez les mentions inutiles).

Ceci était une contribution assumée aux philosophes de comptoirs, et autres gagne-petits de la pensée à deux sous (à vot’ bon coeur). Mais que celle qui ne s’est pas une fois demandé, en pleine exploration des amygdales de son partenaire du moment, « mais j’avais pas rendez-vous chez mon dermato moi la semaine prochaine ? », me jette la première pierre.

Pour ceux qui auraient oublié « I’m like a bird ».

Publié par

SABRINA

Lecteur égaré (ou pas), je te souhaite la bienvenue chez Sabrina, blogueuse lyonnaise assidue depuis 10 mars 2005 (oui, tout ça).

Ici point d’ambition éditoriale majeure (comment ça, on s’en était rendu compte ?), pas de recherche de monétisation de mes modestes et insignifiants écrits, ou de gloire wharolienne …

Juste un modeste journal de bord, tenue par une honorable mère de famille (oui, parfaitement, honorable), qui apprécie (dans le désordre) les jolis garçons (surtout s’ils pratiquent le rugby), l’auto-dérision, l’Epoux et ses taz, la mauvaise foi féminine (qu’elle pratique assidûment), la télé réalité, et la légèreté en toute chose, autant que faire se peut.

Bonne lecture.

7 thoughts on “Des premiers baisers à la métamorphose de Nelly, la fin de l’innocence”

  1. Ah ! qui plus est de la part d’un homme, ça me fait plaisir 🙂

    La nature humaine serait donc universelle ?

  2. Vie d’adulte ? Y êtes vous bien entrée ? ça sent la nostalgie et le regret tout ça…

  3. > Maurice : le syndrome Peter Pan, très peu pour moi, merci. Et je n’ai aucun regrets (trop d’orgueil), que des remords !

    > Riolé : oui très. Je recommande un stage régressif (de type colonie de vacances, stage UCPA, séminaire de travail décadent à Trouville), histoire de retrouve la part d’enfant (lubrique) qui sommeille en tout un chacun.

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