Auchan 1 - Ze Feurme 0
Il est des signes qui ne trompent pas. Ma vie de “mère” est bien en train de prendre le pas sur ma vie professionnelle, et ce sur bien des aspects, plus ou moin de mon plein gré. Petit récit à titre illustratif.
Hier, j’ai terminé une journée de travail chez un de mes clients plus tôt que prévu. Du coup, en reprenant ma voiture, je me disais que j’allais pouvoir foncer vers une autre réunion, corporate, organisée par ze feurme pour lancer en grande pompe la 129ème réorganisation mondiale depuis que je suis salariée de cette noble société (8 ans depuis avril dernier !).
Et tout doucement, sur le chemin du retour (1 heure de voiture), d’autres plans se sont formés dans mon esprit tordu de mère à l’affût du moindre créneau temps sur les heures ouvrables de la semaine ….
D’abord, j’ai repensé à mon augmentation de salaire pour cette année (qui ne couvrira même pas l’inflation, ça se précise de jour en jour). Et j’ai donc ricané bêtement, en repensant à la “charte de la parentalité“, qui a été signée avec Nadine Morano, il y a quelques semaines, et notamment par ma société. J’ai repensé notamment au 3ème paragraphe,
Respecter le principe de non–discrimination dans l’évolution professionnelle des salariés-parents :
• Prévenir et éliminer les pratiques discriminantes pour les salariés-parents au sein de nos processus Ressources Humaines
• Favoriser des pratiques et comportements managériaux respectant l’évolution professionnelle des salariés-parents
Je l’aime beaucoup ce dernier point. Il y a quelques années, je m’interrogeais benoîtement sur les écarts de salaires entre les hommes et les femmes, à compétences et exercice professionnel comparables. Aujourd’hui, passée de l’autre côté de la barrière, je ne peux que faire le constat, à mes dépens. Effectivement, si à chaque enfant que j’ai le toupet de faire mon augmentation salariale est réduite de moitié par rapport à ce que je peux prétendre “habituellement” (alors que concrètement j’ai réellement “manqué” 3 mois d’activité), il est logique (j’ai pas dit normal) qu’au bout de quelques gnomes, nous (femmes) accusions 20 à 30 % de salaire en moins par rapport à ces messieurs (voir encore cette étude de mars dernier réalisée par l’APEC).
Lors des “négociations” annuelles avec mon employeur, celui-ci a pourtant bien acté mon implication quasi intacte vis-à-vis de mon emploi depuis mon retour de congés maternité. Je dis bien volontiers “quasi” puisqu’à la différence d’avant l’entrée de l’Héritier dans ma vie, lorsque je ne suis pas en déplacement ou en réunion, je quitte le bureau à 18 h 15. Je limite également les dits déplacements, autant que faire se peut. D’autres jeunes et fringants (et célibataires) consultants sont bien contents de les faire par ailleurs (comme je l’ai fait pendant 7 ans sans rechigner, et je compte bien reprendre dès que possible). Si nécessaire, je me remets à l’ouvrage après 21 heures, pour finir ce que mon départ “prématuré” ne m’a pas laissé le temps de faire. Bref, je suis un bon petit soldat (sans en tirer une fierté particulière par ailleurs), et j’attendais donc d’être recompensée comme tel. Mais le réflexe du comité directeur est ancestral : 4,5 mois d’arrêt, c’est de la productivité en moins sur l’année, point barre (et point de prorata). De fait, la seule véritable interrogation de mon employeur était de savoir si j’allais vouloir passer aux 4/5ème ! (oui, puisque je suis mère, je suis forcément débordée.)
Du coup, enchaînant ces réflexions, avec une bonne part d’amertume (voir ses illusions sur l’égalité homme / femme tomber au champ de bataille, c’est pas vraiment source de joie), j’ai pris d’autres paramètres en ligne de compte pour organiser la fin de ma journée. Tiens, c’est vrai, l’Héritier a besoin d’une nouvelle poussette. Et puis le frigo est vide. Et on a besoin de pare-soleils arrières pour partir en vacances. Que ça va être pénible de faire tout ça samedi, avec la foule dans les magasins …
Conclusion, au lieu de courir écouter nos têtes de pont m’expliquer combien la nouvelle organisation mondiale était méga porteuse d’opportunités, ben je suis allée me faire sauter par mon amant, Roger, boucher-charcutier dans mon quartier faire les courses du ménage chez Auchan. LA FETE DU SLIP QUOI !
D’un point de vue pratique, ça va nous épargner une partie du W-E, et je n’ai aucun regret. Sur le fond, je ne peux m’empêcher de faire le constat que le “système” social / professionnel / économique me pousse vers ces arbitrages à la petite semaine. Et ça me fout un peu les boules. Parce que je suis attachée à mon boulot, à mon autonomie financière, à l’enrichissement social, intellectuel que m’apporte mon travail au quotidien. Parce que je considère que le travail, c’est ce qui a libéré la femme (juste après le contrôle de sa fertilité). Pourtant, je ne peux qu’acter ce constat d’échec, je n’arrive pas à lutter contre la force d’inertie du système. Et je pense que cela vaut quelque soit la qualité de l’employeur (et objectivement, je suis loin d’être la plus mal lotie, j’ai suffisamment de points de comparaisons). J’ai eu beau essayer de faire de mon mieux pour qu’il n’y ai pas un avant / après au boulot lié à la maternité, symboliquement (et matériellement), on m’a bien fait comprendre que quand même, si ….
Alors je comprends les raisonnements de celles qui renoncent à faire des enfants parce que leur carrière professionnelle leur importe beaucoup. Je ne le partage pas, mais je le comprends. Parce qu’il est je pense impossible (ou du moins particulièrement difficile) de concilier les deux de manière satisfaisante s’il n’y a pas un effort collectif, sociétal. Le partage des tâches et des responsabilités entre le père et la mère est déjà difficilement équilibrable (car oui, on tolère qu’une femme s’absente quand son enfant est malade, allez donc voir si c’est le père qui le demande), et c’est déjà en soi un combat quotidien, quelque soit le niveau de coopération des deux parties. Mais si en plus il faut lutter contre son environnement professionnel ….
Bien évidemment, ce n’est pas demain que je jette l’éponge et m’installe au foyer (ça, c’est plutôt l’Epoux qui en rêve, mais c’est parce qu’il ne réalise pas combien c’est encore PLUS crevant que le boulot). Au contraire, comme élue représentante du personnel, je compte bien veiller de près à la mise en place de cette fameuse charte de la parentalité dans mon entreprise (on va se marrer les enfants). Mais voilà, quand des fois, on se retrouve à préférer d’être à 17 h chez Monsieur Auchan au lieu d’assister à une réunion de boulot (relativement importante), on ne peut s’empêcher de penser qu’il y a quelque chose de pourri au royaume des mères actives …
Il y une autre alternative à la vie de mère au foyer, c’est celle de monter ta boite. On va dire qu’au contraire, on bosse 10 fois plus en tant que chef d’entreprise, et c’est pas faux ni forcément vrai, mais au moins, à travail fourni, énergie dépensée, et temps consacré… les pépettes suivront et du coup, fuck Nadine.
et ben moi, ma fiançée, au retour de son congé parental (1 an d’absence au total) , sa feurme (japonaise) lui a proposé une promo. cool non ?, les courses a auchan ? ben c’est moi qui me les tape
Tiens ça me fait penser à la série "Damages" avec Glenn Close que je suis en train de regarder. Dans l’épisode 1, la fameuse Glenn Close, talentueuse chef de cabinet d’avocat new-yorkais, lance à sa toute jeune recrue que si elle doit faire quelque chose dans sa vie: c’est de ne pas avoir d’enfants. Genre c’est trop dur d’assumer les 2: boulot et vie perso.
Très bonne série au passage
Bah moi à mon retour on m’a proposé un poste (alors que ça fait 3 ans que je veut et merite de changer de poste) que je ne pouvais que refuser (80% de déplacements dont la moitié à l’étranger) et du coup je suis dans un placard.
Discrimination ? Non pensez bien.
Je n’ai pas encore d’enfant, et ne prévois pas d’en faire pour le moment, mais déjà ça me préoccupe tout ça… C’est tellement révoltant…
Bon courage !
Mais je sens qu’en tant qu’élue du personnel, tu vas réussir de grandes choses
Comme tu écris, tout est logique: le temps de travail et le temps de famille se téléscopent forcément.
Et cela vaut autant pour la mère que pour le père qui a envie de passer du temps en famille (je n’ai pas mis "s’occuper des enfants et/ou des tâches ménagères").
Tu quittes ton boulot au bout de seulement 8h de présence (pour pouvoir voir tes gamins avant leur coucher) et tu n’auras pas l’augmentation de ton collègue qui lui reste 2 heures de plus.
Sinon dans ma boîte, à mon niveau de petit cadre, les femmes sont aussi bien payées que les hommes.
@ jid : tu fais bien de parler de "présence", parce que pour ma part j’en assure déjà 9 (de 8 h 30 à 18 h 15) + celles que j’assume à domicile, et que personne ne "voit" puisque je ne fais pas de présenteisme …
Quant à mon salaire, il était exactement le même que celui de mes collègues mâles, jusqu’à il y 15 jours …
En même temps si les femmes restaient à la maison il n’y aurait pas de discrimination au travail…
Mais non !! je ne peux pas dire que je sois amère en disant que je n’ai pas décroché "ze" poste dans ze feurm au profit d’un homme sorti de nulle part (pour une meilleure paie que moi actuellement, il va sans dire hein). La direction a spécifié que le choix avait été difficile (oh les pauvres !) et m’a même dit qu’ils étaient contents de mon boulot et que si une opportunité identique se présentait, ils penseraient à moi (limite ça m’a donné envie de danser sur la table tout ça tiens !). Bon, c’est vrai, que je partais avec un sérieux handicap : j’ai un planning un peu moins élastic, je suis maman solo, avec un enfant qui a parfois l’impolitesse de tomber malade en semaine, m’obligeant à être absente 3 jours (une fois en 3 ans)…
(oups ! un bail que je lis dans l’ombre ! j’ai osé le commentaire :-))
Dans mon ancienne boite à mon retour de CM, j’ai été menacée d’être virée pour faire court.
Mes collègues (de mon équipe) ont eu une prime pendant mon CM pour les efforts sur un projet (avant et pendant mon CM). Ils ont eu une augmentation aussi. Et moi ben ni un semblant de prime et encore moins augmentation. Depuis, je lève le pied et la famille avant tout.
J’en pleure encore
question augment pas mieux pis la prime c’est la misère : il me promet un rattrapage en décembre …
j’ai manqué la moitié de l’année pour menace d’accouchement prématuré : il faut dire que je n’avais pas ménagé mes efforts pour ze feurme : missions toulouse, monaco, bruxelles.. bonjour les horaires et déplacements !!
)je faisais toutes les réunions client sans jamais rien charger sur mes wip (sasa comprendra
)
dès mon arret maladie je bossais sur tous mes dossiers (inspections du travail et sécu bonjour
je n’ai arreté qu’en mars avant l’hospitalisation…
j’ai mon boss au tel et il me dit qu’il est lui même dégouté pour moi mais en gros je suis passé à la trappe cette année
…mais il me propose quand même de m’envoyer du travail chez moi pour ne pas que je m’ennuie
ENORME FOUTAGE DE GUEULE
REVOLUTION
BIZ pleine de lait
Tania et BB Carl accroché
C’est un sujet qui me préoccupe d’autant plus quand je vois des femmes de ma génération ayant finalement fait le choix de mettre leur vie professionnelle entre parenthèses et qui se retrouvent sans possibilité d’emploi après 40 ans en voulant retravailler.
Plus exactement, du travail, elles peuvent en trouver, mais lequel, et à quel prix ?
Non seulement les inégalités de salaire sont toujours bien présentes, mais on considère qu’une femme qui ne travaille pas et reste à la maison ne fait rien.
Quid de ces femmes qui pourraient avoir envie de partir mais ne le peuvent tout simplement plus.
Une femme qui décide d’arrêter de travailler durant quelques années doit bien mesurer les conséquences d’une telle décision car rien ne prouve (à de rares exceptions) que le retour à l’emploi se fera facilement et de manière avantageuse.
Ca fait quelques jours que j’ai lu ton article mais je ne commente que maintenant, histoire de laisser ça mariner un peu. Franchement, ça me dégoute, ça me hérisse le poil de lire des choses comme ça. Avec toutes les heures que tu consacres à ton boulot (bien plus que ce que j’appelle "la normale"), AU DETRIMENT de ton fils, ton homme et de ton bien-être à toi, on ne t’augmente pas, parce que tu as le malheur (je dirais plutot bonheur mais dans le cadre du boulot ce n’est pas perçu comme tel) d’être une femme et de pouvoir donner la vie! C’est ECOEURANT d’injustice.
Et comment motiver ses troupes aussi, quand on leur annonce ça ? Au final je ne pense pas que l’employeur soit gagnant à raisonner de la sorte. Tu as eu raison d’aller à Auchan !
Good luck dans ta mission de représentante du personnel !!
Pitêtre qu’on pourrait monter un syndic de gonzesses