Encore un coup dans l’aile (malade) du féminisme

On ne remercie jamais assez ELLE de savonner régulièrement la pente déjà glissante du féminisme. Encore dans le numéro de cette semaine, un article affligeant (intitulé « enquête »), qui m’a fait grimper au cocotier : La fin du féminisme, quand Superwoman rentre à la maison.

AU SECOURS.

Le pitch : elles sont belles, elles sont jeunes et (très diplômées, entendre intelligentes), et pourtant, elles ont fait le choix de « rester à la maison » pour s’occuper correctement de leur progéniture, et ne pas reproduire les erreurs de leurs salopes de conquérantes de mères féministes, qui en courant après leur émancipation dans les années 70, ont négligé leurs enfants, leurs filles, qui aujourd’hui estiment que pour être dans le vrai, il faut être corvéable à 100% à disposition complète et entière de ses rejetons. Et qu’en plus c’est source de TREEEES grand épanouissement. Contrairement à ce qu’ont osé affirmer ces brontosores de féministes.

(Je résume, mais c’est l’esprit.)

AU SECOURS.

Olympe en parle sur son blog également. Elle démont(r)e notamment les 4 préjugés qui rendent aujourd’hui indéfendables la position féministe. Parce que c’est évident, s’affirmer aujourd’hui féministe, c’est au mieux passer pour une gentille casse-couilles, au pire pour une rétrograde. Pour autant, je me sens tout à fait capable d’assumer et de défendre ma position. Par contre, c’est tout de même assez déstabilisant qu’un discours culpabilisateur vienne de la part de ce qui se veut le seul hebdo féminin de la place.

Parce qu’il s’agit bien de culpabilité qu’il est question dans cet article. La culpabilité de ces femmes qui ont « choisi » de rester chez elles parce qu’elles ont estimé que c’était mieux pour leurs enfants. Questions de priorité. Et l’équilibre bordel ???

Mais pourquoi, qu’on m’explique pourquoi on s’obstine à ne pas comprendre que ce dont ont besoin les familles, ce sont de conditions de vie équilibrées. Equilibre qu’il appartient à tout le monde de construire :

  • le père, en travaillant moins / mieux, en étant aussi présent que la mère ;
  • les employeurs, en admettant que l’on peut travailler à des heures et cadences décentes sans compromettre l’équilibre financier de l’entreprise, je pense là évidemment aux populations cadres et cadres intermédiaires (à quoi sert une réunion interne à 19 h ? à part à culpabiliser ou emmerder les familles), et en prenant en considération qu’un père peut aussi assumer des tâches de famille ;
  • les pouvoirs publics, en mettant à disposition suffisamment les modes de gardes des tous petits (avant la maternelle), pour que les femmes n’aient pas à choisir entre garde et emploi (car à quoi bon gagner 900 euros quand on en dépense 500 pour une garde à temps plein avant les 3 ans de l’enfant) ;
  • et les mères bien sûr, en arrêtant de culpabiliser parce qu’elles ne s’occupent pas H 24 de leurs mouflets, en défendant leur droit à travailler (mais aussi boire / baiser / avoir une vie sociale et culturelle), tout en étant de bonnes mères.

Parce que l’on ne me fera pas croire que seule la mère sait et sait faire ce qui est bon pour son enfant,et que seule elle peut l’épanouir. Au contraire, je pense salutaire que rapidement les enfants soient confrontés à la diversité, à la socialisation, à l’AUTRE. Et ce qui m’inquiète le plus dans les témoignages des mères interrogées, c’est leur discours sur ce rôle de mère toute puissante et dominatrice, qui visiblement les éclate (et grand bien leur fasse) mais qui est plein de dogmatisme.

Heureusement qu’en contre-point de cette douteuse enquête, Elisabeth Badinter (dans mes bras) a pu exprimer ses inquiétudes sur ce retour en arrière opéré par quelques ayatollahs de la cause maternelle. J’aime à croire que l’on peut faire coexister la maternité avec d’autres occupations tout aussi aussi épanouissantes, tout cela pourvu que l’équilibre se fasse (omondieu, on dirait presque un discours du Modem).

14 réponses sur “Encore un coup dans l’aile (malade) du féminisme”

  1. Bravo !
    Même quand tu mélange féminisme et politique, je suis d’accord avec toi ! 🙂

    Ce qu’on a cherché en venant vivre à Lyon, c’est « travailler mieux, pour vivre mieux ». Et « gagner plus » n’est pas forcément la composante essentielle de « vivre mieux ».
    On est loin de l’autre discours tout autant culpabilisant de « travailler plus » à tout prix, qui amène les désordres que tu cites ici.

  2. ah ça forcément, si tu lis encore ELLE, c’est que tu cherches des raisons pour t’énerver…

  3. çà partait mal ton truc…et puis tes conditions d’une vie équilibrée me ravissent…entièrement d’accord, quand j’pense aux « horaires parisiens » arrivée 10h au boulot…et départ 21h…dont 1h30 au restau parceque quand même on bouffe bien en France,… et tout çà en se regardant les uns les autres du coin de l’oeil desfois qu’il y en ai un(e) qui parte à 18h…putain sont tous trop cons oui!!

  4. pourquoi il n’y a que des garçons qui répondent à un article sur le féminisme? 😉

  5. Je ne suis pas franchement étonnée, ça fait des années que je clame que Elle est un journal collabo et faussement féministe. Au-delà de tous les arguments que tu développes et que j’approuve (les femmes ont droit de vivre LEUR vie, c’est aux hommes et aux entreprises de s’adapter à la famille etc…), je trouve toujours extrêmement dangereux ce genre de discours qui, quoi qu’on en dise, pousse les femmes dans un système précaire et nocif : ces femmes si heureuses de vivre pour autrui, seront les mêmes qui galéreront en cas de rupture/maladie/veuvage, parce que pas de boulot, pas ou peu d’expérience, retraites très faibles etc…
    En tout cas, c’est toujours un plaisir de lire une femme qui n’a pas peur de se revendiquer féministe 🙂

  6. Bonjour, j’arrive ici par les commentaires du blog d’une ronde.
    J’ai fait, ou plutôt la vie a fait pour moi un choix vieillot. Je suis conjoint collaborateur et j’ai élevé 3 enfants, le dernier est actuellement en terminale. Ce choix, qui a surtout été la moins mauvaise solution à un moment donné m’a beaucoup été reproché autour de moi. Je supporte mal qu’on me dise que je ne travaille pas :
    1- une nourrice qui s’occupe de 3 petits enfants n’est pas considérée comme oisive. quand le n° 3 est né la grande avait 4 ans.
    2- Je suis conjoint collaborateur, sous pretexte que je répond au téléphone à la maison, tout un chacun considère que je ne travaille pas. Par contre la secrétaire qui fait le même travail que moi, 35 heures par semaine alors que je suis sur le pont plus d’heures qu’elle, a le droit d’être épuisée.
    3- mon fils cadet est/était dysphasique, il est aujourd’hui en terminale, si une éducatrice spé ou une maitresse E avait réussi ça, elle bénéficierait des louanges publiques, moi c’est normal.
    4- juste pour l’anectode, les associations diverses ( sports – parents d’élèves – cinéma etc) vivent essentiellement par les « femmes qui ne travaillent pas » et les retraités mais tout le monde en profite.

    C’est juste une réaction d’exaspération, je n’ai JAMAIS dit à une femme qui travaille à l’exterieur qu’elle élevait mal ses enfants et lorsque les deux ainés étaient petits ( entre zero et 4 ans pour la grande et 0 => 2 ans pour le suivant) je n’ai JAMAIS entendu aucune critique pour mon choix de vie. A l’époque je travaillais en labo, les enfants faisaient 12 heures de nourrice, objectivement ce n’était pas une bonne solution pour eux, ils ont êté la naissance du 3° car j’étais, dixit mon ainée « en congé de Guillaume ».

    Désolée pour la logorhée mais les remarques négatives sont mon quotidien.

  7. j’ai un peu le cul entre deux chaises sur cet article. Je ne pense pas qu’être femme au foyer soit épanouissant. Mais je pense encore moins que bosser sans arrêt le soit aussi. Je suis assez pour s’arrêter de la naissance aux 3 ans de l’enfant (je ne l’ai pas fait…) mais en même temps, une de mes connaissances refait un enfant tous les trois ans pour ne pas retravailler. Et j’ai eu l’exemple de ma soeur qui rentrait hyper tard (genre pas avant 22 heures) et ma mère a quasiment élevé sa fille. Bon, son mari aurait pu venir la chercher, ça, je vous l’accorde volontiers.
    En gros, les gens que s’occuper de leurs enfants emmerdent feront toujours en sorte de déléguer à d’autres.
    De plus, quand je vois dans le bled où je travaille (un bled à la population très privilégiée) les mères passent leur temps à réclamer : une cantine, un péri-scolaire, une prise en charge pendant les vacances…désolée mais avant les mères se débrouillaient. Seulement, le discours ‘on peut tout avoir » a convaincu les femmes qu’on pouvait avoir un boulot à responsabilités et une vie de famille digne de ce nom. Le seul problème ? c’est faux. Et ce sont les autres qui s’occupent de leurs enfants. Et ça désolée c’est une réalité.

  8. Désolé, je ne suis encore qu’un garçon… mais fier de l’être : mec pédé et féministe ! (et MoDem, et syndicaliste mais c’est moins intéressant en l’occurrence).

    Ouais, cet article est affligeant… Merci Elisabeth B. de sauver la mise !!!
    Ceci dit, ça ne m’étonne qu’à moitié, ça arrangerait bien des phallocrates de voir les femmes regagner les fourneaux et les langes. Vivent les crèches ! Vivent les congés paternité ! Vivent la différence des sexes et vive le mélange des genres aussi ! Vive la liberté quoi.

  9. Funaise, si les pédés sont féministes, où va t on ? 😀

    Blague à part, je voudrais juste préciser à iibelle que je n’ai jamais laissé entendre qu’être au foyer c’était des vacances (personnellement, 4 mois de congés maternité ont suffit à me rendre chèvre, c’est dire si je suis peu résistante à ce rythme de vie).

    Ce que je récuse, c’est qu’on laisse s’opérer un retour en arrière, en laissant dire / faire / faire savoir à des gonzesses complètement obssédées par leur rôle de mère qu’elles sont les seules à même d’élever leurs enfants, et que la Terre tournerait bien plus rond si c’était comme cela que cela se passait.
    Etre féministe (à mon humble mais concerné avis), c’est aussi assumer que l’homme dans le couple assume sa part maternelle / maternante vis à vis de sa progéniture. Et je ne crois pas que dans les pays nordiques, où cela est le cas beaucoup plus qu’en France, ce soit quelque chose de complètement dégradant ou posant difficulté à la société.

  10. Je ne reviens pas sur Elle; tout est clair. Je veux juste dire comme ça fait du bien de lire : » mais pourquoi, qu’on m’explique pourquoi on s’obstine … » En ce moment, c’est avec cet aspect là que j’ai le plus de mal. On a tous les outils d’analyse pour décortiquer l’orgnaisation de la société, on vit dans un système démocratique, nous disons en permanence ce dont nous avons besoin, ce qu’il faudrait organiser, prévoir , etc… on a même des exemples, ou du moins des expériences réussies, dans d’autres pays,etc….. et tous les décideurs, ceux qui pourraient impulser d’autres possibilités d’organisation, semblent sourds. C’est à n’y rien comprendre. …
    Enfin … j’ai bien deux ou trois idées au sujet de l’immobilisme :o) ….( et appeler ça de l’immobilisme c’est encore optimiste, hein ?) mais c’est vraiment lourd !
    Il y a des jours où c’est vraiment lourd …..

  11. Bonjour,

    Mon souci effectivement est l’absence de vrai choix.
    Sous prétexte d’être femme et d’avoir des enfants il faudrait s’arrêter de travailler pour s’en occuper. Mais une fois que c’est fait, vous vous retrouvez réduite -car c’est réellement une réduction – à l’état de mère : personne ne vous parle plus du reste. Vous n’êtes plus bonne qu’à parler d’enfant, d’éducation et d’école.
    On peut avoir des enfants et être heureuse de rester chez soi – on peut aussi s’en occuper et continuer de penser – on peut …. c’est un équilibre personnel et familial. Je crois pouvoir comprendre tous ces choix d’équilibre qui ne sont d’ailleurs pas toujours immédiat.
    Mais je ne peux pas comprendre que l’on me juge parce que je travaille ou ne travaille pas. Et surtout, je ne peux pas comprendre que la même problématique ne se pose pas pour mon compagnon qui, à priori, a le même nombre d’enfants que moi et donc la même responsabilité.
    A tout hasard, avec une amie norvégienne qui assume un poste de cadre dans le pétrole à Trondheim : leurs acquis doivent encore être défendus au quotidien. C’est admis, compris en théorie mais non toujours spontanément appliqué dans la pratique.
    J’arrive un peu tard.
    Merci
    MAg

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.