« L’open space m’a tuer »

Par Alexande des Isnards et Thomas Zuber.

Un petit essai qui traite de la vie en (grande) entreprise des jeunes cadres entre 26 et 32 ans, dans le secteur de l’audit / de la communication / du conseil, par deux zozos profils Sciences Po, forcément, ça a fait tilt au niveau du vécu comme dirait l’autre. J’ai donc fait l’acquisition de l’opus. C’est vite lu, et il sera bien amorti je pense, puisque du côté de ma feurme, il vient de commencer un tour … de nos open spaces.

Pour aller à la conclusion, c’est assez déprimant.

Passé l’amusement de (se) retrouver dans un certain nombre de situations, dialogues, stéréotypes de pprofils professionnels, j’ai fini par sombrer dans une profonde apathie, avec cette lancinante interrogation, « mais alors, l’herbe n’est pas plus verte ailleurs« . Certes c’est un constat que l’on a eu chacun l’occasion de faire, en benchmarkant (comme on dit chez nous) les jobs de nos petits camarades de promo. Mais là, l’enchaînement des chapitres ne peut que vous amener à la conclusion que la vie des jeunes cadres modernes est une plaie, et quelques soient les stratégies d’évitement et de contournement, le système finit toujours par vous ratrapper … et vous bouffer tout cru.

Bien entendu, le propos (je pense) est la dénonciation du système et de ses petits (et gros) travers, et la caricature et l’exagération servent ce propos. Pour autant, c’est l’occasion de se questionner (une fois encore, puisque pour ma part, malgré le plaisir que j’ai à travailler, j’en ai ras le slip environ 2 fois par an) sur les basiques, qui suis-je, où suis-je, dans quel état j’erre ?

Travailler pour vivre ou vivre pour travailler,

Concilier vie privée et vie professionnelle,

Travailler plus pour gagner pareil, et de toutes manières pas avoir le temps de le dépenser,

La recherche du bon équilibre est permanente, et souvent frustrante. Le relativisme à tout crin fait parfois pousser aux anciens (nos parents en somme)  des cris d’orfraie, au son du « mais tu vas pas de te plaindre, tu as un job intéressant et bien payé, t’es pas au fond de la mine …. »

Gna gna gna.

Pour autant ils sont souvent très destabilisés par nos récits de la vie moderne en entreprise (dont mon fonctionnaire de père, qui n’a jamais fait un CV de sa vie). A cet égard, l’essai de des Isnards et Zuber est assez réussi, car il réussit à décrire de manière assez lucide et frappante comment se construisent les rapports sociaux, hiérarchiques et professionnels, au sein de l’entreprise. La bonne humeur et le positivisme comme dogme. La fausse détente des rapports hiérarchiques et la vraie pression sur les cadres inexpérimentés, mais tellement motivés. La responsabilisation à outrance, etc. C’est difficile d’expliquer parfois que sous la « coolitude » se dissimule une vraie violence des rapports humains, et des cas de souffrance, souvent cachés sous le tapis par des salariés trop désemparés pour trouver les moyens de se défendre (j’en parlais, incidemment, là).

Sans vouloir faire pleurer dans les chaumières, c’est donc une lecture que je recommande à ceux qui ne connaissent pas ces menus tracas (l’euphémisme est volontaire) de la vie moderne en entreprise. Pour les autres, ça ne console pas, mais bon, on se sent un peu moins seuls …

PS : sur le site qui a été ouvert, il y a quelques témoignages sur un forum, qui font écho au bouquin, et dont certains sont croquignolets ….

9 réponses sur “« L’open space m’a tuer »”

  1. Je n’ai pas lu le bouquin mais le forum est croustillant. Moi j’aime bien les open space, d’ailleurs je préfère, je n’aimerais pas être seul dans un bureau. Le bruit ut gère et j’arrive à m’isoler mentalement.
    Quand à la vie de l’entreprise, bein oui, ce n’est pas drôle tout les jours, il parait même que c’est pour ça qu’on ne paye.
    En gros, je n’aime pas trop ce genre de démarche littéraire. (car il faut bien lui donner un nom).

  2. j’ai eu une discussion sur l’open space ce samedi avec l’assistante parlementaire d’une députée qui avait instauré ça dans sa permanence.Je lui ai dit qu’alors que les boites commençaient à en revenir , certains politiques s’y mettaient pour faire moderne. L’open space est surtout un moyen de contrôle social et c’est pesant une fois les premiers mois passés.

  3. « de toutes manières pas avoir le temps de le dépenser »
    Eh, dis-donc, magagne ! t’as qu’à acheter des trucs petits qui coûtent la peau des fesses !

  4. À rapprocher des très bonnes réflexions du sociologue Jean-Pierre Le Goff dans La France morcelée sur les tendances contemporaines du management. Un essai fastoche à lire (même ma mère a réussi), avec un superbe chapitre aussi sur la dernière campagne électorale (celle où on a élu un nain à la fin, pas celle gagnée par un grand beau gosse cool).

    Moi qui n’ai jamais travaillé en open-space, j’ai toujours trouvé cette disposition symbolique de la prétention à abolir les distances, notamment hiérarchiques, et à favoriser la confusion entre la sphère privée et la sphère professionnelle. Le déni d’intimité rend vulnérable, et moins les rapports hiérarchiques sont explicites, plus ils sont source de malaise.

    Il faut rajouter « où courre-je? » à la liste des questions basiques. Surtout quand on fait un boulot comme le tien (NB. Ne pas prévoir de déplacement en province jeudi).

  5. Merci pour ce compte-rendu distancié et très intéressant. J’avais lu plusieurs critiques sur ce livre. Là, je crois que je vais vraiment aller le lire !
    Personnellement, j’ai travaillé une seule fois en open space au début de ma vie professionnelle et j’en garde plutôt de bons souvenirs car nous étions une bonne équipe (jeunes à l’époque !) et on s’amusait bien. Certes la boss était aussi sur le plateau mais dans un coin et donc, nous avions mis sur pied des techniques élaborées pour glousser discrètement. Plus sérieusement, au niveau de la communication et des échanges d’information, c’était un vrai plus. Le point négatif : les coups de fil où tout le monde t’entendait, c’était bloquant au possible. Et pour la concentration, pas optimale non plus. Mais bon, au final, je garde de bons souvenirs de cette période.

  6. Yo Sasa.
    Tain, je vais t’offrir un brownie la prochaine fois qu’on se voit au bureau car là t’es en bad !

  7. Sinon mon conseil si vraiment le monde de l’entreprise vous sort par les yeux, venez bosser dans l’humanitaire et l’associatif!! Super mal payé mais c’est le pied! ;o))

  8. Bonjour,

    Ce que tu dis là, révèle plusieurs problématiques : l’incompétence économique et sociale des pontes de l’entreprise ainsi qu’une forme de dérégulation post-moderne des acteurs civils. N’est t-on pas, en France, nés citoyens avant d’être pour certain salariés ? Les droits fondamentaux ont parfois cédés le pas aux objectifs mercantiles ou systémiques. C’est regrétable d’un point de vue éthique et c’est catastrophique sur le plan économique et social tel que la crise le démontre de manière virulante aujourd’hui. N’est-ce pas à la génération des trentenaires de prendre leur part de responsabilité dès aujourd’hui et notamment pour ceux qui sont en poste ? Je ne suis pas un donneur de lecon mais un simple observateur de notre société. S’imposer va de soi face à la déliquescence de notre système sociétal. Je te souhaite donc du courage et même plus, la meilleure stratégie étant toujours celle du long terme.

    W

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