Sexisme ordinaire au travail

J’en ai parlé ici à demi mot cette semaine, j’ai subi cette semaine un moment professionnel assez difficile. Encore une fois, je ne peux en raconter grand chose sans réveler des aspects de mon travail que je ne souhaite pas exposer. Il faut juste savoir que l’intégrité et l’objectivité d’un audit que j’ai réalisé (avec une équipe autour de moi) ont été remis en cause, devant une assemblée partiellement partisane, et qui a utilisé des moyens détournés pour essayer de déstabiliser mon équipe et son travail. Les méthodes employées m’ont révulsé, mais j’étais tenue à un droit de réserve devant la dite assemblée. J’ai serré les dents, courbé l’échine, laissé passé l’orage, mais il a fallu que je quitte à un moment la séance pour décompresser (petit euphémisme pour dire que j’ai lâché les vannes grave).

Bref, à la suite de quoi mon chef, ainsi que d’autres personnes présentes dans l’assemblée, m’ont rassuré sur mon intégrité, la qualité du travail de mon équipe, et gna gna gna, mais j’étais tout de même assez destabilisée. Même si en l’occurrence ce n’était pas moi qui était remise en cause personnellement, j’ai mal vécu toute cette histoire. Je suis une bestiole susceptible et parfois je prends un peu trop les choses à coeur.

Hier, j’ai reçu un mail de ma secrétaire, qui m’a informée qu’un des chefs d’entreprise présent lors de cette pénible séance m’avait envoyé un MAAAAAAGNIFIQUE bouquet de fleurs par porteur au bureau à Lyon. Bien entendu, en bonne midinette, j’ai d’abord rougi jusqu’aux oreilles. Et après, je me suis sentie quelque peu mal à l’aise.

A première approche, c’est une attention délicate. Il a bien compris que j’avais mal vécu cette séance, que ça avait été un moment difficile, et a marqué par son geste sa solidarité, sa compréhension. Mais voilà, il m’a envoyé des fleurs. J’aurais été un homme, il m’aurait passé une bourrade dans le dos, payé un coup à boire, et basta. Et des fleurs, là, ben ça me gêne. Parce qu’on offre pas des fleurs à une relation de travail. On offre des fleurs à une femme. Et moi, ça me gonfle d’être considérée comme une femme dans mon travail. Mais c’est de ma faute, parce qu’en montrant ma sensibilité (toute féminine bordel), que je prenais à coeur une question qui aurait du rester professionnelle, hé bien c’est moi qui ait ouvert la porte à un traitement sexiste de ma personne.

Fait chier quoi.

Je préfère boire des bières plutôt que recevoir des fleurs. D’une relation de travail, et non d’un homme (oui parce que si l’Epoux me paye une bière pour la St Valentin, je risque de le prendre assez mal).

14 réponses sur “Sexisme ordinaire au travail”

  1. Ah ouais, je te comprends…ça me rappelle une époque (qd je bossais, où moi et ma collègue, on nous présentait comme « les plus beaux sourires » du service ! J’avais envie de répondre « pourquoi pas les plus beaux culs pendant que tu y es…sale con ! »

  2. Bon, en première approche, il faut juste penser que c’est *un peu* maladroit;
    le sexisme est tellement ancré dans les esprits, que la meilleure intention n’est pas forcément la bonne !
    Je trouve vraiment intéressant que tu t’interroges sur le fond du cadeau qui t’es fait, mais malgré tout ce qu’on voudra mettre comme lois, bonne volonté, pour établir la parité, ben .. on est des animaux, des animaux sexués. Est-ce qu’il faut vraiment chercher à revenir là dessus ?
    Et puis en admettant que ledit offreur de bouquet soit mignon, tu te serais peut être pas posé tant de questions, les hormones féminines auraient peut être pris le dessus 😉

  3. Ce que je trouve intéressant dans ton billet, c’est que tu parles à la fois du bouquet plutôt déplacé, et du fait que tu avais montré ta « sensibilité (toute féminine bordel) ».

    Je me mets à la place du mec — plus facile, j’en suis un. J’ai senti que la réunion t’avais affectée, destabilisée, même. Mettons que je me sois dit « merde, ils y vont trop fort ces cons: elle a même dû sortir, si ça se trouve elle a pleuré dans les chiottes un bon coup ». J’aurais bien voulu te croiser deux secondes à la fin de cette réunion, te serrer la pince avec chaleur avec un mot sympa (« ne vous sentez pas coupable, vous avez fait du très bon boulot et ne méritez pas ça »). Seulement toi, tu as déjà filé, pas tellement désireuse de prolonger la séance. Mettons même que j’aurais voulu te proposer d’aller boire une bière (mais est-ce que ça ne serait pas déjà de la drague déguisée? au moins un petit soupçon que ce soit le cas?). De toutes façons c’est mort, tu es partie.

    Là, deux solutions. Je laisse tomber, ou pas. Et comme je me sens mal pour toi, j’essaie de faire un geste après coup. Nouveau dilemme: je lui envoie un pack de bière, ou un bouquet de fleurs?

    Non, la bière, ça fait beauf, ou bien elle va croire que je lui recommande de se saoûler la gueule pour oublier. Reste les fleurs. Bordel, ça fait toujours plaisir, non, les fleurs? J’envoie le bouquet, sans plus. Je ne mets pas mon n° de portable dessus, j’ai pas un plan, je veux juste rétablir un peu l’injustice d’une situation que j’ai cruellement ressentie.

    Suis-je un macho sexiste? Devais-je me résoudre à ne rien faire, au risque de me solidariser avec les cons? Et puis, des fleurs, j’en donne chaque année à ma secrétaire (qui, de toutes façons, ne boit que de l’eau d’Evian), et qui pourrait être ma mère. Ou plutôt ma belle-mère.

    Enfin, je dis ça je dis rien: je n’ai pas de secrétaire, je n’ai jamais affaire à des consultant(e), et je n’ai jamais envoyé de fleurs à une étudiante qu’on aurait injustement planté aux examens. Mais quand même.

  4. @ erwan : c’est ça la meilleure partie de l’histoire => le gars en question, il est très très beau garçon !!

    @ chevreuil : COMMENT TU SAIS QUE J’AI PLEURé DANS LES WéCéS ?? ouiiiiin

  5. Je te trouve un peu dure avec toi « mais c’est de ma faute, parce qu’en montrant ma sensibilité… » eh on n’est pas des robots ! Même si les fleurs ça fait bizarre dans une relation pro j’en conviens, ne t’en veux pas d’être telle que tu es !

  6. Ne me dis pas que tu es à Cayenne en plus 😀

    Dès que je rejoins mon 7ème arrondissement avec grand plaisir, en attendant je boirais un ti punch à ton don de double vue !

  7. Hélas, depuis la suppression du bagne, mes chances d’aller un jour à Cayenne ont chuté au plus bas.

    Avec ton histoire de fleurs, j’avais perdu de vue le « détail » de ton voyage en Guyane… Forcément, ces trucs-là, ça dure plus longtemps qu’une mission à Ambérieu.

    Surtout, pas de glaçon dans le ti punch, ça tue le goût (oui, comme j’ai le don de double vue, j’ai bien vu que tu t’apprêtais à mettre un glaçon).

  8. huhu.
    bon.
    quand j’ai lu ton billet, j’étais un peu énervée, et j’attendais de mettre de l’ordre dans mes idées pour venir laisser mon grain de sel.
    mais voilà, ya des gens qui ont un cerveau plus rapide, et je remercie donc Chevreuil transi d’avoir traduit exactement ma pensée.
    je ne vois pas le problème de jouer sur les DEUX tableaux : ta sensibilité, tu la revendiques ! bah alors, si ça se trouve tu te serais sentie draguée de façon éhontément déplacée si on t’avait offert de boire un buck : genre tiens, elle est à terre, on pourrait s’la faire, mmh?

    faut pas demander le beurre et l’argent du beurre, en plus des seins de la crémière : on est tous des humains, parfois homme, parfois femme, pourquoi vouloir changer cet état de faits et te faire traiter comme un homme ? c’est du féminisme à l’américaine et ça m’horripile.

    (sans rancune 😛 )

  9. C’est le genre de choses insoluble.
    Ma première épouse, qui avait viré au féminisme pur et dur, m’a dit un jour où je lui tenais la porte : « La galanterie est le début du machisme ». Bon, j’ai pris note.
    Mais quand ensuite je lui lâchais la porte dans la gueule, elle n’était pas contente non plus…

  10. hmmmmm … et en plus tu ne peux même pas en profiter de tes fleurs! je me demande si c’est pas fait exprès (quand même) … 😉

  11. Il n’y a rien de pire que de sentir ses foutues larmes monter et ne pas réussir à les contenir, alors qu’on voudrait réagir en professionnelle maîtresse de soi. Je compatis, vraiment.
    Et je partage ta gêne vis à vis du bouquet « traitement spécifique », mais bon, on ne change pas le monde en un jour, il faut juste se dire que c’est un geste gentil.

  12. t’as raison, c’est chiant cette attitude ringarde de voir les femmes uniquement comme femme au boulot.c’était le sens de mon billet « vous m’êtes indifférent » de l’autre jour.Sinon aux fleurs du malt à saxe ils ont des bières si bonnes qu’on peut (preque faut pas déconner) les offrir pour la saint-valentin.

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