Big up Lizzie.

30 août 2009

Vu chez The Sartorialist.

Glamour US a donc fait mieux que ELLE (sont forts ces américains).

The Sartorialist, je le suis régulièrement, et je « m’étonne » toujours de n’y découvrir que des belles filles filiformes, soit disant shootées au hasard dans la rue. A croire que seules les lianes savent s’habiller (mais c’est évident qu’à certains égards c’est plus aisé de se vêtir avec goût quand on fait du 34 plutôt que du 46).

Dans cet article il dit (en guise de dédouanement à première vue) :

When I am shooting on the street ,older women and larger size women often say « no » to my request to shoot them. Actually, much more than any other category of people I shoot. I think they have a deep but real suspicion about how the image will be used. I also think there continues to be a growing disconnect between the fashion community and « average » women in general.

(Je traduis approximativement : Quand je photographie dans les rues, les femmes plus âgées et celles plus enveloppées / plus larges refusent que je les shoote. D’ailleurs, c’est cette catégorie de personnes qui m’opposent le plus un refus. Je pense qu’elles ont une profonde mais bien réelle suspicion sur la manière dont leur image sera utilisée. Je pense aussi qu’il continue d’exister une déconnexion de plus en plus profonde entre la communauté de la mode et les femmes « dans la moyenne ».)

Sur le dernier point, c’est un euphémisme. La mode et la vraie vie sont complètement déconnectés, c’est bien pour ça qu’on peste aussi régulièrement sur les magazines féminins (tout en continuant à en faire une référence, bien entendu).

L’autre problème qu’il évoque, le refus de ces femmes de se faire prendre en photo parce qu’elles craignent de ne pas être mises en valeur, est bien plus grave à mon sens. Si elles ont cette crainte là (et je m’y associe en partie, mais en partie seulement), c’est parce que simplement le pli (comme celui que l’on voit très distinctement sur cette photo de Lizzie) n’est pas acceptable dans l’esthétique contemporaine, n’est pas jugé beau.

Et souvent, quand on essaie de rappeller à l’abruti moyen que les plis / les formes / la rondeur ont été jugés par le passé esthétiques, on est obligé d’évoquer de très vieilles sources, genre les odalisques (parce que non, Botero, c’est pas beau). Et que c’est beau / émouvant / touchant / désirable, pas seulement parce que ça évoque la bonne santé, la mère nourricière, mais parce que ça l’est, point.

Mais j’espère bien avoir l’occasion très bientôt de prouver cela.

(Je vous raconterai aussi Rock en Seine, mais quand ça sera fini, là j’y retourne …)

Edit de lundi : un post de Maïa que je trouve en résonance avec celui-ci. J’essaie de répondre aux commentaires dans la journée (je suis pas d’accord.)

10 Réponses En laisser une →
  1. août 30, 2009

    superbe photo. voila effectivement à quoi ressemble une femme normale et on n’aimerait que ça se sache dans les magazines.

  2. août 30, 2009

    Viva les femmes profondes!

  3. août 30, 2009

    Bonjour, ça me plait bien votre sujet. Hop! Je l’emmène chez moi dans mon vent des blogs du dimanche soir

  4. Dwormiller permalien
    août 31, 2009

    « quand on essaie de rappeller à l’abruti moyen que les plis / les formes / la rondeur ont été jugés par le passé esthétiques »

    On n’en sait rien. Les sciences sociales n’existaient pas avant Durkheim et on en est réduit à faire des inférences à partir de tableaux ou de textes. Les peintres vivaient de commandes.

    Ce qui est sûr, c’est que les fluctuations ne sont pas énormes entre les canons esthétiques des cultures connues. Les statues grecques ne sont pas très différentes de ce que la majorité des gens trouvent attirant aujourd’hui (tablettes de chocolat pour monsieur, et disons un 85-70-85 pour madame).

    L’obésité de la femme n’a jamais été attirante, ne serait-ce que parce qu’elle brouille la lecture de sa fécondité et qu’elle est associée à des grossesses multiples.

    Souvent, lorsque la rondeur est mieux acceptée par une société, ce n’est pas pour des critères esthétiques proprement dit, mais parce qu’ils signalent l’opulence de l’individu. Ce n’est pas séduisant en soi, mais ça permet de faire un calcul sur la situation de la personne. C’était comme la Rolex d’aujourd’hui: regarde, j’ai du fric. Aujourd’hui c’est un mauvais calcul. Dans les sociétés occidentales, les gros sont moins riches que les minces en général.

  5. août 31, 2009

    @ olympe : tu as raison de parler de femme normale (j’en étais même pas là …)

    @ jose : enhora buena :)

    @ zoe : merci

    @ Dwormiller : merci pour le recadrage historique, toutefois je suis un peu gênée par cette phrase « L’obésité de la femme n’a jamais été attirante » => faut il avoir un prisme de lecture bien déformé pour juger que la photographie ci dessus est celle d’une femme obèse !

    Par ailleurs, étant de mère kabyle, je ne connais que trop bien l’assimilation entre bonne santé / oppulence / réussite, et elle est globalement averée. Toutefois, les « grosses » restent plus sévèrement jugées que les « rondes ».

    Par contre, sur le dernier point, à ma connaissance, le lien minceur / richesse est corrélé à la capacité de ceux là à se nourrir de manière plus équilibrée que les pauvres (même s’il paraît que c’est un faux prétexte, et qu’il est moins onéreux de manger des légumes et fruits du marché qu’au fast food).

  6. août 31, 2009

    Je m’apprêtais à en recauser dans la semaine, des femmes normales, je mets ton post de côté !

  7. Dwormiller permalien
    août 31, 2009

    Hello,

    Non, elle n’est pas grosse. Je revenais d’une visite sur le site de la National Association to Advance Fat Acceptance (NAAFA) (http://www.naafaonline.com/dev2/) et j’avais mes lectures en tête.

    En fait je suis agacé par le culturalisme utopiste de certains syndicats communautaristes qui semblent convaincus qu’il leur suffirait de créer un ministère de la propagande tout puissant pour sculpter les esprits à leur guise.

    Par exemple la NAAFA explique qu’il faudrait insérer plus de « gros » dans les fictions, en les mettant dans des rôles valorisants où ils sont l’objet de désirs, afin d’habituer les gens à ne pas les discriminer et à comprendre qu’ils méritent tout autant le désir et l’amour que les minces. Au fond, le désir est culturel.

    Dans ce cas là il suffirait d’apprendre aux homos à « braquer » leurs désirs sur les personnes de l’autre sexe. On pourrait nous éduquer à désirer les vaches, plutôt que les hommes, etc.

    Les séropositifs tiennent exactement ce genre de discours, les féministes aussi. Ils ont l’air de croire en une malléabilité absolue du cerveau, grâce à la culture, grâce à l’éducation. Pour moi c’est de l’utopie. On n’a jamais réussi à rendre hétéro un homo en le sermonnant longtemps, en l’éduquant dans une société où l’homosexualité est taboue et absente de toute production culturelle, en l’obligeant à lire la bible.

    J’attends le jour où les personnes à faible QI se regrouperont en lobby pour exiger des quotas aux concours des grandes écoles, le jour où les hommes pauvres tenteront d’éduquer les femmes à ne pas les discriminer au profit des hommes riches, etc.

    Une explication possible, pour comprendre pourquoi les femmes des classes aisées sont plus minces et plus belles, c’est que les femmes les plus belles, quelle que soit leur origine sociale, choisissent généralement les hommes qui réussissent socialement, tandis que ces derniers sont attirés par celles qui sont jeunes et ont un corps de nymphette. S’il y a des déterminants génétiques à la corpulence (et il y en a), les critères de sélection du partenaire créent un flux génétique qui fait remonter la beauté vers le haut par le biais des femmes.

  8. août 31, 2009

    Belles? Laides? Grosses? Minces? Est-ce que tout dans ce monde n’est pas rélatif? J’ai toujours entendu dire que la beauté est dans les yeux de celui qui regarde.

  9. septembre 5, 2009

    La beauté est aussi dans le regard, ô combien critique, que nous portons sur nous mêmes

  10. Eupa permalien
    janvier 29, 2010

    Très belle photo. Etant étudiante en art, je peux garantir a Monsieur Dwormiller que l’association de la femme ronde et pulpeuse à l’érotisme n’est pas le fruit des commandes, mais bien d’un idéal féminin en vogue à l’époque. De plus, et ce n’est que mon point de vue, je préfère faire des photos de femmes ayant des formes ( beaucoup plus que sur la photo ci-dessus ) que de socafitchs ou de maigrichonnes, sur lequelles la lumière n’accroche pas. Je ne ressens aucune émotion à prendre en photo des femmes correspondant aux canons de beauté actuels, je ne peux pas faire d’effet de lumière, de formes, ni faire ressentir la désir et la féminité. Dommage que les images véhiculées soit en grande partie le fait d’hommes, qui croient être à même de donner à la gente féminine actuelle un modèle à atteindre. Notre société se targue et se vante de ses concepts de liberté et de tolérance pourtant de nombreuses femmes souffrent de ne pas correspondre à cet idéal, elles sont jugées, moquées et certaines formes de violences, comme la violence psychologiques sont aussi intolérables que la violence physique. Quand au fait que les femmes  » belles » sont plus attirés par les hommes qui réussissent, cela démontre une vénalité et un non-respect de soi profond et qui me dégoute. Je me considère comme étant une femme normale, belle et attirante et pourtant je ne suis pas attirée par les hommes riches car je considère que je vends pas mon corps à un carnet de chèque ou à une carte bleue.
    La mise en place d’une modèle féminin idéal créé pour les hommes est un totalitarisme violent, qui ne vaut pas mieux que l’imposition du voile dans certains pays. Certes, nous ne les couvrons pas, mais nous nous permettons de leur dire comment s’habiller, comment penser, comment être, et comment baiser. Sur ce je suis déçue par votre point de vue somme toute masculin.

    Une étudiante en art qui préfère photographier des vraies femmes, pleines de vie et qui ne rechignent pas devant un kebab.

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