Le passager clandestin (c’est moi)

Aujourd’hui, j’étais en formation. Pour une fois en tant que bénéficiaire de celle-ci (oui parce qu’il m’arrive de former des gens). L’avantage majeur des formations dans le cadre professionnel c’est qu’elles n’ont plus le côté pontifiant et académique des études scolaires / universitaires. Nous sommes avant tout réunis entre personnes exerçant à peu près le même métier, et désireux d’échanger sur nos pratiques, expériences, difficultés. Le formateur est généralement issu de la branche, diffuse quelques bonnes pratiques, et nous fait « accoucher » de solutions plutôt que de nous les plaquer.

Quand j’ai commencé à travailler, ces formations pro m’horripilaient. J’avais l’impression de participer à des discussions « café du commerce » et ne rien apprendre. J’ai un peu grandi (comment ça on dirait pas ?), et j’arrive mieux à tirer parti de ces moments, somme toute assez rares, où nous avons l’occasion de prendre un peu de recul sur nous-mêmes et nos comportements.

Lors de cette session (qui portait sur les techniques de vente, youhouuu), le formateur nous a demandé de nous présenter, et d’évoquer un trait de caractère. J’étais parmi les dernières à prendre la parole, et la majorité des participants ont abordé leur difficulté à se positionner en « commerciaux », à vendre une prestation. Certains ont même évoqué leur gêne à devoir « se prostituer » au travers de démarches commerciales un peu offensives (ça va faire plaisir à tous les commerciaux de France et de Navarre ce genre d’assimilations).

Pour ma part, j’ai abordé le sentiment qui me domine depuis que je travaille : celui d’être un passager clandestin au sein de mon entreprise. Entrée comme stagiaire il y a presque 10 ans, je n’ai jamais cherché d’emploi. J’étais au bon endroit au bon moment. J’ai été recrutée dans la foulée du stage, et depuis, j’ai gravi gentiment les échelons, sans trop de difficultés, même si au prix d’un investissement personnel assez important. Conclusion, parfois, j’ai du mal à me sentir légitime d’occuper le poste que j’occupe, me sentant comme un resquilleur passé entre les gouttes du système. Bien entendu, je ne recherche pas là une quelconque flatterie. Je me doute bien que je ne suis pas là (totalement) par hasard. Mais il reste qu’en fille du sud (et victime d’un complexe d’infériorité latent, qui contraste d’autant plus avec l’arrogance suffisante de pas mal de mes comparses issus d’écoles de commerce, cénacles où on apprend bien aux élèves à se gargariser de leur valeur, avérée ou pas), j’accorde une grande place à la chance et au hasard.

Plus tard dans la matinée, nous avons été soumis à un cas pratique, et un jeu de rôle, où je me suis confrontée à l’animateur, qui jouait le rôle d’un client particulièrement difficile. Je me suis fait allumer la tronche pendant la simulation : trop technicienne, pas assez empathique, voulant à tout prix proposer une solution avant d’avoir réellement écouté les besoins du client. La looze quoi.

A table, je me suis retrouvée à déjeuner à côté de l’animateur, qui en a profité pour me faire un débrief plus individuel (alors que j’étais pourtant bien occupée à écluser un Côte du Rhône de fort bonne facture). Il est en particulier revenu sur mon langage corporel, et ses contradictions (qué contradictions ? je suis la logique faite femme pourtant). Il m’a fait remarquer qu’autant j’étais très expressive, démonstrative dans les gestes (je parle avec les mains), autant j’étais fuyante dans le regard, et que cela n’inspirait pas du tout confiance. Effectivement, il a raison. Autant je n’ai pas de souci à prendre la parole devant des assemblées, même (souvent) hostiles, autant le face à face me déstabilise beaucoup, et souvent je ne regarde pas les gens dans les yeux. Je sais que c’est profondément désagréable pour mon interlocuteur, mais généralement, plonger mon regard dans celui (ou celle) qui me fait face me donne l’impression de pénétrer (et de me faire pénétrer) dans une sphère beaucoup trop intime. Du coup, j’ai  tendance à regarder sur les côtés, pour éviter la confrontation. Parce que je pense très fort que mon incompétence va se lire au fond de mes yeux (alors qu’en fait il suffit de compulser les rapports que je ponds, hé hé). Le miroir de l’âme quoi …

(Je vous laisse, je vais m’allonger sur le divan.)

7 réponses sur “Le passager clandestin (c’est moi)”

  1. 1) Personne n’est parfait
    2) Fixe ton interlocuteur d’un regard flou (style myope), tu ne le verras plus, et il aura l’impression qu’il est transparent, que tu vois beaucoup plus loin que sa personne.
    3) Un formateur DOIT critiquer, c’est la justification de ses émoluments ! Sinon à quoi servirait-il ?

  2. Intéressant ce que tu racontes. J’ai eu le même genre de parcours que toi précédemment (dans un autre domaine tu le sais) et pendant 11 ans j’ai eu la sensation qu’on allait finir par me démasquer.
    Je suis partie de mon plein gré, je n’ai pas encore tout résolu mais je commence à tomber le masque. La confrontation avec « l’extérieur » quand on est resté longtemps dans une boite peut être cruelle mais je m’en serais voulu de ne pas le faire.
    Ne te méprends pas, je ne suis pas en train de dire qu’il faut que tu quittes ton job… mais juste que tes impressions sont, à mon avis, largement partagées.

  3. Je pense que j’ai la même attitude: expressif avec les mains mais ensuite ne regardant pas en face.
    J’ai fini par m’expliquer ça d’un côté en me disant que quelque part j’ai des restes de loup: regarder en face est un signe d’aggressivité!
    D’un autre, quand je fais l’effort de regarder dans les yeux, c’est que je suis en écoute et mes gestes disparaissent ou alors juste les gestes que j’aurais fait à la place de mon interlocuteur en disant ce qu’il vient de dire…

    Bon, c’est encore pire dans des discussions techniques: je ferme les yeux pour me concentrer sur les diagrammes que je vois dans ma tête…

  4. Hello, j’ai le même parcours que toi dans une big pharma et, en tant que négociateur, j’ai suivi pas mal de formations en négo et ce genre de joyeuseté et cette année je vais travailler ce qu’on appelle la PNL (programmation neuro-linguistique ou langage corporel – ouais ça se la pète à mort).

    Juste pour dire qu’en bossant le langage du corps se maîtrise et que tu peux vraiment en faire ce que tu veux pour passer les messages que tu veux mais aussi décrypter l’autre. C’est pas une « science » mais c’est rudement pratique 🙂

    My 2 cents donc

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