La journée des petits collants rouges

Ce matin, je me suis habillée tout de noir (comme souvent quand j’ai rendez-vous avec mes très chiants sérieux clients). La seule « touche de fantaisie » (damned, faut que je lutte contre ma tendance à m’exprimer comme ma grand-mère) ce sont quelques bijoux berbères, et des collants de couleur.

Là, j’en avais choisi des rouges tramés. Ils sont de toute beauté, si si.

(En fait, au départ, j’en avais choisi d’autres, des plus « wild », à motifs panthère, mais l’Epoux a dit que c’était too much. Enfin très précisément il a dit « je vois pas pourquoi tu veux t’habiller comme une couguar de 50 piges ».)

J’ai pris mon TGV préféré, le Lyon Paris de 7 h 30, celui où je suis souvent la seule femme dans le wagon de première, ou la seule femme de moins de 50 ans. (Des fois, je fais des cauchemars du genre viol collectif, heureusement que la voyoucratie en col blanc est tout aussi peu réveillée que moi à ces heures indues). Las, le train a eu plus de 30 minutes de retard. Arriver Gare de Lyon à 10 h 05 quand tu as une réunion à 10 h à Issy les Moulineaux, c’est ballot.

Merci la SNCF.

A la sortie du TGV, ruée sur les taxis. Je me décide donc à faire la queue pour un taxi moto (environ 30 fois moins de personnes qui attendent, mais c’est normal, ça facture 3 fois plus cher). Quand mon tour arrive, le motard considère d’un air circonspect ma tenue de combat. Les escarpins haut perchés, les collants rouges, la robe, l’imper, le sac à main et le sac à dos. Même pas peur. J’enfile la charlotte, le casque, le blouson et les gants de protection, et m’enfourche sur la bête. C’est là que je me rends compte que deux japonaises, dans la queue des taxis, me prennent en photo consciencieusement. Elles me jettent des coucous ravis.

Mes collants et moi sommes des stars.

Par contre, ça meule sévère, mais ça n’a pas d’importance. Parce que je profite ainsi de ce que je préfère à Paris depuis que j’y ai goûté il y a fort longtemps, quand j’avais 18 ans et un petit ami avec une grosse moto (et j’ai eu le droit à une petite resucée avec Mry pour notre Safari Urbain) : traverser la ville en deux roues. Il n’y a rien qui ne me rendre plus euphorique que de me faire promener dans Paris les cheveux (et pas qu’eux) dans le vent. Zigzaguer dans le flux des voitures, tout en ayant le temps d’humer les rues, mater les gens, voir défiler vitrines et monuments, de jour comme de nuit, c’est un spectacle qui me ravit. Je pense que si un jour je suis amenée à revivre sur Paris, je délaisserais volontiers le métrokipu pour un deux roues.

Quais de Seine, Notre Dame, Tour Eiffel, les immeubles défilent, tendrement éclairés par la lumière du matin, je sens la morsure du vent et du froid sur mes jambes, les collants frissonnent, le duvet se hérisse. Je serre les cuisses, mais ça s’engouffre quand même, jusque sous la jupe. Ces motos sont trop larges, quand tu serres les cuisses, c’est contre la machine, moi ce que j’aime c’est enserrer les hanches du conducteur, mais là, ça se fait pas ….

Quand j’arrive à destination, j’ai oublié que j’ai presque 45 minutes de retard. Mes mains ont pris sous les gants la couleur de mes collants, mais je me sens légère, heureuse de m’être offerte cette ballade. Quand j’entre dans la salle de réunion, les débats ont commencé, je salue d’un signe de tête le président de séance, je sais que je suis à peine recoiffé, les joues en feu, les yeux brillants. Mais je m’en fous.

Quand je reprends mes esprits, que j’entre dans les débats, mon voisin me glisse, « alors, le petit chaperon rouge arrive en retard ? » …. Aaaah, tiens.

Plus tard, quand vient mon tour de présenter mes conclusions, je suis debout à côté du vidéo projecteur à faire défiler mes slides pour les expliquer. Campée sur mes deux jambes, devant cette assemblée, je les sens, ces regards sur mes jambes rouges. Plus tard, lorsque chacun défile pour me saluer, plusieurs, femmes et hommes, font une petite allusion à mes collants. Mine de rien. Jubilation.

Tout ça pour dire quoi finalement ?

Depuis quelques temps, j’essaie de mettre en application une petite philosophie personnelle. Sans utiliser de grands mots disons plutôt une petite hygiène de vie. Inspirée notamment de ce que je lis chez Christie, une blogueuse qui parle – entre autres – de l’importance dans sa vie d’un certain nombre de petites choses, gestes quotidiens auxquels elle prête un soin particulier. Que chaque journée soit en quelque sorte éclairée par un plaisir personnel, même tout petit, insignifiant. Philippe Delerm appelle ça la première gorgée de bière (mais bon, en ce qui me concerne, compte tenu de ma propension à l’alcoolisme mondain, social et de compensation, si je peux éviter de picoler pour éclairer ma journée, cela vaudra mieux ….). C’est un peu de la philosophie de comptoir tout ça, mais moi ça m’aide (un peu).

Je suis une petite grande fille (globalement) gâtée par la vie (j’obtiens souvent ce que je souhaite, sachant que je me donne aussi les moyens d’y arriver, mais la chance y est pour beaucoup, comme toujours), mais cela s’est corrélé au fil du temps par une forme d’impatience, de frustrations que j’ai du mal à maîtriser quand je me sens impuissante. Parce que concrètement, ce que l’on veut, pour soi, les siens, ne dépend pas que ce que l’on est capable de mobiliser comme énergie pour l’obtenir. Les obstacles existent, la nature à ses droits (oui, un jour on va tous mourir, paraît-il, mais j’ai encore du mal à réaliser), et on ne force pas le désir d’autrui (c’est un peu confus ? c’est normal). Du coup je m’emporte, je m’énerve, je conspue, je cherche des coupables. Je me disperse et je m’épuise, et j’ai peur de m’aigrir (en deux mots hein, parce que maigrir, ça par contre, c’est bien un truc sur lequel j’ai du mal à mobiliser ma soit disant volonté d’acier).

Alors je cherche au quotidien à éviter ces emportements, ces aigreurs non productives par la recherche d’un petit plaisir hédoniste et éphémère. Ecouter une chanson qui me plaît. Faire un petit massage à l’Héritier en le sortant du bain. Ecrire un long mail à une amie que je n’ai pas vu depuis longtemps. Appeler ma mère (oui, moi ça me fait plaisir), juste pour prendre des nouvelles. Acheter un bouquin dont j’ai entendu parler à l’Epoux, parce que je sais qu’il lui plaira. Un truc gratuit, pas vital, mais qui me procurera une satisfaction immédiate. Ca ne marche pas à tous les coups. Mais là, par exemple, aujourd’hui, c’était pile poil bon. La ballade en moto, qui m’a permis d’oublier de stresser parce que j’allais arriver avec 45 minutes de retard à une réunion importante. Les collants rouges, qui ont distrait les japonaises, ont fait sourire mes clients, et détendu l’atmosphère.

(Même si là, le TGV de retour est aussi annoncé avec 20 minutes de retard, et qu’il va peut être falloir que j’aille en voiture bar pour un autre plaisir compensatoire. Genre une bonne bière, au hasard.)

PS : je me suis achetée une (autre) paire de collants DIM qui soit disant ne compressent pas le ventre => mensonge ! Ils sont comme tous les collants, ils gainent tout, y compris le ventre. Point barre (j’attends de voir les posts sponsorisés / avec collants offerts, qui diront le contraire et je ME MARRE d’avance). Ceci dit ce sont de bons collants quand même.

13 réponses sur “La journée des petits collants rouges”

  1. Pas mal le périple, et je n’aurais pas cu que dans un cadre « corporate » (Parisien en plus), una audace vestimentaire puisse être ausi bien acceptée…

    Par contre « le duvet se hérisse » (vers la 40ème lignes »), s’il était possible de préciser. Ca m’intéresse.

  2. Merci, merci 1000 fois des tests sur les collants dim….un peu plus et je me faisais avoir, en lisant les autres bloggueuses.
    par contre je suis preneuse de la marque de tes collants rouges.

  3. Super ton billet !
    J’adhère totalement à cette petite philosophie quotidienne que j’ai tendance à oublier et que je te remercie de me rappeler…

  4. On a beau dire, on a beau faire, il n’a pas tort l’Époux… Enfin, je dis ça, je dis rien…

  5. @ Pa : oué audace, mesurons les mots. Le reste c’était que du noir hein.
    Pour le duvet, que dire ? tu n’as pas de duvet sur les cuisses ? moi oui 🙂

    @ Nrv : mes collants rouges tramés c’est du DIM aussi, trouvés chez Carrefour.

    @ Bulles : merkiii (et pour la frange, crois moi, tu peux bénir ton coiffeur)

    @ Jérôme : tsss, zy comprenez rien à la mode ….

  6. Philosophie essentielle…
    Ne pas finir « vieille peau aigrie » et continuer à nous nourrir de tes mots, c’est bien tout le mal que je te souhaite.

    Fraiches bises

  7. Moi aujourd’hui, comme baume, j’ai sorti la bague pourrave et clinquante qui m’a souri toute la journée …. les collants rouges, j’aurais jamais osé. Faudrait déjà que je porte des jupes ! En fait dans ce genre de meeting, ça doit vachement en imposer, t’as carrément raison !

  8. Oh ça me rappelle une traversée de Paris à l’arrière d’un scooter, du XIIème vers la Défense, un dimanche matin assez frisquette… le mec fut vite oublié mais la ballade me restera longtemps en mémoire :o)

  9. NE TE PLAINS PAS DES COLLANTS QUI COMPRESSENT LE VENTRE !
    En effet, j’ai testé l’an passé les nouveaux collants dits « sans ceinture » pour davantage de confort.
    Tu les enfiles ; ils tombent nickel, pas le moindre serrement ni gainage ….
    Tu pars heureuse ; ils ont l’air faits pour toi, du SUR MESURE !
    Sauf que tu te balades, tu te balades toute la journée et arrive le moment fatidique où faute de ceinture, le collant est descendu, descendu, tellement descendu et tellement sans ceinture, qu’il finit….. AUX GENOUX !
    et il est tellement sans ceinture ce petit collant, qu’il emporte avec lui la petite culotte que tu avais pris le soin de mettre en dessous ….
    et là en pleine rue, tu te félicites d’avoir un manteau long ….
    histoire vraie

  10. Moi, en plus, c’est de lire votre site régulièrement, le soir, qui ajoute bonne humeur, sourire voire rire à mon existence. Bonne continuation.

  11. Coucou ! J’ai repensé à cette note en lisant ça :
    http://asset.rue89.com/files/Dresscode_F.pdf

    C’est un document édité par la banque UBS en Suisse à destination de ses salariés, que j’ai trouvé en lisant un article sur Rue89.

    C’est édifiant, tu verras, si tu prends le temps de le lire. Je me suis notamment attardée à la lecture sur les différences entre les directives données aux hommes et aux femmes…

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