Pourquoi ?

Dans un de ses posts, Valérie interroge la maternitude et la paternitude. Elle a raison de poser la question. Pourquoi interrogerait on toujours ceux qui ne veulent pas en faire. Pourquoi fait on des enfants ? (car 90% des femmes en font.)

Dans la soirée d’hier, alors que l’Epoux et moi épongions le vomi de l’Héritier (qui est donc vraiment très allergique aux desserts maghrébins plein d’arachides, on l’aura BIEN BIEN compris maintenant), pas certain que la réponse aurait été très avenante. Après, c’est une question difficile, ambivalente, pas évidente du tout. Y’en a même qui en font un blog. Pour ma part, je trouve la question d’autant plus intéressante, que je n’aime pas les enfants, et n’en ai pas voulu, spontanément, ardamment, depuis mes 8 ans. Je connais bien les gnomes. Déjà j’ai une soeur et un frère. J’ai un père prof et une mère instit, ça causait (et cause) souvent éducation et pédagogie à la maison. Et j’ai été animatrice en colonie de vacances, donc je m’en suis cognée des gosses, par wagons de 12. Les bébés, j’ai toujours trouvé ça mignon certes, mais je sais aussi que ce sont surtout des réservoirs infinis à caca et à vomi (et j’en ai eu la confirmation). Bref, aucun gâtisme de ma part, et aucun instinct de reproduction ou maternel. Que dalle de ce côté là. Donc quoi ?

1. Un conformisme

Soyons lucides. Je suis un enfant ainé, je suis donc très souvent dans le conformisme vis-à-vis des attentes de mes parents. Si si, testez sur vous / autour de vous, les enfants ainés sont souvent bien plus soucieux de répondre aux ardentes attentes de leurs parents que les suivants dans la fratrie. J’ai donc accompli un parcours de vie jusqu’à présent très proche de celui que des parents « normalistes » peuvent souhaiter pour leur progéniture : une enfance riante / une adolescence pas trop tapageuse / des études pas trop honteuses et raisonnablement longues / un travail à la sortie / une vie amoureuse accomplie et fructueuse / des enfants (Dieu que ma vie semble CHIANTE décrite comme cela, heureusement qu’on a mis deux ou trois de grains de sable dans les rouages hein). Et j’ai donc conscience que mon parcours de vie correspond en grande partie au souci que j’ai eu de ne pas décevoir ou de satisfaire des parents auxquels je suis très attachée.

Autre forme de conformisme, je suis issue d’une fratrie de 3 enfants, et j’ai vécu des années heureuses dans une famille où les parents étaient visiblement épanouis de vivre une vie de famille (ou alors faisaient bien semblant), et j’ai toujours été contente d’avoir des frères et soeurs, même s’il y a eu des phases de la vie où leur poids / leur présence était plus ou moins important ou encombrant. Alors il est naturel je crois que dans mon chemin de vie, celui de fonder une famille me soit apparu attractif, puisque mon vécu m’a toujours renvoyé une image positive des valeurs, des principes et de la « pratique » de la vie de famille. Je peux donc comprendre que des enfants de couples divorcés (au mieux) ou de parents malheureux ou maltraitants (au pire) aient une toute autre vision de l’enfantement et de la vie qui en suit. Par contre, j’ai eu une mère qui a passé beaucoup d’années au foyer, et qui m’a bien avertie contre les risques de cette configuration, et m’a toujours poussé à me hisser à hauteur d’homme, et me donner les moyens de défendre mon indépendance.

2. Un choix de vie … et un peu de chance

J’ai la grande chance (ou me suis donnée les moyens, on peut voir ça comme ça aussi, en toute modestie) de ne pas subir ma vie. Du moins pas complètement. Ce que je suis et ce que je fais (hors les déterminismes et conformismes que j’ai abordés juste avant) sont le fait de mon action … ou de mon inaction bien entendu. J’ai eu l’occasion de vivre en couple pendant plusieurs années, sans enfant, et sans que cela ne me manque. Ce sont des années que j’ai vécues avec bonheur (autonomie financière, sorties, démarrage d’une vie professionnelle avec salaire confortable, vacances, amis, …), et j’aurais pu continuer ainsi. MAIS, quand on commence à avancer dans la vie, dans un parcours personnel, qu’on commence à prendre la mesure du temps, et du temps qui passe (personnellement, j’ai vraiment pris conscience du temps, de la rapidité de son écoulement, et de ma propre finitude à 23 ans), on fait inévitablement le point sur les expériences que l’on veut vivre, et celles que l’on va laisser de côté, abandonner ou éviter. Pour ma part, à 23 ans, j’avais fini mes études, je commençais à travailler, j’avais un amoureux depuis déjà 5 ans, je vivais bien (matériellement et affectivement) mais j’ai eu un vrai questionnement sur ce qu’est une vie et ce que l’on peut / veut en faire. La première décision a été de quitter Paris. D’autres décisions ont découlé, plus ou moins conscientes ou volontaires, car je ne suis pas seule, et j’ai eu aussi la chance d’être avec quelqu’un qui partageait une vision / des valeurs proches des miennes. Faire des enfants a donc été une étape de ce chemin que l’on faisait ensemble, des expériences que l’on voulait avoir de cette vie terrestre. C’est pas tout de penser que l’enfantement et la famille font partie des expériences dont on a envie de goûter. Faut il encore trouver celui avec qui on la partagera. J’ai cette chance infinie.

3. Un épanouissement narcissique

J’ai donc fait le choix, et j’ai pu le réaliser sans trop de difficulté (techniquement parlant), d’avoir un enfant. Et puis deux maintenant. Pour autant, ça n’a pas modifié ma vision : je n’aime pas les enfants, de manière générique. J’aime les miens, ceux des autres sont toujours aussi relous et inintéressants à mes yeux (à quelques exceptions près). Par contre, je découvre dans le fait d’avoir des enfants un épanouissement très particulier, que je n’ai pas expérimenté ailleurs. Je ne sais pas si le qualifier de narcissique est approprié (dans le billet de Valérie, certains parlent d’effet miroir, ça doit être le plus approchant), mais en tous cas, fonder sa famille, avoir des enfants à soi, c’est construire une entité collective à façon (au sens façonnée). Et ça c’est cool. C’est donc assez narcissique, car cela permet de partager ta vie avec des personnes que tu as choisies (ton mec) et d’autres qui t’aiment et te ressemblent (tes enfants) (oui ton mec aussi t’aime). Et si on s’enrichit des différences, quand on a un minimum de narcissisme en soi (au sens positif du terme : confiance en soi et ce que l’on est), on a beaucoup de plaisir à vivre cette expérience unique, celle de fabriquer et faire grandir des petits d’hommes en les accompagnant et redécouvrant avec eux les menus plaisirs et aventures de nos vies humaines.

Qui un jour se barreront en  claquant la porte en vous traitant de vieille peau. Les petits cons.

10 réponses sur “Pourquoi ?”

  1. Ouah du sérieux c’matin pour mon p’tit déj…on fait pas des enfants pour qu’ils ramènent du fric à la maison ?

    Sérieusement, conformisme et narcissisme…tu ne deviendrais pas réac. toi ?
    Bienvenu au club…

    bon je pars faire mon jogging pour réfléchir à tout çà…

  2. Sasa, je t’aime. Moi non plus j’aime pas les gosses (des autres). Jouer avec eux (même le mien) me saoule grave. Et pourtant, mon ventre s’arrondit pour la deuxième fois… Pourtant, j’ai mis le frein au boulot pour eux (et sans regret aucun)… Mystère…

  3. C’est intéressant, ce que tu dis sur les aînés. Je ne m’étais jamais fait la réflexion, et pourtant tu décris très exactement ma situation d’aînée (mais je suis encore plus conformiste, puisque je peux ajouter à mon parcours personnel le mot « mariage ») !

    Pour le reste, la note de Valérie m’a moi aussi fait pas mal réfléchir, je fais partie de celles qui conçoivent qu’on puisse ne pas vouloir d’enfant, mais qui en ont « toujours » eu envie… sans vraiment s’expliquer pourquoi. En général, je trouve les arguments de ceux qui ne veulent pas d’enfant plus sensés que les arguments des autres. Sans doute parce qu’on te demande plus souvent de te justifier quand tu déclares ne pas en vouloir !

  4. Oh, tu as raison, c’est une bonne question ! Une excellente question ! En outre, j’aime beaucoup ta réponse, je n’ai jamais envisagé les choses de cette façon, mais ton troisième point, je m’y retrouve totalement.

  5. J’aime beaucoup cet article tiens. Et aussi, en te lisant, ici et là, je me sens souvent très proche de ce que tu avances, j’imagine qu’en ce moment nous avons des existences un peu parallèles. Ça, et les moustaches quoi.

    Par ailleurs, pas forcément le post adéquat, mais j’admire toujours la richesse et la précision de ton vocabulaire. Je le dis souvent à la moustache d’ici, j’en profite pour te le dire, c’est toujours mieux les compliments qui arrivent à leur destinataire.

    Je te laisse, j’ai urgence de glou ;).

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.