A géométrie variable

Ca y est, avec la reprise du travail, je me retrouve confrontée à mes démons : le centre commercial voisin (et ses boutiques de fringues tentatrices) versus mes formes post grossesse.

Positionnons mon profil actuel.

Entre « Fat » et « Pudgy » dirons nous. (« Pudgy » c’est qui se rapproche du pudding ?)

(Via Dwan.)

Bah, je sais bien, c’est comme il y a 3 ans, il va falloir un peu de temps pour apurer le passif. Ou pas. On verra. Sachant que pour moi le souci n’est pas tant le poids que la tonicité. Je me fais l’impression d’un gros loukoum (le sucre en poudre en moins) : rose, sucrée, grasse et légèrement bloblotante (en période de chaleur, c’est limite si j’ondule pas).

Ce midi, pleine  d’entrain et d’allant, je suis donc allée chez mon kiné favori pour démarrer la rééducation de ma sangle abdominale (= comprendre faire des abdos pour liquider la bouée certes confortable sur laquelle je pose la Dauphine pour sa tétée, mais peu compatible avec le port d’un tailleur pantalon). Las, lorsqu’il a constaté l’état de mon dos et de mes cervicales, il a remplacé la séance d’abdos par un massage des dites parties confites (je l’épouserais bien cet homme aux doigts d’or). Ca m’a soulagé (et mise K.O. pour l’après midi), mais ça ne résout pas la question de la sangle abdominale. Cette pute qui bloblote.

Sexisme, égalité dans le monde du travail et parentalité (mes thèmes de campagne pour 2012)

Une fois n’est pas coutume, je vais dire ici du bien de Laurence Parisot (roulements de tambours).

Depuis quelques semaines, la patronne du MEDEF s’exprime assez vivement sur les questions d’égalité homme / femme et de traitement du sexisme dans le monde du travail. Je suis contente qu’elle le fasse, à son niveau, car elle bénéficie tout de même d’une audience supérieure à la mienne quand je narre mes « petits contes du sexisme ordinaire » de cadre en entreprise. Elle donne un exemple d’ailleurs très concret (et banal à pleurer) de la manière dont elle même a pu être victime de sexisme lors d’un recrutement. C’est important qu’elle l’exprime ainsi, de manière franche et pragmatique, car c’est de mon point de vue la 1ère barrière à lever : le monde du travail (et le monde tout court j’ai envie de dire) reste hautement sexiste. Et il m’est de plus en plus insupportable de voir les haussements d’épaules amusés de ces messieurs lorsque l’on vient à émettre à haute voix que certains comportements ne sont pas admissibles, même au nom de la gauloiserie qui habite le commun des français (et pas la peine d’aller jusqu’à l’affaire DSK pour en entendre des énormes).

Au-delà du constat, il y a ensuite la question des mesures correctrices à prendre, si tant est que l’on souhaite y remédier. En faire un thème majeur de la campagne présidentielle à venir, pourquoi pas. Après tout, quand on voit déjà les remarques immondes qu’essuie Martine Aubry parce qu’elle est femme en politique, pas encore candidate, et celles qu’avait enduré Ségolène Royal, on peut se dire qu’elles auraient elles mêmes tout intérêt à prendre le macho par les cornes. De là à réclamer un Ministère en charge de l’égalité, je ne sais pas à vrai dire si cela sera d’une grande utilité pour faire avancer les choses. Pourquoi pas. Mais pitié, qu’on nous épargne le Grenelle de l’égalité entre les sexes (à mon sens, les Grenelle et autres débats publics à rallonge, ce n’est jamais que la traduction à grande échelle de notre goût immodéré et très français pour la réunionnite : beaucoup de tchatche, d’affichage, de concertation entre têtes plus ou moins bien pensantes, mais peu de résultats et mesures concrets). Laurence Parisot en émet quelques unes, de pistes.

Concernant les attaques sexistes dans la vie publique (publicité, débats publics), en tant qu’ancienne sympathisante des Chiennes de Garde, je ne dirais pas le contraire. De la même manière qu’aujourd’hui on ne tolère pas les remarques racistes et antisémites, je ne vois pas pourquoi il y aurait une plus grande mansuétude pour les remarques sexistes. Après, certains diront que c’est casser le thermomètre pour éviter la fièvre, et que ce n’est pas parce qu’on sanctionnera les injures émises que les incriminés n’en penseront pas moins. Tant pis. Il faudra bien qu’un jour, les hommes (au sens humanité, il y a bien des femmes pour casser du sucre sur leurs congénères, pas de souci) comprennent que traiter une femme de grosse pute n’est pas une licence poétique, bordel.

Concernant l’égalité dans le monde du travail, c’est un point plus difficile. Aujourd’hui, de la même manière qu’il existe une loi en politique sur la parité, les entreprises (au delà d’un certain nombre de salariés) sont soumises également à observer la situation comparée des hommes et des femmes (accès à des postes d’encadrement, rémunérations à postes équivalents), et à corriger les écarts. Et cela se fait très bien dans certaines (très grandes) entreprises, qui ont une tradition sociale forte. Mais en majorité on en reste au plafond de verre : les femmes accèdent moins à des postes à responsabilité que les hommes (on salue Anne Lauvergeon, notre dernière représentante au CAC 40, évincée il y a quelques jours), et affichent des salaires inférieurs à niveau de responsabilité / compétence équivalent.

Pourtant, tout le monde s’accorde à dire que les femmes dans le monde du travail c’est soit disant génial (moins carriéristes, plus dans le dialogue, le management, la conciliation). FOUTAISE. On s’en cogne, qu’une femme exerce ses fonctions différemment parce qu’elle est femme (ce qui reste par ailleurs à prouver), ce que l’on demande, c’est qu’elles ne soient pas marginalisées parce qu’elles sont femmes (c-à-d font des enfants principalement). Et pour cela, je ne vois moi qu’une solution : les quotas (et des quotas qu’on suit, pas comme la loi sur la parité en politique hein). Et pas seulement dans les conseils d’administration. Dans toutes les strates. M’en cogne que l’on dise que certaines accéderont à des postes sans le mériter (ça ne sera pas les premières) ou même sans le vouloir (vaste blague, qui ne veut pas accéder à un travail plus intéressant et mieux rémunéré). Si cela permet qu’une génération corrige le déséquilibre et qu’ensuite on rentre dans une normalité, ça sera suffisant.

Concernant la parentalité, Parisot réagit notamment aux conclusions du Rapport Gresy (Olympe détaille les mesures au fur et à mesure), et promeut principalement l’accès des hommes à un congé paternité amélioré, qui serait d’un mois environ (proposition Gresy). Je pense que sur le principe les proposition du rapport Gresy vont dans le bon sens : c’est en permettant aux hommes de s’impliquer plus dans les 1ères semaines de vie de l’enfant qu’ils « prendront le pli » pour la suite, et pourront mieux partager avec les femmes les tâches (quotidiennes, harassantes et peu valorisantes / valorisées) de la parentalité. C’est aussi en ayant un vrai congé parental où ils largueront le boulot pour de vrai quelques semaines que ces messieurs apprendront que nul n’est irremplaçable (au travail), et qu’ils peuvent se consacrer à leur enfant de manière privilégiée sans que leur carrière n’en pâtisse. Toutefois si l’entreprise le permet, voire le rend obligatoire (parce que j’en connais des jeunes pères qui préfèrent taffer plutôt que changer des couches).

Pour autant, la mesure proposée me paraît presque trop tiède. Parce qu’à mon sens ce n’est pas que le congé paternité qui est trop court et pas assez indemnisé, c’est aussi le congé maternité (et là je crois que Parisot ne me suit pas). Après l’expérience de 2 enfants, je peux le dire : les 6 premiers mois de l’enfant, ils sont fondamentaux et fondateurs, pour tout le monde, on devient des parents au contact de ses enfants, c’est tout simple, ça ne s’apprend pas dans les livres, ni en passant juste 1 heure par jour avec eux. Et le larguer à un tiers à 2 mois 1/2, ça ne permet pas de faire cet apprentissage, même pour la mère (alors que dire pour le père). Là dessus, je pense qu’il faut lorgner du côté du modèle canadien, qui est respectueux du choix de chacun (il est possible de reprendre à travailler plus tôt), tout en permettant au père comme à la mère, de bénéficier jusqu’à un an de congé parental (ce qui me paraît l’idéal) correctement indemnisé.

Tout ça pour dire que si c’est aujourd’hui Parisot qui parle le plus fort de ces questions cruciales à mes yeux (lutte contre le sexisme, égalité hommes / femmes dans le travail, partage de la parentalité), j’espère bien que « mon » camp politique va savoir aussi investir correctement ce champ lors de la campagne à venir. Sachant qu’avoir des femmes présentes aux primaires est sans doute nécessaire mais pas suffisant, car nous sommes (les femmes) souvent nos meilleures ennemies.

(Il y a bien la proposition 13 du projet 2012, mais elle envoie pas du rêve et ne répond pas vraiment à tous les enjeux à couvrir.)

La technique de l’escalier

Il paraîtrait que l’Education Nationale manque de profs pour corriger les épreuves de philo de cette année. Le truc de fou quand même, non ? C’est triste d’imaginer ces 3.000 copies, sur lesquelles des ados appliqués ont sué sang et eau pendant 4 longues heures (perso, j’en garde un bon souvenir, mais je suis pas une référence, j’étais une pisse copies incroyable, mes disserts faisaient deux feuilles double en moyenne, y compris en philo), en déshérence, abandonnées sur un bureau du Rectorat. C’est triste de mon point de vue, mais vu de la porte des bacheliers, c’est surtout scandaleux. Sans blague. On t’emmerde pendant toute ta scolarité, à te mettre une pression de malade, pour te faire passer le message que sans le bac, tu n’es même pas le début d’une sous-merde, et là, pouf pouf, tu apprends incidemment que ta copie, personne ne veut / peut la corriger.

Le fuuu comme on dit sur Twitter (jamais compris pourquoi, soit dit en passant.)

C’est comme cette histoire d’épreuve annulée au concours de 6ème année de médecine. Autre illustration de comment toutes les choses partent en quenouille, et que tout le monde s’en cogne (attention, je rentre en mode vieille conne / c’était mieux avant / y’a plus de respect ni de valeurs ma bonne dame). J’ai du mal avec ces injonctions, cette exaltation du travail et du dépassement de soi (il faut dire que j’en ai reçu une bonne dose, de retour au boulot), l’épanouissement à tout prix (être jeune / mince / sportif / en bonne santé / baiser à couilles rabattues / oser le clito, toussa), travailler plus pour gagner plus, alors qu’en face, le système (économique, financier, éducatif, de santé, ne rayer aucune mention) se grippe, se sclérose, perd en efficacité, et ne te donne ma foi plus grand chose. De manière générale, j’ai le sentiment que le prix à payer pour vivre aujourd’hui est plus élevé, et pour une moindre qualité de vie qui plus est. J’en ai pas pour mon argent, dit la petite vieille au marché devant le kilo de patates. Ben je trouve qu’elle a pas tort, c’est ce sentiment un peu confus qui grandit en moi depuis quelques années (on va dire 5 ans pour être précise). Et je comprends donc très bien la colère des indignés en Espagne, ou celle de la génération Y, pas prête à investir un monde du travail qui demande tant pour donner si peu.

Bref.

C’était mon petit coup de calcaire du jour. Demain, je reprends le chemin de la gare SNCF à l’aube. YOUHOU. Le train de 7h, mes clients, mes emmerdes, je ferais moins la maline. Et l’indignée de la veille laissera place au cadre sup concerné et appliqué que je suis 90% du temps.

Sinon pour les copies de philo, on pourra toujours recourir à la technique de l’escalier, selon la (très vieille) blague de mon prof de père. Quand il avait trop de copies à corriger, il me disait qu’il les balançait du haut de l’escalier. Celles qui arrivaient en haut ont 20, et puis on décroit tout doucement, et celles qui atterrissaient en bas, tout en bas, c’était zéro. Voilà, une solution à la mesure de notre société je m’en foutiste.

(Et puis pour la philo, ça sera très approprié, vu comme la notation y est de manière générale très aléatoire.)

De rien.

Ce matin …

Ce matin, j’étais aussi à l’aise de remettre mes escarpins de 12 cm pour retourner au turbin (turbin j’ai dit, hein, pas tapin) que Iggy Pop avec un sac à main, si vous voyez ce que ça peut donner.

Oui, voilà. Comme ça. Comme Iggy Pop avec un sac à main je suis.

(Et je fais la gueule pareil, la mèche décolorée en moins.)

Ca va revenir hein.

Ca va revenir.

Ca va.

Ca.

(Au pire, j’ai la visite médicale dite « de reprise » vendredi, peut être que le doc va découvrir que le temps d’un congé maternité je suis devenue complètement inapte au travail, et qu’on va me payer à peigner la girafe les 40 années à venir.)

(On peut rêver non ?)

(Par contre, si mes 3 neurones pouvaient se regrouper gentiment et bander très fort leurs petits muscles histoire de ne pas perdre la face au prochain Comité de Pilotage qu’il faut que je me cogne, qui aura lieu … jeudi prochain à Paris, ça m’ARRANGE.)

(Voyez, je reprends déjà du poil de la bête, non ?)

(NON.)

Objet à vocation de distraction

Ah tiens, ça faisait longtemps non ? Ca nous changera de mes lamentations maternelles pré reprise professionnelle, et puis je me suis dit que si je vous collais encore une photo de la Dauphine – elle a 4 mois aujourd’hui, la coquine – j’allais perdre la dernière frange non maternelle de mon lectorat décimé.

Donc un mec à poil. En toute simplicité.

C’est Jo Wilfried Tsonga. Celui qui adore manger des Kinder Bueno, oui voilà.

Et il paraît que c’est pour une bonne cause (mais on s’en fout un peu nan ? oui).

En mode chacal

Dernière ligne droite (J-6) avant la reprise du travail, autant le dire, je suis d’une humeur massacrante.

Je le sais que trop bien, je ne suis pas une femme d’intérieur, faut que j’arrête de faire du lard à domicile, mais bon, voilà, on a beau chérir sa liberté de femme active, laisser sa merveille de petite fille, même aux bons soins de ses grands mères pour juin et juillet (après on va embrayer sur un mois de vacances, faut pas déconner), ça fout les glandes. D’ailleurs, en parlant de glandes, je vous raconte pas l’état de mes glandes mammaires, affolées par la diminution drastique du nombre de tétées pour cause de sevrage. Je termine toutes les nuits avec les seins durs comme du béton, c’est affreusement douloureux et frustrant. Par contre, si quelques maternantes s’égarent encore sur ce blog cette semaine, qu’elles se gardent leurs conseils pour maintenir allaitement et activité salariée : non je ne passerais pas 40 minutes par jours dans les WC du boulot pour me traire les seins. D’ailleurs j’ai rendu le tire lait électrique à la pharmacie, la location était terminée (et il prenait la place d’une commode normande dans mon salon). Je maintiens la tétée du matin et celle du soir le temps que je peux (on avait tenu 5 mois avec l’Héritier), et baste.

Au rayon tout de même des bonnes nouvelles, j’ai réussi à organiser le mode de garde pour septembre, on a la famille pour la garde partagée et la nounou embauchée depuis hier soir. Putain de parcours du combattant dont je suis contente d’être venue à bout. Comme d’hab ça va nous coûter une couille, mais c’est le mode de garde à mon sens le plus chouette pour des enfants en bas âge. Après, une fois scolarisés, ça se discute (j’en ferais un post à l’occasion, des questions de garde de nains, je sais que ça intéresse plein de monde, mais c’est moyen fun comme sujet).

Sinon, depuis le 12 juin, ça fait 7 ans que l’Epoux & moi sommes mariés. Noces de laine il paraît. Putain 7 ans.

On a bien bossé.

photo(13)

(Oui, on ne se marie pas QUE pour faire des enfants, mais en matière de bilan, c’est assez photogénique et plus pudique.)

Benjamin au cinéma

Dimanche dernier, je suis allée voir le dernier Woody Allen, qui est, las, une grosse bouse. Mais bon, je venais de vivre l’apocalypse de passer 3 jours seule avec les deux nains, j’avais juste besoin d’un moment de solitude A MOI, me souvenir que j’existais en tant qu’être humain ….

Un autre effet colatéral de la maternitude, il faut le savoir, c’est votre niveau d’exigence vis à vis du cinéma. Avant le drame (AKA les nains), j’avais une carte ciné illimitée, je m’en cognais de voir une ou deux cacas dans un océan de films en open bar. Maintenant qu’organiser un ciné à deux (à un on y arrive encore, mais c’est moins drôle) devient aussi compliqué que réunir le G7 en période de crise (sans compter le prix plein tarif d’une place de ciné, avec lequel vous pourriez nourrir une famille africaine pendant une semaine), autant vous dire que les critiques de Télérama, à côté de moi, c’est roupie de sansonnet. Haro sur les cacas cinématographiques. Enfin pour le Woody, je vous laisse aller voir les critiques de CLG et de Matoo, ils ont tout dit.

Mon prochain film, j’en ai vu la bande annonce avant la diffusion du fatal Allen, ça sera « Pourquoi tu pleures » avec notre Benjamin local.

Benjamin Biolay, Nicole Garcia et Emmanuelle Devos dans le même film, ça ne peut être que bon.

(Mais la meilleure histoire de Biolay, c’est l’Héritier qui la raconte.)

Le maternage, nouvelle forme d’esclavage de la femme

(Messieurs Dames, si les histoires de nains vous gonflent, passez votre chemin.)

Ce congé maternité (qui touche à sa fin, bouhouuu, j’ai gratté tout ce que j’ai pu, mais va bien falloir y retourner) m’aura permis, comme le précédent, de me consacrer à mon bébé magique (pas de photo de la Dauphine, z’en avez assez bouffé non ?), et à lire pas mal de choses concernant la maternité, l’allaitement, l’élevage des nains en milieu urbain, grâce aux NOMBREUSES heures passées à l’allaiter. Pour l’Héritier, premier né oblige, j’étais une vraie néophyte, donc je passais pas mal de temps dans mon RUFFO à regarder si sa croissance était normale, si je faisais les bons gestes, s’il grossissait assez, etc. Là, ayant quand même pas mal d’automatismes et l’expérience du premier, j’ai pu avoir un peu plus de recul sur mes lectures et échanges.

Concernant l’allaitement, j’avais déjà eu l’occasion en 2007 de me rendre compte de la pression exercée sur les femmes, j’en avais un peu parlé à l’époque. J’avais poussé la curiosité intellectuelle à me rendre à une réunion sur l’allaitement (plus précisement sur l’allaitement et la reprise du travail), organisée par une branche locale de la Leache League (mais ne se présentant pas comme telle, histoire de pas effrayer le chaland). J’avais été effarée à l’époque par les discours hautement culpabilisateurs de ces femmes, notamment sur la fameuse question de l’allaitement exclusif jusqu’aux 6 mois de l’enfant (préconisation OMS, à resituer dans son contexte). Axiome à peu près intenable quand on reprend une activité salariée … aux 2 mois 1/2 de l’enfant. De cette réunion, j’attendais des conseils pragmatiques pour gérer le sevrage (un cauchemar pour la mère et pour l’enfant parfois), et éventuellement garder quelques tétées « de contact ». Au lieu de cela, les responsables présentes m’avaient surtout égréné tout un tas de solutions inconfortables et à la limite du relou pour tirer mon lait sur mon lieu de travail (moi qui bosse en open space), et surtout respecter ce mantra de l’allaitement exclusif jusque 6 mois. Sur cette question, ma pédiatre m’a toujours mise à l’aise : oui allaiter c’est bien, mais on peut tout à fait faire autrement (ou sans, ou sur un plus petite durée) sans souci, sans que ça soit MOINS BIEN pour l’enfant. Et heureusement.

En 2011, rien n’a changé, et c’est encore pire même je trouve. Elisabeth Badinter en a parlé dans Le conflit, la femme et la mère (regardez cet entretien, on y retrouve l’essentiel de son livre). A nouveau, s’agissant de l’allaitement, j’ai encore eu le droit aux discours culpabilisateurs de ces dames de la PMI, parce que je donnais des compléments de lait en poudre à la Dauphine le soir. Mon observation était pragmatique : le soir, la Dauphine avait les crocs et mes seins eux étaient vides. Moi j’étais épuisée par la journée d’allaitement (des tétées longues et à moins de 3 heures d’intervalle), et j’avais encore 2 tétées la nuit. Après des tergiversations, parce qu’elles me disaient à la PMI que c’était MAL l’allaitement mixte (alors que c’était le conseil en vogue à l’époque de ma mère), j’ai finalement été confortée par l’observation concrète de l’état de l’enfant et de sa mère (ma pomme), et confirmée ensuite par la pédiatre. Avec un biberon le soir, on passait toutes les deux une meilleure soirée et une meilleure nuit. La tétine du biberon ne l’empêche pas d’apprécier mon sein (et le papa peut s’y coller un peu), et maintenant, le sevrage se passe aisément. Na.

L’injonction de l’allaitement est toujours aussi forte donc en 2011, mais j’observe que la pression sur les parents (et en particulier les mères) s’est étendue depuis à d’autres thèmes de la petite enfance et la puériculture. En vrac : l’accouchement naturel,  le co dodo / co sleeping (c’est à dire dormir avec le nourrisson dans son lit, très corrélé à l’allaitement), le portage en écharpe (idem), les couches lavables, la diversification alimentaire, et ensuite l’éducation « sans violence ». Autant de thèses éducatives que l’on retrouve globalement sous l’appellation de maternage (tant pis pour les pères soit dit en passant). Autant de préconisations fortement engageantes pour les parents et les mères qui veulent s’y coller, et qui reposent globalement sur des solutions « naturalistes », un espèce de retour aux sources, qui font faire les yeux ronds aux femmes de la génération de ma mère et de nos grands mères, qui se demandent comment on peut revenir à l’âge de pierre, elles qui en ont bavé avec les couches lavables et l’absence de petits pots. Et effectivement, je suis aussi choquée de me confronter dans mes lectures à ces incitations culpabilisatrices : « si tu ne le fais pas pour ton enfant, il sera moins épanoui, en moins bonne santé, et se développera mal ». Sans que ces préconisations n’aient aucun fondement médical établi. Car  là dessus, il suffit d’interroger les pédiatres avec un peu de bouteille : tout ce qui concerne la puériculture est une question de mode / de tendances. Tous les 15 ans, ça change. Et que les études dont se gargarisent les « naturalistes » sur les sites internet pour se donner une légitimité sont souvent très orientées et à considérer avec méfiance.

Un exemple concret qui me vient concerne le portage des bébés. Dans le trousseau de naissance, vous prévoyez généralement une poussette (nacelle avant 4 mois, puis cosy, et poussette inclinable), et éventuellement un matériel de portage, histoire d’avoir une solution un peu moins encombrante pour vous balader avec le bébé. En 2007, on m’avait offert un porte bébé classique, à ma demande. A l’époque, j’avais demandé à ma pédiatre son avis, elle m’avait conseillé le porte bébé plutôt que l’écharpe, pour de petits trajets et petites durées de portage. En 2007 on en voyait un peu dans les rues, en 2011 de plus en plus, des bébés dans des écharpes de portage. Il y a un coût différent d’acquisition pour le portage, pas tant pour le prix de l’équipement (mais déjà très différent, au bénéfice de l’écharpe), mais pour la technique à acquérir pour faire les différents noeuds, et à adapter en fonction du poids et de l’âge du bébé. Que les pro-portage s’expriment et soient prolixes sur le bonheur du portage est une chose, mais là encore, elles vont aller sur le terrain du militantisme, en ayant un discours ENCORE culpabilisateur, voire alarmiste sur d’autres solutions moins « maternantes » que les leurs, comme par exemple dans cet article mettant en cause une marque précise. J’imagine la réaction de la jeune mère qui lit sur internet qu’elle fait du mal à son enfant en utilisant un matériel qu’elle a payé (cher) et qui est homologué. J’ai vu qu’entre temps la blogueuse a rajouté une mention « je souhaite préciser que le portage physiologique n’ayant pas été officiellement ni scientifiquement reconnu, Babybjörn est tout à fait en droit de continuer à commercialiser son porte-bébé. Mon article relève d’une conviction personnelle, partagée par un grand nombre de personnes. » Je suis contente de cette mention (sans doute destinée à se prémunir d’éventuelles poursuites par la marque incriminée), mais il reste que pour moi cet article est symptomatique de cette tendance actuelle à mettre en avant des solutions « naturalistes », sans fondement scientifique (comme si la nature était forcément bien faite), et mettant la pression à n’importe quelle jeune primipare qui se documenterait sur la question (et encore, l’article de Maman sur Terre est respectueux et relativement tempéré malgré l’alarmisme, j’ai vu des choses bien pires). Toujours est il que je serais curieuse de connaître combien de mères peuvent assumer les préceptes du maternage en travaillant à temps plein, et avec plusieurs enfants. Ce qui me rassure, c’est que des sites / blogs que j’ai pu consulter, ce sont généralement des mères avec un seul enfant et en congé parental qui s’y collent, au maternage. Et on revient donc à l’inquiétude de Badinter : cette tendance naturaliste est en train de ramener les mères au foyer.

Au-delà du Badinter, j’ai également acheté un ouvrage un peu plus aride, mais plus complet, de Sandrine Garcia « De la cause des femmes à la cause des enfants » (éditions la déccouverte / genre & sexualité), qui traite aussi de ce basculement actuel vers l’enfant tout puissant, auquel on doit sacrifier sa vie de femme (2 ou 3 ans, le temps de se déclasser professionnellement et socialement, et qu’il entre à l’école). Je suis la première à revendiquer le droit à un lien fusionnel à mon (tout petit) enfant, à trouver que le congé maternité est trop court, et que pour celles qui le veulent, il devrait être plus long et partagé avec le père, par exemple, comme c’est le cas au Canada. Chacun est libre de faire à sa manière, on est bien d’accord (et je suis la première à détester qu’on me donne des conseils que je n’ai pas sollicité), SAUF QUE, voilà, quand on est jeune mère et peu expérimentée, avec peu de référents, on se rend compte que l’on nage beaucoup dans des injonctions naturalistes, culpabilisatrices et rétrogrades, face auxquelles on dispose d’assez peu de contre poids si on a ni le temps ni le bagage académique suffisant. Car si j’ai la chance d’avoir une pédiatre très pragmatique et pédagogue, de pouvoir me renseigner et avoir des avis différents et éclairés, ne pas me démonter face à des puéricultrices désagréables en PMI, ce n’est pas le cas de tout le monde, et nombreux sont les sociologues, comme Garcia (et pas seulement Badinter), qui lancent des alarmes sur ces dérives qui sont en train de ramener doucement mais sûrement les femmes (surtout les moins diplômées) aux trois K allemands, Kinder, Kirche, Kuche (les enfants, l’église, la cuisine), l’église en moins.

Et en être là en 2011, ça me fout un peu les boules.

Edit de 23 heures : avec plus de 140 commentaires en 10 heures, autant vous dire mes chéri(e)s que je vais pas répondre individuellement, surtout qu’au regard de certains commentaires je serais tentée par quelques réponses lapidaires de type présidentiel (« casse toi … » tout ça). Mais avant de répondre sur le fond, sur la forme, précisons pour mon modeste lectorat habituel (entre 800 et 1200 visiteurs jours) peu coutumier des questions de portage, allaitement et autres joyeusetés de la parentalité : non je ne suis pas lue quotidiennement par la communauté des fort(e)s en thème du maternage / paternage.

Alors, d’où qu’elles viennent ces commentatrices parfois très peu polies ? (non mais c’est vrai, c’est pas des manières d’insulter la taulière comme ça) Hé bien il semblerait que ce soit le / la responsable de la page FB d’un site de vente de produits bio / maternage (ah ah) (nan je vais pas linker moi, faut pas déconner) qui a posté un lien vers mon article en indiquant « Un billet qui tire à vue sur le maternage et qui me semble peu renseigné. Pour celles qui ont le temps, c’est à lire et certainement à commenter (avec courtoisie, on n’est pas nés pour se tirer dans les pattes) ». Alors déjà on notera que la préconisation de courtoisie n’a pas été suivie, loin s’en faut (y’a même des coups de pied au cul qui se perdent), mais ce qui signifie sans doute que cette communauté est coutumière des emportements ouèbesques. Donc je « tire à vue » (pourtant qui me connaît trouvera l’article plutôt mesuré par rapport à mes habitudes outrancières), et je suis « peu renseignée ». OK. C’est donc une page FB / site à vocation commerciale (là je pouffe déjà un peu, puisque les commentaires des maternantes nous ont abreuvé du caractère économique et anti capitaliste de leurs solutions) qui envoie ses clientes / membres de sa communauté venir prêcher la bonne parole auprès des mauvaises mères mal renseignées comme moi. C’est ça le prosélytisme moderne (je like comme on dit sur FB) 🙂

Certains m’ont suggéré de fermer les commentaires ou de les modérer. Mais je suis pas community manager. Ce blog m’appartient, je suis responsable de mes propos et de mes avis, et je laisse les autres s’y exprimer librement, après tout je n’y suis insultée qu’une douzaine de fois, mon égo le supporte tout à fait. Surtout, je suis finalement très contente de ces commentaires, même et surtout les plus offensifs, car à leurs dépends, la communauté des maternantes / naturalistes (on choisira son étiquette, ou pas), ne font que renforcer ma modeste démonstration, basée sur mon expérience personnelle : il existe bien sur le net (et dans la vraie vie aussi) un mouvement militant, naturaliste et culpabilisateur, en faveur de solutions de puériculture, d’allaitement qui sont discutables. Je les qualifie, pour en avoir expérimenté certaines (d’ailleurs, je n’ose pas imaginer ce que j’aurais mangé dans les commentaires si j’avais été une pauvre nullipare comparant les mérites de différentes solutions) de rétrogrades et esclavagistes, en connaissance de cause. C’est mon expérience, mon vécu, et il vaut ni plus ni moins que celui de tout un chacun. Alors les « contre témoignages », de ces cadres sup épanouies à temps plein avec 4 enfants, qui allaitent jusqu’à l’école primaire, font des petits pots maison de la main gauche pendant qu’elles nettoient les couches lavables de la main droite, tout en portant en écharpe le petit dernier, et ont une vie sexuelle délirante avec le petit dernier en co-dodo, qu’est ce qu’elles m’envoient au visage ? Que je ne suis qu’une merde capitaliste et pollueuse, qui pourrait faire un effort tout de même pour tirer son lait 3 fois par jour dans les WC de son bureau, au lieu de lui envoyer des laits industriels qui filent des allergies, sans parler de ces couches qui leur grattent les fesses et engraissent le grand capital. Merci mesdames et bravo d’être tellement aguerries et à la hauteur du métier de mère. Et haro sur la vilaine Sasa (mais faudra quand même qu’on m’explique comment on fait quand on part en déplacement à 8.000 km du domicile pendant 10 jours, on part avec le tire lait en soute et on lui envoie des DHL tous les soirs ?).

Personnellement, et c’était l’objet principal de ma note, je souhaite émettre mon POINT de VUE et mon expérience de la maternité et de la parentalité. C’est un exercice difficile et épuisant, arrêtons UN PEU de vivre au pays des petites licornes ailées. Un bébé, c’est certes un accomplissement dans une vie et une source d’épanouissement (à part entre 13 et 21 ans, où ce sont d’affreux ados imbuvables), mais c’est aussi beaucoup de fatigue, de travail (surtout quand y’en a plus d’un, bordel), cela peut avoir un impact important sur la vie personnelle, professionnelle, le couple. Et n’en déplaise à celles qui disent se sentir emmerdées par les « pro Badinter » dont je suis, moi je trouve que l’on est aujourd’hui plutôt dans la logique inverse. Il suffit de voir les commentaires ci dessous. Si des futures mères ou mères peuvent se sentir un peu déculpabilisées par mon expérience, j’aurais rempli mon modeste office. Ca fera un blog sur dix.

Pour finir sur une note de mauvais esprit (on se refait pas), ce qui est divertissant, c’est que j’ai beaucoup lu dans les commentaires « chacun fait comme il veut, arrêtez de juger, si ça ne vous plait pas, on ne vous force pas ». Mais pourtant, dans le même temps, force démonstrations sont déployées pour essayer de prouver que les mères naturalistes / maternantes / bio sont dans le vrai, à commencer par la référence de la page FB vers cette note, qui visait à venir évangéliser la mécréante que je suis … la boucle est bouclée.

Edit 2 (mardi 16 h) : je poste ici un lien complémentaire à l’ouvrage de Sandrine Garcia, donné par Baptiste Coulmont, mon sociologue favori sur Twitter, c’est l’ouvrage de Séverine Gojard, Le métier de mère, qui semble effectivement dans la même veine des réflexions sociologiques actuelles sur la fonction parentale et maternelle en particulier.

Au passage, on peut s’en attrister, mais le déferlement des mamans bio-investies aux crocs remontés s’est tari, la community manager du site bio ayant supprimé (suite à mon edit d’hier soir je suppose) le lien qui (me) pointait (du doigt). Le dialogue et le débat prônée par elle s’est donc interrompu par là bas, je vous laisse poursuivre ici (ou pas). Je m’en retourne à mes couches sales (et polluantes).

Edit 3 (vendredi 9h) : encore deux liens sur des paternants que je love (coeur avec les doigts) et qui répondent à cet article avec humour et pertinence.

:: la fille aux craies (qui fait des trucs avec ses doigts pour son moustique),

:: Fred Bird (oui un père qui a un avis et qui participe).