Hé Madame, t’es bonne !

…. C’est par cette douce interpellation en bas de chez moi que je me suis dit qu’il fallait que je communique sur cette opération conjointe entre les Chiennes de Garde et Osez le féminisme concernant l’utilisation administrative et abusive du « mademoiselle ». C’est vrai, « Madame tu es bonne« , c’est mieux que « « Z’etes charmante mademoiselle« , autre gimmick des dragueurs de caniveau.

(Juste après, comme je n’avais pas relevé l’interjection qui se voulait flatteuse à mon égard, le MONSIEUR est devenu fielleux, et alors que je descendais vers le métro il m’a à nouveau hélé « Hé MADAME, tu te trompes, la manif, elle part là bas, de l’autre côté de la rue », en me désignant le cortège des prostituées lyonnaises qui s’étaient rassemblées en bas de chez moi pour manifester contre Collomb. Oué c’est ça gros. Crois me vexer en me confondant avec une fille de joie.)

Bref.

Après le clito, les féministes 2.0 s’attaquent donc à un autre sujet à débat. Ça a fusé (fait le buzz comme ils disent) ces derniers jours sur le ouèbe. Notamment pour fustiger qu’elles avaient que ça a foutre les féministes, se démener pour des combats d’arrière garde. Taratata. Je ne suis pas d’accord.

C’est bien une aberration sexiste, ce distinguo madame / mademoiselle, et les illustrations concrètes dans la vie quotidienne sont nombreuses. Cela rejoint directement mon cheval de bataille sur les noms de jeune de fille. Notre statut marital ne regarde que nous, il ne nous donne pas moins ni plus de droits, et pourquoi devrions nous le mentionner quand les hommes eux n’ont pas à le faire ? Au delà de la simple considération légale et administrative, c’est un recours souvent spécieux pour humilier ou vexer (le plaisir retors de traiter une vieille fille de mademoiselle ou d’induire l’âge d’une autre en l’appelant madame).

Il y a bien un moment où on se rendra à l’évidence que demander l’égalité de traitement entre les hommes et les femmes dans la vie quotidienne n’est pas la marque d’un féminisme revanchard et aigri, voire bourgeois. On en entend hululer, qu’est ce que vous nous emmerdez avec ça, quand des petites filles se font encore exciser, des femmes n’ont pas le droit de vote, se font violer, etc (biffer les mentions inutiles) ? L’un n’empêche pas l’autre. On peut faire progresser la condition féminine et l’égalité hommes / femmes sur tous les fronts.

Tout ça pour dire qu’elle me plaît bien, cette campagne.

(Votez Aubry.)

(Sinon pour ceux qui sont en manque de femmes à poil, j’en ai vu dans les commentaires, peuvent toujours aller voir chez Bonjour Madame si j’y suis. Ou pas.)

Le nain jaune

(Merci les gens de vous soucier de ma personne, c’est gentil, ça me touche.)

Hier soir, j’avais allumé la télé sur le Grand Journal (j’espérais tomber sur Bref, qui me fait bien loler). Mais en fait non, c’était trop tôt, et il y avait un reportage sur Nicolas le jardinier, notre Président.

L’Héritier passe devant l’écran, se plante devant (grand atavisme infantile, le plantage face à l’écran), et puis se tourne vers moi.

« Tu sais pourquoi il est petit et avec une grosse tête jaune, lui ? » me dit il en désignant à la vindicte de son index le petit Nicolas.

« Non, pourquoi mon amour ? » lui réponds je en me mordant l’intérieur des joues pour ne pas rire.

« Parce qu’il est très méchant et qu’à cause de lui des gens sont pauvres » qu’il m’explique, pédagogue et l’air très bien informé.

« Qui t’a raconté ça ? » que j’interroge en essayant de garder mon flegme.

« C’est Pépère ! » (Pépère étant mon Père et son grand père.)

L’éducation civique, ça commence jeune chez nous.

Sinon, à la demande générale, mes bouclettes à J + 4.

Ca a dégringolé sévère (je ressemblais encore à un mouton sous Xanax pas plus tard que samedi). J’espère que la séance piscine de ce midi ne va pas provoquer une réaction chimique regrettable. A suivre ….

Patience, optimisme et dihairesis

Mon blog et mon compte Twitter sont comme deux enfants putatifs (j’ai pas dit putassiers, je te vois toi là bas au fond). Je les chéris et les cajole, et quand je les néglige, je me traîne une mine légèrement coupable, un peu comme quand je renifle le derrière de la Dauphine (oui, toutes les mères le font, renifler le cul de leurs mômes, je vous assure), avant de la reposer en me disant que le changement de couche attendra bien un quart d’heure, ça ne sent pas SI mauvais. Là pareil, je renifle vois la dernière note, 15 septembre, et je me dis que quand même, ce blog sent la petite fille négligée … (et encore, je réponds UN PEU aux commentaires)

A vrai dire, je n’avais pas trop le coeur à poster, parce que ces jours ci je manque un peu de légèreté, de souffle vital. Et j’en ai fait un principe, je n’écris pas (ou peu) mon spleen ici. Je pourrais m’y autoriser (après tout je fais bien ce que je veux ici), mais non, quand je le fais, je le regrette. Peut être une forme de pudeur qui me rattrape, allez savoir (Sabrina, la pudeur, deux concepts irréconciliables ? la preuve que non). Mais ça va revenir hein. Il va falloir attendre un peu, quelques semaines, que l’horizon s’éclaircisse, ou du moins se clarifie.

(J’aime parler par ellipses, c’est bien chiant hein ?)

Dans un de ses prolifiques commentaires, Raymond, vieux lecteur libidineux et néanmoins ami des Amériques, citait comme deux de ses vertus cardinales la patience et l’optimisme. C’est rigolo, parce que moi c’est pareil. Je ne supporte pas l’attente, l’incertitude, ça me rend nuts. Et en attendant de savoir ce qu’il en est, j’envisage toujours la pire option. Certes, c’est la meilleure recette pour avoir de bonnes surprises. Mais c’est un peu usant, pour moi, pour les miens, cette propension au catastrophisme. Espérons que cette attente me donne des raisons de me tromper, et alors je me flagellerais pour me punir de mon indécrottable pessimisme.

En attendant (vous l’avez compris, ces temps ci, je passe mon temps à ATTENDRE, et ça me porte un poil sur les nerfs), je me suis rappelée de mes cours de philo en terminale, on lisait le manuel d’un stoïcien, Epictète (le vieux lapsus, j’ai d’abord tapé épicurien, à la place de stoïcien). J’avais trouvé ça lamentable, cette posture philosophique, notamment la Dihairesis (qui me faisait naturellement penser à la diahrée, on est très organique quand on a 16 ans), qui consiste à accepter de subir ce sur quoi nous n’avons pas prise. Je finis par me ranger aujourd’hui à l’avis qu’il faut un minimum de stoïcisme dans la vie. Accepter de ne pas avoir prise objective sur certaines choses, et s’y résoudre avec le sourire. Et sur le reste, savoir aussi lâcher prise, parce que tous les combats ne peuvent se mener à la fois.

(La vie est un petit restaurant, petit, mauvais et cher. Et en plus, c’est trop court. Elle est de Woody Allen. Vue ici.)

(Respire, et ne pense pas au pire. Elle est de moi celle là.)

ADDENDUM (à la manière de Diastème, qui a commis ce chouette article sur les règles du rugby) : autre attente qui se précise également, la sortie du nouvel album de Coeur de Pirate, Blonde. Le single Adieu est sorti, ça me plaît déjà. Ce petit bout de femme me plaît, me plaît beaucoup.


(Photo prise sur son Tumblr, extraite de son clip, assez drolatique je trouve.)

Moi je ne suis toujours pas blonde, mais depuis samedi, je suis BOUCLÉE. Ouais. Vous aurez une photo, dès que j’aurais arrêté de confondre mon reflet avec Mireille Dumas.

Yes she can !

Ca fleurit de partout, j’apporte donc mon obole au fleurissement, ce sont bientôt les primaires du PS.

Personnellement ma voix ira à Martine AUBRY.

C’est un scoop de premier ordre non ?

Oui, j’ai retourné ma veste par rapport à 2007, mais Aubry n’était pas candidate à l’époque, et Royale représentait pour moi un choix par défaut (même si je suis allée la soutenir en meeting, alors que je commençais à être sérieusement en cloques à l’époque). Mon choix est celui d’une femme ET d’une femme socialiste surtout (parce que bon, Eva Joly, Marine Le Pen ou Nathalie Arthaud ne me convainquent pas, pour des raisons diverses et variées).

En 2011, je suis donc heureuse de pouvoir choisir et même de VOTER pour le faire. C’est une des initiatives saines et populaires (au sein noble du terme) qui me permettent de croire que le parti politique dont je me sens le plus proche n’est pas complètement à la ramasse (le jour où l’UMP s’y met, je veux bien montrer mes seins ah non déjà fait, rien tant pis).

Alors on pourra me rétorquer que voter pour un candidat parce que c’est UNE candidate n’a pas de sens bien profond. C’est une question de point de vue. Pour ma part, de la même manière que dans les fonctions de représentation sociale que j’exerce dans mon entreprise j’en viens à suggérer de mettre en place des QUOTAS pour que plus de femmes accèdent aux postes à responsabilités, je pense qu’il faut élire une femme à la Présidence de la République pour que les mentalités évoluent. L’élection d’Obama a eu un retentissement symbolique important sur la société américaine et au-delà parce qu’il était de couleur et de confession (ou d’origine plutôt) musulmane, je pense que l’élection d’unE socialiste pourrait avoir le même genre d’effet sur les questions d’accès aux plus hautes fonctions des femmes, dans tous les secteurs de la vie économique et sociale de la France.

Pour trouver son bureau de vote, le site des Primaires Citoyennes.

(Moi, je vote ici, coucou !)

Pour avoir quelques explications sur les modalités de participation, une note complète de Dedalus.

Ce soir, pour les parisiens qui aiment causer politique (de gauche), c’est le Kremlin des Blogs, animé et arrosé (à la bière hein) par Nicolas. Je n’y serais pas cette fois, mais j’essaierai de me rattraper une prochaine fois.

PS : rien à voir, c’était juste pour finir sur une note plus …. légère, un très bon article sur les meilleures scènes de cuni au cinéma. Je suis certaine qu’en fin gourmet, Nicolas goûtera la proximité de liens qu’il partage en le KdB et cette délicieuse pratique.

Yo, También !

Hier soir, après avoir récupéré / lavé / récuré / fait diner / bisouillé / brosser les dents / re-bisouillé / couché les enfants, je n’avais qu’une envie, dormir .Mais à 21 h 05, je nourrissais quelques scrupules. Petit réflexe conditionné, je fais défiler ma TL (time line) sur twitter pour voir ce que regardent les gens à la télé. Oui twitter sert surtout à ça le soir. Y’a ceux qui regardent la télé et commentent en même temps, et ceux qui sont en soirée ou tout autre lieu de socialisation (où ils s’emmerdent forcément un peu, puisqu’ils ont le temps de twitter) et envoient des photos d’eux bourrés avec leur slip sur la tête. La proportion entre ces deux population est de 8 contre 1 (à peu près). C’est un peu triste, je vous l’accorde.

Là, en l’occurrence, c’était le tag #ADP (pour l’Amour est dans le pré) qui prédominait, c’était au dessus de mes forces. Alors j’ai zappé, sur mes nombreuses chaînes, que je paie désormais 5 euros moins cher par mois depuis que je me suis cognée 12 minutes d’attente de la hotline Numericable et que j’ai joué les consommatrices fidèles mais exigeantes (« je veux une réduc, sinon je me barre chez Free », que j’ai dit à la téléconseillère). (Mon bonheur sera total quand j’aurais reçu mon boitier enregistreur, qui me permettra de visionner au calme les 1001 programmes que je n’ai pas le temps de voir, ou devant lesquels je m’endors. A 21 h 13 environ.)

Par hasard, je suis tombée sur un film espagnol, datant de 2010, « Yo, también« . J’étais contente de le voir en VO, d’entendre cette langue que je parle depuis 30 ans, mais trop rarement à mon goût depuis 10 ans.

C’est l’histoire de Daniel, trisomique éduqué et intégré professionnellement, qui tombe amoureux d’une blonde un peu perdue, mais « normale », Laura. C’est un récit tout simple, d’amour et d’amitié, cru et violent, comme les espagnols savent les raconter et les filmer. On évite les clichés et les bons sentiments (si si), et il en sort un film très beau, très pur et très émouvant. La plus jolie chose que j’ai vue depuis longtemps.

Le WE dernier, je suis allée voir, poussée par les critiques dithirambiques et mon amour de Catherine Deneuve et Chiara Mastroianni, Les bien-aimés. Certes, Christophe Honoré a beaucoup de talent, ses acteurs aussi. L’histoire est romanesque, les gens sont beaux et tristes, y’a des clopes, de l’alcool, des larmes, du sexe à plusieurs et de la sueur (et aussi Ludivine Sagnier, qu’on a envie de baffer, mais elle n’occupe que la première demi heure). Mais tout cela est trop écrit, trop littéraire. Ça manque de chair (Chiara toute nue, c’est comme Alexa Chung dans ELLE, tu as envie de courir lui acheter un steak quand tu la découvres dans quelques scènes de nu), de vie, de vérité. Cruel contraste par rapport au film espagnol.

Décidément, Viva Espana !

(36) chandelles & beaux garçons

Les semaines passent à toute vitesse. Point de scoop, je m’y attendais, ça ce confirme. Deux nains, c’est deux fois plus de temps à leur consacrer ou presque, et deux fois moins de temps pour toi. Dure équation avec laquelle il faut composer, essayer de tout caser dans les journées, les contraintes, le nécessaire, l’accessoire (les cailloux, le sable, toussa). Ça fait sérieusement réfléchir au passage sur mes velléités initiales de famille nombreuse (je me voyais bien avec 3 ou 4 nains à la base).

Cette semaine, il a pas mal été question de chandelles. Et de beaux garçons.

Lundi rentrée de l’Héritier en moyenne section. C’est quasiment la routine. Les copains qu’on retrouve, la nouvelle maîtresse mais qu’on connaissait déjà (à la chorale), les locaux familiers (mais une classe « de grand », à l’étage), tout roule. Je lui serre la main un peu fort en le quittant, mais clairement, il en a pas grand chose à faire (et moi je pleure MEME PAS). Ca grandit ça grandit.

rentree

Mardi séminaire de rentrée à la feurme. Pour l’occasion, chouette domaine viticole réservé dans le Beaujolais, le matin on phosphore (9 groupes de travail, 3 idées, 1 plan d’action, la routine), l’après midi on se lance dans des activités « sportives ». Gros défi entre filles au baby foot humain (oué, c’est le truc en dessous là).

babyfoot

Premier engagement, ma potesse essaye de faire une tête, elle s’enroule et bascule autour de la barre, et tombe sur la tête de tout son poids. Aie. Elle voit 36 chandelles. Fin du match. Pompiers (4, coucou les garçons). Et on finit l’après midi aux urgences de Villefranche. L’accident du travail le plus classieux de l’année.

Mercredi et jeudi, de retour à Paris aux affaires. Le RER A, l’horreur. Un déjeuner bien cool au nouveau restau de l’Opéra, mis à part ces petites serveuses honteusement jeunes et bonasses, qui te servent un plat de poisson à 35 euros en faisant le museau (mais avec leurs seins – ronds et fermes – bien en avant). Soirée en tête à tête avec une vieille loute (coucou Moumou), pour piaillage ascendant daubing. Au retour, j’indique au taxi ma destination, Hôtel Thérèse, dans la rue du même nom. Le chauffeur me lâche : « rue Thérèse, vous allez pas plutôt aux Chandelles ? » / « C’est quoi les Chandelles ? » / « Un club échangiste. » Un ange passe. J’ai donc une gueule à fréquenter les clubs échangistes. ET à ne pas l’assumer. Nonmého. (Mais quand Agnès enquête sur le sujet, ça donne pas vraiment envie à vrai dire.)

Vendredi. Joie du 4/5ème, Gagner moins pour travailler moins certes, mais avoir un tout petit plus de temps à soi. Nouvelle Zélande / Tonga. La Coupe du Monde de Rugby 2011 peut commencer, on va faire son marché.

Première prise de choix, Sonny Bill Williams, un Black.

(Miam non ?.)

(Je vous en proposerais d’autres, on a 1 mois 1/2 de matches devant nous, YOUHOU.)

Maslow fait sa rentrée.

(Un post le 1er septembre, voilà qui est de bonne augure. Coucou les gens, je ne vous ai pas trop manqué ?)

Parmi mes résolutions de rentrée (oui moi je suis plus résolutions de septembre que du 1er janvier, c’est mon côté fille de prof / élève modèle), il y a celle de reprendre une activité sportive. Enfin, me bouger le gras, regagner un peu de ce tonus qui s’est fait la malle pendant 9 mois de grossesse + 5 mois d’allaitement. Comme mon dos (en marmelade) ne me permet pas le footing ou autre activité violente susceptible d’aggraver la situation, sur les conseils de mon kiné d’amour (Maurice, tu es le meilleur), depuis le début de l’été, je nage.

J’ai nagé pendant 15 jours au Pays Basque, avec les copines, 20 / 30 minutes dans une eau à 20°, en refaisant le monde / daubant, c’était bien cool. Dans la baie de St Jean de Luz, c’était magnifique, pas de vagues, l’impression de se baigner dans un lac salé, et tout autour un paysage magnifique, apaisant.

Genre ça.

ciboure

Après j’ai continué à nager, pendant ma semaine à La Rochelle. Flotte toujours aussi froide, et ce coup ci j’étais seule (des fois je croisais d’autres nageurs, mais le nageur est moyennement causant). Je me suis dit qu’en fait, comme activité sportive, la nage, j’allais vite me faire chier. J’ai un souvenir encore bien chloré de mes années de natation au collège, des heures à m’emmerder dans un bassin, j’avais arrêté en fin de 4ème, profitant d’un déménagement et de l’entrée à l’internat, pour mettre fin à cette torture. C’était déjà un peu tard, j’avais eu le temps de choper les épaules de Laure Manaudou, et j’espérais encore à l’époque que mes seins pousseraient encore un peu si j’arrêtais fissa de faire le triton. Las, on connaît la suite.

Contre toute attente, je ne m’emmerde pas tant que cela. Depuis mon retour à Lyon, j’essaie de continuer à nager. Pour l’instant, la seule piscine en centre ville ouverte est celle du Rhône, en extérieur. L’avantage c’est que désormais je peux compter les longueurs de bassin (joie). Au bout d’un mois de pratique désormais, je nage 1 km en 40 minutes (1,1 km hier). Je commence à en sortir légèrement fourbue, comme après un jogging de la même durée, je me dis donc que je tiens le bon bout. J’ai de bonnes lunettes de piscine (de vue), et je fais mes longueurs sans me presser, en essayant de délier mes mouvements. Les trois premières minutes je suis généralement concentrée sur mon souffle, ma respiration, les gestes, le matériel, repérer et adopter la ligne d’eau où y’a pas un casses-couilles qui pourrait t’assommer au fil de son papillon désordonné. Ensuite je vogue et je divague.

rhone

(La piscine du Rhône, très chouette emplacement en bord de Rhône, mais très mal entretenue, une vraie honte Monsieur Collomb.)

Cette rentrée 2011 est un peu paradoxale. Il y a bien sûr toujours des nouveautés. La Dauphine (presque 7 mois !) est prise en charge par une nouvelle nounou, en garde partagée, il va falloir à nouveau roder le système, entre quatre enfants, deux familles, l’école. Ca va être le dawa, nécessairement, la course, tout le temps. Mais on a l’habitude. On a déjà eu un enfant, le deuxième présente forcément des différences, et s’ajoute au premier, mais il n’y a plus ce côté padawan du parent affolé. C’est plus cool et en même temps moins rigolo. Parce que globalement on sait comment ça va se passer.

Je reprends le chemin du boulot. 11 ans que je suis là. A tenir les murs presque j’ai l’impression parfois. Je ne fais pas du tout la même chose qu’il y a 11 ans. J’ai évolué, dans mes missions, dans mes fonctions, mes responsabilités, pas de souci. Mais l’ambiance n’est plus du tout la même, les équipes changent, mes homologues et camarades de chambrée en quelque sorte se sont barrés, EUX, et je commence à être fatiguée de recruter, former, faire grandir les petits jeunes.

Je suis contente de retrouver mon appartement (refait et presque terminé, ah ah), mes habitudes, ma famille avec mes enfants et mon époux, mes parents, mon quartier, mes restaus. La famille s’agrandit, les enfants poussent, les parents vieillissent, tout se régénère, mais on retrouve ses repères.

Je reconstitue au fil de mes brassées ma pyramide de Maslow. Les questions qui affleurent à la surface de l’eau, elles arrivent sans doute parce que la base de ma pyramide est solide, et qu’elles me permettent de traiter le haut, le plus complexe aussi, mais pas l’accessoire pour autant. Je me souviens de cet enseignant qui avait utilisé l’image du bocal, où l’on doit d’abord faire rentrer les grosses pierres (l’essentiel) avant de faire couler le sable (l’accessoire). Le caillou dans la chaussure, le sable dans le rouage, etc. Je n’ai jamais trop cru en fait à la pyramide de Maslow et à l’allégorie des grosses pierres. Il est évident que si ton conjoint est en phase terminale d’un cancer, que tu n’as plus de boulot, un oncle qui te poursuit de ses assiduités et un enfant drogué (je prends des exemples éloignés de ma vie, au cas où je me porterais la poisse seule), ta priorité n’est pas de repeindre le salon en mauve ou d’organiser des vacances à la coule.

Je suis persuadée que des éléments du haut de la pyramide peuvent venir largement pourrir le reste, et même passer avant des éléments jugés « de base », pour autant qu’ils soient suffisamment porteurs de sens et de valeur pour la personne concernée. J’y ai notamment repensé récemment concernant les nouveaux cas de suicide au travail qui sont survenus dans de grandes entreprises (Société Générale, filiale de la Poste, dans les derniers cas), car je travaille régulièrement sur les questions des conditions de travail (hygiène et sécurité) et le bien être au travail (prévention des troubles psycho sociaux). Souvent, on va relativiser l’importance des problèmes au travail du suicidé au regard de sa situation personnelle. Comme si l’absence de reconnaissance par la hiérarchie, les ordres contradictoires, le manque de sens ou de valeur dans l’exécution d’une tâche / mission ne pouvaient pas être des raisons suffisantes pour pousser un individu au suicide. Il faut forcément lui trouver d’autres failles (une vie de famille chaotique, un fond dépressif), ça rassure.

Mais je m’égare. Faut peut être que j’arrête la natation en fait ? Tout ça pour dire que je cogite pas mal sur ma petite pyramide personnelle. L’importante, le nécessaire, l’accessoire, le ludique, le plaisant. Ce qui doit se poursuivre, avancer, grandir / ce qui doit changer, arrêter / la nouveauté, le changement dont j’ai besoin.

Pour commencer, j’ai déjà trouvé un truc concernant le ludique. Le leisure diving. Complètement inutile. Donc indispensable


Bonne rentrée les vilains et les vilaines.