Le V

Je ne sais pas si vous avez regardé la finale (perdue) de Coupe du Monde de Rugby entre la France et la Nouvelle Zélande dimanche. Moi oui évidemment.

J’étais tendue comme un string, et de fait, le match a été terrible, on a pas débandé pendant 80 minutes. Certes on a perdu, mais c’était bon de les voir ces joueurs (surtout par rapport au match contre les Tonga) se battre, et se battre jusqu’au bout. Et perdre, la tête haute (très français, ça, perdre la tête haute).

La scène inaugurale du haka restera d’anthologie. Ce V français,très en retrait, loin au fond du terrain, qui s’avance au fur et à mesure que le haka se déroule, pour finir, provocant et orgueilleux, après la ligne, moi, ça m’a mis les poils.

Un autre truc qui m’a mis les poils, c’était hier au téléphone. Je marchais vers mon hôtel, descendant l’avenue des Champs Elysées, et on m’a lu un compte rendu d’analyses médicales. Le mien en l’occurrence. Qui ne disait somme toute pas grand chose. Hormis que tout était NORMAL.

Il y a des jours où la normalité se savoure, croyez moi sur parole.

C’est quand qu’on se fait la 3ème mi temps ? \o/

La femme est un loup pour la femme

Quand j’ai commencé à travailler et gagner ma vie pour de vrai, payer un loyer et ce qui s’en suit (me marier, faire des enfants, prendre un crédit sur 25 ans, une vraie punk, je vous le disais), un de mes premiers actes « fondateurs » de mon embourgeoisement mon engagement dans la vie d’adulte a été de m’abonner à mes revues favorites. Parce que pour moi c’est le luxe suprême de recevoir à domicile ses magazines, et que j’avais l’impression de poursuivre quelques traditions familiales. Parmi eux, deux hebdos, Télérama (mon papa) et ELLE (ma maman). Ca doit bien donc plus de 10 ans (puisque je travaille depuis 2000) que je paie toutes les semaines pour lire ELLE. Vendredi, en découvrant l’édito signé Alix Girod de l’Ain (AGA pour les intimes), j’ai décidé que ça en était fini.

Je pense que tout lecteur peut avoir des réactions épidermiques à la lecture de ELLE (c’est un euphémisme). Parce que ce magazine, qui s’affirme comme LA référence des hebdos féminins français, et ce surtout de par son ancienneté, n’est pas exemplaire, loin s’en faut. Combien de fois je me suis énervée toute seule (ou ici, devant vous) sur :

:: les articles tressant des louanges aux « rondes » (taille 40 / 42 au mieux, youhou, tu la vois ma grosse cuisse),

:: sur la publicité envahissante (parfois 70% du poids du magazine) et en LEGER décalage avec nos habitudes de consommation (non, je n’achète rien chez Mauboussin ou Dior avec une grande régularité),

:: sur les pages mode importables et improbables (ah oui tiens, très chouette ce short en lurex rose bonbon sur des plateformes shoes jaune, ça va hyper bien passer au bureau cette semaine),

:: sur le jeunisme (pas une mannequin mode ou beauté ne dépasse les 21 ans, et je suis large),

:: sur leur inextinguible passion pour Jennifer Aniston (qui fait la couv environ tous les 3 mois, à savoir dès qu’elle change de coupe de cheveux, ou de mec, l’un étant souvent corrélé à l’autre),

:: etc.

Mais au-delà de ces exaspérations à géométrie variable, ELLE restait pour moi le seul hebdo orienté femme / urbain, et je le lisais avec intérêt (pages culturelles bien faites, quelques reportages sur les femmes dans le monde, double page « c’est mon histoire » pour se taper le cul par terre, …). Dans la famille, la coutume est la suivante. Je suis abonnée, je le lis, et dans la semaine qui suit, je le passe à ma mère, qui le lit à son tour, et le transmet à ma tante, qui le lit elle aussi. Ensuite, elle le confie à un vieux monsieur qui habite son quartier …. et qui les revend sur le marché le dimanche pour arrondir ses fins de mois (c’est d’ailleurs pour cela que je me retiens d’arracher toutes les pages de pub avant de commencer à le lire). Je suis prête à compenser ce papy pour la perte de revenus qu’il va bientôt subir. Car trop c’est trop.

Alix Girod de l’Ain, c’est une des journalistes phare du magazine, au même titre que Sophie Fontanelle, censée être la caution « mère de famille débordée mais un peu déconne et gentiment barrée ». Ben là, elle a bien bien déconné, l’AGA. Dans son édito, elle revient sur le débat concernant la demande faite par le groupement Osez le féminisme de retirer des formulaires administratifs la case « Mademoiselle » (j’en parlais ici). Je ne reviens pas sur la question de savoir si la requête est prioritaire / capitale ou pas, là dessus je maintiens juste mon avis, certes il y a des combats plus cruciaux pour l’avancée des femmes, mais celui là mérite aussi d’être traité, à son niveau, et notamment symbolique. Mais comment ne pas bondir à la lecture de cet édito, en découvrant les arguments massues de AGA pour juger de l’inanité de la requête : on doit pouvoir se revendiquer une mademoiselle (= jeune / sans enfant) toute sa vie, c’est mieux pour se faire draguer et avoir du basilic à l’oeil.

Quand même.

Le second degré me dit-on dans l’oreillette sur twitter m’aurait échappé. Visiblement je ne suis pas la seule (voir chez Simone et chez Dom, ainsi que dans les commentaires sur le site, mais ELLE dans un grand élan de transparence les a supprimé). Je conviens tout à fait que je suis parfois un peu basse de plafond, mais je pratique et goûte la dérision et l’auto-dérision. Si si. Mais que ELLE, qui se veut la référence des hebdos féminins, « avoir l’oeil sur tout« , et être à la pointe de la lutte en faveur des femmes, me sorte des éditos où elle affirme que « ce qu’il faut revendiquer, c’est notre droit inaliénable à être des princesses« , comment dire …. Non. Je ne veux pas être assimilée à ces femmes là, dont la coquetterie mal placée en fait des éternelles vieilles petites filles (elles doivent être contentes Adjani et Deneuve, d’être amalgamées là dedans). Je ne suis pas une féministe poilue et revancharde non plus. Arrêtons les clichés, surtout entre nous mesdames, cela nous dessert, terriblement. « La femme est un loup pour la femme », c’est ce que disait un des commentaires de lectrice qui a été élégamment supprimé par le site ELLE.

Exiger l’égalité entre les hommes et les femmes, c’est exiger un droit à l’indifférence (au sens neutre du terme). Et de la même manière que l’administration ne peut pas distinguer un « monsieur » marié ou non, il n’y a pas de raison objective de lui permettre de distinguer la femme qui l’est ou pas. Point. Que celles qui ont besoin d’une telle béquille pour se rassurer sur leur jeunesse / capacité de séduction aillent se faire soigner.

Ou lire ELLE.

Edit : pendant que j’écrivais, Daria Marx aussi.

Splendeurs et misères d’une naissance

(Non, je ne vais pas parler de la naissance d’Elvire / Dalia Bruni – Sarkozy. Ça va pas non ?)

Valérie m’a envoyé deux places pour aller voir l’adaptation du roman d’Eliette Abécassis, Un heureux évènement. J’avais promis que je raconterais ce que j’en ai pensé, j’espère qu’elle lira ce post, car je la vois pas trop sur les ondes de l’internet mondial ces jours ci (coucou Valérie !). J’ai emmené la Reine Mère avec moi, histoire qu’elle aussi se remémore ces supers années de l’enfantement. Elle a pas été déçue du voyage ma foi.

Pour ma part j’avais déjà lu le dit roman, que mon cher papa m’avait offert pendant ma première grossesse. Sacré cadeau, soit dit en passant, à éviter d’offrir si on est un peu en panique à l’idée d’accoucher, d’enfanter, ça ne fait que confirmer le pire (et pourquoi toujours envisager le pire, hein, après tout). Je me souviens qu’il avait fait un peu de bruit à l’époque de sa sortie, car finalement, rares sont les femmes qui se sont permis de critiquer de manière franche et abrupte ces moments parfois traumatiques que sont la venue d’un enfant au monde, pour lui, et surtout pour ses parents. Je ne porte pas beaucoup Abécassis dans mon coeur par ailleurs, je trouve qu’elle sert généralement assez mal la cause des femmes (comme dans son essai sur le « corset invisible » que j’étais allé critiquer à la télé chez Guillaume Durand), mais en l’état, j’avais trouvé ce roman remarquable de courage. A cet égard, il faut donc rendre hommage au film, qui est très fidèle au livre, et de mon point de vue très réussi, même si du coup profondément déprimant. J’ai été trompée par la bande annonce, je croyais que ça allait être une comédie, c’est plutôt une comédie TRES dramatique.

L’histoire est somme toute banale, celle d’un couple qui s’aime et qui décide de faire un enfant (oui c’est assez banal, on est plusieurs milliers de couillons à le faire chaque année, décider de se reproduire, même si la vie est une pute et la dette grecque un puits sans fond). Et ce qui s’en suit. Le point de vue est celui de Barbara, très bien interprétée par Louise Bourgoin (que j’apprécie par ailleurs, la Dauphine lui doit un peu son prénom), mais que j’ai trouvée très juste et sobre dans un rôle pas évident (facile de l’interpréter à la folle dingo compte tenu du papier). Comme dans le livre, on suit avec elle les différentes étapes de la grossesse, ses conséquences et dommages collatéraux (sur son corps, ses humeurs, sa vie de couple, sa vie de famille, ses relations sociales, son boulot), et puis les premiers mois avec le bébé.

Par moments, on n’échappe pas à quelques clichés. Le plus gros et le plus « injuste » étant celui de la sage femme odieuse lors de l’accouchement car la mère a zappé les cours de préparation (qui ne lui explique du coup pas à quoi sert la pompe à morphine, ce qui est un peu une puterie sans nom). Même si certains m’ont réjoui, comme la scène de la réunion sectaire des adoratrices de l’allaitement, très réaliste, et qui ressemblait furieusement à celle que j’ai moi même vécu à l’époque de la naissance de l’Héritier. Bref, quelques clichés, plutôt attendrissants somme toute, mais surtout une grande justesse dans l’exposition du bouleversement d’être mère.

(Qu’est ce que je regarde avec adoration sur cette photo prise par Trublyonne ? Mon enfant chéri entre tous ? Que nenni. Un dessert à base de whisky et de meringue, servi au Cooking Jack, rue de l’Université. C’était assez miam ma foi. Comme quoi.)

Barbara illustre très bien cet état « dépressif » dans lequel peut te plonger l’arrivée d’un enfant. On appelle cela couramment le baby blues, mais c’est un peu plus compliqué que cela de mon point de vue. Le blues ça se soigne, ça se guérit, c’est un état passager, transitionnel. Devenir mère (et père), c’est irréversible. Et c’est très compliqué à gérer parfois. Rien n’est comme avant, c’est une lapalissade, parce que plus jamais tu ne seras détachée des choses du monde (j’ai du mal à trouver l’expression juste, mais c’est ce qui s’en rapproche le plus). Etre parent, c’est un gouffre de responsabilités, c’est un vertige.

Avant, tu avais en charge ta pomme. Point. Que tu te nourrisses mal, que tu ne te laves pas, ou adopte des conduites à risques, c’était ton affaire, ta responsabilité de punk. Quand tu reçois « charge d’âme » comme on dit, c’est effrayant. Et enivrant.

Effrayant parce que tu sais que le bien être, la santé, la survie d’un innocent dépend de toi, de ce que tu vas être capable de mettre en oeuvre pour lui, ou pas. Et que rien ne sera JAMAIS plus important que cela, quelques soient les circonstances. Point. Enivrant parce que cette capacité là, tu l’acquiers au démarrage très vite, surtout quand tu es mère, et encore plus quand tu entres dans un rapport fusionnel, allaitant avec l’enfant. C’est magique, parce que tu as la capacité de satisfaire les besoins vitaux et primaires de ce petit être, et qu’il te le rend bien, c’est une magie. Tout le reste devient secondaire, accessoire. Le couple ramasse, ton égo, ta vie personnelle. Barbara se retrouve typiquement dans cette spirale, entre enivrement de la maternité et désespoir de sa condition de mère. Tout ce qui t’était important avant ne l’est plus, ton boulot, tu le trouves trop mobilisateur (même si tu regardes passer les trains avec un peu de rancoeur), tes amies sont superficielles et vos sorties sans saveur, ton mec n’est pas assez mobilisé, ta mère est envahissante, bref, tout ton environnement se recompose au regard de cette responsabilité nouvelle qui éteint toutes les autres. Tu aimerais retrouver ta vie d’avant, ton goût pour « le reste », mais l’enfant l’éclipse, même s’il t’épuise.

Cette spirale est parfaitement restituée par le film, je trouve. Barbara, ça a été moi sur certains aspects (et sans doute plus pour la première que la seconde grossesse, l’expérience aidant), c’est beaucoup de mères je pense, à des degrés divers. Se reconstruire comme femme après une maternité, personne ne vous dit qu’il va falloir vous y coller (même si plus aujourd’hui qu’il y a 20 ans), même si des signes sont là pour vous montrer le chemin. Reprendre une activité professionnelle rapidement. Laisser de la place au couple, à la vie à deux. Défusionner avec l’enfant en laissant l’entourage prendre sa place, notamment le père, mais pas seulement. Renoncer ou modérer les pratiques aliénantes ou créatrices de dépendance avec l’enfant avant qu’elles aient des effets irréversibles (le co dodo, l’allaitement longue durée, le portage, etc.).

Je ne partage pas l’avis de Valérie. Quand notamment elle dit « Ce film c’est un peu un roman d’une femme célébrant la maternité comme le moment le plus important de la vie d’une femme, mis en scène par un homme qui pense la même chose. » Effectivement, je ne suis pas loin de penser que c’est une expérience parmi les plus impactantes d’une vie, pas celle d’accoucher (dans la douleur, forcément), mais celle de devenir parent (cette fameuse « charge d’âme »). Et certaines (combien ? il faudrait pouvoir l’évaluer) se perdent dans l’aventure, renonçant à tout le reste parce que s’enivrant dans cette expérience hors du commun (moi la première, j’ai revendiqué le droit à la fusion, pendant au moins quelques mois). Parce qu’il est parfois difficile de redonner du sens et du goût à un boulot, une vie amoureuse, une vie sociale (biffez les mentions inutiles), quand on éprouve l’enivrement de la maternité. Et là dessus le film / le bouquin d’Abécassis apportent une réponse en forme de pirouette (transcender l’expérience par l’écriture, hop). Reste un film à mon avis d’utilité publique. Si si.

(Accessoirement, de très jolis seconds rôles, tenus par Josiane Balasko notamment, qui m’a beaucoup émue.)

La Seine

En l’écoutant la première fois, je croyais entendre qu’il s’agissait de « La scène« . Hé bien non (et même pas du tout si on écoute attentivement les paroles, triple buse).

J’ai beaucoup de tendresse pour cette chanson, sans doute parce que Vanessa Paradis et M sont aussi deux artistes que j’aime beaucoup.

(Et puis Vanessa, c’est tout de même celle qui vit nos rêves de princesse, à nous les petites filles des années 80. La salope. Je dis pas ça pour Johnny Depp. Enfin pas que.)

Bonne journée les vilains.

It’s Sasa, bitch.

Pour subir quelques examens médicaux UN POIL pénibles cette semaine (je me permettrais de vous épargner les détails, mais croyez moi sur parole, j’ai pris CHER), je m’étais faite une petite play list de gonzesses bien burnées. De celles qui ont pas froid aux yeux (ni ailleurs), et regardent arriver les épreuves bien en face.

Ahem.

Je peux vous dire que celle là, je l’avais un poil sous estimée, l’épreuve de la grande aiguille, sa mère la travailleuse du sexe.)

Dans ma play list donc, j’avais entre autres, La Grande Sophie. Et Claire Denamur, que j’aime d’amour.

Alors du courage, au final, j’en ai eu (un peu), j’ai serré les dents, toussa. Mais c’était sans compter sur les dommages collatéraux des dits examens, qui de fait m’ont réduite à l’état larvaire. A titre d’illustration, j’ai écouté le débat Hollande / Aubry allongée sur le ventre, donc dos à la télé, pour m’endormir environ 10 minutes après le démarrage des hostilités. L’infirmier de nuit, charmant, m’a remis d’équerre bien longtemps après la fin de l’émission, rapport au fait que j’étais allongée sur la perfusion et que le goutte à goutte faisait bip bip (ça passait pas quoi). La classe.

Peu de grands enseignements à tirer de ces quatre jours à l’hôpital. Les odeurs prégnantes de propre industriel et de médicament. La bétadine. Les haricots. Les vieux partout. Le personnel para médical qui te traite comme une demeurée. Le personnel médical qui te consacre si peu de temps. C’est en fait plus rigolo d’y être pour un accouchement (déjà tu sors avec un beau bébé plutôt que des prélèvements et des céphalées vomitives), surtout que j’ai découvert qu’il existait plus douloureux que la péridurale et les contractions (si si).

Juste une belle leçon de vie (spéciale dédicace à la Fille aux Craies), que je tiens à vous faire partager, vous qui connaissez mes goûts musicaux exquis (et très sûrs). Parce que finalement, du courage, celle qui m’en a donné le plus, c’est Britney.

(Si si.)

(Je suis irrécupérable, cherchez pas, vous avez cru avec la Grande Sophie et Claire Denamur que j’étais un peu sorti de mon caniveau musical, mais y’a RIEN à faire.)

Show must go on, dimanche on lève ses petites fesses et on vote MARTINE AUBRY, et roule ma poule.

(Merci à tous ceux qui ont pris des nouvelles, se sont inquiétés, tout ça, c’était de jolies attentions, elles me sont allées droit au coeur, c’était très chouette. Je m’étends pas plus parce que des larmes perpendiculaires à mon corps vont jaillir comme dans le Collège Fou Fou Fou, mais voilà, vous avez compris hein.)

Albertine – 1979

Ca ne m’arrive pas souvent, de débarquer dans une salle de cinéma sans rien savoir du film que je vais voir. Là c’est ma frangine, Kekette (sois en encore remerciée) qui me l’a vendu. Elle a pas eu à insister fort, parce que j’aime beaucoup Julie Delpy, depuis « Two Days in Paris ».

« Le skylab » est un petit flash back, Julie / Albertine se remémore une journée en famille de la fin des années 70 chez sa mamie en Bretagne. Ca n’a aucune prétention, mais c’est très sincère, émouvant et terriblement nostalgique. Je pense que ceux qui comme moi sont nés avant 1980 (coucou les vieilles branches, ça va, l’arrivée dans la quarantaine se prépare bien ?) y retrouveront quelques odeurs de leur enfance. La vie de famille, les tables en formica, les plans dragues maladroits en surboum, les couleurs saturées de marron, orange et jaune et moutarde, les cousines bêcheuses, Joe Dassin, les jeux de mains avec les cousins, les féministes, le tonton qui sucre les fraises, le disco, les premières ragnagnas, les anciens de l’Indo et de l’Algérie, les discussions politiques avinées de fin de repas de famille, etc.

(Je vous dirais presque de ne pas regarder la bande annonce, elle en dévoile déjà beaucoup, comme souvent.)

Autre grande qualité du film, sa distribution. Grand plaisir de retrouver Julie Delpy, Eric Elmosino (méconnaissable) dans le rôle des parents d’Albertine, Vincent Lacoste encore dans un rôle d’ado ingrat (mais qui score bien plus que dans « les beaux gosses« ), Noémie Lvovsky et ses incroyables poumons (et une de mes actrices favorites avec Karine Viard, j’aimerais d’ailleurs avoir le temps d’aller voir « l’Apollonide« ), et tout une bande d’acteurs très bons dans une galerie de tontons et tatas très réussie (encore une fois Valérie Bonneton épatante quand elle se plaint de son para de mari, qui la prend « 20 fois par nuit » et qui trouve « que ça fait beaucoup quand même« ).

Si vous avez besoin d’une petite madeleine (avec un personnage qui s’appelle Albertine, c’est facile hein) et de rire doucement dans votre fauteuil (vous, vous aurez peut être plus de chance que moi et n’aurez pas à votre gauche mon frère qui grignote du pop corn tel un écureuil sous cocaïne), courrez y.

Croquez la pomme !

Je ne suis pas une Apple addict, même si certains pensent que mon iPhone est mon doudou (et puis je vraiment leur donner tort ?). La mort de Steve Jobs est un choc pour pas mal de monde, et notamment les moins de 30 ans, biberonnés à Mac depuis leur enfance. Ce n’est pas mon cas, j’ai découvert Apple récemment, mais il reste que les produits qu’il a contribué à faire émerger habitent et occupent notre quotidien, on peut saluer son talent et sa vision.

Et surtout réécouter / relire son discours à l’Université de Stanford en 2005, dont plusieurs parties font grand écho en moi.

The Whole Earth Catalog.

Le faire (l’amour). Le refaire. Ou pas.

En cette rentrée littéraire habituellement chargée, c’est cornélien pour moi de devoir CHOISIR ce que je vais avoir le temps de lire. Car naturellement, deux nains (et le reste), ça te laisse beaucoup moins de temps pour lire, et encore moins de temps pour lire de mauvais bouquins (ma hantise, je déteste laisser entamé et non terminé un livre qui ne m’a pas plu). Là, coup sur coup, j’en ai lu deux très bien. Écrits par des femmes. Courts (peut être même trop pour l’un des deux). Et parlant de sexe (crûment, très crûment pour l’un des deux).

Clèves, de Marie Darrieussecq, m’a beaucoup impressionné. Pourtant, depuis Truismes, qui m’était tombé des mains d’ennui, je n’avais rien lu d’elle. Mais je l’ai entendue dans deux émissions de radio, l’Humeur Vagabonde (avec la voix de la délicieuse Kathleen Evin, dont je suis par ailleurs amoureuse depuis de nombreuses années), et dans Eclecktic (avec l’insupportable Rebecca Manzoni, mais c’est pas grave, elle a une belle voix aussi, et un vrai talent pour les entretiens). Et j’ai su qu’il fallait que je le lise, car ce livre parlait de moi. Enfin de moi à 13 ans, quand j’étais en plein Oedipe et travaillée par une libido naissante, brouillonne et (un peu) sale.

Marie Darrieussecq raconte très bien cette initiation adolescente féminine à la sexualité. Avec un réalisme effrayant, qu’elle a tiré en partie de l’écoute de son propre journal intime qu’elle enregistrait alors qu’elle était elle-même adolescente. Les garçons sont maladroits, brutaux et indifférents, les filles sont ignorantes et arrogantes, et tous partagent cette obsession de LE FAIRE. Je me souviens très bien moi aussi de cette période là, un peu mytho, un peu ingrate, où tu brodais autour d’une histoire finalement pas très jolie et insignifiante, pour faire croire aux copines que tu t’émancipais et vivais la passion charnelle, décontractée et sans tabou. Alors qu’en fait …

Clèves se déroule dans les années 80, à peu près la période de ma propre adolescence, et c’est un peu La boum en version trash (mais criante de vérité). La scène où Solange, l’héroïne, échange sa salive (et pas que) pour la première fois avec un gars, un pompier fêtant son enterrement de vie de garçon dans une boîte de nuit, est extraordinairement décrite. Vraiment. (Je crois que je me projette beaucoup dans Solange aussi.)

Et dans l’ordre chronologique, après les émois adolescents, j’ai lu L’envie, de Sophie Fontanel, qui lui aussi parle de la sexualité, du désir, de son absence, du manque ou de l’absence de manque, chez les adultes. C’est un joli roman, presque trop court, très émouvant à lire, bien que pudique. Elle dresse un panorama complet (et finalement un poil déprimant) de nos vies adultes et plus ou moins sexuées, au travers de son histoire personnelle et celles de sa bande d’amis. Il y a elle, qui a renoncé à le faire parce qu’elle n’y trouve plus de plaisir, d’envie, et il y a les autres, ceux qui crèvent de ne pas le faire, ceux qui en parlent tout le temps, ceux qui le font beaucoup et le disent très fort, etc.

J’ai trouvé forcément un peu caricatural sa position de principe, voulant croire (ou faire croire) que finalement c’est parce que tu ne focalises plus sur le sexe et ce qu’il y a autour (les hommes, la vie à deux, les enfants, etc.) que tu réalises et jouis mieux la beauté du monde et des choses. Mais il reste au-delà de cette vision un peu idéalisée de la solitude (et de l’ascèse) une description très juste et également crue de la manière dont nous vivons notre sexualité d’adultes. Avec parfois aussi peu de discernement et de recul que des adolescents en rut …. (j’aime bien boucler la boucle, oui).

Maintenant que je suis me suis bien plombée la libido avec ces deux bouquins là, on va donc passer à plus guilleret (des twittas m’ont déjà donné quelques pistes).