Effort et (ré)confort, par Max Weber*

(* Pour Weber, je déconne hein. Juste une petite référence.)

Il y a presque un an, je lisais cette note de Caroline, qui expliquait quelques-unes des raisons qui l’avaient à l’époque poussé à démissionner de son emploi salarié pour se lancer dans l’aventure de l’indépendance (la gueudine). Dans cette note, elle y parle d’un « concept » que je maîtrise mal (je goûte assez peu les méthodes de coaching et de management, et j’ai sans doute tort), mais qui m’a interpellé à l’époque, la zone de confort et la zone d’effort, appliquées à la vie professionnelle. Ca fait donc un an ou presque que cette note me fait réfléchir …. Certes pas en continu et au quotidien (je suis pas une flèche, certes), puisque 2011 a été une année « moignon » en termes professionnels, ayant été absente 6 mois pour accoucher et accompagner les premiers mois de mon deuxième enfant.

Maintenant que la Dauphine est à peu près tirée de la phase « nourrisson exigeant et dévorant » (malgré le fait qu’elle n’aie que DEUX DENTS à 10 mois, ce n’est définitivement plus un nourrisson, mais un bien joli poupon), j’ai à nouveau un peu de temps à me consacrer à l’observation de mon nombril à l’examen, forcément critique (car toute daubeuse l’est au premier chef avec sa pomme), de mon parcours professionnel.

Déjà, j’ai mis du temps à comprendre que je faisais un contre-sens complet, assimilant la zone de confort au mal (on pantoufle, on s’encroûte dans son travail, parce qu’on en maîtrise les rouages et l’exerçons dans un confort opérationnel) et la zone d’effort au bien (on se remet en question, on se sort les doigts, pour se dépasser, mieux faire, etc.). Je m’explique assez facilement cette assimilation, en tant que fille de prof, j’ai toujours assimilé l’apprentissage / les études / le travail à quelque chose de laborieux, difficile, auquel on doit consacrer énergie et abnégation, dans la douleur. Je sais, c’est très weber-ien comme raisonnement, et pourtant, pas l’ombre de la queue d’un protestant dans la famille. Juste une constellation de profs et instits, ça doit être suffisant.

La zone de confort, comme l’explique d’ailleurs Caroline dans sa note, c’est « le cadre dans lequel vous vous sentez au maximum de vos capacités en éprouvant cette émotion tellement mais tellement sacrifiée par le monde du travail alors qu’elle est fondamentale : le plaisir. » Et c’est celle qu’elle a voulu regagner en changeant de cap professionnel il y a un an. Pour ma part, je me reproche, depuis quelques temps déjà, d’être dans une « fausse » zone de confort. J’exerce un métier qui me plait, malgré ses exigences (nomadisme, pluralité des clients et des missions) et ses limites (chronophagie, position « stratosphérique » par rapport aux projets, peu en réalisation / concrétisation), et dans des conditions matérielles confortables (environnement de travail, salaire).

Pourtant, je sais que la manière dont je l’exerce est beaucoup moins satisfaisante (contexte économique tendu, potes qui sont partis, clients qui ont changé, etc.), me procure moins de PLAISIR, même si je suis confortée par ma capacité à réaliser ce que l’on attend de moi sans trop de difficulté (on appelle cela l’expérience, encore heureux, 12 ans que j’y suis). Et finalement cela me demande plus d’efforts. Mais des efforts peu gratifiants.

Le serpent se mord la queue, mais je finis par l’énoncer : j’exerce confortablement un métier qui me demande de plus en plus d’efforts, et me procure de moins en moins de plaisir (j’ai mis quasi un an à pondre cette phrase, bonjour la gestation éléphantesque, j’espère que vous appréciez l’effort). Née en 1978, à deux ans près, je faisais partie de la génération Y. Mais de fait, j’ai intégré le monde du travail avant eux (puisque j’ai fini mes études avant eux, contrepartie d’avoir son bac à juste 17 ans) : je travaille donc avec des X, et recrute /manage des Y. Génération sur laquelle on casse du sucre sur le dos à longueur de réunion managériale, leur reprochant mille et un travers.

Génération Y from adesias. on Vimeo.

(Chouette vidéo explicative sur cette fameuse génération.)

Pour en recruter tous les ans des charrettes (je vous passe cette année mes coups de mou habituels, sur les CV de gugusses nés en 1987 et qui cherchent du travail, dont j’imagine qu’ils sont lycéens, alors que non ils ont 24 ans, c’est pas la peine de se miner dès le lundi), c’est vrai que c’est vraiment rien que des feignasses qu’ils ont un rapport au travail que je trouve globalement … plus sain que le notre (les vieux cons de X). Moi aussi je voudrais parfois être plus détachée vis à vis de la « valeur travail », lui accorder la place qu’elle mérite dans ma vie (moindre), savoir en changer quand je pense que c’est nécessaire et sans avoir besoin de penser que je tue mon papa en le faisant, et considérer que je me structure autrement que par l’emploi que j’occupe. Heureusement, le fait d’être désormais mère a déjà remis pas mal de pendules à l’heure en termes de priorités (non, il est exclu que je reste à la maison pour élever mes enfants, merci). Mais il reste que j’accorde (beaucoup) d’importance à mon travail. J’attends qu’il m’apporte rémunération, mais aussi reconnaissance et épanouissement. (J’ai des problèmes de riche.)

Toujours est il qu’en 2012, j’aspire donc (entre autres) à regagner du PLAISIR ailleurs qu’au fond d’un lit (même si c’est toujours ça de pris, on est d’accord), et donc au travail (la possibilité de coucher avec mes collègues et / ou collaborateurs étant bien entendue exclue pour regagner le dit plaisir, je vous vois venir, j’applique strictement le « no zob in job« ).

Et j’en profite donc pour vous en souhaiter de même. Du plaisir.

Et la santé, bordel.

La santé.

8 réponses sur “Effort et (ré)confort, par Max Weber*”

  1. Preum’s…Et bien on se souhaite tous du PLAISIR!!!! et la santé !

    Bon si j’peux avoir un p’tit bifton supplémentaire de-ci de-là aussi ? non ?…

  2. Grâce à ta vidéo je viens de trouver LA boite avec qui j’aurais plaisir à bosser. Ça compte ?

  3. tu fais quoi comme boulot pour recruter des jeunes avec un salaire correct ?

    Parce que bon les conneries sur la génération Y, c’est encore moins drôle qu’un sketch de Franck Dubosq ! Moi aussi je change de boulot souvent (enfin j’essaie d’en trouver très souvent, en permanence même !), parce que j’en trouve juste aucun qui soit adapté aux études que j’ai faites. En 2 ans, on m’a fait miroiter 3 fois des boulots en rapport avec elles ( les mêmes que toi vu qu’on a eu les mêmes profs d’après twitter et france inter. Lyon est une petite ville de province) et à part : ne plus répondre à mes appels ou à mes mails ou engager mes pseudos collègues:potes à ma place en toute connaissance de cause, sans une explication alors que j’avais fait un peu beaucoup de  » freelance » pour la boîte en question j’ai fait que moisir dans un service civique/emploi dissimulé pendant 12 mois ( hello les 500 euros de salaire mensuel !) et aujourd’hui je vends des 24 H rue Emile ZOla ( mais ça va, j’aime bien ça, je suis trooooop génération Y qui papillonne de boulots en boulots !)

    Je suis désolée mais quand on vit dans un pays avec un taux de chômage des jeunes aussi élevés, un pays qui en arrive à créer un système de travail dissimulé pour les jeunes acclamés par la droite et la gauche, parler de génération Y en croyant vraiment en son existence, ( et ok c’est sans doute à la lumière de mon expérience mais c’est mon point de vue et je le partage) je trouve ça obsène.

    Perso, je kifferais trop d’être née en 1978, j’aurais au fond que 7 ans de plus et sans doute la chance d’avoir un vrai travail avec un vrai salaire et une autre vie que celle d’une fille qui n’a toujours pas de boulot qui lui permet d’avoir une chambre ailleurs que chez ses parents.

    Bon les autres coms c’étaient des bonne année, bonne santé, trop cool méga lol. Je suis presque désolée pour le mien, mais quand on me parle de génération Y, je mors ! Enfermer toute une classe d’âge dans une même catégorie pour faire styyyyle, c’est pathétique. Surtout pour raconter des conneries sur elle ( c’est pas toi hein, c’est la société !)

  4. @camille : Je bosse dans le conseil, et je suis spécialisée dans le secteur public, en rapport avec notre formation. J’ai eu la chance de trouver un emploi en lien avec mes études, à une époque où la conjoncture était pourrie (2000 / 2002). Mais j’ai été pragmatique et opportuniste. J’ai transigé avec mes aspirations, parce que je me destinais pas au métier que j’exerce. J’ai donné la priorité au potentiel de mon secteur d’activité, parce que je voulais gagner ma vie / être indépendante. En cela je pense me distinguer de certains de mes camarades et des générations suivantes, qui ont parfois choisi des filières « passion » mais peu rémunératrices (ONG, culturel, journalisme, politique …). Moi je n’avais pas de passion associée à ma démarche pro (hors le droit constit !) et surtout au bout de mes 5 ans d’études je voulais gagner ma vie et plutôt mieux). Je trouve lamentable les modèles eco qui fonctionnent sur la precarisation. Je travaille dans une entreprise très capitaliste mais on rémunère le travail à sa valeur.
    En disant tout cela, je ne sais pas si je t’éclaire bcp 🙂

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