Le féminisme de l’étoile de mer (le mien)

S’affirmer en tant que féministe comporte quelques inconvénients (remarquez, je cherche toujours les avantages ….), parmi lesquels, SE JUSTIFIER. Parce que souvent, les gens (et en particulier les gourdes de moins de 30 ans) sont persuadés que les combats féministes sont derrière nous, l’égalité est conquise, si si, arrêtez de nous emmerder, allez brûler les sous-tifs et faire pousser vos poils sous les aisselles ailleurs.

(Perso je crains rien, mes aisselles sont nickel.)

Deux types de justifications me sont souvent demandées.

La première est d’ordre générique : pourquoi lutter pour des combats qui sont acquis ? Oui, on vote, on a le droit d’avoir un compte en banque, de se faire élire, de porter des pantalons, d’avorter et prendre la pilule. Mais il reste des pans entiers de ces soit-disant acquis qui restent peu appliqués ou mis à mal (les exemples sont légion : avorter aujourd’hui relève du parcours du combattant en France, les femmes sont plus présentes au Parlement en Tunisie qu’en France, ne parlons pas des salaires, etc.) Il y a donc un effet de rattrapage qui reste encore à accomplir d’une part, et une attention à porter au maintien et la progression de ces acquis. Ca me paraît l’évidence, et je n’ai souvent pas de mal à étayer cette partie de l’argumentaire.

La seconde justification est sur un plan plus personnel : très souvent, on croit me mettre face à mes soit-disant contradictions, en me demandant comment je peux être féministe d’une part, tout en acceptant ou participant à des situations sexistes dans mon quotidien ? C’est à dire que je me maquille, je porte des vêtements sexués, j’apprécies les hommes exposant des signes externes forts de virilité (des poils, une barbe, une grosse b), je ne refuse pas qu’un homme me tienne la porte ou aie des gestes galants à mon égard, je joue sur des rapports de séduction dans mon quotidien (et donc sur mon sexe) personnel et ou professionnel. L’argumentation est plus subtile, mais elle est simple. L’égalité dans les rapports entre les hommes et les femmes, je l’exige dans des situations socialement normées (la vie politique, le monde de l’entreprise, les droits familiaux, la santé, etc.). Parce que je pense que nous avons besoin que la société offre un cadre univoque aux hommes et aux femmes, qui leur permettent d’avancer sur un pied d’égalité dans la société. Ensuite, dans les rapports humains, les relations inter personnelles, chacun fait bien comme il l’entend. Certaines femmes peuvent adorer les gros machos (au hasard), voire en épouser un, tout en étant féministes. De même qu’elles peuvent revendiquer leur égalité sexuelle vis à vis des hommes tout en se comportant en étoile de mer docile et soumise au pieu. Pourvu qu’elle aie aussi la liberté de reprendre la main (ou le gode ceinture) à d’autres occasions. Je ne considère pas que le maquillage soit une aliénation de la femme par l’homme. Je me maquille pour moi, et secondairement pour mon entourage, masculin et féminin d’ailleurs.

Une fois qu’on comprend cela, et qu’on arrête d’assimiler féminisme et dogmatisme, on a fait la moitié du chemin, non ?

7 réponses sur “Le féminisme de l’étoile de mer (le mien)”

  1. Je suis plutôt assez d’accord avec toi ! Deux remarques complémentaires :
    – je ne sais pas si je ne préfère pas le terme “antisexisme”, même si féminisme est sans doute plus lisible. Bon ça a l’avantage qu’on te traite moins directement de lesbienne poilue qui veut se débarrasser des hommes, et puis surtout pour moi le “but” ultime c’est qu’on arrête de prendre le sexe et le genre comme grille de lecture et d’interprétation des gens (hors des spécificités biologiques genre que l’utérus ne marche pas comme la prostate), donc même si cela passe par traiter un certain nombre de problèmes rencontrés spécifiquement par les femmes, ça me semble plus logique.
    – pour moi un enjeu majeur, outre ceux que tu cites, est de décloisonner l’éducation de nos enfants, d’arrêter de les enfermer dans leurs supposées caractéristiques de garçon ou de fille.
    Et à quiconque se pose des questions (ou pas d’ailleurs) lisez absolument le livre d’Olympe alias Brigitte Laloupe “Pourquoi les femmes gagnent-elles moins que les hommes” !

  2. Vaste débat et je me risque à un commentaire.
    Non, l’inégalité homme-femme n’est pas dépassée. En revanche, les formes de “lutte” doivent changer. Quand j’ai posé ma démission pour suivre ma femme, il m’a fallu, je pense, beaucoup de force de caractère pour résister aux sourires en coin. Déjà, quand j’étais salarié, j’ai dû “mater” mon patron pour lui faire comprendre que les réunions à 17.00, il pouvait se brosser parce que je devais aller à la crèche mais que j’étais à sa disposition pour celles de 8.30
    Maintenant égalité des chances ne veut pas dire effacement des différences. Y a effectivement les spécificités biologiques dont parle La Poule Pondeuse et le “jeu de rôle” qui en découle (séduction entre autre)

  3. Pour réagir sur ton deuxième point, depuis Freud voir bien avant, une féministe est une femme qui n’accepte pas d’être femme et qui doit être soignée de son féminisme pour acquérir sa féminité. Apparemment ça a fait beaucoup de dégâts, vu qu’encore aujourd’hui encore féminisme et féminité semblent incompatibles. Quand tu te dis féministe, on te refuse souvent la féminité en la traquant dans les moindres détails comme une contradiction. ça m’agace aussi. Que tout le monde croie que je suis partie en guerre contre tout signe de féminité parce que je suis féministe alors que je considère que le féminisme est au départ (entre autre) une remise en question d’une *certaine* féminité et que le côté ludique justement dans ma vie, c’est d’essayer d’en vivre un nouvelle sachant très bien qu’elle est imparfaite, étant aussi le produit de la société dans laquelle je vis. Non, quand tu es féministe, tu as le devoir d’être une parfaite féministe même si c’est pour entendre que tu es une caricature la minute qui suit.
    Considérant que les lois (la plupart) sont passées, les changements à venir sont pour moi de l’ordre des structures mentales de nos sociétés, du symbolique, des mentalités. Et sur ces questions, je prends mieux la mesure générationnelle de la chose, ça prendra du temps (c’est peut-être une déformation professionnelle, je suis historienne). Je suis un maillon de la chaîne avec un degré de conscience élevé des questions de genre par rapport à la moyenne des gens (c’est mon job, “j’y peut rien”). La plupart du temps, je fais de ma vie une “expérimentation” de tout ça et à certains moments plus précis, je lutte concrètement. Mais surtout, je réclame le droit d’être imparfaite et d’apporter ma pierre.

    Je suis un peu longue (nooooon?), j’arrête ici et pour ne plus embouteiller ton blog, j’avais écris (en partie) sur ça ici: http://lesfillessages.canalblog.com/archives/2011/12/15/22973096.html

    Bises, sinon, en passant!

  4. On n’a légalement pas le droit de porter des pantalons, en revanche c’est limite “illégal*” de changer de nom ou de se faire appeler Mademoiselle ! 😉

    * j’ai pas trouvé de meilleur terme

  5. Allez, rassure moi : tu leur fais renifler tes aisselles, aux jeunettes, j’espère…

    Le féminisme demande l’égalité. Il n’a jamais demandé l’uniformisation.

    Cela dit je reste pas d’accord sur le mademoiselle car pour moi il relève de la même chose que le porte-jarretelle ou le maquillage.

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