Les escarpins, vous les avez en 41 ?

Ce soir, quand je suis allée chercher l’Héritier chez ses grands-parents, il m’a demandé de lui lire Cendrillon, dans un de ses livres d’histoires. Comme ça, au débotté, dérogeant à toutes ses règles de préséance. Car j’ai un enfant, comme tous les enfants semble t il, extrêmement routinier, dont les journées sont balisées par des rituels IMMUABLES, auxquels nous ne saurions déroger sans nous confronter à une crise gravissime (genre les missiles de Cuba, à coté, c’était roupie de sansonnet). Normalement, le soir, c’est bain, puis repas, puis dessin animé, puis brossage des dents, puis histoire, puis bouillotte, puis dodo. Mais là, non, à 19h, ce gueudin voulait une histoire. Celle de Cendrillon donc. Soit.

Comme je suis une vraie connasse amie des enfants, je crois que ça fait bien 25 ans que je n’avais pas lu en entier cette histoire. Elle m’est remontée à la gorge, comme une madeleine un poil amère. Ca m’a d’autant plus surpris que comme vous le savez, j’ai une mémoire de poisson rouge.

Pourtant, j’ai un souvenir, datant de 2004, plutôt réjouissant de ce conte, grâce à notre joyeuse (et néanmoins barrée) bande d’amis, qui a filmé pour notre mariage une parodie de Cendrillon, en mode film de boules des années 70. Dans cette version librement inspirée, cette souillon de Cendrillon perd à la fin du bal non pas son soulier de vair / verre, mais son gode, que le prince Braquemard (magnifique interprétation de Pierrot) récupère pour le tester auprès de toutes les filles du royaume (je vous laisse deviner comment, mes amis sont magiques). Pour la petite histoire, le gode qui a servi au tournage (assez imposant ma foi) m’a été offert, et traîne toujours dans ma boîte à malices (mais il a plus de piles).

Bref, ce qui est remonté tout à l’heure, cette bulle de mémoire un peu douloureuse, c’est le souvenir amer de ce conte moral, tel que je l’ai interprété dans mon enfance et adolescence. Car à l’époque, j’avais fait du Bettelheim avant l’heure, mais avec une explication un peu plus proche de mes préoccupations prosaïques de petite fille un peu trop replète, un peu trop grande, un peu trop large, un peu TROP quoi. Il paraît que les contes sont souvent faits pour permettre l’identification de l’enfant à l’héroïne. Personnellement, je ne me suis jamais identifiée à Cendrillon. Mais plutôt à une de ses deux demi-soeurs, en l’occurrence la petite boulote telle qu’elle apparaît dans l’illustration Disney. Et qui se fait méchamment humilier quand elle essaye le soulier, bien trop petit et fin pour son pied large et grand.

Voilà. Cendrillon pour moi est une allégorie de mon rapport au poids, à mon corps et aux autres. J’ai toujours été grande, large, plus que la moyenne, ça m’a poursuivi. Résultat je faisais 1 m 70 à 13 ans, et chaussais du 39. J’ai toujours été un peu trop grosse, grasse, en tous cas en haut de courbe. Hors de la « norme ». Celle qui vous permet de rentrer dans les souliers classiques. Ce sentiment d’être un peu hors norme me poursuit. Aujourd’hui, à l’âge adulte, je reste en haut de la courbe de l’acceptabilité. Je chausse du 41, la dernière pointure « grand public », et il suffit de pas grand chose (un modèle un peu petit, trop fin) pour que je ne trouve pas chaussure à mon pied, quand le modèle existe (message personnel : Minelli, qui fait des modèles dont beaucoup s’arrêtent au 40, je t’emmerde). Pour les vêtements même punition, je m’habille en 42 / 44, et il suffit là aussi d’une coupe un peu étroite, près du corps, pour que l’accès au dit vêtement me soit interdit. Et là je repense au 1er billet de Caroline, qui le remettait en lien à l’occasion de l’anniversaire de son blog. Combien de fois moi aussi j’ai acheté un vêtement, une paire de chaussures, seulement parce que j’étais rentrée dedans ? Le soulier étroit, réservé à la parfaite (et blonde) (et filiforme) Cendrillon, sur lequel on commet un hold up inespéré, est un bonheur rare. (Sans doute le même réflexe bravache et provocateur qui me pousse à m’acheter des chaussures avec 8 cm de talon, alors que je mesure déjà 1 m 76.)

(Voyez messieurs, quand on vous dit que les chaussures, chez les femmes, signifient beaucoup.)

Alors non, je t’en veux pas, cher ange, de m’avoir fait replonger dans l’histoire de cette connasse de Cendrillon, avec son pied fin et sa gentillesse insipide. Par contre je te regarde toi, et ta soeur, cette merveille qui n’a pas un an, et à peine deux dents (feignasse), et j’espère qu’à vous deux, je ne communiquerais pas toutes mes névroses. Enfin pas celle là. Si possible.

6 réponses sur “Les escarpins, vous les avez en 41 ?”

  1. J’ai connu ça aussi, un peu différemment :
    – les soutiens-gorges au look de prothèses orthopédiques à 14 ans
    – la robe chemisier que tu ne peux pas boutonner jusqu’en haut
    – la vendeuse du haut de son 36-38 qui te répond bien fort qu’elle t’a donné la plus grande taille…

    Aujourd’hui, je peux enfin me procurer des sous-vêtements pas trop laids, à la bonne taille et sans hypothéquer ma maison.
    Mais il y a toujours une petite vendeuse, heureuse détentrice d’une carte 12-25, qui écarquille les yeux quand tu lui demande ta taille et commence à essayer de t’embrouiller en te disant que non, tu ne peux définitivement pas faire un 95E, un C au plus. Ma réponse est toujours la même « Mais Mademoiselle, vous n’étiez pas encore née que je faisais déjà cette taille ;vous pensez bien qu’après 25 ans, je commence à connaître leur taille ! ».
    Elle est gênée, j’ai ma revanche : elle, elle aura besoin de push-ups toute sa vie.

  2. Aah, je comprends bien ce problème d’être hors norme.. mais moi, c’est l’inverse.
    Je chausse du 33 1/2… autant dire qu’il est IMPOSSIBLE de trouver des chaussures dans la catégorie femme. Tout au mieux, cela commence au 35. Je suis condamnée à vivre avec des Kickers aux pieds…
    On mène des vies pas faciles 😉

  3. ah, je connais ça… la frustration suivant la joie trouver un modèle qui me plaît (c’est rare) sauf que pas de bol y reste que 3 pauv’ paires en 41. Trop laides.

    Ou alors le mec qui refile les pompes au bowling qui se fout de ta gueule. moralité : ne plus aller au bowling!

    ps: je suis une nouvelle lectrice, je me demande comment te lire sur twitter?
    merci!

  4. Après avoir longtemps fait du 38-40 grâce à la thyroïde et mon mari j’en suis au 44/42 au mieux (44 en bas bien sûr sinon c’est pas drôle). Donc la solitude du vestiaire je compatis.

    Maintenant je ne te comprends pas pour Cendrillon. Moi les bondes, j’ai jamais pu. Même gamine, je demandais la barbie brune, mais l’héroïne la fille parfaite comment dire… pas pour moi. Moi je suis une rousse, une sorcière, j’ai un prénom bizarre et des parents divorcés (la seule de ma classe à l’époque, ça a bien changé…).
    La blondeur n’est pas pour moi et je n’en ai aucun regret. Parce qu’au fond qu’est-ce qu’on s’ennuie avec les miss blonde-parfaite-première-de-classe. Une fois maquée au prince charmant, quand la brune a disparu, la vie manque de sel…

    Quand aux névroses… pfiou, mon fils fait ton choix, c’est encore mieux que sur catalogue !

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