Merci François pour les femmes (et au boulot)

Beaucoup de journaux ont titré et glosé sur ce symbole de la parité complète du gouvernement de Jean-Marc Ayrault (si on part du principe que celui ci n’en fait pas partie … soit dit en passant). C’est normal, et j’en suis aussi la première réjouie. Non seulement parce que c’est une 1ère promesse de campagne tenue, et sans doute pas la plus simple (après plus de 10 ans dans l’opposition, j’imagine combien les appétits de pouvoir ont pu s’aiguiser à gauche), mais parce qu’elle correspond à mon sens à la mise en oeuvre de la seule solution efficace pour faire en sorte que la moitié de la France qui n’a pas une paire de couilles arrive aussi à exercer des fonctions de pouvoir : l’action positive.

(Oui, Christiane Taubira est TOUTE petite, on voit. Et Cécile Duflot, s’est pointée en jean qui poche aux genoux. La presse française est de grande qualité ces jours ci. On se croirait sur Twitter, avec plus de 140 caractères.)

Lors des primaires socialistes, et de mon soutien à Martine Aubry, le débat avait déjà eu lieu, ici et ailleurs, sur cette question. Pourquoi soutenir par PRINCIPE, une femme ?  Mon cher élu du 7ème arrondissement, Romain, m’a souvent questionnée et interpellée sur ce sujet, partant du constat que désormais les femmes étaient largement présentes dans les partis politiques, et point nécessaire de mettre en oeuvre des  quotas, au risque de promouvoir des femmes au détriment d’hommes tout aussi voire plus compétents. Certes, je comprends à titre individuel les hommes qui se verraient écartés d’un poste pour des raisons de quotas. Mais à titre collectif, cela me paraît un mal nécessaire, et transitoire.

L’argument de la présence large des femmes dans les partis (et dans bien d’autres corps de la vie publique et entrepreneuriale) n’est pas recevable à mon sens pour avancer qu’une action positive (discriminante) n’est pas nécessaire. A l’hôpital aussi, les femmes sont majoritaires, ce sont les infirmières et les aides soignantes qui gonflent les chiffres, alors que les médecins et les postes à responsabilités sont « tenus » par des hommes. J’observe le même phénomène au sein de mon entreprise (tertiaire supérieur). A l’entrée, point de discrimination, hommes et femmes sont en nombre équivalent, bardés des mêmes diplômes, et les rémunérations sont semblables (j’examine en tant que représentante du personnel le rapport égalité hommes / femmes, tous les ans, et avec GRANDE attention). Toutefois, progressivement, au fil des années et des promotions, le rapport s’érode en défaveur des femmes. Les postes sont plus exigeants ? Pas tellement, c’est dur dès le départ et sur la durée (12 ans que je m’accroche aux branches, je peux vous en parler). Ils sont surtout rendus peu compatibles avec une vie de famille, et l’auto censure conduit les femmes à renoncer aux postes les plus élevés, pour d’autres métiers plus souples. En conséquence de quoi, quand on arrive au stade de la cooptation pour « passer associer », au grade le plus élevé, il doit rester 2 femmes pour 8 hommes, en moyenne. C’est logique qu’elles y accèdent moins, elles ont été (ou se sont) découragées avant (le plafond de verre, Olympe l’explique parfaitement dans son ouvrage). Chez nous pas de quotas, pas de discrimination, on se contente de constater l’écart qui se creuse. Je comprendrais que les hommes qui se sont démenés pour accéder aux plus hautes fonctions de l’entreprise se voient eux mêmes discriminés, finalement, pour une femme qui se sera peut être autant battue, ou peut être moins, qui sait. Et cette femme qui sera promue en raison aussi de son sexe, se sentira t elle légitime et à sa place ?

La question n’est pas simple, je le sais, qu’on vienne pas me troller, j’ai la pleine conscience des limites de l’action positive. Pour autant, je sais aussi être force de propositions. Dans mon entreprise, je milite et je promeus toutes les actions qui peuvent permettre à la parentalité de s’exercer au mieux dans l’entreprise, et arrêter ainsi de faire fuir les femmes en âge de procréer (et mieux équilibrer AUSSI la vie des pères, je ne les oublie pas). Mais je ne serais pas contre des quotas à partir de certains grades, oui. Parce qu’il faut enclencher le mouvement, rendre possible l’accession en lui donnant un coup de pouce. On ne parviendra pas à équilibrer cela par le seul mouvement naturel. Ou alors à risquer la situation allemande, où les femmes qui veulent très fort une carrière professionnelle … renoncent à avoir des enfants. Et c’est là que la question de société se transforme en enjeu démographiques les amis, ne le perdons pas de vue. La question de l’accès aux femmes aux postes à responsabilité n’est pas qu’une question d’orgueil.

Il me semble salutaire que le même mouvement s’imprime dans la vie publique. Je sais que des grandes entreprises (pour les avoir auditées sur ces sujets de responsabilité sociale) pratiquent les quotas. Il faudrait qu’il en soit de même dans l’administration centrale et déconcentrée, les grands corps de l’Etat, et à terme l’administration décentralisée. Et bien entendu parmi les grands corps électifs (Sénat et Assemblée Nationale) et au gouvernement. Les femmes n’ont pas accès au droit de vote depuis si longtemps que cela, mais elles sont 75% (entre 25 et 59 ans) à travailler, et ce de manière croissante depuis le début du XXème siècle. Nous sommes donc depuis belle lurette des membres actifs de la société, nous contribuons à sa richesse (pour autant qu’élever SEULES ou presque des générations d’enfants n’ait pas été considéré comme un enrichissement pour les sociétés, ce qui est un autre débat), nous devons donc aussi participer à sa gouvernance, à parts égales avec ces messieurs. Quitte à un peu forcer le passage, on a que trop attendu. Cela aura des incidences concrètes, on est d’accord, sur la progression de certains hommes, mais aussi des incidences symboliques.

Le jour de la passation de pouvoirs entre Sarkozy et Hollande, deux séquences m’ont particulièrement interpellées au niveau du symbole.

1/ Les ronds de jambes, photos et poses autour des deux « premières dames », la nouvelle et l’ancienne. Mais petit Jésus, que viennent foutre les « femmes de » dans cette histoire ? Nous n’avons pas élu un couple, nous avons voté pour un président, un homme (une femme un jour, qui sait), un parti. Est ce que l’Epoux se pointe au bureau, le jour où je suis promue, pour saluer derrière moi les corps constitués mes collègues de travail ? Et vice versa.

Je suis bien certaine que le jour où c’est une femme qui est élue, son mari / conjoint refusera de participer à cette mascarade (voire on ne lui proposera pas, tellement cela paraîtra RIDICULE), et il aura raison. Je souhaite bien du courage, et de serrer les dents à Valérie Trierweiler pour remettre les choses dans un état d’esprit plus sain (vu la couv du dernier Paris Match, ses anciens collègues, c’est pas gagné). Mais elle paraît avoir assez mauvais caractère pour en être tout à fait capable.

2/ Les salutation d’usage aux fameux « corps constitués » (représentants de la vie socio économique du pays, entreprises, syndicats etc.). C’était frappant : 95% d’hommes blancs de plus de 50 ans. Je ne sais pas pour vous, mais moi, je ne me sens pas constituée et encore moins représentée par ces personnages bedonnants et empesés de leurs pouvoirs représentatifs d’Ancien Régime. Et c’est bien parce qu’ils sont là, jaloux et protecteurs de leurs avantages et prérogatives symboliques, que je pense nécessaire de mieux distribuer le pouvoir, dans toutes les strates et à tous les niveaux de la vie politique, économique et sociale de la France. Et tant pis, effectivement, si cela se fait de manière offensive, discriminante, et au détriment de quelques ambitions masculines. Vous avez eu votre temps, il va continuer et / ou il reviendra.

En attendant, je ne boude pas mon plaisir face à ce gouvernement, même si bien sûr il va falloir qu’il passe l’épreuve du feu, et que je regrette tout de même un peu que plus de « gros » portefeuilles n’aient pas été attribués à des femmes (les affaires étrangères, par exemple, ça aurait eu de la gueule !). Je serais également particulièrement attentive aux premiers pas de Najat Vallaud Belkacem, avec qui je partage quelques points communs (origines maghrébines, âges, formation, lyonnaises, mères de famille), et dont évidemment le portefeuille au Ministère des droits des femmes (la première après Roudy !) m’intéresse particulièrement.

Bon courage à toutes et tous <3

8 réponses sur “Merci François pour les femmes (et au boulot)”

  1. ah mais j’attendais que qn (toi?) aborde cette couv de Paris Match …
    mais pour d’autres raisons –> Carla en a pris des largeurs!!! o_O
    les collègues de Valérie n’auraient-ils pas un peu fait exprès de prendre le pire cliché de Carla pour la couv ? 😉

  2. @Marie : en même temps, on s’en fout un peu des largeurs de Carla, surtout dans la vie « politique » ! Arrêtons de ne parler que du physique ou du look des femmes médiatisées, on se fait du mal toutes seules là !
    Sinon, merci Sasa pour cet avis intéressant, d’autant plus que je ne prends moi-même pas trop le temps de me pencher sur tout ça… 🙂

  3. Moi je pense depuis un petit moment que la solution c’est la discrimination positive des hommes en matière de parentalité et autres domaines estampillé « féminin ».

    A quand une campagne en faveurs des assistants maternels et des sages-hommes ?

    Quand le regard sur la masculinité aura changé, la place des femmes aura changé. C’est la seule chance de faire bouger les choses de manière non « cosmétique ».

  4. Clair qu’elle a pris du derche Carla ! Mais moi je la trouve flippante et mon cher et tendre la trouve toujours aussi peu appétissante.

    Celle que je suivrai maintenant c’est Najat Vallaud Belkacem. Jolie, intelligente et en pleine ascension (si en plus elle fait un bébé je me pends devant tant de perfection). Elle est tellement chouette que je n’arrive même pas à la détester. Allez NVB nos espoirs reposent sur toi !

  5. @ Mme Sioux: Je seconde, arrêtons de ne parler que du physique des femmes médiatisées… Parlons un peu du physique des hommes. On voit bien sur la première photo que le nabot au milieu de la clique est à la hauteur de son prédécesseur… Irréel cet amour des français pour les nains…

  6. Mme Sioux, Ray … oui, vous avez raison … un peu … quelque part …
    J’avoue, je me réjouissais juste, intérieurement, mais extérieurement encore plus, qu’il n’y ait pas que moi qui prend (cher, gros) après mes grossesses …

    et cela me rassure … quelque part … que ces personnes/femmes (médiatisées, certes, mais ce n’était pas mon sujet) aient aussi des hormones post-grossesse tout comme nous, qui font que notre corps stocke les cellules graisseuses aux « bons » endroits (= les hanches surtout et le ventre aussi 🙁 ) en vue de l’allaitement et de futures grossesses –> = héritage génétique très très ancien, plus ou moins apprécié, plus ou moins manipulé …

    et Carla a laissé faire la nature (?) … tout comme nous … pour une fois
    donc, bref, elle est encore humaine
    et ça m’a quand même fait jubiler d’avoir une « copine » de derche … et médiatisée en plus 😉

  7. @Sasa: en plus, Najat VB: hop: dans la baignoire la baignoire à Raymond (D’où elle ressort aussi tôt ceci dit… super décevant son déballonnement en vue des législatives… Tomber dans la petitesse politicienne à peine arrivée à la capitale, c’est moche…).

    Au passage, Flamby il a pas pris du cul récemment ?

  8. Flamby, il est pas terrible en maigre. Sans être une fan furieuse des gros je trouve que les gros maigrissant c’est pire que les gros tout court. Car les gros tout court ça peut être appétissant tandis qu’un gros qui assume pas bof bof bof. Bref autant Flamby aurait pu passer, autant Flamby maigre me fait autant envie qu’un yahourt 0%.

    Hem… on est retombé au niveau du ras de l’eau des toilettes musicales de Sasa. Vais me faire un petit Britney, là, pour la peine…

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