Grandir, mûrir, puis vieillir, et choisir son camp (ou pas)

27 juillet 2012

Hier soir, nous avions convoqué les collègues et camarades de bureau pour une ultime soirée festive (le OFF des soirées de fin d’année en quelque sorte, après le IN des libations corporate), en faisant l’effort de mélanger les grades et donc les âges, les jeunes (nos « jujus » bien aimés) et les vieilles badernes (nous, les managers de stars). Enfin « mélanger », faut le dire vite. Tout au moins se donner un RDV commun, c’était l’idée. Les jeunes se sont retrouvés dans un bar à vin, les vieux dans un restau en terrasse, histoire de nous sustenter correctement avant d’affronter un dance floor humide et alcooleux (le K, les lyonnais reconnaîtront, c’est pseudo branchouille, et surtout à quelques minutes de nos bureaux).

Las, au bout de quelques morceaux, l’évidence sous nos yeux et dans nos oreilles qui saignaient, le public était jeune à très jeune, et la musique aussi. Un boum boum assourdissant et syncopé, étourdissant peut être mais pas vraiment dansant. Personnellement, depuis l’arrivée des enfants (le premier déjà et l’effet multiplicateur du 2ème), les occasions de faire ce genre de sortie purement récréatives s’étant considérablement raréfiées, je les apprécie, aussi naze soit la musique (et de toutes manières j’ai des goûts de chiottes, alors l’un dans l’autre …). J’aime y observer le ballet de mes frères et soeurs humains, les chausse-trappes de la séduction de nuit, ces filles trop apprêtées sur leurs hauts talons, ces garçons maladroits ou au contraire arrogants malgré leur faible attrait, ceux qui dansent en s’oubliant complètement, les yeux dans le vague et la tête renversée, versus celles qui ne se meuvent que dans le but d’attirer un regard, une attention de la part du sexe opposé. Je sirote un verre et je mate, je m’en lasse pas, je suis la voyeuse sur le banc de touche. Je sais que je suis hors circuit, mais je reste fascinée de ces jeux pré-coïtaux ou amoureux, parce que depuis mon banc, je les détecte et les comprends 100 fois mieux que lorsque j’étais de l’autre côté de la barrière. Et  c’est doute cela l’avantage de grandir, de mûrir (un peu), les choses qu’on peinait à comprendre il y a 10 ans nous apparaissent sous un jour neuf et éclairée. (Qui a dit le SEUL avantage ?).

Nous décidâmes toutefois de faire sécession, en vieux cons que nous sommes (voir photo ci dessus), et de migrer vers des terres plus accueillantes pour nos oreilles de trentenaires pré quarantenaires (le Boudoir, à deux pas de là). Là, horreur et stupéfaction, la musique était effectivement bien plus abordable (Rihanna, Shakira, toutes mes copines à prénom de pouffinA étaient là, réunies sur le dance floor), mais la moyenne d’âge frisait allègrement la cinquantaine. bien tassée, friquée et bedonnante. Cernés par les couguars ascendant puma et les hommes d’affaires libidineux, nous rebroussâmes chemin au bout d’un quart d’heure, pour retrouver nos jujus et leur boum boum. Grâce à quelques coupettes bien envoyées au fond du gosier, nous retrouvâmes même le mojo suffisant pour finir par tous les coucher, nos petits collègues.

A 3h et des cacahuètes, nous étions les derniers à quitter le parquet collant de la boîte. NON MAIS.

(Loca loooca loooooooooca. Que j’ai chanté à tue tête.)

(Shakira. Eté 2012.)

Reste qu’au cours de cette soirée, il a fallu se rendre à l’évidence. Nous ne sommes plus des « jeunes ». Nous avons dépassé (allègrement) la trentaine, et avons « coché un certain nombre de cases » (le boulot stable, la vie  en couple, l’appart, le mariage, les enfants, le scenic …. restent encore – il paraît –  la résidence secondaire, le coupé, le labrador, la maîtresse, le plan  de licenciement à 45 ans …). Les soirées alcoolisées nous amusent, mais on reste relativement détachés (tout en observant d’un oeil goguenard les petits s’explorer gaiement les amygdales). Les « jeunes » nous acceptent encore dans leur cercle, parce qu’ils savent que nous sommes la projection de leurs vies à 5 ou 10 ans, mais ils nous voient déjà comme ailleurs, dans des sphères (économiques, politiques, sociales) loin des leurs. Des fois j’ai envie de les secouer comme des vieux pruniers et leur dire « mais bordel de couille, j’étais à ta place, mon gars, y’a pas si longtemps, ne crois pas que je sois passé du côté obscur de la force, j’ai encore de l’énergie, de la capacité de rébellion, de l’imagination, le sens de la dérision, une conscience sociale, toussa ». Enfin je crois, j’espère. Mais est ce qu’ils me croiraient, ces petits cons ?

Pour autant, on se sent encore bien trop verts pour s’assimiler à ces nantis ventripotents qui matent les petits minettes au cul ferme et aux seins insolents d’un oeil torve, ou ces femmes entre deux âges qui luttent contre l’inévitable à grands renforts de tenues brillantes et corsetées, et maquillage outrancier. On est là, tankés dans cet entre-deux inconfortable, on a grandi, on a mûri, mais on veut pas vieillir. Pas encore, pas tout de suite. Alors on reste à danser, à boire, à participer au tourbillon de la vie, en mettant un point d’honneur à finir la soirée. Se coucher à 4h, se lever à 7h pour les enfants, assurer la conf call de 9h, croire et faire croire qu’on mène tout de front (alors qu’à 15h je penserais qu’à me rouler en boule dans un canapé), parce qu’on est plus jeune, mais encore fringant.

Force & honneur, camarades trentenaires.

9 Réponses En laisser une →
  1. juillet 27, 2012

    d’accord avec cet entre-deux. Il y a aussi la question de l’endurance et du détachement en soirée (tu sais que sauf exception tu te fais chier tard le soir et qu’un bon bouquin ou des potes dans un appart c’est souvent plus cool qu’un huitiéme whisky coca dégueu à 10 euros)

    Tu sais aussi que physiquement tu es déjà un peu moins attirant qu’à 20. Tu sais aussi que tu es souvent moins timide si tu es encore sur le marché. Mais il y a aussi plusieurs sortes de trentenaires: certains bougent beaucoup par témpérament ou métier d’autres privilégient la vie stable.

    Dernier mot sur les quinquas: ne pas les juger trop durement.A 30 ans tu as encore largement la possibilité de plaire et une vie sexuelle si tu es en couple. A 50 il doit y avoir plus de lassitude de son partenaire, moins de possibilités donc plus d’envie frustrée.

  2. Ann permalien
    juillet 27, 2012

    « mais bordel de couille, j’étais à ta place, mon gars, y’a pas si longtemps, ne crois pas que je sois passé du côté obscur de la force, j’ai encore de l’énergie, de la capacité de rébellion, de l’imagination, le sens de la dérision, une conscience sociale, toussa  » : à chaque fois que je vais voir ma grand mère en maison de retraite j’ai l’impression que les petits vieux me disent ça.

    Perso je ne ressens pas trop l’entre deux. Peut être parce que finalement les boites de nuit ne m’intéressent plus autant qu’autre fois.

    Par contre oui je ressens bien cette impression d’avoir les sous-titres que je n’avais pas « avant ». Et c’est franchement jouissif.

  3. juillet 27, 2012

    Le sketch de Florence Foresti quoi !

  4. août 1, 2012

    Super blog! Continue! Merci à Cécile Duflot de me l’avoir fait découvrir :-)

  5. août 1, 2012

    Je découvre ton blog et je te dis bravo, il est très bien réalisé!!

  6. Lau permalien
    août 1, 2012

    Force et honneur à toi !

    Mais doux petit Bouddha que c’est triste ! « la trentaine, et avons « coché un certain nombre de cases » (le boulot stable, la vie en couple, l’appart, le mariage, les enfants, le scenic …. restent encore – il paraît – la résidence secondaire, le coupé, le labrador, la maîtresse, le plan de licenciement à 45 ans …) ».
    Je m’interroge :
    - mais pourquoi tu n’as pas créé tout plein d’autres cases loufoques plus tôt ?
    - pourquoi tant de conformisme – ah Orelsan et son suicide social
    - tu dis toi-même : « j’ai encore de l’énergie, de la capacité de rébellion, de l’imagination, le sens de la dérision, une conscience sociale, toussa. » Ben prouve-le ! et pas par un blog (bienq ue ce soit déjà super!)

    besos

  7. Riri permalien
    août 2, 2012

     » je suis la voyeuse sur le banc de touche », merci d’avoir mis une expression sur mon activité favorite, j’adore également être à ce poste d’observation et voir tout simplement ce que sont les rapports humains aux multiples facettes :)

  8. Mme B permalien
    août 4, 2012

    J’ajouterai qu’on ne veux pas vieillir mais qu’on voit bien arriver les salopes de rides, les cheveux blancs, la chaire ramollie. Et là on se dit, non, pas déjà, non non encore quelques années please. Je veux pas basculer… J’ai pas vu le temps passer, pardon, j’en profiterai mieux à présent, promis, mais encore quelques étés en maillot 2 pièces sans passer pour la copine de ma belle-mère.

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