Quelques instants(gram) de ma semaine #46
Semaine de rentrée, semaine en Martinique, et semaine de solitude.
C’était un peu étrange de se retrouver seule pendant 4 ou 5 jours après 15 jours avec la famille, les enfants, les amis. J’essaie de profiter de ces moments subis de solitude, pour en faire des moments de repos, d’introspection, de « retrouvailles » avec moi même, et ce n’est pas toujours chose facile. Tout d’abord parce que je n’ai pas été habituée à la solitude avant de démarrer ma vie de consultante. J’ai grandi avec une soeur et un frère (c’est déjà assez encombrant), passé le lycée en internat (donc en collectivité MASSIVE), vécu ma période étudiante en coloc (avec ma soeur), et puis démarré ma vie professionnelle assez rapidement en rejoignant celui qui est devenu l’Époux Du coup, depuis 12 ans que je sillonne les routes de France et de Navarre, souvent seule, parfois accompagnée, je goûte aux plaisirs contrastés de la solitude.
Je dors seule.
C’est une des choses les plus difficiles en fait. Je trouve moins bien le sommeil. J’ai trop de place, je me roule dans des draps froids. Je suis distraite, je n’arrive pas à lire, je passe des heures à zapper. J’ai pas peur du noir mais le moindre bruit me fait sursauter.
(Mate le lit à baldaquin !)

Je travaille seule et je gère tout à distance.
C’est la partie la plus plaisante. En n’étant pas au bureau, je ne suis pas dérangée par les appels des collaborateurs / des clients, ceux qui veulent échanger sur un dossier / boire un café / vider leur sac / raconter leurs vacances. Je m’organise des petits points téléphoniques, je délègue et je supervise, et on va à l’essentiel. Surtout, je suis chez mes clients et avec eux. C’est la seule manière efficace à mon sens d’avancer dans les projets. Etre auprès d’eux, co produire, aboutir en co construction.

Je vis des moments de solitude professionnelle (aussi).
Comme ce jour où j’ai rejoint un évènement interne du client (dans les jardins du parc naturel régional, ci dessous, à Morne Rouge), pour éprouver un peu le climat interne au sein de l’organisation. Il y avait énormément de monde (400 personnes), et on me repérait comme le nez au milieu de la figure : j’étais la seule blanche.
(Passons aussi le moment où tout le monde s’esclaffait sur les blagues d’un intervenant, blagues faites … en créole.)

Je me promène seule.
Ca ne m’a jamais posé de souci. Je préfère me balader seule (et me perdre, ma grande spécialité), plutôt que de me morfondre à l’hôtel. Je me fais rarement emmerder. Draguer mollement de temps en temps. Aborder par des curieux. Je suis toujours souriante, même face aux collants et aux relous, et en général je m’en sors. J’ai tout juste une petite appréhension quand je vais nager, que l’on me pique mes affaires quand je suis dans l’eau, et risque de me retrouver en maillot de bain seule et sans les clefs de la voiture. Je n’ai jamais peur (plus par inconscience que par témérité) non plus.
Là j’étais pas très loin de Fort de France, à Trois Ilets / Pointe du Bout.

(Coucher de soleil sur l’Anse Mitan.)

Je mange seule (ici un super Maffe au K’wi Vert, très bonne adresse dans le centre ville de Fort de France.)
Des fois ça m’emmerde (plus le soir que le midi naturellement.) Dans ce cas je me commande des trucs dans ma chambre, que je baffre devant la télé.
La plupart du temps ça me va bien en fait. Déjà parce que j’adore me faire servir, et j’adore manger dans des assiettes bien décorées. Avant j’avais des scrupules à picoler seule, plus maintenant (la maturité / l’alcoolisme, au choix). Je profite de mon repas, je vais fureter sur le ouèbe (merci l’iPhone), je bouquine. Je regarde aussi beaucoup autour de moi. J’observe (je stalke comme on dit sur Touitteur), les couples surtout.
Ceux qui sont jeunes et encore très amourachés, se dévorent du regard et sont attentifs aux apparences (la fille ne mange pas trop, histoire de pas passer pour une goinfre, mais quand même un peu pour faire « joie de vivre et bien dans sa peau », et se passe la langue sur les dents à la recherche du bout de persil qui tue l’amour / le gars ne boit pas trop, histoire de pas passer pour un pochard, et bander correctement au cas où il conclurait ce soir).
Ceux qui sont ensemble depuis des lustres et ne se parlent pas DU TOUT pendant le repas.
Ceux qui s’engueulent.
Ceux qui gueulent sur leurs gamins (je les déteste).

Je voyage seule.
Ca c’est très bien. Personne pour me voir me ronger les sangs au décollage et atterrissage de ces putains d’avions. Personne pour me voir ronfler la bouche ouverte. Personne pour voir les films daubiques que je m’enfile dans l’avion.

Mais après avoir été seule, il faut ré-apprivoiser la société (si si).
Je dois reconquérir les enfants (et leur père).
C’est particulier de revenir quand on est parti (même 1 jour d’ailleurs). Tu es à la fois attendue (tu as manqué à certains, tu as été absente par rapport à certains évènements, quotidiens et / ou exceptionnels) et décevante (car toujours mieux dans l’imaginaire et dans l’absence que dans la banalité de ta présence).
Longtemps je me suis refusée à ramener des cadeaux aux enfants quand je pars en déplacement (t’imagines la rente !). En fait, je le fais. Quand je dors à l’hôtel, je leur ramène les savonnettes, ils adorent les faire fondre dans le bain. Quand je pars toute la semaine, je ramène un petit cadeau (qui se mange, qui se lit de préférence, pas de jouet). C’est plaisant, ça réconforte de le choisir, c’est réconfortant à offrir, ça prouve qu’on a pensé à ceux qui nous ont manqué.
Je dois réapprendre et réinvestir le quotidien.
Le linge ne se lave pas seul (et apparemment PAS DU TOUT en mon absence !). Le frigo ne se remplit pas seul non plus. L’appartement n’est pas auto nettoyant.

Voilà, c’était ma semaine #46 et quelques petits aperçus de la frange solitaire de ma vie de VRP.
Prenez soin de vous les affreux !




















magnifique portrait de la solitude. C’est chouette quand tu écris.
+1 avec Ann
Magnifique ton texte !! Bravo
Je découvre ton blog et ce texte via un tweet de SBEP. Et j’adore ce billet, je n’ai pas encore d’enfants mais je voyage bcp pour mon travail et je me reconnais à fond dans ce que tu dis…
« Le linge ne se lave pas seul (et apparemment PAS DU TOUT en mon absence !). Le frigo ne se remplit pas seul non plus. L’appartement n’est pas auto nettoyant… » 40 ans de féminisme ???!!! bravo!
Bonne Année la Loute! et meilleurs voeux à toute la famille royale.
Un grand merci à toi pour le partage de tous ces instants de vie, toutes ces réflexions, témoignages, enflammades, rifougnades, et chougnades (cf ton dernier post: enfants+maladie+hôpital+mort= ne retiens pas tes larmes…laisse aller ton chagrin…)
de véritables moments de détente pour moi les soirs de semaine, un verre de pif à la main, je décompresse de ce monde de guedin, c’est un peu comme boire un coup avec une copine, mais sans avoir besoin de parler, le tout en survet pilou-pilou, tranquilou-bilou… ouai, ça fait un chouilla névrosée mais ce sont de vrais bons moment. Surtout, continue!
La bise.