« Belle et bête » de Marcela Iacub, bestiaire moderne

Lorsque « l’affaire du Sofitel » a éclaté au printemps 2011, j’étais en congés maternité (période bénie des dieux s’il en est), ce qui m’a permis à l’époque de consacrer pas mal de mes lectures et une partie de mon attention à cet évènement proprement sidérant, au sens premier du terme. Comment cet homme (DSK donc), promis à une destinée présidentielle (notre meilleur espoir à gauche de battre Sarkozy à l’époque, rappelez vous), avait pu tomber dans le fait divers sordide, lui qui savait que son point faible était le goût de la gaudriole, immodérée et un poil perverse, et que tout le monde l’attendrait là, au coin du bois, au moindre dérapage, surtout au pays des puritains. Ce ne fut pas un dérapage, ce fut une incroyable débâcle, une sordide plongée pour lui, ses proches, l’image de la gauche en général et la sienne en particulier. On connait la suite. J’en avais parlé et .

Par ailleurs, en tant que féministe au petit pied (un bon 41 tout de même), j’ai aussi pas mal de lectures en la matière, et j’aime découvrir toutes les tribunes et expressions sur ce sujet à mon sens crucial et encore au milieu du gué, n’en déplaise à ceux et celles qui pensent que l’égalité hommes femmes est un acquis et le combat féministe rétrograde. Dans mes lectures, je suis plus du côté des anciennes (Badinter, Giroud et évidemment Groult), mais j’apprécie aussi les modernes, celles qui attaquent en mode uppercut  comme Despentes, Sastre. Dans le paysage encombré, polémique et désordonné du féminisme, Marcela Iacub est un ovni, qui a toujours défendu des thèses border-line, notamment sur la prostitution, et en 2012 s’était illustrée en prenant la « défense » de DSK dans un ouvrage sur la société du viol qui serait la notre.

Alors quand j’ai appris qu’elle avait eu une liaison avec DSK et en avait fait un livre, j’en suis restée ébahie … et piquée de curiosité (comme beaucoup je suppose, vu que le bouquin était épuisé dans toutes les libraires lors de mes recherches lyonnaises). Comment s’était construite cette liaison improbable ? Quelle analyse nouvelle pouvait émerger de DSK suite à ce partage d’intimité ? Twitter, énorme caisse (creuse) de résonance de l’actualité, a bruissé des échos de ce scoop du Nouvel Obs, et rapidement l’opprobre a été jetée sur Iacub et son ouvrage : opportunisme, voyeurisme, exploitation sordide d’un homme à terre, mise à bas de la vie privée, daube pseudo littéraire, etc. L’affaire DSK et ses soubresauts perpétuels n’en finissent pas d’alimenter le fiel public.

Avant d’hurler avec les loups, je préfère me faire mon opinion, et après des visites infructueuses dans quelques libraires, j’ai acquis l’ouvrage au format iBook, et ci dessous quelques morceaux choisis. Et mon avis.

Tout d’abord, ce n’est pas si mal écrit à mon sens. Le style est étrange certes (mais qui a déjà lu Iacub connait déjà le style un peu baroque de la belle argentine), les périphrases sexuelles dérangeantes (et nullement excitantes), l’accumulation et la répétition de la métaphore porcine un peu nauséeuse, mais ça se tient et se lit bien. J’ai lu cela sans déplaisir, et d’une traite. Le Nouvel Obs a un peu méfu la moquette en le traitant de chef d’oeuvre littéraire, mais c’est loin d’être mauvais.

S’agissant de la « thèse » centrale de l’ouvrage, elle est je trouve plutôt classique, c’est l’ambivalence qui cohabite en chaque être humain (sa face sombre et sa face claire), sa part animale qui est en lutte avec sa part humaine, sociale et éduquée. DSK serait un homme-cochon, mi homme (un homme intelligent mais égoïste et pas très intéressant d’ailleurs) et mi cochon (gouverné par sa part lubrique, son envie permanente de baiser à couilles rabattues, avec des belles, des laides, tout le temps et dans tous les sens).

Et la sidération, qu’elle explique très bien dans le début de l’ouvrage (voir les 2 citations ci après), que nous avons tous vécu au moment de l’éclatement de l’affaire du Sofitel, était bien sur cette équation incompréhensible : comme un homme promis à un tel avenir pouvait se laisser dominer par le cochon, l’animal en lui ?

PhotoInformation

 

PhotoInformation

Suivent ensuite de longues pages pour expliquer quel animal est DSK. Ce sont les plus drôles et les plus caustiques. Elle le rend presque attachant / émouvant dans cette bestialité simpliste : celle d’un animal qui ne demande qu’à assouvir son instinct primaire, sans penser à mal (grouik). C’est l’homme qui est mauvais, pas l’animal.

PhotoInformation

Là où l’ouvrage devient plus compliqué, c’est lorsqu’on rentre dans le récit de ses rencontres avec DSK … et sa femme, Anne Sinclair. Au fil de tout le récit, il est difficile d’apprécier la sincérité de Iacub, de savoir pourquoi elle a approché les protagonistes, et à quel moment a émergé l’idée du livre. En tous cas, elle ne porte pas Sinclair dans son coeur ….

PhotoInformation

La partie concernant la relation charnelle entre eux, sans doute très métaphorique, est surtout assez dérangeante (petit euphémisme pour assez cracra à franchement beurk, comme disent mes enfants), même si par instants le caractère sincèrement amoureux transparaît. C’est sans doute juste un peu trop tordu pour passer auprès de la majorité. Dont moi.

PhotoInformation

 

PhotoInformation

 

PhotoInformation

Au-delà de la description de la relation amoureuse, ce qui est évidemment difficile à entendre et lire dans ces pages pour une femme (et pas seulement pour une femme sans doute), c’est la dichotomie permanente entre l’homme et l’animal, position de bipolarité bien confortable, qui finit par dédouaner l’homme de sa responsabilité de baiseur violent … ou violeur. Le cochon qu’il faut libérer de temps à autres, c’est un peu facile.

PhotoInformation

 

PhotoInformation

Ensuite, non seulement DSK est quelque part disculpé en tant que cochon qui ne se maîtrise pas toujours, mais il est aussi dédouané de son ambition politique, qui n’appartiendrait qu’à ….. sa femme. Entre ici le caniche (oui beaucoup de bêtes dans cet ouvrage). Alors on a beaucoup entendu DSK se débattre et tempêter au sujet de l’ouvrage de Iacub, notamment auprès des médias et de la justice. Mais franchement, celle qui s’en prend plein les gencives, c’est Anne Sinclair.

La thèse de Iacub ne paraît pas complètement anachronique, l’histoire de la vie politique bruisse de ces couples où l’épouse a joué un rôle décisif, pour ne pas dire moteur : Bernadette et Chirac, Hillary et Clinton, Cécilia et Sarkozy, des exemples où les femmes-de ont vécu par procuration l’exercice et l’ivresse du pouvoir (Hillary ayant elle transformé l’essai). Mais ici l’impression est laissée que DSK est doublement victime : de ses pulsions porcines d’un côté, des ambitions de sa femme de l’autre. Pour autant, il reste que comme d’autres, j’ai aussi imaginé à l’époque que cette affaire du Sofitel était le dernier sursaut de défense (sursaut criminel) d’un homme qui ne voulait pas y aller (à la course à la présidentielle). Iacub développe largement cette hypothèse, en faisant d’Anne Sinclair une manipulatrice et une intrigante, qui a soumis DSK et l’a placé sous dépendance (argent, vie et filles faciles) pour en faire son pantin, son caniche.

Bref, c’est encore de la faute des femmes …

PhotoInformation

 

PhotoInformation

Alors dans ce contexte, la rédemption de DSK ne peut intervenir que dans un cadre, celui de la création rédemptrice, pour transformer son « sperme en encre ». C’est follement poétique je trouve (non ?).

PhotoInformation

 (D’ailleurs en matière de poésie, ci dessous une scène « amoureuse » assez terrible, qui vous donne une idée assez précise du style Iacub. Ca palpite et ça vit, mais ça pique les yeux.)

PhotoInformation

Pour finir, le livre s’achève sur quelques explications un peu brumeuses sur les motivations de l’ouvrage : l’a t elle envisagé suite à sa liaison avec DSK, ou l’ a t elle rencontré et approché pour en faire un écrit,  on arrive pas vraiment à tirer cela au clair, et ça reste un souci quand à la sincérité de sa démarche. Dans l’extrait ci dessous on voit en tous cas qu’elle a bien pensé la question judiciaire et juridique, en bonne avocate.

PhotoInformation

Bref, c’est un drôle d’objet, entre fiction porcine hallucinée et fable politique et sociale inspirée de faits réels. Ca n’est ni un chef d’oeuvre littéraire comme les défenseurs essaient de le travestir  ni le torchon voyeuriste qu’on voudrait croire, mais relève de ce genre étrange de l’auto fiction animalière. Du coup, pour démêler la vérité de la fiction, je me suis fait prêter le bouquin de Bacqué et Chemin, un peu de fact checking journalistique pour sortir de la romance cochonesque.

7 réponses sur “« Belle et bête » de Marcela Iacub, bestiaire moderne”

  1. Ce que je trouve gênant dans tout ça c’est que cela entoure, transforme explique légitime un fait qui reste brut : le viol d’une femme de chambre. Un peu comme lorsqu’au moment de l’affaire Cantat on a pu lire « oui mais lui c’est pas pareil. Eux c’était des artistes, ils étaient à fleur de peau il y avait la jalousie blablabla. ». Bref UN ouvrier saoul qui boxe sa femme ouuuuuuuuuuuuuh… mais un chanteur… C’est pas pareil.

    On a trop cherché à expliquer DSK. Ce n’est pas à nous de comprendre, pas à nous de chercher pas à nous de juger. Comme pour Cantat, ses juges l’ont fait. Nous on a rien à dire là dedans. En cela oui le livre de Iacub me choque profondément.

  2. MAIS BORDEEEEEEEEEEEEEEEEEL…

    POURQUOI LE COCHOOOOOOON?

    Elle ne pouvait pas prendre un âne, un gnou, un chien en rut,…

    Avec l’ACLP (Association des Cochons Libidineux Priapiques), on se demande si on ne va pas porter plainte aussi.

  3. @Raymond : OUAIS !!!!!!!!! IL FAUT PORTER PLAINTE !!! D’autant plus que tout le monde le sais : dans le cochon tout est bon. Mais j’ai pas forcément envie de vérifier pour DSK.

    Pour moi le mystère reste : comment elle a pu coucher avec DSK ? Et d’ailleurs comment Nafissatou Diallo peut elle est considérée comme moche alors qu’elle fait très claudia shiffer à côté de lui.

  4. @Ann: QUOI !!! Il a niqué Claudia Schiffer aussi ?
    Naaaaaaaaaaaaaaan…

    Mais bordel, il les lui faut touuuuuuutes…

    J’ai même entendu dire que Jenna Jameson, Simone Veil, Amanda Lear, Christophe Beaugrand et le père Fouras y étaient aussi passés… Même Dodo la Saumure nom de nom, MEME DODO!!
    Et vas-ty que j’te fais un golden shower avec les 7 nains à l’inauguration d’EuroDisney
    Et la chenille au G8 avec Merkel et Sarko (je sais, il a été remplacé, je suis dans le déni).
    Et les vacances au Pertuis de la Comtesse en Camargue avec Delphine et Amaury

    Merde, je m’échauffe.

    Groink.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.