« Après moi je veux, qu’on soit malheureux »

J’aime beaucoup Alex Beaupain et ce qu’il fait pour Christophe Honoré.

Cette chanson là, « Après moi le déluge » me parle beaucoup. Elle est très représentative de ma propre tendance à « l’attention whorisme » comme on dit sur Twitter. En bon français on dit nombrilisme je crois 😀

 « Après moi je veux, qu’on soit malheureux »

(J’ai pas vraiment l’oreille musicale – doux euphémisme – mais on dirait un peu du William Sheller non ?)

Le roi King

Avant (2007), je lisais (beaucoup). Depuis j’ai des enfants et je lis (beaucoup) moins. J’abandonne même des livres (tabou ultime) quand ils sont soporifiques ou décevants (coucou Eric Reinhardt). Cet été, pourtant encore mal remise de mon échec au jury du Livre Inter (oui je suis mauvaise perdante), j’ai quand même replongé dans la lecture (entre deux crispantes parties de Candy Crush, je suis bloquée au niveau 65 depuis, j’en peux plus, je devrais être envoyée en désintox). Et dans un nouveau Stephen King, sorti au printemps dernier, 22/11/63.

Je n’avais pas remis le nez dans un de ses romans depuis des lustres. Pas seulement parce que je lis moins, mais aussi parce que je favorise des romans plus courts, qui ne m’engagent pas sur des semaines. Depuis mes premiers émois adolescents avec « Shining« , j’avais avalé / dévoré des dizaines de ses récits pendant des années, jusqu’à arriver à saturation. King est un grand conteur, mais comme Irving (dans un tout autre genre, et que je vénère tout autant), il tourne autour de quelques marottes et obsessions qui reviennent à longueur de temps dans ses histoires (en dehors de la constante fantastique, horrifique). En vrac on pourrait citer :

:: le Maine et la campagne américaine, vivier de rednecks bercés un peu trop près du mur,

:: la famille comme cellule de violence et de traumatisme originel,

:: l’enfance comme paradis perdu, bafoué et violé par l’impureté des adultes (voir item précédent),

:: les tourments de la vie d’écrivain,

:: l’alcoolisme comme vice absolu, etc.

King ne fait pas que dans l’horreur. Il raconte avant tout des histoires, dont certaines sont effectivement horrifiques, mais il a aussi donné dans le fantastique et la fantasy (j’ai moyennement accroché), la SF et même quelques (très bons) polars, dont certains sous pseudo (Richard Bachman). Autant vous dire que le voir affiché dans le rayon bit lit (photo ci dessous prise au Decitre de Lyon Part Dieu), lui qui n’a jamais écrit une histoire de vampires, et qui a un talent d’une toute autre envergure, ça fait un peu mal à ma littérature (aussi populaire soit elle).

PhotoInformation

Du coup ça m’a donné envie de vous donner envie de lire le King. S’il fallait proposer un Top 10, je dirais (par ordre chronologique) :

:: Salem (une histoire de vampires, évidemment)

:: Shining (s’il faut n’en retenir qu’un, c’est évidemment celui ci)

:: Running Man (sous le nom de Richard Bachman, thriller haletant sur un monde totalitaire)

:: Simetierre (vous n’enterrerez plus vos animaux domestiques au fond du jardin après ce bouquin)

:: Ca (le fameux clown qui fait TRES peur, un grand classique parmi les classiques d’horreur)

:: Misery (le seul qui aie bénéficié d’une adaptation ciné à la hauteur, l’histoire d’un écrivain séquestré  par une fan refusant que l’auteur fasse mourir un de ses personnages, vraiment terrifiant)

:: La part des ténèbres (également une histoire d’écrivain dont une supercherie éditoriale – et ensuite fantastique – se retourne contre lui)

:: La ligne verte (j’avais suivi en mode feuilleton à sa sortie, c’était insoutenable, raconte l’histoire d’un homme dans le couloir de la mort)

:: Sac d’os (une histoire de fantômes très efficace)

:: 22/11/63 (dernier en date, qui est donc un récit historique où un homme remonte dans le temps pour essayer d’empêcher l’assassinat de Kennedy et changer ainsi l’avenir de l’Amérique, terrible fable sur l’effet papillon)

Dans quelques jours sort « Doctor Sleep« , la suite de « Shining », autant dire que je ne suis qu’impatience !

Tais toi et creuse !

Dans le cadre de mes bonnes résolutions de rentrée (en dehors de courir 10 km sans m’arrêter le 6 octobre prochain > venez nombreux m’encourager sur le parcours, banderoles et cris de soutien de pompons boys à la Foresti appréciés), il y avait donc : réalimenter ce blog moribond,  maintenu sous perfusion toutefois grâce à la diffusion pseudo hebdomadaire de tranches de vie photographiques et photogéniques.

(Oui, vous remarquerez qu’on prend rarement de photos des moments difficiles : enterrement de proches, coloscopie, frottis vaginal, entretien de débrief avec un client mécontent, engueulade conjugale, sermon des enfants après connerie monumentale, cordon bleu trop cuit et accompagné d’une boîte de petits pois, autant de grosses loozes et de petits malheurs qui échappent à la folie photographique contemporaine. Too bad.)

Je m’apprêtais donc à m’atteler à la rédaction mi drolatique mi désespérée afin de vous narrer ma lassitude professionnelle précoce en cette rentrée 2013. C’est alors que je me suis surprise à penser (des fois, penser surprend, quand ça se produit à intervalles peu réguliers) « mais bordel, j’aurais pas déjà raconté ça 10 fois ? et y’a pas si longtemps ». Force est de constater que ce blog a meilleur archivage que sa taulière, qui a une mémoire tampon d’un quart d’heure et une mémoire historique d’au mieux 12 à 18 mois.

J’ai retrouvé donc une note de juin 2012, et une autre de janvier 2012, que je pourrais synthétiser et réhabiliter de la manière suivante : je crois qu’il serait temps de réorienter et repenser sa trajectoire et ses chakras professionnels, ma grande.

Alors comme disait l’autre « Tu vois, le monde se divise en deux catégories, ceux qui ont un pistolet chargé et ceux qui creusent. Toi tu creuse. »

Il serait à minima temps de creuser, Sasa.

Un petit pas pour lui, un gros spleen pour moi

C’était dans l’ordre des choses, après l’entrée en maternelle en septembre 2010, il fallait bien que cette année se fasse l’entrée au primaire. Depuis ce matin c’est chose faite. L’Héritier a 6 ans dans un mois et il rentre au CP. FOUFOU hein.

Cette acception toute simple – voire simplette – ouvre sous les pieds de tous les parents anonymes qui s’y sont collés ce matin le gouffre du « temps-qui-passe« . Je ne sais pas qui a énoncé cette évidence malheureuse mais naturelle, mais il avait raison cet enfoiré, c’est en voyant tes enfants grandir que tu te vois vieillir. J’ai pas fait la fière ce matin, en serrant la main du petit prince sur le chemin de l’école. En montant vers sa classe les 1ères marches, quelques larmes ont glissé, et quand je l’ai installé, avec son cartable et ses petites affaires soigneusement préparées et étiquetées (des heures de travail parental non rémunérées, merci l’Education Nationale), j’ai mordu très fort l’intérieur de mes joues pour ne pas pleurer devant lui, tout à la fois vaillant et intimidé qu’il était en s’asseyant parmi les siens. En sortant, c’était les grandes eaux … pour moi.

(Et devine qui chouine encore en écrivant ….)

Je ne me fais pas de souci pour sa rentrée, objectivement. L’école est celle qui jouxtait sa maternelle, un certain nombre de ses vieux potes sont là, dans cette classe lumineuse et accueillante même si un peu désuète,  où officie Delphine, sa maîtresse blonde, jeune et souriante. Ils ne sont plus 32 comme en maternelle dans sa classe, mais 24 (ce qui est tout de même LA bonne surprise de cette rentrée), la grève de cantine est levée (2ème miracle), la réforme des rythmes scolaires n’aura pas lieu cette année (3ème soupir de soulagement), et surtout je le sais, l’Héritier est un animal social et sociable. Il aime à être avec les autres congénères de son âge, et il a très envie d’apprendre à lire, pour pouvoir dévorer seul ces livres qu’il adore nous faire lire.

Mais subjectivement c’était tout un autre sketch qui se tournait dans mon cerveau (malade) ce matin, bien naturellement. Je pense que ma plus grande crainte, une fois démêlés les écheveaux des angoisses passagères (> j’ai plus de bébé, il va se faire racketter par les CM2, et si sa maîtresse est une vieille bique acariâtre ….), c’est qu’il n’aime pas l’école. Qu’il s’y ennuie, qu’il ne sente pas à la hauteur, qu’il ne comprenne pas ce qui s’y joue, que ça ne l’intéresse pas, on le dira comme on veut. Je sais qu’en THÉORIE ce n’est pas probable (il n’a pas montré de signe précurseur en maternelle, bien au contraire), et que l’on peut réussir / s’en sortir par d’autres voies, moins conventionnelles, si besoin. Mais j’ai encore le souvenir de ce formidable essai de Daniel PENNAC, Chagrin d’école, et je voudrais éviter à mon enfant cette douleur là. Qu’on le veuille ou non, l’école est un passage obligé (au moins jusqu’à 16 ans), autant y aller avec un minimum d’entrain et de joie au coeur le matin. Je suis très sensible aux premières fois, aux premières impressions, et c’est pour cela aussi que j’étais inquiète de ce 1er contact pour lui avec l’école primaire ce matin.

Enfin, je pense que cette rentrée m’a particulièrement émue parce que j’étais (carrément) moins dans le contrôle. Lors de la rentrée 2010, j’ai rejoint l’Héritier devant l’école en sortant d’une amniocentèse de la Dauphine (qui elle, malgré son autonomie et ses 2,5 ans n’ira pas elle à l’école faute de place, mais c’est une autre histoire). J’avais décrit rétrospectivement cette expérience … pénible. Clairement, je n’étais pas au mieux de ma forme (doux euphémisme), et c’est là que je re-découvre l’exercice parfois pudico-faux cul du blog (on peut pas toujours TOUT se dire ici hein mes chéris). J’ai tiré de cette rentrée 2010 un petit récit léger, alors que j’étais réellement mortifiée et tétanisée par l’enjeu de cet examen médical (avoir un bébé « normal » ou ne pas en avoir), au point d’être anesthésiée devant l’école maternelle (ben oui, j’ai même pas versé UNE larme). Ce matin, c’est donc sans pudeur (et sans polichinelle dans le tiroir accessoirement … et pas si accessoirement peut être …ahah) que j’ai pu vivre cette rentrée en bonne mère juive et abusive, pleurant la disparition de mon bébé chéri au profit de ce petit d’homme.

Bonne rentrée à toi et à tes petits copains, mon Gaspard <3

PhotoInformation

PS : oui il a un Tan’s (et pas une mocheté avec des super héros agressifs et revanchards), et c’est sous mon habile influence 😀

PS2 : et puisque c’est la rentrée pour moi également (joie des retrouvailles avec la vie de bureau …), c’est aussi l’heure les bonnes RÉSOLUTIONS ! Je m’engage à moins négliger ce blog, resté sans activité depuis le 23 juillet dernier. Entre temps, 5 semaines de congés sont passées par là … Et c’était BON. La bonne nouvelle, c’est que j’ai envie de réécrire, et non plus  seulement de vous arroser benoîtement de photos de ma placide vie de famille et professionnelle.

(Bande de veinards.)