« Pour un jeu de dupes … »

Je me lasse parfois de défendre mes positions et convictions féministes.

D’abord parce qu’elles sont de plus en plus relayées dans le débat public, et ça, c’est (théoriquement) une bonne nouvelle. Partout, et désormais régulièrement, « on » (la presse, les femmes – même non déclarées féministes – et certains hommes de tous bords, les politiques, les professionnels, …) dénonce largement les situations sexistes au quotidien, les violences faites aux femmes, la misogynie dans le monde du travail et en politique, etc. Pour autant, je me sens encore obligée de remonter au créneau régulièrement (doux euphémisme, car étant très 1er degré je monte au créneau en moins de 2), parce que si le message (du traitement non discriminant des femmes par rapport aux hommes) semble mieux passer, il y a parfois des situations qui me hérissent le poil au quotidien. Deux exemples dans les 15 derniers jours pour illustrer ….

Cas pratique 1 / Au boulot

J’étais avec une jeune collaboratrice (enfin elle doit avoir 30 ans environ, c’est encore jeune non ?) pour soutenir un dossier chez un potentiel client. Dans le train, alors que notre chef comatait sur l’Equipe, on parlait chiffons toutes les deux (j’assume donc le caractère tout à fait genré d’une partie de ma vie vous voyez, le chef est un homme et lit l’Equipe, ses équipes féminines discutent modes & travaux), elle me lâche au cours de la conversation « ah mais c’est bien, toi tu assumes de porter des jupes courtes chez les clients, moi j’ose pas, j’ai trop peur que ça ne fasse pas très crédible ».

Ahem.

#ootd la robe trop courte qui nuirait à ma crédibilité pro :B #sexiiiiisme

(Voici la tenue que je portais le jour en question.)

Alors bon, je lui ai (gentiment) expliqué que la crédibilité professionnelle ne se mesurait pas à l’aune de la longueur des jupes. Enfin je crois pas. Je ne porte pas à la base de jupes (et elles ne sont PAS SI courtes que ça, bordel) comme un étendard de ma féminité (il s’avère accessoirement que j’ai un gros cul et que je trouve peu de pantalons où glisser le mien) ou pour mettre en avant des atours sexués et sexuels, et donc assez peu professionnels. Ce sont des vêtements dans lesquels je suis à l’aise (comme je suis plus confortable en talons que sur du plat) et qui me vont bien (et oui, on peut être féministe et attachée à son apparence). Je n’attends pas ni n’espère qu’on me juge professionnellement sur mon apparence et ma vêture (n’étant ni mannequin mode ni vendeuse chez A&F), et je ne vois pas en quoi une tenue féminine serait un indicateur de ma (non) compétence.

J’entends l’argument selon lequel des professionnelles peu expérimentées se réfugient dans des codes vestimentaires stricts (tailleur pantalon / chignon) pour sembler plus âgées qu’elles ne le sont et se « dé-sexualiser » en quelque sorte (et sans doute de même chez certains hommes, j’ai des collaborateurs qui se laissent pousser la barbe !). Mais penser de soi-même qu’être (relativement) jeune ET femme est un  handicap pour un cadre supérieur est bien déprimant je trouve en  2013. Bien sûr, j’ai aussi témoigné ici des situations sexistes et misogyne auxquelles j’ai été confrontée maintes fois dans ma vie professionnelle, et il est indéniable que mes 13 ans de boutique me donnent une assurance et un sens de la répartie que je n’avais pas il y a quelques années. Mais je me désespère (un peu) quand même qu’avec le temps, les mentalités n’évoluent pas, à commencer par celles des jeunes femmes. Si on part perdantes / discriminées d’avance, on est pas sorties de l’ornière mesdames.

Cas pratique 2 / Avec les enfants

Comme vous le savez, j’ai deux enfants, un gars / une fille (le choix du roi, ahahah). Comme tout 2ème enfant, la Dauphine hérite des nanars de son aîné. Fringues (un peu), jouets et bouquins (beaucoup). Elle me demande de plus en plus de livres « de princesse » (et des déguisements de princesse, et un lit rose pour son bébé, et du maquillage, etc.). Bref, je comprends bien qu’elle a envie de « trucs de fille ». D’ailleurs, le matin je la « maquille » avec moi (= je fais semblant de lui mettre du blush, puisque c’est la seule touche de maquillage que j’aie moi même le temps de m’appliquer 9 fois sur 10) et je la mets en jupe (« comme maman ») quand elle me le demande (environ tous les jours, puisqu’elle me voit en robe tous les jours ou presque en semaine).

Ne voulant pas non plus créer trop de frustration autour de mon refus du rose /des princesses et des paillettes (au secours), je me suis donc mise en chasse de livres avec des personnages féminins héroïques. Donc des princesses éventuellement mais pas des gourdasses. Autant te dire camarade que je m’étais lancée en slip mousseline dans la quête de l’edelweiss en plein hiver … Je suis donc allée dans des magasins d’enfants, et voilà sur quoi je suis tombée ….

A tout moment je hurle #sexiiiiisme !! (Putain de magasins pour enfants)

(Franchement, ça donne pas envie de pousser des cris de loup au fond des bois ?)

A la FNAC ensuite j’ai croisé une charmante vendeuse qui avait l’air d’avoir envie de me faire plaisir.

Pauvre femme, je l’ai rendue chèvre.

Pourtant mon cahier des charges était simple :

– pas de rose / pas de paillettes dans l’iconographie

– pas de niaiserie dans l’histoire et le style de narration

– un personnage principal féminin dégourdi (j’ai pas osé dire « émancipé »)

Hé bien camarades : ON A FAIT CHOU BLANC ! Je crois que le *pire* a été quand elle m’a sorti un très beau livre fait à l’aquarelle, certes sans rose et paillettes, mais ….. racontant l’histoire de « la belle au bois dormant« . Raaaaaah très dégourdi et émancipé comme personnage, parfait oui. Je l’ai regardé en mode « mais t’es con ou t’as rien compris ? » Elle m’a regardée en mode « mais tu es hystérique ou juste cruelle ? » BREF, on s’est pas comprises, et j’ai du gagner la palme de la cliente la plus reloue de sa journée.

J’ai quand même pris deux petits livres (avec des personnages de fillettes qui …. font de la danse en tutu), juste parce que je culpabilisais de l’avoir fait tourner en bourrique dans ses rayons pendant 20 minutes.

Bref, si à l’instar de Sophie, qui publie sa liste de cadeaux à faire pour une féministe vous pouviez me trouver des livres pour fille de féministe, j’en aurais l’usage. Merci <3

PS : le titre est évidemment piqué à Souchon qui a tout dit sur les jupes des filles ….