J’aimerais que quelqu’un m’attende quelque part

Je partageais récemment avec une de mes collègues consultante les tics et tocs de nos vies de nomade.

Comment tous les matins où je dois prendre un train ou avion tôt, par exemple, je me réveille toutes les heures à partir de 1h du matin. Et 5 minutes avant le réveil.

Comment je prépare ma valise, la veille, toujours, et en consultant la météo du lieu où je me rends. Et j’adapte les tenues.

Parmi ces habitudes immuables, il y en a une un peu pathétique et que je suis la seule à développer (ahem) : celle qui me pousse, quand je descends d’un train où sors d’un hall d’aéroport, à vérifier si parmi ceux qui attendent les voyageurs, il n’y a pas quelqu’un qui m’attendrait MOI. Je repense alors toujours au film « Love actually »(*), qui s’ouvre et se termine sur une scène de ce genre, avec des gens heureux, émus, ravis, de se retrouver après une longue absence. Globalement, personne ne m’attend à l’arrivée de mon Lyon Paris, et ça me fait un pincement au cœur à la con, toujours.

(* « Love actually » qui m’avait déjà permis de commettre cette note en 2009 sur les mecs génération couille molle, décidément ce film contient tout !)

(La semaine dernière, l’époux est venu me chercher avec les deux merveilles qui nous servent d’enfants, à la sortie de mon avion, c’était délicieux.)

Au delà de l’anecdote et de la minute d’attention whorisme (sachant qu’un blog perso n’est que cela globalement, je vous propose de passer votre chemin si ça vous gonfle :), je me suis souvent interrogée sur ce qui avait bien pu déconner dans ma petite enfance pour être autant dans l’insécurité affective. J’ai été enfant unique quasiment 4 ans, ma mère s’est beaucoup occupé de nous (ascendant mère abusive), je ne vois donc pas comment j’ai chopé cette pathologie, qui me pousse toujours à douter de l’affection que l’on me porte, et à exiger en retour des preuves évidentes ET en nombre suffisant de celle ci. « Il n’est pas d’amour, il n’est que des preuves d’amour », c’est une devise que je fais mienne de longue date. Je suis dans la démonstration et l’attente de la démonstration, tout le temps, ce qui n’a pas été verbalisé / étayé, n’existe pas.

Quand j’ai rencontré l’Époux je vivais dans une maison, dont la fenêtre de ma chambre donnait sur la rue. Un matin (je crois que c’était pour mes 20 ans, ça nous rajeunit tiens), en ouvrant les volets, je découvre sur le bitume, pile en face de ma chambre et en lettres majuscules blanches « te quiero » (spéciale dédicace à Marjo qui en découvrant le graphe me demanda d’un air perplexe : mais qu’est ce que ça veut dire ? « Te culero ? » > j’en rigole encore 15 ans après). Autant vous dire que l’Époux (avant de le devenir, mon époux), avait déjà pigé comment fonctionnait l’animal insécure que je suis !

J’essaie de me persuader que nous sommes tous ainsi, animaux sociaux ayant peur de l’isolement et de la solitude, de se faire rejeter, repousser au ban des mal aimés. Pourtant sur certains aspects de ma vie, notamment professionnelle, j’ai appris à arrêter de vouloir être aimé de tous, tout le temps (doux euphémisme …), et d’en chercher les témoignages. J’ai appris à apprécier (relativement) la solitude à temps partiel de mes déplacements. J’apprends à m’aimer moi au lieu d’attendre que l’on m’aime inconditionnellement. J’admets que tout n’est pas aimable en moi ! Mais je reste cette assoiffée / affamée que l’on étanche jamais assez de démonstrations d’amuuuur.

(Je précise à toutes fins utiles que ce billet est sans rapport avec le fait que mon anniversaire soit le 12 avril prochain.)

(Aucun !)