J’aimerais que quelqu’un m’attende quelque part

17 mars 2014

Je partageais récemment avec une de mes collègues consultante les tics et tocs de nos vies de nomade.

Comment tous les matins où je dois prendre un train ou avion tôt, par exemple, je me réveille toutes les heures à partir de 1h du matin. Et 5 minutes avant le réveil.

Comment je prépare ma valise, la veille, toujours, et en consultant la météo du lieu où je me rends. Et j’adapte les tenues.

Parmi ces habitudes immuables, il y en a une un peu pathétique et que je suis la seule à développer (ahem) : celle qui me pousse, quand je descends d’un train où sors d’un hall d’aéroport, à vérifier si parmi ceux qui attendent les voyageurs, il n’y a pas quelqu’un qui m’attendrait MOI. Je repense alors toujours au film « Love actually »(*), qui s’ouvre et se termine sur une scène de ce genre, avec des gens heureux, émus, ravis, de se retrouver après une longue absence. Globalement, personne ne m’attend à l’arrivée de mon Lyon Paris, et ça me fait un pincement au cœur à la con, toujours.

(* « Love actually » qui m’avait déjà permis de commettre cette note en 2009 sur les mecs génération couille molle, décidément ce film contient tout !)

(La semaine dernière, l’époux est venu me chercher avec les deux merveilles qui nous servent d’enfants, à la sortie de mon avion, c’était délicieux.)

Au delà de l’anecdote et de la minute d’attention whorisme (sachant qu’un blog perso n’est que cela globalement, je vous propose de passer votre chemin si ça vous gonfle :), je me suis souvent interrogée sur ce qui avait bien pu déconner dans ma petite enfance pour être autant dans l’insécurité affective. J’ai été enfant unique quasiment 4 ans, ma mère s’est beaucoup occupé de nous (ascendant mère abusive), je ne vois donc pas comment j’ai chopé cette pathologie, qui me pousse toujours à douter de l’affection que l’on me porte, et à exiger en retour des preuves évidentes ET en nombre suffisant de celle ci. « Il n’est pas d’amour, il n’est que des preuves d’amour », c’est une devise que je fais mienne de longue date. Je suis dans la démonstration et l’attente de la démonstration, tout le temps, ce qui n’a pas été verbalisé / étayé, n’existe pas.

Quand j’ai rencontré l’Époux je vivais dans une maison, dont la fenêtre de ma chambre donnait sur la rue. Un matin (je crois que c’était pour mes 20 ans, ça nous rajeunit tiens), en ouvrant les volets, je découvre sur le bitume, pile en face de ma chambre et en lettres majuscules blanches « te quiero » (spéciale dédicace à Marjo qui en découvrant le graphe me demanda d’un air perplexe : mais qu’est ce que ça veut dire ? « Te culero ? » > j’en rigole encore 15 ans après). Autant vous dire que l’Époux (avant de le devenir, mon époux), avait déjà pigé comment fonctionnait l’animal insécure que je suis !

J’essaie de me persuader que nous sommes tous ainsi, animaux sociaux ayant peur de l’isolement et de la solitude, de se faire rejeter, repousser au ban des mal aimés. Pourtant sur certains aspects de ma vie, notamment professionnelle, j’ai appris à arrêter de vouloir être aimé de tous, tout le temps (doux euphémisme …), et d’en chercher les témoignages. J’ai appris à apprécier (relativement) la solitude à temps partiel de mes déplacements. J’apprends à m’aimer moi au lieu d’attendre que l’on m’aime inconditionnellement. J’admets que tout n’est pas aimable en moi ! Mais je reste cette assoiffée / affamée que l’on étanche jamais assez de démonstrations d’amuuuur.

(Je précise à toutes fins utiles que ce billet est sans rapport avec le fait que mon anniversaire soit le 12 avril prochain.)

(Aucun !)

10 Réponses En laisser une →
  1. Zénobie permalien
    mars 18, 2014

    Tout pareil ici! C’est peut-être un truc de béliers… (moi c’est le 24 mars…)

  2. Mère Geek permalien
    mars 18, 2014

    C’est peut-être humain de savoir si on importe aux yeux de quelqu’un d’autre. Surtout que tes déplacements sont faits pour tu apporte ta valeur ajoutée professionnelle quelque part.

  3. mars 18, 2014

    Que je te comprends !! J’y pense à chaque déplacement … mais je n’ai pas l’époux pour venir chercher au retour. Un peu jalouse sur ce coup là !
    Sur ce je vais préparer ma valise pour le train de demain matin 7h12 :)

    (PS je découvre ton blog via @padrepio, j’adore !)

  4. mars 19, 2014

    Enfin je lis cet article.
    Je comprends ce toc, dont je souffre aussi.
    Et d’une façon plus concrète je limite mes aspirations aux petites attentions pour ne pas trop en demander, parce qu’on n’en a jamais assez

  5. mars 19, 2014

    @zenobie : je note la date :)

    @meregeek : je suis débordante d’humanité alors !

    @mollets d’acier : bienvenue !

    @blandine : j’adore les petites attentions aussi. Mais c’est vrai, ça appelle généralement + !

  6. Simone permalien
    mars 19, 2014

    Yo tambien TE CUELO SASA !

  7. Béné permalien
    mars 25, 2014

    Peut être le syndrome des gens qui bougent beaucoup/souvent mais restent très attachés à leurs racines, donc aux leurs ?

  8. Béné permalien
    mars 25, 2014

    par « leurs » j’entends la famille, les potes, les êtres proches et qui comptent

  9. sophiefromthetrain permalien
    avril 22, 2014

    et si on t’attends ici ça compte ?

  10. mai 1, 2014

    ah, ben, je savais pas que ça existait ce sentiment.
    moi, j’ai régulièrement le rôle du factotum qui est chargé de venir chercher à la gare ou à l’aréaupore la personne attendue qui compte sur la voiture pour rejoindre le toit lui aussi attendu.
    ça m’arrive de voyager : en fait, j’aime bien me démerder seul. c’est rare qu’on vienne me chercher quelque part. on m’attend au lieu d’entretien. j’attends pas. je fonce, sur mes jambes.

    mais bon, là ce que je relève, c’est que en attendant l’autre, ben vous exprimez un lien, la foi en l’autre, et que vous espérez et croyez qu’il partage à votre égard.
    ça doit être bon de se sentir de valeur pour autrui.

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