La (dé)faite des mères

26 mai 2014

Hier, c’était la Fête des Mères (merci à Padre Pio de nous rappeler que ce n’est PAS une célébration pétainiste).

Et on ne manquerait cela pour RIEN AU MONDE !

#FêteDesMeres de l'héritier > ma maman en or (et la photo en mode otage au Mali)

#fêtedesmeres de la dauphine (le rapport entre les pâtes et l'amour est encore à éclaircir)

(Ca vaut bien les réalisations 2009, quels progrès accomplis !)

Ca fait maintenant un peu plus de 6 ans que je suis mère. Comme j’ai la mémoire vive d’un poisson rouge, j’ai oublié – littéralement – ce qu’était ma vie avant d’en avoir, des enfants. Il me semble qu’ils ont toujours été là, ces vampires chers à mon cœur, la chair de ma chair. Pourtant, je ne suis pas tout le temps avec eux. J’ai un travail, des loisirs, des sorties SANS eux. C’est salvateur ces temps de vie sans enfants. Se lâcher la grappe mutuellement, leur manquer (un peu), vous languir d’eux (assez rapidement). Mais c’est un équilibre délicat, précaire.

Depuis 6 mois je ne me déplace plus outre-mer. Ca ne me manque pas en soi (j’ai suffisamment accumulé de rhum pour 3 générations), ça me repose même, mais je vois très bien comment cela a modifié mon rapport à mes enfants, et le leur. Ils sont plus exigeants vis-à-vis de moi : puisque j’en donne plus (du temps, de l’attention), ils en veulent ENCORE plus. Pas en qualité nécessairement, mais en quantité certainement. Dès que je ne suis plus dans la pièce, ils me cherchent, « elle est où maman ? » (partie pisser !). Et j’observe mieux aussi la « prime à l’absent » quand c’est le père qui part (« je veux papa ! »). Ma patience s’érode (doux euphémisme : j’ai envie de les balancer par la fenêtre), parce qu’à être beaucoup avec eux, on fait moins attention, on dégrade la relation parce qu’on sait qu’on aura du temps pour la rééquilibrer (en tous cas je fonctionne ainsi). Alors des fois j’organise l’absence de la mère, je ménage la séparation temporaire, pour retrouver cet air dont j’ai besoin et dont je considère qu’ils ont besoin aussi. Je ne me sens pas coupable de penser ainsi, mais …

Mais au delà de la gestion du lien quotidien et routinier aux enfants, il y a le lien profond, la « charge mentale » que sont les enfants dans votre vie, que vous soyez mère ou père (enfin je crois). Beaucoup d’événements (maladie, chômage, harcèlement, désillusions) peuvent vous amener à reconsidérer la place des choses dans le grand tout de nos petites vies – et notamment celle du travail. Rien ne le fait de manière aussi violente et radicale qu’avoir « charge d’enfants ». Oui ça emmerde les nullipares quand les parents émettent cette vérité universelle et douloureuse, mais qui n’est pas parent ne peut comprendre l’immense et angoissante responsabilité qu’est d’avoir charge d’âme. Y’a avant et après. Et oui, c’est vrai, on hausse un sourcil relativiste devant tout le reste (et encore, j’ai l’immense chance d’avoir des enfants en bonne santé). Dans mon cas, c’est le travail que j’ai questionné et que je questionne le plus violemment. La question étant « Est ce que ce client / ce projet mérite que je sacrifie (car oui les journées n’ont que 24h et certaines choses ne se font qu’au détriment des autres, dès lors qu’il existe des déséquilibres) : un dîner avec mes enfants / deux nuits / un WE … ? «  Quand je réponds non trop souvent, ça devient critique. Bien entendu j’ai quelques stratégies de contournement (je délègue, je temporise, je choisis, quand j’ai ce luxe). Mais je sens TRÈS BIEN, à 36 ans, 2 enfants et une carrière jusque là bien remplie, que je ne vais pas tarder à m’écraser le coin de la gueule sur le fameux plafond de verre. Parce que je suis à cette croisée des chemins un peu fatale, où d’un côté je sens que mes enfants ont besoin de moi, de mon temps et de mon attention (de la qualité ET de la quantité), et que moi j’ai envie et la responsabilité partagée avec leur père de leur donner, et que de l’autre côté mon employeur attend aussi que je lui prouve mon engagement et ma motivation à accéder au poste de grand chef, en allant au-delà d’une implication « normale » dans mes activités en sa faveur. J’ai longtemps cru que j’échapperais à cette banalité sociologique, maline que je me croyais. Hé bien pas tout à fait.

Alors je ne suis pas (encore) défaite, je cherche encore le point d’équilibre qui me permettra de conserver un travail intéressant / épanouissant / rémunérateur sans avoir le sentiment que cela se fait au détriment de mes sangsues préférées, à qui j’ai envie de consacrer du temps et de l’attention (et une bonne partie de mon argent, cela va sans dire). Mais c’est comme le point de patinage sur une voiture, des fois ça râpe un peu.

Bonne fête mes chéri(e)s !

Partager/Marquer
3 Réponses En laisser une →
  1. lea permalien
    mai 26, 2014

    Tout cela résume parfaitement mes interrogations et doutes du moment. Mais dans tout ça, l’idée d’un 3e (enfant) t’a-t-elle effleurée?

  2. mai 27, 2014

    @Lea : LOL !!

  3. Clotilde permalien
    mai 27, 2014

    HA. LA question que je redoute. Loin d’être devant ces interrogations pour ma part, ça reste une de mes peurs: être à la hauteur de mes exigences en tant que mère et dans ma carrière. Sans avoir à faire un choix bien sur.. J’en suis au « on verra quand j’y serais », mais j’y pense déjà.. Courage!

Laisser un commentaire

Note: Vous pouvez utiliser du HTML dans vos commentaires. Votre adresse de courriel ne sera jamais publiée.

S'abonner aux commentaires de ce billet par RSS