14 ans (x 2)

Deux artistes, deux interprétations et deux visions de l’âge des possibles, pas si éloignées que cela l’une de l’autre.

C’est rigolo de les voir l’une en face de l’autre …..

Ben Mazué

Barbara Carlotti

Evidemment (ou pas), je préfère la version de Carlotti, plus solaire, plus positive.

Étrange que l’âge qui ait été choisi pour parler des tourments de l’adolescence soit 14 ans, je me sentais encore très jeune et très gamine à 14 ans, loin d’envisager une quelconque activité sexuelle ou faire le mur pour aller danser …. Mais à 17 ans, je pensais et agissait à peu près comme Carlotti ….

La mère pas calme en moi

Hier soir, j’ai vu le spectacle de Florence Foresti, « Madame Foresti », que j’ai trouvé formidable (comment je TE TUE le suspense d’entrée de jeu), comme bien souvent ce qu’elle fait (hors son dernier show à l’américaine à Bercy, que j’avais trouvé un peu raté, trop mégalo). Foresti met en scène et en sketchs sa vie, ses plans looze, ses atermoiements de femme, de mère, de professionnelle, et ça me parle, depuis toujours. C’est une vraie féministe, qui le revendique et l’explique, et rien que pour cela, on la remercie de ses efforts de pédagogie auprès du grand public (« non le féminisme ça n’est PAS SALE »). Elle est devenue mère à peu près en même temps que moi (sa fille a 7 ans aujourd’hui) et elle en avait tiré un spectacle très réussi sur les affres de la maternité, Mother Fucker, qui mettait déjà les pendules à l’heure sur pas mal de sujets.

Cette fois elle s’attaque à  la crise du « milieu de la vie » comme on dit, avoir 40 ans, le vieillissement, le passé qui rend nostalgique et le futur peu riant, et encore et toujours la parentalité, la difficulté d’être une bonne mère. Ca me parle, forcément, beaucoup. Le spectacle démarre d’ailleurs un peu en mode déprime, on s’est fait un peu peur, mais en cela elle est assez révélatrice d’une morosité (pour ne pas dire déprime) ambiante, qu’elle restitue assez finement. Sur la parentalité, elle prend à parti les « mères calmes » (un peu comme « le père blond » dans les premiers spectacles de Gad Elmaleh), celles qui ont l’air parfaites, assumant les enfants sans s’énerver, propres et maquillées de bon matin, et performantes jusqu’au coucher, quand le commun des mauvaises mères sont entre « la course et les cris ». C’est très bien croqué, très bien vu. Notamment sur l’illustration de l’adage « petits enfants, petits problèmes, grands enfants …. » Car il faut se rendre à l’évidence, plus les enfants grandissent, plus ça devient compliqué de les élever, de les éduquer.

Je ne connaissais pas le théâtre du Châtelet, je l'ai trouvé très beau, et Florence Foresti y occupe parfaitement l'espace #lategram

Dans la salle du Châtelet c’était la franche hilarité lors de ces passages sur les « mères calmes », on sentait le soulagement et l’altérite de toutes celles (et ceux) qui ne se sentent pas à la hauteur dans leur rôle de parent. Nous sommes tous des enfants cachés dans des costumes d’adultes comme le dit Foresti, avec ce sentiment d’imposture qui nous poursuit, cette impression d’être un passager clandestin dans un jeu qui nous dépasse. Et c’est bien souvent nos enfants qui nous ramènent à notre crasse incompétence, et nous poussent par la même à en sortir. Oui parce que sinon, le matin, plutôt que de courir pour les emmener à l’école avant que la cloche sonne et les portes ne se referment, on resterait couchés en boule sous la couette à mater des séries en bouffant du Nutella.

Ce regard bienveillant et déculpabilisant sur la parentalité et la maternité est une sacrée bouffée d’oxygène, car il existe une vraie pression à la réussite du métier de parent, on la subit en permanence. En écho à cela, encore ce matin, une note pleine de franchise et éclairante de Lucie sur les MILK, les Mother I’d Like to Kill, ces mères un peu niaises et expansives sur leur maternité dont on se gausse sur les réseaux sociaux. On a pas trop trop le droit de se plaindre, c’est vrai, que la parentalité soit un chemin de croix (ben oui, personne ne t’a obligé à faire des gosses non ?), ou alors il faut le faire dans les règles de la bienséance : beaucoup d’auto dérision et d’auto flagellation, et pas trop de chouinerie et de pipi caca, sinon c’est dégueulasse, merde.

Personnellement, et en toute modestie, je suis comme Foresti, la quarantaine approchant (si si, approchant, dangereusement, et avec plein de pathologies associées, je vous le garantis), je ne fais que peu de cas des jugements de valeur s’agissant de mes considérations baveuses sur ma progéniture. J’assume totalement d’être MILF et MILK. Mais je comprends celles et ceux qui auraient besoin d’une oreille, d’une épaule compatissante, quand face aux difficultés de la vie de parents, on est systématiquement renvoyés à nos choix et notre capacité à les assumer (en silence s’il te plaît).

D’ailleurs, parlons de cette rentrée 2014, au passage. Car après le grand saut de l’Héritier en CP l’année dernière, cette année la Dauphine a fait son entrée en petite section maternelle. A 3,5 ans, je la croyais plus que prête la donzelle, genre je piaffe d’impatience le matin devant la grille de l’école. Hélas non, ça a été un poil difficile, et ça le reste encore, un mois après la rentrée. Heureusement que 9 fois sur 10 c’est son père qui l’accompagne, car moi je supporte assez mal les petits regards mouillés et suppliants, « reste avec moaaaa mamaaaan ». Sans compte qu’évidemment, le soir venu, c’est le trou noir, impossible de savoir si in fine la journée s’est bien passée ou pas. A cela il faut ajouter la fatigue collective et familiale générée par les nouveaux rythmes scolaires, clairement la respiration du mercredi matin manquant à tous, et nous obligeant, 5 jours de rang, à courir comme des poulets sans tête pour respecter les plages horaires de l’école.

(Insérer ici la musique de « Un jour sans fin », de Ramis, quand le réveil se déclenche sur le jour de la marmotte.)

On dit merci @thomassebal pour #larentree en van's :B

Mais bon, globalement le bilan est positif comme disait Georges Marchais. Bien sûr il faut courir après l’Héritier pour qu’il n’expédie pas trop vite ses devoirs (au prix d’une écriture digne d’un médecin généraliste sous acides) et se soumette à des règles d’hygiène de base (c’est fou ce désintérêt total pour la propreté à cet âge). Evidemment il faut négocier TOUS LES MATINS avec la Dauphine sa tenue car elle veut « une robe qui tourne », et non pas de couette, mais « deux tresses, comme la reine des neizes ». Après c’est une routine comme une autre, et elle ne me déplaît pas, dans la mesure où dans mon cas elle est régulièrement interrompue par mes déplacements divers et variés. Du coup j’en viens à apprécier ces jours où je dois respecter les horaires de mes enfants, qui comme tous les enfants sont TRES à cheval sur le respect de leurs habitudes et coutumes. Je ne suis pas une mère très calme toutefois.

> Je braille comme un sourd quand s’approche l’heure de partir : « bordeeeeeel y’a Guetat qui a commencé sa chronique, on est à la bourre ! »

> Je trottine sur mes escarpins le long du chemin en motivant les troupes, la frange en bataille (un vrai drame) et le PC en bandoulière « aaaaallez, aaaaaaaaaaalleez on allonge le pas les enfants ! »

> Je tourne comme une toupie le soir pour assurer le coucher à l’heure prévue, au prix de négociations serrées : « si tu n’as pas fini ton repas à 20h10, y’aura pas le temps pour les schtroumpfs, je te préviens ! », et après je m’écroule comme une merde à 21h, un quart d’heure après eux.

La course et les cris dit Foresti. C’est tellement ça.

Je ne suis pas une mère calme, mais je me soigne. Généralement, je plonge mon nez dans les cheveux (même pas très propres) de mes enfants, et je m’enivre de leur odeur de presque bébés. Meilleure thérapie du monde, fonctionne sur un tas de pathologies.