Djauni était là (et nous aussi)

Evènement PHARE de ce début d’année 2015, l’arrivée en France et en comédie musicale de l’adaptation du film CUL(TE) de notre adolescence, « Dirty Dancing« .

Je m’adresse bien évidemment à une frange bien spécifique de la population : celles qui ont été adolescentes dans les années 1980 et 1990, puisque cet incroyable nanard est sorti en 1987, avec en tête d’affiche Patrick Swayze, qui à l’époque avait en fait déjà 35 ans, mais dansait clairement comme un dieu du sexe (sa formation d’origine). Quand celui ci est décédé en 2009, on a toutes perdu une part de nos émois adolescentes, comme je le rappelais ici. Car « Dirty Dancing », pour un certain nombre de petites pépées dont je fus, ça a clairement été l’éveil à la sensualité, dans le cadre de cette romance d’été sirupeuse, où un professeur de danse (Johnny Castle) éveille une jeune fille (Bébé / Baby) à la danse et aux joies du sexe acrobatique. Le scénario tient sur un ticket de métro, les acteurs sont pas vraiment inoubliables, mais les scènes de danse sont réussies, la musique des années 60 très bien choisie, et surtout le couple Johnny / Bébé fonctionne parfaitement. On s’est toutes projetées dans cette histoire, rêvant de se faire initier à la gaudriole par un espèce d’éphèbe irrésistible, ayant la musique et la danse dans la peau et le diable au corps.

C’est donc comme un seul homme que toutes ces trentenaires et quarantenaires des années 2015 se sont précipitées sur les places de la comédie musicale, qui joue à guichets fermés depuis quelques jours au Palais des Sports de la porte de Versailles.

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Avant d’y aller, nous avons naturellement nourri quelques inquiétudes. Est ce que les chansons seraient interprétées en français ? Et surtout, SURTOUT, est ce que le danseur / chanteur / acteur retenu pour le rôle de Johnny serait à la hauteur de Patrick dans le film ? Soyons clairs, quand j’ai vu quelques photos de Corentin Mazo, j’ai été un chouia pessimiste. Sa gueule est pas vraiment extraordinaire, et surtout, il avait l’air taillé comme une biscotte, ce qui ne colle absolument pas avec le profil de dépuceleur bad boy de l’original.

Alors tuons le suspense. S’agissant des chansons, elles sont bien délivrées dans la version originale, et plutôt bien interprétées sur scène par un orchestre et deux chanteurs qui se coltinent les quelques scènes chantées. Et quand à Corentin, hé bien ce fut la surprise bi goût. Sa présence sur scène est plutôt impressionnante. Il a une vraie allure, il est très bien taillé, avec un cul de danseur absolument parfait (comme a dit quelqu’une de ma connaissance « on est bon, on lui fait la complète oeuf fromage« ), et dans toutes ses tenues, depuis le smoking, en passant par le marcel près du corps, jusqu’au calbute semi transparent, il est impeccable. C’est un grand oui. Mais. Mais des fois il cause. Et là, autant le dire, c’est le drame. Ridicule est le premier mot qui vient à l’esprit. Tant qu’il danse ou se prépare à honorer Bébé (car on ne voit évidemment pas le passage à l’acte), tout va bien. Mais dès qu’un bout de texte se profile, la cata. La salle était hilare. C’est ballot.

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(Photo volée par Amandine, on la remercie.)

D’ailleurs, en dehors du fait que les danseurs retenus sont de très mauvais acteurs (pour avoir vu  des comédies musicales en Grande Bretagne, nous ne sommes clairement pas à la hauteur, ça sent un poil l’impréparation et l’amateurisme), on peut regretter l’ambiance un poil réservée de la salle. Certes la taille de la salle n’est pas très conviviale. Certes de petits cris ravis fusent dès que démarre une scène culte, mais globalement le public parisien m’est apparu très sage, en dehors de ma rangé de lubriques dévergondées, où  fusaient avec une grande régularité « à poil » / « c’est pour ça qu’on est là » / « j’ai tellement chaud que je vais enlever mes collants » et autres remarques distinguées ….

On fera aussi une petite dédicace au personnage de Penny, la partenaire de danse de Johnny, qui est interprétée ici par une blonde absolument affolante, dotée d’une paire de jambes de 2 m, et qui nous a beaucoup impressionnée (en bref, elle est méga bonne).

En guise de conclusion, je ne sais pas si je recommanderais l’expédition à quelqu’un qui ne connait et n’apprécie pas le film d’origine. L’ensemble est bien mené, pas de temps morts, beaucoup de danse et de musique, de belles tenues et un décor sympa et coloré mais ça reste assez moyen si on est un peu exigeant en matière de musicals, voire gâché parfois par la piètre qualité du jeu (et pourtant, nous sommes indulgents ,on sait qu’on est pas au Français). Après, pour qui a un rapport un peu sentimental au film, ça reste un délicieux retour à de vieilles amours et nos jeunes émois.

(Et on va pas se répéter, mais le cul à Corentin mérite un 10/10.)

Allez, on s’en refait quelques unes (de scènes) pour la route 😉

:: LA SCENE (à partir de la 3ème minute) (les aisselles de Patrick, on en lécherait bordel)

:: Hungry Eyes

:: Time of my life (le final)

 

Charlie & nous

(Léger contraste entre cet article et le précédent, 2015 démarre dans la joie & l’allégresse ….)

Pas plus tard que dimanche dernier, nous fêtions avec un peu de retard Noel dans ma famille, cette fête païenne que mes parents – respectivement agnostique et musulmane – « tolèrent » pour les (petits) enfants. Mon père, hilare, exhibait (notamment aux dits petits enfants, ravis et également morts de rire) un poster en couleurs d’un goût douteux (issu de Fluide Glacial) : une caricature de François Hollande, à poil mais avec un casque sur la tête et la bite entourée d’un ruban bleu blanc rouge. Côté pile la teub à l’air donc et cet air de benêt aux joues rouges qui nous rappelle forcément les plus belles heures deFlamby / la fraise des bois, et coté face un  cul nul et tombant.

C’est (c’était ?) aussi un peu ça aussi Charlie Hebdo, sans doute bien plus que Fluide Glacial, un humour (très) caustique et impitoyable, teinté souvent de pipi caca (notamment chez Charb), qu’aucune provocation n’effrayait, et qui s’appliquait avec la même férocité à n’importe quel sujet, et en particulier aux plus délicats, comme la foi et les religions. On pouvait plisser du nez devant certains dessins pouvant paraître vraiment au-delà de la plaisanterie, mais dans mon cas on n’y échappait pas : les meilleures feuilles de Charlie Hebdo étaient soigneusement découpées par mon père, et épinglées … dans les chiottes familiales.

Je me souviens encore de la fierté de mon père quand Charlie Hebdo avait cité dans un de ses articles une étude produite par mon entreprise (et à laquelle j’avais vaguement participé). Il avait là aussi soigneusement découpé la page, entouré l’article, pour me l’offrir, très heureux de sa trouvaille. En l’occurrence c’était plutôt critique vis-à-vis de notre travail (doux euphémisme), mais c’était écrit par l’oncle Bernard (Bernard Maris, aussi chroniqueur sur France Inter, et également décédé le 7 janvier), c’était donc UN PEU mon heure de gloire quand même.

A dire vrai, je n’ai jamais lutté contre le déterminisme familial. Je suis (globalement) fière de la manière dont m’ont éduqué mes parents, et j’assume prolonge tout à fait leur héritage culturel et le socle de valeurs qu’ils m’ont transmis. Je ne sais pas écouter une autre radio (ou autre chose) que France Inter. Dès que j’ai été indépendante je me suis abonnée à Télérama (avant même d’avoir une télé ….). Je vote à gauche.(Oui, je suis une caricature de bobo. ON SAIT.) Très récemment, je me suis fait tatouer sur l’avant-bras le titre d’un livre de Benoite Groult, mon idole féministe depuis que ma mère m’avait emmenée à une de ses conférences alors que j’avais à peine 13 ans. Bref, j’ai en héritage un certain nombre de marqueurs culturels assez spécifiques, et Charlie Hebdo est l’un d’entre eux. Quand j’ai appris l’assassinat de tous ces mecs, en mode perlé, en direct sur Twitter, j’ai clairement eu le sentiment de voir s’écrouler des pans entiers de mon écosystème culturel personnel. Celui m’ayant le plus touché étant Bernard Maris, représentant Charlie ET France Inter, et parfait chroniqueur éco.

D’ailleurs, soyons honnêtes c’est vis-à-vis de Charlie Hebdo que j’ai toujours eu le plus de réticences et de recul par rapport à « l’idolâtrie » paternelle. Sans doute parce que leur côté bouffeurs de curés (et autres représentants religieux de tous poils et de tous bords) me rebutait et m’effrayait un peu. Parce que je ne pouvais pas blairer Philippe Val, que j’ai toujours considéré comme un gros con (et qui pourtant m’a bien fait chialer hier). Et aussi parce que je trouvais que c’était tout de même un sacré rassemblement de mecs forts en gueule et en thème, où les femmes n’avaient pas une place vraiment de choix.

Pour autant, j’ai toujours été admirative de cette hargne déterminée et systématique à ne pas se laisser intimider par ce qui constitue in fine le dernier tabou de nos sociétés contemporaines, les religions. Lors de l’affaire des caricatures de Mahomet (2005, déjà), j’avais suivi de près les débats et les interventions publiques de tous les penseurs, intellectuels, hommes politiques, artistes et dessinateurs qui s’étaient mobilisés au sein et autour de Charlie Hebdo, pour défendre la liberté d’expression, sous toutes ses formes, même les plus radicales, outrancières, provocatrices. Ils m’avaient impressionné ces dessinateurs, qui avaient su lever le crayon pour expliquer leurs convictions, et ils m’avaient convaincue que leur expression devait rester libre et totale. Je me souviens en particulier du témoignage ….. de Nicolas Sarkozy, et de Robert Badinter, mais aussi de leur avocat, Richard Malka, brillant.

(Il paraît que l’émission Envoyé Spécial retraçait ce soir cet épisode, à revoir donc.)

Hier, c’est évidemment leur liberté totale, insolente et intelligente, qui a été sapée par cet attentat (12 personnes, putain). J’ai beaucoup pleuré, et je pleure encore le crime abject et lâche dans l’absolu, mais aussi et surtout parce que je sais qu’il laisse orphelin ma famille, et en particulier mon père de « compagnons » de cœur et d’esprit, avec lesquels il partageait une vision certes UN POIL désenchantée du monde et des hommes, mais surtout le goût de la liberté et de la dérision, et un rire franc et massif, salutaire.

Salut les mecs, vous nous manquez déjà <3

PS : pour la postérité, quelques liens marquants sur ces événements.

:: Jeannette Boughrab, sur BFM, compagne de Charb

:: Sophia Aram sur France Inter,

:: le témoignage de Philippe Val, gravement émotionnant …

:: Charline Van Oenecker.