Quand la musique est bonne

Vendredi 13 novembre 2015, en fin d’après-midi, j’évoquais avec une certaine allégresse la grappe de concerts qui devaient s’aligner dans un court horizon, pour mes proches et moi.

Au programme :

  • Coeur de Pirate, que je me réjouissais de voir pour la 3ème fois, accompagnée vaillamment de l’Epoux, qui se « sacrifie » à chaque fois (2h à reluquer des minettes à peine pubères, ni vu ni connu, ça ne se refuse pas),
  • Years & Years, que j’avais découvert à Rock en Seine, et que j’avais ardemment envie de revoir, sur lequel j’avais envie de danser,
  • Foo Fighters, Kadavar …

Je ne suis pas *vraiment* une grande connaisseuse et amatrice de musique (globalement, parce que j’aime et j’écoute bien de trop de daube, nous le savons tous). Mais j’ai découvert, sur le tard (il y a une dizaine d’années, j’avais déjà passé les 25 balais, ça fait déjà tard pour faire la groupie), la musique live, en festival et en concert de manière générale. Mon « dépucelage » festivalier fut breton ET mémorable. C’était en 2006, je voulais voir Elmer Food Beat, ils furent remplacés par Dick Rivers, on en rigole encore. Depuis, j’ai récidivé, à maintes reprises, plutôt en mode embourgeoisé, avec Fourvière et Rock en Seine essentiellement. J’aime les concerts (et ce malgré mon agoraphobie), la musique en vrai, avec du poil et de la sueur, l’énergie qu’elle dégage, cette pulsion de vie, ce souffle collectif qui embarque tout et tout le monde un court moment. Je suis toujours un poil désappointée par les concerts assis (généralement, d’ailleurs, je m’y endors paisiblement). J’ai des souvenirs très précis de concerts qui m’ont particulièrement touchée, où certains morceaux m’ont tiré des larmes, d’autres où je me suis égosillée à accompagner les paroles qui me galvanisaient (au désespoir de mes compagnons d’infortune), et ceux sur lesquels j’ai dansé à corps perdu. Un seul artiste me permet de combiner ces 3 états dans un même concert, Etienne <3 Daho.

Je comprends bien la volonté des terroristes en attaquant vendredi, entre autres, le Bataclan, repère et concentration des « abominables pervertis » comme ils l’ont énoncé dans un communiqué que je ne veux pas reproduire ici. Je ne connais que peu de lieux où la pulsion de vie est aussi forte et belle que dans un concert. Les concerts sont aussi souvent et beaucoup le rassemblement de la jeunesse, je suis la première à m’en plaindre, puisqu’au fil des années, j’ai de plus en plus le sentiment d’y être un brontosaure venant m’alimenter à une source qui n’est plus de mon âge ! Ce fut un crève coeur, tout au long du WE, de découvrir les portraits de ceux qui sont tombés sous les balles, la jeunesse fauchée à son zénith. S’il n’était pas difficile, même loin du champ des événements qui se sont déroulés vendredi, de toucher du doigt l’ampleur du drame, on a tous encaissé la violence crue et obscène de la symbolique de ces vies, jeunes et festives, fauchées dans une rafale de fusils automatiques, de manière aléatoire et erratique, au nom d’un Dieu dont ils ne respectent pas le premier des principes (le respect de la vie, bordel).

Nous, pauvres ères  de 2015, savons désormais à quoi nous en tenir (ça faisait quelques années que ça couvait, tu me diras). La guerre n’est plus l’affaire des professionnels de celle-ci, des soldats équipés et armés, qui s’affrontent sur un terrain bien délimité. Elle est là, dans nos villes, dans nos rues, et frappe, au hasard le plus souvent, en essayant si possible de marquer les esprits par quelques symboles faciles (j’ai quand même lu qu’au moment de l’irruption des terroristes dans le Bataclan, Eagles of Death Metal interprétaient « Kiss the devil« , et CA, C’ETAIT PAS LE HASARD). Comme je l’expliquais aux Taz, mes enfants de 4 et 8 ans (autre moment simple et funky du WE), d’une il n’y avait pas grand chose à faire (mon fatalisme oriental), et de deux ça ne servait à rien d’avoir peur. Car tant que des imbéciles dociles et peu instruits seraient prêts à sacrifier leur vie pour mettre fin à celle d’autres personnes, nous ne serions à l’abri de rien (oui, je les ai bien rassurés, mais vous pouvez des trucs un peu plus pédagogiques ici, par exemple). Qu’il fallait être attentifs, prudents, certes, mais ne pas s’empêcher de vivre, surtout pas, car c’était exactement ce qu’ils attendaient de provoquer comme réaction. Et surtout, SURTOUT, que 99,99 % de l’humanité n’allait pas se laisser dicter sa conduite, son mode de vie, bordel de couille, par 0,01 % d’illuminés, fanatiques, et autres produits dégénérés de nos sociétés contemporaines.

C’est à ce titre que j’ai caressé le secret espoir que l’on relève la tête collectivement, vite fait bien fait, et que nous remplissions gaiement et à toute vitesse les salles de concert de France et de Navarre.

Las, tout est annulé jusque nouvel ordre. Et on ne peut qu’assister, dépités et impuissants, au bal des politicards, avides de récupération (Laurent W. spéciale dédicace, va te faire cuire le cul, avec des lentilles du Puy si nécesaire). Je n’ai pas gloussé comme une ado attardée devant Coeur de Pirate, et je n’agiterais pas demain mon postérieur de mère de famille indigne devant Years & Years. Soit.

A charge de revanche, bande de connards.

PS : ami amateur de bonne musique, tu remarqueras que dans ce modeste article j’ai réussi à caser :

  • JJ Goldman, dans le titre,
  • Beatrice Coeur de Pirate, qui je l’espère reprogrammera sa date lyonnaise,
  • Years & Years, pareil,
  • Foo Fighters, idem,
  • Elmer Food Beat & Etienne Daho, mes idoles vivantes,
  • Dick Rivers, pour qui j’ai le plus grand respect,
  • Eagles of Death Metal, c’était la moindre des choses,
  • Alliance Ethnik, et ça c’est c’est balèze

(La fierté, un peu.)

Publié par

SABRINA

Lecteur égaré (ou pas), je te souhaite la bienvenue chez Sabrina, blogueuse lyonnaise assidue depuis 10 mars 2005 (oui, tout ça). Ici point d'ambition éditoriale majeure (comment ça, on s'en était rendu compte ?), pas de recherche de monétisation de mes modestes et insignifiants écrits, ou de gloire wharolienne ... Juste un modeste journal de bord, tenue par une honorable mère de famille (oui, parfaitement, honorable), qui apprécie (dans le désordre) les jolis garçons (surtout s'ils pratiquent le rugby), l'auto-dérision, l'Epoux et ses taz, la mauvaise foi féminine (qu'elle pratique assidûment), la télé réalité, et la légèreté en toute chose, autant que faire se peut. Bonne lecture.

2 réflexions au sujet de « Quand la musique est bonne »

  1. Moi aussi coeur avec les mains Etienne Daho, vu/écouté 4 fois l’an passé à Paris, le concert n’est pas mon kiff version Bercy ou le stade de france, mais Bataclan, Cigale, Olympia ou encore Pleyel des bonheurs gravés dans ma mémoire.
    Depuis l’autre soir j’ai en tête « Résiste » entonné à plein poumons au Palais des Sports qqjours avant que n’aient lieu ces horreurs

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