(Sur) exposition

Samedi dernier, à la Fête du Livre de Bron, était organisée une rencontre vaguement baroque à priori, celle de Virginie Despentes (mon idole de 20 ans, comme tout à chacun sait) & Edouard Louis, petit génie révélé par son 1er roman « En finir avec Eddie Bellegueule », où il dépeint sa condition de fils de prolo du chnord cherchant à échapper à sa condition sociale. Le dialogue devait initialement porter sur vérité et fiction, mais leur échange a largement dépassé ce seul cadre, et a été très vite emporté par l’intelligence assez folle d’Edouard Louis. Ce n’est pas souvent que cela se produit, mais il est assez impressionnant (et rare) de voir l’intelligence, fulgurante et brute, sortir ainsi de la bouche de ce grand rouquin encore tout jeune.

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(D’aucun disent qu’il ressemble vaguement à l’Epoux, spa faux.)

Au fil de la discussion, Edouard Louis est revenu sur son histoire, et la souffrance qui a été la sienne et celle de ses proches, notamment quand des équipes de journalistes ont décidé de vérifier via une enquête ce qui relevait de la fiction et de la vérité dans son 1er roman. Il était sans doute naif de sa part de croire que cette intrusion n’aurait pas lieu, mais on sentait la blessure encore fraîche. C’était assez paradoxal et surprenant, lors des séances de questions / réponses avec la salle, de voir sa mine déconfite lorsque les gens, sous prétexte de témoigner de leur émotion et de leur empathie, se lançaient dans des séquences assez déplacées de psy de comptoir sur ce qu’il était, profondément.

Cette posture délicate m’a ramenée (en toute modestie) à ma relation au présent blog. Bloguer, et surtout bloguer (marche avec twitter et autres RS) sur sa vie, son quotidien, ses malheurs, ses réussies, c’est s’exposer au regard et surtout au jugement d’autrui. Combien de fois, certains ont cru au travers de la seule lecture du blog, se persuader de mes traits de caractère essentiels, et pouvoir décréter, au hasard « que tout va bien dans la ta vie » puisque le blog laisse transparaître une tranche de vie joyeuse et légère. Alors, c’est sur, mes choix « éditoriaux’ penchent en faveur de l’exposition du cool et du chouette. Pour autant, comment peut on s’imaginer que l’anecdotique / le guilleret que je choisis de révéler est représentatif de l’ensemble de mon quotidien, de ma vie ? C’est comme, par exemple, les réactions hébétées, où tout le monde s’extasie sur les photos de mes enfants, qui certes sont très beaux (normal avec le capital génétique dont ils peuvent se targuer), mais sont aussi casses burnes qu’ils sont beaux. C’est dire s’ils sont relous …..

Aussi, j’ai eu cette bouffée d’orgueil de croire partager un point commun avec Edouard Louis, l’être supérieur, cette légère ambivalence entre le choix, assumé certes, de se donner à voir, et l’agacement, parfois visible, de se rendre compte que l’on est un cliché ambulant au mieux, ou qu’au pire les gens ont des clefs de lecture sur votre vie et votre psyché, pour lesquelles vous n’avez pas de réciproque.

Je me raconte beaucoup, mais vous, qui me lisez et croyez me connaître, je ne sais rien de vous.

Pour autant, je reste attachée, ici, à ma part d’extimité. Assumée.

Un jour sur deux.