De Jean à Johnny, a curling mother

En début de semaine, je m’émerveillais sur la célèbre plateforme de microblogging twitter (celle là même que j’ai ralliée il y a dix ans maintenant, et qui a largement participé à l’érosion du présent blog), de cette drôle de coïncidence, ma renaissance à l’écriture, alors même que s’éteignait Jean d’Ormesson.

Las, le pauvre vieux s’est vite fait évincer de son quart d’heure de gloire posthume par la disparition toute aussi tragique, même si prévisible, d’un autre mythe, franco belge celui ci, Jean-Philippe Smet Aka Djeuni. Car comme l’a rappelé fort à propos mon cher papa (lui-même rockeur à ses heures, et approximativement du même âge que feu Hallyday), « avec tout ce qu’il s’était mis dans le cornet, ma foi, c’est déjà un score fort honorable, 74 balais ». Certes. Tu apprendras mon petit, qu’au fur & à mesure que tu vieillis, ton rapport au temps se distord vaguement. Oui, vaguement d’abord. Jusqu’au jour où tu trouves que 74 ans, c’est jeune pour casser sa pipe.

Bref, telle Tonton, tontaine, je crois aux forces de l’esprit, et un peu, au karma & la réincarnation. Pourquoi ce dernier ? sur une base rhétorique assez pragmatique somme toute : après tout, si on y réfléchit bien, quel serait l’intérêt profond qu’une âme aussi sensible et profonde que la mienne ne soit éclose au monde que pour (au mieux), une petite centaine d’années ? Non ? Non. Bon.

Toujours est il que par précaution, je suis toujours attentive aux décès qui surviennent dans la sphère médiatico publique proche, alors même qu’un événement sensible se produit dans ma propre sphère d’influence. Par exemple, alors qu’en septembre 2007 s’éteignait Raymond Barre, illustre lyonnais, politicien de droite, grosse peluche à bedaine et économiste quasi crédible, naissait l’Héritier, mon premier né, aujourd’hui âgé de 10 ans.

PUTAIN 10 ANS. On y revient.

La pente est  là camarade, et elle est glisse sévère.

Tu as grandi ? hé bien vieillis maintenant ma couille. Et regarde ceux que tu as engendré & enfanté dans la douleur (= comprendre t’exploser la teuch au passage de leur tête de golgot) non seulement ils vont grandir mais te dépasser gentiment. Si si si, on y est presque, il est des signes qui ne trompent pas : l’Héritier chausse du 39 / 40 (à 10 ans) et est devenu myope. Comme sa mère.

Tout ça pour faire observer et je suis navrée de l’affirmer ainsi à la face des nullipares (tout du moins ceux qui le sont à l’insu de leur plein gré), mais la parentalité est une des expériences les plus folles de ta vie adulte.

Quelque part entre le sexe anal et le coma éthylique (ceci ne sont que des licences poétiques, je rassure ma mère qui fait semblant de ne pas lire ce blog car je le lui ai interdit à l’ouverture d’icelui, je tiens très bien l’alcool). Folle au sens premier du terme.

Car ta progéniture te rend littéralement dingo.

Dingo de fierté à la moindre réussite pourtant bien ordinaire (oui, c’est vrai, TOUS les enfants ont appris à marcher, mais quand c’est le tien, c’est bien plus émouvant que le premier pas de l’homme sur la lune.)

Dingo d’angoisse à la première fièvre un peu violente (celle où tu as cru que tu allais pouvoir faire griller 6 merguez tunisiennes sur son front luisant et bouillant).

Dingo tout court quand il passe cette affreuse et interminable période des « pourquoiiiiiiiiiiii », où la chair de ta chair tient à tout prix à comprendre le monde, comment il tourne, et pourquoi la terre est plate alors (c’est comme un frisbee tuwa). Là tu as deux écoles :

  • les vrais parents modèles, qui y vont A FOND, cherchent des explications, de belles histoires et argumentations, pour assouvir la soif d’apprendre et comprendre de leurs chères têtes blondes,
  • les cossards et les feignasses, qui au bout de 10 questions, 3 sans réponses et 7 avec des démonstrations vaseuses (tu te souviens bien toi, de comment se forment les nuages, et pourquoi dedans y’a de la pluie, ou pas ?), coupent court et disent « ça y est mon chéri, tu as épuisé ton quota de questions à la con pour aujourd’hui, on reprend demain ? » (moi).

C’est au cours d’un goûter de darons, entourés (voire cernés) par notre marmaille, alors que nous nous lamentions sur les joies diverses de la parentalité (= comprendre on buvait pour oublier le niveau sonore), et que j’évoquais la phase de questionnite reloue des enfants, que j’ai eu vent de ce concept qui m’était jusqu’alors inconnu : les parents « curling », victimes du syndrome d’hyperparentalité.

Alors clairement, j’ai beaucoup de tares, mais celle ci, j’y ai échappé, et je m’en félicite. Parce que faire un burn-out parental, très peu pour moi. Par contre, comme j’ai une imagination visuelle, j’ai bien aimé l’image du parent curling, celui qui s’efforce de passer frénétiquement un balais devant les pieds de sa descendance, pour lui éviter toute difficulté, obstacle, glissade de la vie. Me concernant, les taz, je les prends par la main encore, et les fais j’espère avancer progressivement vers l’autonomie.

(Même si  le matin je leur sers encore des biberons. Même.)

 

Renaître

Ca fait plusieurs fois que le « destin » me fait des petits clins d’oeil, en faveur de la reprise des hostilités des activités de ce blog :

  • un concert d’anthologie avec un vieux bloggueur (je parle de ta vieillerie numérique Hervé, pas de ton âge), qu’il a lui même narré … dans un post FB. L’occasion de se souvenir qu’au delà des quelques clichés sur Instagram, il faisait bon parfois marquer de mots les souvenirs, doux et durs, qui affleurent parfois,
100 ans de vieux twittos vous jugent ???? @herveresse ????
  • une rencontre IRL avec un lecteur de longue date, et qui m’a flattée dans le sens du poil (genre mon blog il le kiffait),
  • un commentaire, ici, demandant si mon nouvel appartement est bien équipé, baignoirement parlant (spoiler, la réponse est CARRÉMENT),
La nuit m’appartient #teaminsomniaque #apeuprès
  • des nuits d’insomnies, ou plutôt mes petites nuits napoléoniennes, comme je les appelle, me figurant que tout cela est tout à fait tenable et normal, de dormir entre 4 et 6 heures par nuit. Et si Napoléon, pourquoi pas moi.

Surtout et enfin, comme souvent, les déménagements sont l’occasion de petits bilans ou de grands changements, de ceux qui te permettent de renouveler les meubles, recycler les vieilles pièces et te se dire qu’on RESPIRE mieux avec moins (de gadgets / de bibelots / de livres, etc.).

Alors l’envie d’écrire est à nouveau là, je suis contente que le « réceptacle » existe encore (depuis bientôt 13 ans, ça devrait nous porter bonheur.

un bisou dans le cou <3

PS : est ce que les photos d’illustrations sont visibles ici ?