#faitesdesgosses ou la parentalité les pieds dans la glaise

Aux belles et prolixes heures de ce blog, dans les naissantes années 2010, je consacrais beaucoup de mes récits et échanges à la découverte de la parentalité. Un certain climax avait été atteint en 2011, quand j’avais donné mon avis sur quelques techniques de maternage en vogue à l’époque. (C’était grave parti en sucette dans les commentaires, le bon vieux temps.)

Les Taz (surnom collectif pour les Diables de Tasmanie, et je peux vous garantir qu’ils méritent totalement et amplement ce raccourci) sont nés respectivement en 2007 et 2011, et depuis lors, enchantent autant ma vie qu’ils la pourrissent. Enfin c’est un peu plus subtilement pénible que cela. Disons plutôt qu’au fur et à mesure qu’ils grandissent, le ratio émerveillements / emmerdements se dégrade grandement. Qu’on ne se méprenne pas, je suis la première fan de ma progéniture (sans doute la seule, parfois), que je trouve bien plus rigolos et bien plus beaux que ceux des autres.

(Petite illustration de mes enfants, quand ils me font rire.)

Pour autant, je ne peux que comprendre que certain(e)s renoncent à exercer ce mandat. Car c’est une aliénation, c’est déjà ce que j’avais compris en 2011 quand je critiquais les injonctions du maternage (financière évidemment, mais aussi intellectuelle, affective) et une source d’intranquilité majeures. Bref, faut avoir les reins solides. Et pas que les reins. Je recommande aussi d’avoir un minimum d’entourage familial et / ou amical bienveillant (= comprendre, à qui pouvoir fourguer les enfants à intervalles réguliers et à moindre frais) et d’avoir un socle minimum de valeurs communes avec votre conjoint, histoire de se serrer les coudes au moment où il s’agit de franchir quelques obstacles éducatifs et / ou familiaux un peu corsés.

Dans ces années 2010 (celles du spectacle de Florence Foresti, « Mother Fucker ») on était un petit nombre de « mères indignes », assumées comme telles. Je pense à celles qui sont aujourd’hui encore en activité sur les réseaux et / ou dans mon 1er cercle, Alexandra So Provincious, Murielle Mère Bordel, Nadia Daam qui oeuvrait aux Maternelles, Caroline de Pensées de ronde, etc. J’ai été assez fière – et je le suis encore – d’assumer ce visage de la parentalité imparfaite, vaguement névrosée et totalement consciente de ses limites. J’ai également tenu cette posture dans ma vie professionnelle, et j’ai essayé d’agir (individuellement et collectivement) pour que l’on puisse (au sein de mon entreprise) avoir une carrière professionnelle digne d’intérêt (c’est-à-dire, dans mon acception, avec des responsabilités et une rémunération attractive) tout en étant mère. Et clairement, ça n’est pas une sinécure. Pas seulement parce que le patriarcat est encore prégnant et les conseils d’administration / comités de directions monopolisés par les mêmes mâles blancs de + de 50 ans. Aussi parce que bien souvent, nous sommes ( les fâammes) nos propres fossoyeurs, avec les coups de pelles classiques : autoflagellation et culpabilité parentale côté perso, dénigrement et sentiment de l’imposteur / passager clandestin côté pro.

Avec le confinement, et la présence de notre progéniture H24 à nos côtés, la team parents a eu l’occasion d’éprouver quelques vérités parfois oubliées ou mises sous le tapis. Parce que parfois, il faut le dire, nos enfants (les miens en tous cas), sont des plaies. Et en quelques semaines (quelques jours pour les + clairvoyants / les – patients / ceux qui ont les exemplaires les + relous), on a eu le temps de constater, entre consternation et exaspération, quelques petits « irritants » comme on dit dans ma boutique :

  • L’enfant est comme un nonagénaire en maison de retraite : faut lui servir à manger à heures fixes (et lui dire le menu des repas en amont), sinon ça gueule. Autant te dire que quand tu te creuses pour varier les repas, à raison de 2 repas par jour, 7 jours sur 7, au bout de 6 semaines, soit donc 84 repas, et que ça râle encore (« keuwaaa, encore du poulet ?! on peut pas avoir un kebab ? ») tu en as juste …. plein le dos.
  • L’enfant en posture d’écolier / de collégien, a la capacité de concentration d’une huître et la persévérance d’un bulot (ou l’inverse ?). Dès qu’il ne comprend pas un énoncé, une question, il accourt vers toi, la feuille chiffonnée dans une main, le doigt levé et la mine chafouine de celui qui a rien pigé. Sauf que tu te rends compte, dans 3 cas sur 4, c’est pas un souci de compréhension (il est pas si couillon que ça). C’est juste une grosse FLEMME. Et qu’il a le secret espoir qu’à force d’usure, tu lui fasses son exercice à sa place. La tentation du coup de pied au cul n’est pas loin. En attendant, tous les soirs, tu tricotes une petite médaille virtuelle au corps enseignant, qui se coltine habituellement ta marmaille tire au flanc et distraite. Et tu pries pour un retour rapide à la continuité pédagogique, dans la salle de classe, avant que tu ne commettes l’irréparable.

(Petite dédicace tout de même à la prof de SVT qui nous a bien régalés avec le programme sur l’appareil reproducteur. J’ai été RAVIE de faire tracer cette splendide courbe sur l’évolution du poids des testicules d’un homme au cours de sa vie. Ca remet plein de choses en perspective, si si si.)

La liste pourrait être longue, plus ou moins drolatique, mais on la retrouve un peu partout désormais sur les réseaux sociaux, sous différentes formes, cette plainte sourde du parent à bout de patience, qui se demande ce qu’il a bien fait au bon Dieu (ou à Blanquer) pour mériter ça. Alors parfois, quand tu as envie de te couvrir la tête de cendres parce que ton enfant t’a encore fait honte, ou de te mettre la dite tête dans le four, parce que tu es au bout du nem, n’oublie pas que tu n’es pas seul(e). La team parents, bancale et bordélique, mais bien décidée à survivre au Covid-19 ET à l’ adolescence (je ne suis pas certaine de pouvoir trancher sur lequel des deux est le plus nocif), est là pour toi, et elle t’aime.

20 ans

C’est bien pratique un blog, surtout quand il est vieux (comme sa proprio, je vous entends au fond de la salle). J’ai pu ainsi retrouver le post que j’avais écrit il y a 10 ans pour dire « wolala, quelle aventure, 10 ans que je bosse ici ! ». Un battement de cils et nous voilà à 20, bordel à mille queues.

J’ai retrouvé une photo qui date de l’époque, où j’avais déjà procédé à quelques expériences capillaires discutables, en l’occurrence un roux sombre, et une frange bien droite et raide, sur des cheveux qui descendaient jusqu’aux reins. Il y a 20 ans je fêtais mes 22 ans, et j’entrais fièrement et sans traîner dans le monde du travail. Fièrement parce que je viens d’une famille où la valeur travail a toujours été valorisée, surtout pour l’indépendance et l’autonomie qu’elle permet, en particulier quand on est une femme (sur le refrain seriné ad nauseam « ne sois jamais dépendante d’un homme, ma fille »). Sans traîner parce que j’avais deux frère et soeur derrière moi, et qu’on m’avait bien sensibilisée au fait que 5 ans d’études, c’était bien, parce qu’ensuite, c’était à leur tour.

Je ne sais pas si on peut à ce stade parler de résilience ou de résistance, mais 20 ans, clairement, je ne les ai pas vu passer, même si j’ai justement passé une bonne partie de l’année 2019 en coaching pro, dit de bilan de carrière, à revisiter ces années de vie professionnelle. C’est un exercice enrichissant, mais c’est un exercice (comprendre que cela demande un minimum d’investissement et de temps) et il est parfois éprouvant. Parce qu’il convoque pas mal de rétrospective, et parfois c’est un peu l’angoisse, de matérialiser la modestie de certains accomplissements (pour ne pas dire la vanité). Mais comme tout bilan, il permet de remettre les choses en perspective, et de se dire que finalement, on a fait deux ou trois trucs pas déconnants. Dans mon cas, il n’y a pas eu de révélation christique, je n’ai pas eu d’envie de réforme en mode tabula rasa (« mais bien sûr, pourquoi j’ai fait la consultante pendant 20 ans, ce que j’aime, c’est les fleurs et les jolis bouquets, et si je devenais fleuriste ? « ). Mais j’ai pu mettre des mots sur certaines limites et croyances toutes personnelles, et commencer à tracer un chemin (pour ne pas dire un sentier un peu broussailleux) pour ce qu’on appelle pompeusement ma seconde partie de carrière.

Evidemment, alors qu’on entame dans la joie et l’allégresse la 4ème semaine de confinement liée à la pandémie de Corona Virus, mon 20ème anniversaire au sein de la « feurme » comme je l’ai souvent appelée ici, prend une teinte un peu étrange, pour ne pas dire surréaliste. Je me dis que c’est exactement le genre de période, mi molle mi anxiogène, où tu dois avoir l’occasion de faire tourner dans ta tête ton attachement tout relatif à ta boîte, ton emploi, voire le concept même de travail. Dans mon cas, le coaching m’a permis au moins cela : remettre le travail à sa juste place, lui reconnaître des avantages, en mesurer les limites, et n’en attendre pas trop. Même si, dans l’adversité de la crise, l’édifice se fissure, laisse apparaître des failles (plus ou moins grandes / critiques). Le confinement est par ailleurs en train de me donner au moins une grande leçon (que j’avais déjà plus ou moins touché du doigt pendant mes congés maternité) : je ne suis absolument pas faite pour être femme au foyer, encore moins pour faire la classe à des enfants (et encore moins les miens), mais je garde ce volet là pour une prochaine diatribe vénère.

Ma prochaine target professionnelle : me faire décorer de la médaille du travail o// (parce que je le vaux bien).

PS : j’espère aussi que j’aurais une médaille pour mettre au cou lors de la cérémonie <3