Mes seins sont polyvalents. Si si.

(Je m’excuse – un peu – par avance pour la recrudescence de billets concernant la grossesse / les gnomes / la maternité … en même temps, c’est à peu près 90% de mon actu – avec les travaux / aléluia les carrelages sont presque tous posés – je vais pas vous inventer des soirées frous frous et mojtos. Et c’est pas l’envie qui me manque pourtant, de boire des mojitos, bordel).

Je suis tombée hier sur un post d’Agnès Giard, qui tient habituellement un très bon blog orienté fesse que je le lis avec grand plaisir, les 400 culs. Je dis habituellement parce que là, j’ai trouvé le post particulièrement discutable (mais peut être que c’était intentionnel, en tous cas y’a eu du monde pour réagir dans les commentaires, dont moi). Dans ce post, produit à l’occasion d’un documentaire consacré aux seins qui doit bientôt passer sur Arte (Le culte des seins, le 10 février prochain, pour une fois y’aura du monde au balcon d’Arte, à n’en pas douter), elle revient sur un témoignage qu’elle semble partager dans son contenu, celui d’Hélène Bruller, co-auteur du Guide du zizi sexuel (avec Zep), que vous pouvez voir ci dessous.

Alors déjà, c’est de la pure discrimination, mais Hélène Bruller, rien que de la voir s’exprimer avec ce petit air condescendant vis à vis des « mamelles » exhibées des mères allaitantes, j’ai envie de lui claquer le beignet. Au-delà de la réaction épidermique (que l’on mettra aussi à bon compte sur le dos de mes hormones forts zélées en ce 9ème mois de grossesse), plusieurs choses me font grimper aux rideaux dans ce témoignage.

(Précisons que tout comme Hélène Bruller, j’ai un avis personnel sur la question, influencé bien sûr par ma propre expérience et pratiques, puisque j’ai allaité mon premier enfant, et compte bien en faire de même avec le second, pour autant que cela se déroule dans des conditions supportables pour le nourrisson et moi.)

:: Les femmes qui allaitent en public « se mettent à exhiber leurs pis en public comme si elles étaient totalement asexuées…« .

Alors déjà, ce ne sont pas des pis, mais des seins, et ils le restent, même avec du lait à l’intérieur. J’ai (par exemple) une bouche, figurez vous que c’est la même qui me sert à tailler des pipes à mon mari, et que l’on peut voir en public, maquillée parfois, se poser délicatement sur un verre de vin d’eau gazeuse (ouiiin), ou suçoter des olives aux anchois. Dingue non ? Hé bien pourquoi en serait-il différemment pour mes seins ? Ils sont polyvalents ces bougres (et je les en remercie). Agnès Giard rappelle à la fin de son post que cette ambivalence dans les fonctions de certains organes (la bouche en particulier) nourrissent de nombreux fantasmes. Je ne vois pas en quoi cette ambivalence serait plus lourde, délicate à gérer pour les seins que pour la bouche. Même si je me doute que l’explication psychanalytique a un fondement important (les hommes doivent avoir du mal à gérer la percussion de la représentation mammaire entre leurs fantasmes égrillards – paf paf* – et le souvenir primaire lié au temps heureux et à jamais perdu où ils tétaient eux mêmes le sein de leur vénéré maman. La maman et la putain, toussa ….).

(* Pour les béotiens, « paf paf » était le jeu favori de Tortue Géniale, pervers pépère dans Dragon Ball Z, qui secouait joyeusement sa tête entre les seins des jeunes filles qui croisaient sa route. L’expression « faire paf-paf » est resté dans le vocabulaire des trentenaires nostalgiques, qui continuent de dire « que celle là, ils joueraient bien à paf-paf avec« . De rien.)

Par ailleurs, et comme je le le faisais remarquer (à l’instar de la Fille aux Craies) en commentaire sur le blog d’Agnès Giard, l’allaitement n’est pas nécessairement un acte exhibant et militant (pour info, je goûte peu les dogmes de la Leche League, que je tiens pour un groupuscule d’extrémistes un bas de plafond, trop souvent désireuses à mon sens de vouloir éjecter le père au bénéfice du couple mère / enfant. Je caricature hein.). On peut allaiter discrètement en public, sans avoir à dégainer ses « mamelles » en nu intégral, et surtout, en demandant la permission à l’entourage proche. Les plus pudiques mettent un foulard sur la zone (car oui, les femmes voilées, par exemple, allaitent aussi), celles qui sont prêtes à sacrifier leur vie sociale pendant toute la durée de l’allaitement s’isolent dans une pièce. Pour ma part, je n’ajoute pas la contrainte à la contrainte, je ne vois pas pourquoi il faudrait s’exclure de la société (une tétée peut durer de 40 à 50 minutes pour les plus morfalous / lents) si on peut y prendre part sans gêner le voisin. La liberté des uns commence ….

:: « Montrer ses seins, pourquoi pas. Mais les montrer uniquement parce qu’on les a désérotisés, voilà qui choque Hélène. Et pour cause. Une femme devrait toujours rester un objet érotique, pense-t-elle, qu’elle soit mère ou pas. »

Non mais sans déconner. Une femme devrait toujours rester un objet érotique. UN OBJET ? peut-on poser la femme sur la commode pour qu’elle soit décorative et agréable à l’oeil ? Je suis bien persuadée (enfin je l’ESPERE) que l’on peut être mère et exercer un POUVOIR érotique (à part sans doute pendant l’accouchement, et disons les 4 à 6 semaines qui suivent, ça dépend de la capacité de récupération de chacune). Et je ne parle pas (que) des MILF. C’est la tâche (et la volonté) de chacune de conserver, à l’instar du sein, sa polyvalence. Celles qui s’effacent en tant que femmes, désirantes, sexuées, dans l’exercice plénier de la maternité le veulent bien parfois (souvent) ou le subissent, parce que victimes d’un entourage (conjoint, famille, amis …) monolithique. Là encore, tout est une question de polyvalence. Je sais quand est ce que je peux compter sur mon conjoint en tant que père (pour changer une couche par exemple) et quand est ce que je peux le considérer comme un partenaire sexuel (après avoir changé la couche et couché le petit, merci chéri). Je ne dis pas que l’exercice est aisé (mais je pense que l’Epoux m’en voudrait à mort si je racontais ici combien je le trouve à chier sur certaines tâches paternelles et éducatives), et c’est au contraire un des principaux écueils de la vie des jeunes parents. Mais arrêtons de mélanger les genres. On ne doit pas voir de l’érotisme partout, par contre il est essentiel qu’il soit présent au bon moment (avant le coït me paraît judicieux, au hasard).

Je crois que ces quelques phrases me chagrinent d’autant plus qu’elles sont énoncées par des femmes. Le combat féministe, dans la conception toute personnelle (et sans doute discutable) qui est la mienne, est notammment dans le droit à l’indifférence pour les femmes. Bien entendu que nous sommes des êtres à capacité / à pouvoir érotique. SI on veut. Et QUAND on veut. Quel est ce diktat qui nous obligerait, au prétexte que nous sommes des femmes, à RESTER un objet érotique en toute circonstance ? Je revendique mon droit à n’exercer AUCUN attrait érotique dans un certain nombre de situations. Quand je m’occupe de mon enfant, effectivement. Mais aussi dans le cadre de mon travail, des relations amicales que je souhaite entretenir avec des hommes sans qu’ils me sautent pour autant, etc. Et oui, bien sûr, je peux m’autoriser à érotiser mes relations humaines, dans certaines circonstances et occasions relevant des cas que je viens de citer. Parce que j’en aurais l’envie, le pouvoir, l’intérêt. Ca s’appelle la séduction, et c’est à géométrie variable. Ce n’est pas une gesticulation permanente à laquelle je serais soumise parce que j’ai une paire de seins. Que l’injonction de séduction, d’érotisation soit faite par des femmes aux femmes, comme cela est sous tendu par Hélène Bruller dans son témoignage et Agnès Giard dans son post, me laissent d’autant plus songeuse (ceci étant un euphémisme).

2 précisions (pour le reste, je vous laisse discuter tranquillement hein)
1. Effectivement, il ne faut pas entendre ma métaphore concernant la fellation comme une exigence de ma part à vouloir tailler des pipes en public ! Je dis juste que ça ne choque personne que je MANGE en public, alors que c’est ce même organe qui me sert à accomplir les fellations sus mentionnées 🙂
2. Concernant la Leche League, je me doutais que ce billet attirerait ses promotrices, puisqu’il est question ici d’allaitement. Je le regrette un peu quand même à vrai dire. Pour moi, les militantes de la LL, c’est un peu les Témoins de Jéhova de l’allaitement, des thèses très discutables sous un vernis de théorie bien entretenu, et un prosélytisme bien entretenu.
Mon expérience n’est que la mienne, et je ne dis pas tout connaître de la LL et de son mode de fonctionnement. Toujours est il que je me suis bcp documentée sur l’allaitement, rendue à des réunions, consulté des PMI, sages femmes, réunions d’allaitement organisées par diverses associations, dont la LL, et je maintiens mon avis, à savoir que la LL entretient une doctrine concernant l’allaitement qui ne me convient pas, car à mon sens bien trop orientée et à la limite du sectarisme. Elle fait partie de ces organisations qui entretiennent un discours culpabilisateur à l’égard des femmes et des mères en particulier. J’y reviendrais, car je suis en train de lire un essai de Sandrine Garcia sur cette dérive, « Mères sous influence ».

Edit du lundi matin 31 / 01 : deux précisions (pour le reste, je vous laisse discuter tranquillement hein)

1. Effectivement, il ne faut pas entendre ma métaphore concernant la fellation comme une exigence de ma part à vouloir tailler des pipes en public ! Je dis juste que ça ne choque personne que je MANGE en public, alors que c’est ce même organe qui me sert à accomplir les fellations sus mentionnées 🙂

2. Concernant la Leche League, je me doutais que ce billet attirerait ses promotrices, puisqu’il est question ici d’allaitement. Je le regrette un peu quand même à vrai dire. Pour moi, les militantes de la LL, c’est un peu les Témoins de Jéhova de l’allaitement, des thèses très discutables sous un vernis théorique bien entretenu et un prosélytisme bonhomme (bonne femme, ah ah).

Mon expérience n’est que la mienne, et je ne dis pas tout connaître de la LL et de son fonctionnement. Toujours est il que je me suis beaucoup documentée sur l’allaitement, rendue à des réunions, consulté des PMI, sages femmes, pédiatres, réunions d’allaitement organisées par diverses associations, dont la LL, et je maintiens mon avis, à savoir que la LL entretient une doctrine concernant l’allaitement qui ne me convient pas, car à mon sens bien trop orientée et à la limite du sectarisme sur un certain nombre d’accès. Elle fait partie de ces organisations qui entretiennent à mon sens un discours culpabilisateur à l’égard des femmes et des mères en particulier. J’y reviendrais, car je suis en train de lire un essai de Sandrine Garcia sur cette dérive, « Mères sous influence ». (CE TEASING DE MALADE !)