« Belle et bête » de Marcela Iacub, bestiaire moderne

Lorsque « l’affaire du Sofitel » a éclaté au printemps 2011, j’étais en congés maternité (période bénie des dieux s’il en est), ce qui m’a permis à l’époque de consacrer pas mal de mes lectures et une partie de mon attention à cet évènement proprement sidérant, au sens premier du terme. Comment cet homme (DSK donc), promis à une destinée présidentielle (notre meilleur espoir à gauche de battre Sarkozy à l’époque, rappelez vous), avait pu tomber dans le fait divers sordide, lui qui savait que son point faible était le goût de la gaudriole, immodérée et un poil perverse, et que tout le monde l’attendrait là, au coin du bois, au moindre dérapage, surtout au pays des puritains. Ce ne fut pas un dérapage, ce fut une incroyable débâcle, une sordide plongée pour lui, ses proches, l’image de la gauche en général et la sienne en particulier. On connait la suite. J’en avais parlé et .

Par ailleurs, en tant que féministe au petit pied (un bon 41 tout de même), j’ai aussi pas mal de lectures en la matière, et j’aime découvrir toutes les tribunes et expressions sur ce sujet à mon sens crucial et encore au milieu du gué, n’en déplaise à ceux et celles qui pensent que l’égalité hommes femmes est un acquis et le combat féministe rétrograde. Dans mes lectures, je suis plus du côté des anciennes (Badinter, Giroud et évidemment Groult), mais j’apprécie aussi les modernes, celles qui attaquent en mode uppercut  comme Despentes, Sastre. Dans le paysage encombré, polémique et désordonné du féminisme, Marcela Iacub est un ovni, qui a toujours défendu des thèses border-line, notamment sur la prostitution, et en 2012 s’était illustrée en prenant la « défense » de DSK dans un ouvrage sur la société du viol qui serait la notre.

Alors quand j’ai appris qu’elle avait eu une liaison avec DSK et en avait fait un livre, j’en suis restée ébahie … et piquée de curiosité (comme beaucoup je suppose, vu que le bouquin était épuisé dans toutes les libraires lors de mes recherches lyonnaises). Comment s’était construite cette liaison improbable ? Quelle analyse nouvelle pouvait émerger de DSK suite à ce partage d’intimité ? Twitter, énorme caisse (creuse) de résonance de l’actualité, a bruissé des échos de ce scoop du Nouvel Obs, et rapidement l’opprobre a été jetée sur Iacub et son ouvrage : opportunisme, voyeurisme, exploitation sordide d’un homme à terre, mise à bas de la vie privée, daube pseudo littéraire, etc. L’affaire DSK et ses soubresauts perpétuels n’en finissent pas d’alimenter le fiel public.

Avant d’hurler avec les loups, je préfère me faire mon opinion, et après des visites infructueuses dans quelques libraires, j’ai acquis l’ouvrage au format iBook, et ci dessous quelques morceaux choisis. Et mon avis.

Tout d’abord, ce n’est pas si mal écrit à mon sens. Le style est étrange certes (mais qui a déjà lu Iacub connait déjà le style un peu baroque de la belle argentine), les périphrases sexuelles dérangeantes (et nullement excitantes), l’accumulation et la répétition de la métaphore porcine un peu nauséeuse, mais ça se tient et se lit bien. J’ai lu cela sans déplaisir, et d’une traite. Le Nouvel Obs a un peu méfu la moquette en le traitant de chef d’oeuvre littéraire, mais c’est loin d’être mauvais.

S’agissant de la « thèse » centrale de l’ouvrage, elle est je trouve plutôt classique, c’est l’ambivalence qui cohabite en chaque être humain (sa face sombre et sa face claire), sa part animale qui est en lutte avec sa part humaine, sociale et éduquée. DSK serait un homme-cochon, mi homme (un homme intelligent mais égoïste et pas très intéressant d’ailleurs) et mi cochon (gouverné par sa part lubrique, son envie permanente de baiser à couilles rabattues, avec des belles, des laides, tout le temps et dans tous les sens).

Et la sidération, qu’elle explique très bien dans le début de l’ouvrage (voir les 2 citations ci après), que nous avons tous vécu au moment de l’éclatement de l’affaire du Sofitel, était bien sur cette équation incompréhensible : comme un homme promis à un tel avenir pouvait se laisser dominer par le cochon, l’animal en lui ?

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Suivent ensuite de longues pages pour expliquer quel animal est DSK. Ce sont les plus drôles et les plus caustiques. Elle le rend presque attachant / émouvant dans cette bestialité simpliste : celle d’un animal qui ne demande qu’à assouvir son instinct primaire, sans penser à mal (grouik). C’est l’homme qui est mauvais, pas l’animal.

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Là où l’ouvrage devient plus compliqué, c’est lorsqu’on rentre dans le récit de ses rencontres avec DSK … et sa femme, Anne Sinclair. Au fil de tout le récit, il est difficile d’apprécier la sincérité de Iacub, de savoir pourquoi elle a approché les protagonistes, et à quel moment a émergé l’idée du livre. En tous cas, elle ne porte pas Sinclair dans son coeur ….

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La partie concernant la relation charnelle entre eux, sans doute très métaphorique, est surtout assez dérangeante (petit euphémisme pour assez cracra à franchement beurk, comme disent mes enfants), même si par instants le caractère sincèrement amoureux transparaît. C’est sans doute juste un peu trop tordu pour passer auprès de la majorité. Dont moi.

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Au-delà de la description de la relation amoureuse, ce qui est évidemment difficile à entendre et lire dans ces pages pour une femme (et pas seulement pour une femme sans doute), c’est la dichotomie permanente entre l’homme et l’animal, position de bipolarité bien confortable, qui finit par dédouaner l’homme de sa responsabilité de baiseur violent … ou violeur. Le cochon qu’il faut libérer de temps à autres, c’est un peu facile.

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Ensuite, non seulement DSK est quelque part disculpé en tant que cochon qui ne se maîtrise pas toujours, mais il est aussi dédouané de son ambition politique, qui n’appartiendrait qu’à ….. sa femme. Entre ici le caniche (oui beaucoup de bêtes dans cet ouvrage). Alors on a beaucoup entendu DSK se débattre et tempêter au sujet de l’ouvrage de Iacub, notamment auprès des médias et de la justice. Mais franchement, celle qui s’en prend plein les gencives, c’est Anne Sinclair.

La thèse de Iacub ne paraît pas complètement anachronique, l’histoire de la vie politique bruisse de ces couples où l’épouse a joué un rôle décisif, pour ne pas dire moteur : Bernadette et Chirac, Hillary et Clinton, Cécilia et Sarkozy, des exemples où les femmes-de ont vécu par procuration l’exercice et l’ivresse du pouvoir (Hillary ayant elle transformé l’essai). Mais ici l’impression est laissée que DSK est doublement victime : de ses pulsions porcines d’un côté, des ambitions de sa femme de l’autre. Pour autant, il reste que comme d’autres, j’ai aussi imaginé à l’époque que cette affaire du Sofitel était le dernier sursaut de défense (sursaut criminel) d’un homme qui ne voulait pas y aller (à la course à la présidentielle). Iacub développe largement cette hypothèse, en faisant d’Anne Sinclair une manipulatrice et une intrigante, qui a soumis DSK et l’a placé sous dépendance (argent, vie et filles faciles) pour en faire son pantin, son caniche.

Bref, c’est encore de la faute des femmes …

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Alors dans ce contexte, la rédemption de DSK ne peut intervenir que dans un cadre, celui de la création rédemptrice, pour transformer son « sperme en encre ». C’est follement poétique je trouve (non ?).

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 (D’ailleurs en matière de poésie, ci dessous une scène « amoureuse » assez terrible, qui vous donne une idée assez précise du style Iacub. Ca palpite et ça vit, mais ça pique les yeux.)

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Pour finir, le livre s’achève sur quelques explications un peu brumeuses sur les motivations de l’ouvrage : l’a t elle envisagé suite à sa liaison avec DSK, ou l’ a t elle rencontré et approché pour en faire un écrit,  on arrive pas vraiment à tirer cela au clair, et ça reste un souci quand à la sincérité de sa démarche. Dans l’extrait ci dessous on voit en tous cas qu’elle a bien pensé la question judiciaire et juridique, en bonne avocate.

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Bref, c’est un drôle d’objet, entre fiction porcine hallucinée et fable politique et sociale inspirée de faits réels. Ca n’est ni un chef d’oeuvre littéraire comme les défenseurs essaient de le travestir  ni le torchon voyeuriste qu’on voudrait croire, mais relève de ce genre étrange de l’auto fiction animalière. Du coup, pour démêler la vérité de la fiction, je me suis fait prêter le bouquin de Bacqué et Chemin, un peu de fact checking journalistique pour sortir de la romance cochonesque.

« Dur à avaler » par Virginie Despentes

Ci après le texte publié par Virginie Despentes à propos de l’ouvrage de Iacub. Je suis toujours impressionnée par la capacité de Despentes à penser et dire les choses de manière frappante et juste (le parallèle avec Banon est bien vu notamment je trouve).
Après, à titre personnel et comme souvent, je compte bien me faire ma propre opinion sur le dit ouvrage. A suivre …
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Dur à avaler

LE MONDE DES LIVRES | 28.02.2013 à 16h06
Par Virginie Despentes, écrivain

Qu’il y ait des meufs dans le 6earrondissement de Paris qui s’agitent volontiers sur les queues qui peuvent leur rapporter de l’argent : rien de neuf. S’il ne s’agissait que de désir, elles sortiraient de leur quartier. Qu’on vienne demander encore un effort aux citoyens, la classe moyenne aura bien quelques euros à débourser pour l’Obs, pour Libé et pour Stock – le gogo, on le sait, s’attrape bien par la libido : rien de neuf. On ne donne jamais assez aux riches. La sensation pénible d’assister à la débâcle d’une cour en folie, toujours rien de neuf. L’ironie du sort, qui veut que l’homme mis en scène soit celui qui dirigea longtemps l’organisation qui a orchestré la dette, ce trait qu’on veut tirer sur toute utopie en hypothéquant nos futurs, n’a rien de neuf non plus.

Du côté de l’Obs, rien de bien neuf non plus, cette gauche-là tutoie les sommets. Et quand Joffrin consacre la « une » de son journal au livre de Iacub, ce n’est pas qu’il vient de découvrir les vertus de la presse façon Closer, c’est la littérature qui l’appelle. Il s’explique dans son petit édito : « Les qualités littéraires du livre étaient indiscutables. » Joffrin, on ne savait pas qu’il avait la faculté de trier ce qui entre en bibliothèque de ce qui part à la poubelle. On devrait faire appel à lui plus souvent, on s’épargnerait un tas de discussions oiseuses.

La littérature, pas la peine de s’en faire pour elle, en a vu d’autres, elle a toujours aussi servi les intérêts des boutiquiers et, si elle doit continuer d’avoir un sens, elle s’en remettra. Puisque le propre de la littérature, justement, est de prendre avec le temps une force que les plus calamiteuses entreprises de négoce ne devraient pouvoir saccager.

GARDES-CHIOURMES

Un parallèle, cependant, m’intrigue : qu’on se souvienne du silence pour le moins poli qui suivit quasi unanimement la publication du texte de Tristane Banon Le Bal des hypocrites (Au Diable Vauvert, 2011). A cette époque, les critiques littéraires se drapaient dans la dignité la plus offensée : ah non, ça, ce n’était pas de la littérature. Elle, ils l’ont vue venir et ils nous ont prévenus : voyeurisme, volonté pathétique de faire parler d’elle, petit texte sans importance. Les gardes-chiourmes étaient là, la pudeur brandie en bandoulière, pour s’assurer que la jeune auteure ne tirerait aucun bénéfice critique de son entreprise d’écriture. Mais, quand il s’agit des errements érotico-neuneus d’une bourgeoise mollement masochiste, on fait le tour des plateaux télé pour ameuter le chaland. Quand je lis dans Libé, sous la plume de Lançon, que Iacub, c’est un peu Sade qui rencontre Guibert, je demande quand même à ce qu’on m’explique pourquoi Banon n’a été pour personne Bret Easton Ellis qui rencontrait Joan Didion. Son texte à elle posait pourtant quelques questions intéressantes.

Par exemple, ce refus atypique du droit de cuissage, cette histoire de petite fille qui se débat quand on veut la prendre de force. Qui non seulement se sauve, mais encore décide de ne pas se taire, contre les conseils avisés de son milieu. Il y avait une petite transgression, là-dedans, un joli refus de se laisser faire, par deux fois. Ce courage-là, hors de question de le saluer. Banon, c’était le texte anecdotique d’une pauvre fille. Alors pourquoi Iacub est l’égérie féministe de la presse de gauche d’aujourd’hui ? De l’oeuvre de Iacub, on avait peine à retenir grand-chose, jusqu’alors, si ce n’est une obsession du genre : le viol ne serait qu’une vue de l’esprit, une confusion mentale, une soumission à la propagande féministe.

On sait que, vu du côté des hommes, les auteures ne sont jamais aussi intéressantes que quand elles décrivent ce qui leur passe entre les cuisses. On découvre aujourd’hui que c’est encore mieux si elles se soumettent aux diktats patriarcaux les plus éculés. Tant il est vrai que, vu d’une certaine gauche, qualifier l’immigrée de laide et de vulgaire, on ne s’en lassera jamais. Comme rappeler qu’une femme de pouvoir, telle Sinclair, émascule toujours l’homme qu’elle épouse. La gauche, elle aussi, est en passe de se décomplexer. Iacub est bien utile pour redire aux femmes quelle est leur place légitime : sous les reins des puissants, et aux pauvres, dans le même mouvement : la main au portefeuille, pour assister de loin aux partouzes des élites.

Ça aurait été plus direct et marrant, les gars, si vous vous étiez fait imprimer des tee-shirts « on est tous des trousseurs de domestiques » puisqu’au final c’est là que vous paraissez vouloir en venir, à tout prix. Une femme de chambre, ça ne devrait pas coûter aussi cher, le fond du problème c’est ça. La parole des pauvres, la gueulante des opprimés, même entendues de loin, visiblement vous gênent pour dîner entre vous, tranquilles. L’enthousiasme avec lequel vous venez nous dire qu’on devrait trouver tout ça formidable est quand même dur à avaler. Vous êtes peut-être tous des trousseurs de domestiques, mais vous devriez vous méfier du pénible arrière-goût que nous laisse, à la longue, l’impression d’être toutes vos femmes de ménage.

Sans moi Dominique

Parfois, la réalité dépasse la fiction. Qui aurait pu imaginer le scénario tordu que l’on vit depuis la mi mai avec l’affaire DSK ?

Hier, j’étais dans la salle d’embarquement de l’aéroport de Pau (oui, comme vous le voyez, ma vie trépidante de globe trotteuse de la France profonde a repris ses droits) où un écran diffusait France 24. Moi et une demi douzaine d’encravatés regardions, sidérés, l’avocat de la victime présumée décrire (dans une position proche de celle d’un prédicateur) par le menu le déroulement de l’agression présumée de DSK sur sa cliente. A gerber. « L’attrapage » du vagin. Le sperme recraché dans la pièce (je suppose que ça fait partie des éléments du dossier qui sont difficilement falsifiables). A écouter dans un hall d’aéroport, ça avait quelque chose de surréaliste. Et de profondément sordide.

Franchement, rien à cirer qu’elle aie menti sur sa demande d’asile. Ni qu’elle aie essayé de tirer profit de la situation (on peut être violée et pas très maline). Certes, si ça se trouve, tout était monté, c’était un piège, ou encore un rapport consenti, voire tarifé. Peut être. Le doute raisonnable. Mais visiblement, on ne saura jamais le fin mot de l’histoire. La plaignante et victime supposée est dé crédibilisée (et elle fait ainsi mal à la cause des femmes, sans doute à l’insu de son plein gré), et elle ne pourra donc pas faire l’unanimité contre DSK, dans un procès qui est parole contre parole.

Que restera t il de tout cela ? Sans doute un immense gâchis humain, comme le dit Trub, et je comprends le désarroi de ceux qui en avaient fait leur homme providentiel pour 2012, même si leur rapidité à le réhabiliter me fait un peu gerber. Un immense merdier, comme le dit Caroline, sans doute. La boite de Pandore, nous rappelle Olympe. Et de mon point de vue, un point de non retour. Celui du vote DSK. De MON vote DSK en tous cas. Que se soit aux primaires, ou voire même à la présidentielle elle-même.

Attention, je ne vis pas au pays des licornes roses, et je n’exige pas de mes dirigeants l’exemplarité amoureuse, la fidélité conjugale, toussa. Je ne suis pas sortie du Couvent des Oiseaux tout de même. Mais là, on est au delà de cette seule question de l’orthodoxie conjugale. Ce que nous avons appris de l’homme au travers de cette affaire, et même si tous les torts ne peuvent lui être imputés apparemment, a entaché (ah ah) son image. Et en toute conscience, non, je n’ai pas envie de voter pour un queutard agressif et arrogant. Oui, c’est peut être injuste, parce qu’il est peut être pas très différent finalement d’autres hommes politiques (coucou Georges Tron), mais bon, reste que c’est lui qui s’est fait prendre la bite à la main, suite à un rapport, plus ou moins consenti, avec une femme de condition très inférieure à la sienne, alors qu’il s’apprêtait à candidater au plus haut poste de notre République. Ca suffit à forger mon opinion.

Autant vous dire que si dans 10 mois je me retrouve à devoir envisager de voter au 2ème tour pour Sarkozy (ou pour Marine Le Pen ! non pas ça), je vais UN POIL avoir les boules (après Chirac en 2001, bonjour la couleuvre).

Deux autres posts que je « rejoins » :

:: CSP, La face cramoisie des hypocrites

:: Voter DSK, plus pour moi

Et ma queue dans ta bouche (connard) ?

Voilà, je le savais, fallait que j’arrête les infos. C’était prémonitoire tout ça ….

En bonne française moyenne, je suis passée par toutes les sentiments habituels face à ce genre d’évènements extra-ordinaires. L’incrédulité. La sidération. Le besoin de comprendre / de savoir. Etc. Je n’ai pas de vie sociale trépidante en ce moment (entendre, je n’ai personne avec qui converser à la machine à café de l’état du monde), mais Twitter remplit bien son rôle de conversations de comptoir et de caisse de résonance. Depuis dimanche je me suis abstenue de tout commentaire de l’Affaire, en dehors de la retranscription d’une phrase culte de la Reine Mère (« DSK, c’est comme les melons, il pourrit par la queue »). J’ai lu, regardé, écouté.

Jusqu’à la nausée.

Nausée provoquée par cette dérive machiste incompréhensible pour moi (mais facilement explicable par la domination masculine dans le monde politique et même dans une partie des médias), qui a fini par faire déborder le vase de l’acceptabilité de la connerie.

Au rang de ces énormités inadmissibles :

:: la défense de BHL de son ami de 30 ans,

:: la sortie de JF Kahn (un troussage domestique, non mais sans déconner les gens),

et il y en a eu pléthore d’autres. Distillées avec plus ou moins d’aplomb. Mais toutes stupéfiantes à entendre.

Phallocratie de merde.

Plusieurs personnes, majoritairement des femmes (comme de par hasard), se sont élevées pour siffler la fin de la récré et distribuer les cartons rouges :

:: Titiou Lecoq sur Slate,

:: Olympe, sur son blog et en référence à Rue 89,

:: Valérie sur son blog,

Ca me fait doucement rigoler les articles où les journalistes politiques viennent battre leur coulpe, comme si nous voulions TOUT savoir de la vie sexuelle de nos élus. Comme si c’était cela la question essentielle en l’état. Faux débat. J’en avais rien à cirer que DSK soit un coureur de jupons relou, ça n’influait pas sur mon opinion sur l’homme politique (à part un peu de compassion pour Anne Sinclair). Qu’il ait pu VIOLER une femme est une toute autre affaire.

Il y a quelque part une fille de mon âge à qui un homme a forcé à prendre sa queue dans sa bouche. C’est ce qu’elle dit avoir vécu, et c’est ce qui doit être vérifié, et il faudrait juste prendre la mesure de la violence, du viol qu’elle a subi, si cela est confirmé. Que cet homme soit un puissant ne le dédouane pas (certains diront même au contraire, mais je ne suis pas d’accord), et il s’agirait avant de se porter à son secours de conserver un minimum de décence pour la victime.

Bordel.

Sasa qui rit complètement dans son lit

(Un jour, il faudra que je vous fasse un petit digest des expressions désuettes qui font le bonheur de mes collègues de travail moqueurs. Ils font TOUT le TEMPS semblant de pas comprendre le sens de mes phrases. Genre la dernière en date : »Je préfère y aller avec ceinture et bretelles« . C’est pourtant parlant non ?)

Une des qualités ESSENTIELLES de l’Epoux à moi que j’ai, c’est qu’il me faire rire. Et femme qui rit … Depuis plus de 12 ans. A chaque fois que j’y pense, je trouve ça proche de l’exploit. Parce que s’il y a bien quelque chose de pas facile, au bout de 12 ans de vie commune, c’est bien de réenchanter le quotidien (non, un enfant ça compte pas, ça réenchante pas le quotidien, ça t’empêche juste de dormir le matin, et la nuit aussi s’il est particulièrement retords).

Hélàs, il est difficile de faire profiter mes frères humains mes 18 lecteurs de ces petites réjouissances quotidiennes, car l’humour semble être le bien le plus mal partagé sur cette petite Terre (y’a qu’à voir le petit père DSK sur France Inter, il a pas DU TOUT goûté le sketch de Stéphane Guillon, alors que vraiment, directeur du FMI ou pas, je vois pas pourquoi on pourrait pas se moquer d’un gars qui trempe sa nouille aux quatre vents). Je vous citerai quand même deux petites anecdotes.

(Savourez les, parce que drôles ou pas, quand l’Epoux va les découvrir ci après, il va me sommer de les enlever, en hululant, « mais tu veux me faire passer pour quoiiiii ? »)

Scène 1. Avachie sur le fauteuil en face de la télé, je tourne le dos à l’Epoux, qui se frotte les dents énergiquement avant de regagner la couche conjugale. Il me demande de lui tendre la main pour lui « garder un truc ». Je mets 6 secondes à me rendre compte que ce sont ses couilles que je tiens dans la main …..

J’ai pleuré de rire pendant 20 minutes. Et rien que d’y repenser, j’en ris encore.

Scène 2. On regarde « Les infiltrés » (le film, pas les reportages en caméra cachée tremblotante qui foutent la gerbe sur France 2). Une des dernières images est celle d’un rat qui traverse un balcon, métaphore des personnages du film (des indics => taupes en français => rats en anglais). L’Epoux déclare alors : « tu vois, ça aurait été un film français, une taupe qui traverse le balcon, ça aurait eu vachement moins la classe …. »

20 minutes, again.

(Tout ça pour dire, rapport à certains mails, commentaires et appels inquiets que j’ai reçu suite à mon post pré dépressif, ne vous en faites pas trop pour ma santé mentale, tant que j’ai mon humoriste maison, tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes, comme disait l’autre).

Porter des cornes la tête haute

… C’est le choix (ou pas) qu’à (encore) eu à faire Anne Sinclair, qui a gentillement suivi il y a quelques mois son Dominique (nique nique niiique) de mari aux Etats-Unis, abandonnant sa carrière de journaliste (certes moins florissante que du temps de 7 / 7) pour le soutenir dans ses fonctions. Visiblement, le FMI, c’est un poste important, mais qui te laisse tout de même le temps d’envisager quelques loisirs, notamment extra-conjugaux.

En l’état, nous ne serions pas dans le cas d’un Monica Gate. Car personne ne reproche à DSK d’être allé encore trempé sa nouille à droite à gauche. Noooon, pas de pudibonderie. Mais par contre il semblerait que peut être il l’ai faite virer (lors d’une charette de licenciements fort opportune, quelques mois après la fin de leur liaison), par esprit de revanche.

C’est vrai que ça fait désordre, dans la mesure où son précédesseur, avait dû céder sa place (à DSK donc) pour des raisons assez proches.

Il est de notoriété publique que DSK a le feu au pantalon. Il semblerait même que c’est chez lui de l’ordre de la pathologie. Paraîtrait-il que ça arrive souvent aux hommes de pouvoir, cette soif difficile à étancher de séduire, conquérir, assouvir. La fonction ferait la bite en quelque sorte.

Je n’ai pas d’affection particulière pour Anne Sinclair, et j’aurais même plutôt tendance à penser que son mari aurait fait un bien meilleur candidat aux présidentielles de 2007 que notre Ségo nationale. Pour autant, par je ne sais quel atavisme, c’est plus fort que moi, j’ai envie de mettre un gros coup de pied au cul (ou dans l’entrejambe tiens) à DSK. Parce que je sais combien ça peut être humiliant d’avoir à porter des cornes, au vu et au su de tous. C’est une bien triste petite histoire que je vais m’empresser de vous narrer.

J’avais 13 ans (oué, ça date un poil, je sais, mais 17 ans après, le souvenir en est encore cuisant), et je « sortais » (= roulais des pelles sous le préau) avec un certain Jimmy M., en classe de 3ème comme moi. Un funeste week-end je n’eu pas l’autorisation parentale de me rendre à une boum (oui, on disait une boum à l’époque) où tout le monde allait pourtant se rendre. Dont mon aimé petit ami. Je passais donc le WE à me morfondre, et à maudire mes parents pour leur intransigeance. J’attendis donc le lundi matin pour bénéficier d’un compte-rendu détaillé des agapes que j’avais manqué.

Compte-rendu que j’ai trouvé globalement terne et bien peu détaillé. Et pour cause. Il s’est finalement passé quelques jours (2 ou 3) avant qu’une bonne âme (ou une vicieuse) se dévoue pour me raconter l’intégralité de la boum, et notamment la très instructive partie où cette raclure de bidet de Jimmy mon cher et tendre s’était largement consolé de mon absence, en roulant de généreuses pelles (très baveuses, si mes souvenirs sont bons, espèce de naze) à une de mes camarades de classe (que je connaissais bien, et qui savait pertinemment que je sortais avec, espèce de connasse).

Je me souviens comme si c’était hier des sentiments qui m’avaient alors traversée. Etre cocue, c’était déjà une profonde humiliation, mais être la dernière au courant … Toutes ces personnes qui m’avaient croisée, entretenue par ommission dans mon ignorance pendant 3 jours. Ce gros enfoiré, qui non content de me trahir, l’avait en plus fait devant moult témoins, sans avoir les couilles de m’affronter, de m’avouer son forfait, trop lâche pour anticiper une dénonciation dont il s’avait qu’elle se produirait, tôt ou tard, compte tenu du nombre de témoins.

Dur apprentissage de la vie, quand on a que 13 ans, n’est-il pas ?

Certes, mon histoire est assez éloignée des problématiques DSK / Sinclair, mais je ne peux m’empêcher de compatir au sort de cette pauvre fille (enfin, à 59 ans, je sais que c’est une grande fille …), publiquement cocue, obligée d’intercéder en faveur de son époux, de le soutenir (notamment sur son blog), en affirmant en plus son amour et sa solidarité. Bordel de merde ! Si tu peux pas t’empêcher de sauter tout ce qui bouge, au moins tu le fais DISCRETEMENT.

De dieu !

(En parlant de Dieu, une petite pensée pour Mère Teresa Soeur Emmannuelle (effectivement, Mère Teresa ça fait un moment qu’elle nourrit les asticots), RIP, et bravo pour le score, 99 ans, c’est la classe.)