Adieu ma guerrière

Il est des héroïnes qui ne devraient pas mourir. Mais elle s’y était préparée, à sa mort, et elle est partie dans son sommeil, paisiblement. Benoite Groult avait 96 ans, elle était vieille, c’est vrai. Mais elle me manque déjà.

Moi qui me suis fait tatouer le titre de son essai sur l’avant bras, je me sens ce soir orpheline.

 

J’ai éte très émue aujourd’hui de celles et ceux qui m’ont témoigné avec gentillesse et prévenance leur affection sur les réseaux sociaux, et plus encore ceux qui m’ont dit avoir lu / connu Benoite Groult « grâce » à moi.

Sur France Culture, un bel hommage, avec Catel, qui lui a consacré une BD biographie que je vous recommande chaudement.

Ansi soit Benoite Groult - Catel

 

Dans la plupart des  hommages qu’elle reçoit, je suis particulièrement sensible à ceux qui évoquent son féminisme « en marchant » / de réconciliation. Car en effet, au moment de mai 68 Benoite Groult avait déjà 48 ans, et s’est tenue à distance des franges militantes  un peu extrêmes. Au contraire, elle a construit sa pensée féministe au fil d’une vie remplie, de doutes et d’expériences, sans dogmatisme. On parle de « Ainsi soit elle » comme d’un ouvrage de réconciliation du féminisme, et même si elle est qualifiée parfois de féministe bourgeoise, je trouve qu’elle a su donner une image positive et pragmatique de ce combat là. Notamment, elle avait un rapport aux hommes et à la séduction plutôt honnête et libéré.

Ici encore d’autres documents intéressants :

J’espère que sa pensée et ses idées survivront !

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Le féminisme à ma main

En ce jour (tout à fait ordinaire) où j’ai encore eu à subir un grand moment de misogynie en milieu professionnel (méga surprise), je me suis dit qu’il serait de bon aloi de relayer ici ce que j’ai dit ailleurs (solution de grosse feignasse, j’en conviens volontiers).

Aussi foncez chez Valérie lire mon interview féministe, c’est la #25, et elle présente l’avantage non négligeable de reprendre à peu près tous les thèmes qui me passionnent s’agissant du sujet.

(Je vois que les commentaires sur son blog sont fermés, donc viendez si vous le souhaitez échanger ici, ou sur mon Twitter.)

La démarche de Valérie est méritoire, car elle vise à montrer les différents visages du féminisme au travers de portraits de « pratiquantes » ou militantes de la cause. C’est ce qui fait la richesse, mais sans doute aussi la faiblesse du féminisme, cette capacité à accueillir et faire  cohabiter différentes mouvances au sein d’un même groupe. Si les différentes branches du féminisme ne finissent pas par se cannibaliser entre elles, on peut espérer que le « but ultime » (l’égalité hommes femmes) soit atteint de notre vivant. (Mais y’a du TAFF camarades.)

La mère pas calme en moi

Hier soir, j’ai vu le spectacle de Florence Foresti, « Madame Foresti », que j’ai trouvé formidable (comment je TE TUE le suspense d’entrée de jeu), comme bien souvent ce qu’elle fait (hors son dernier show à l’américaine à Bercy, que j’avais trouvé un peu raté, trop mégalo). Foresti met en scène et en sketchs sa vie, ses plans looze, ses atermoiements de femme, de mère, de professionnelle, et ça me parle, depuis toujours. C’est une vraie féministe, qui le revendique et l’explique, et rien que pour cela, on la remercie de ses efforts de pédagogie auprès du grand public (« non le féminisme ça n’est PAS SALE »). Elle est devenue mère à peu près en même temps que moi (sa fille a 7 ans aujourd’hui) et elle en avait tiré un spectacle très réussi sur les affres de la maternité, Mother Fucker, qui mettait déjà les pendules à l’heure sur pas mal de sujets.

Cette fois elle s’attaque à  la crise du « milieu de la vie » comme on dit, avoir 40 ans, le vieillissement, le passé qui rend nostalgique et le futur peu riant, et encore et toujours la parentalité, la difficulté d’être une bonne mère. Ca me parle, forcément, beaucoup. Le spectacle démarre d’ailleurs un peu en mode déprime, on s’est fait un peu peur, mais en cela elle est assez révélatrice d’une morosité (pour ne pas dire déprime) ambiante, qu’elle restitue assez finement. Sur la parentalité, elle prend à parti les « mères calmes » (un peu comme « le père blond » dans les premiers spectacles de Gad Elmaleh), celles qui ont l’air parfaites, assumant les enfants sans s’énerver, propres et maquillées de bon matin, et performantes jusqu’au coucher, quand le commun des mauvaises mères sont entre « la course et les cris ». C’est très bien croqué, très bien vu. Notamment sur l’illustration de l’adage « petits enfants, petits problèmes, grands enfants …. » Car il faut se rendre à l’évidence, plus les enfants grandissent, plus ça devient compliqué de les élever, de les éduquer.

Je ne connaissais pas le théâtre du Châtelet, je l'ai trouvé très beau, et Florence Foresti y occupe parfaitement l'espace #lategram

Dans la salle du Châtelet c’était la franche hilarité lors de ces passages sur les « mères calmes », on sentait le soulagement et l’altérite de toutes celles (et ceux) qui ne se sentent pas à la hauteur dans leur rôle de parent. Nous sommes tous des enfants cachés dans des costumes d’adultes comme le dit Foresti, avec ce sentiment d’imposture qui nous poursuit, cette impression d’être un passager clandestin dans un jeu qui nous dépasse. Et c’est bien souvent nos enfants qui nous ramènent à notre crasse incompétence, et nous poussent par la même à en sortir. Oui parce que sinon, le matin, plutôt que de courir pour les emmener à l’école avant que la cloche sonne et les portes ne se referment, on resterait couchés en boule sous la couette à mater des séries en bouffant du Nutella.

Ce regard bienveillant et déculpabilisant sur la parentalité et la maternité est une sacrée bouffée d’oxygène, car il existe une vraie pression à la réussite du métier de parent, on la subit en permanence. En écho à cela, encore ce matin, une note pleine de franchise et éclairante de Lucie sur les MILK, les Mother I’d Like to Kill, ces mères un peu niaises et expansives sur leur maternité dont on se gausse sur les réseaux sociaux. On a pas trop trop le droit de se plaindre, c’est vrai, que la parentalité soit un chemin de croix (ben oui, personne ne t’a obligé à faire des gosses non ?), ou alors il faut le faire dans les règles de la bienséance : beaucoup d’auto dérision et d’auto flagellation, et pas trop de chouinerie et de pipi caca, sinon c’est dégueulasse, merde.

Personnellement, et en toute modestie, je suis comme Foresti, la quarantaine approchant (si si, approchant, dangereusement, et avec plein de pathologies associées, je vous le garantis), je ne fais que peu de cas des jugements de valeur s’agissant de mes considérations baveuses sur ma progéniture. J’assume totalement d’être MILF et MILK. Mais je comprends celles et ceux qui auraient besoin d’une oreille, d’une épaule compatissante, quand face aux difficultés de la vie de parents, on est systématiquement renvoyés à nos choix et notre capacité à les assumer (en silence s’il te plaît).

D’ailleurs, parlons de cette rentrée 2014, au passage. Car après le grand saut de l’Héritier en CP l’année dernière, cette année la Dauphine a fait son entrée en petite section maternelle. A 3,5 ans, je la croyais plus que prête la donzelle, genre je piaffe d’impatience le matin devant la grille de l’école. Hélas non, ça a été un poil difficile, et ça le reste encore, un mois après la rentrée. Heureusement que 9 fois sur 10 c’est son père qui l’accompagne, car moi je supporte assez mal les petits regards mouillés et suppliants, « reste avec moaaaa mamaaaan ». Sans compte qu’évidemment, le soir venu, c’est le trou noir, impossible de savoir si in fine la journée s’est bien passée ou pas. A cela il faut ajouter la fatigue collective et familiale générée par les nouveaux rythmes scolaires, clairement la respiration du mercredi matin manquant à tous, et nous obligeant, 5 jours de rang, à courir comme des poulets sans tête pour respecter les plages horaires de l’école.

(Insérer ici la musique de « Un jour sans fin », de Ramis, quand le réveil se déclenche sur le jour de la marmotte.)

On dit merci @thomassebal pour #larentree en van's :B

Mais bon, globalement le bilan est positif comme disait Georges Marchais. Bien sûr il faut courir après l’Héritier pour qu’il n’expédie pas trop vite ses devoirs (au prix d’une écriture digne d’un médecin généraliste sous acides) et se soumette à des règles d’hygiène de base (c’est fou ce désintérêt total pour la propreté à cet âge). Evidemment il faut négocier TOUS LES MATINS avec la Dauphine sa tenue car elle veut « une robe qui tourne », et non pas de couette, mais « deux tresses, comme la reine des neizes ». Après c’est une routine comme une autre, et elle ne me déplaît pas, dans la mesure où dans mon cas elle est régulièrement interrompue par mes déplacements divers et variés. Du coup j’en viens à apprécier ces jours où je dois respecter les horaires de mes enfants, qui comme tous les enfants sont TRES à cheval sur le respect de leurs habitudes et coutumes. Je ne suis pas une mère très calme toutefois.

> Je braille comme un sourd quand s’approche l’heure de partir : « bordeeeeeel y’a Guetat qui a commencé sa chronique, on est à la bourre ! »

> Je trottine sur mes escarpins le long du chemin en motivant les troupes, la frange en bataille (un vrai drame) et le PC en bandoulière « aaaaallez, aaaaaaaaaaalleez on allonge le pas les enfants ! »

> Je tourne comme une toupie le soir pour assurer le coucher à l’heure prévue, au prix de négociations serrées : « si tu n’as pas fini ton repas à 20h10, y’aura pas le temps pour les schtroumpfs, je te préviens ! », et après je m’écroule comme une merde à 21h, un quart d’heure après eux.

La course et les cris dit Foresti. C’est tellement ça.

Je ne suis pas une mère calme, mais je me soigne. Généralement, je plonge mon nez dans les cheveux (même pas très propres) de mes enfants, et je m’enivre de leur odeur de presque bébés. Meilleure thérapie du monde, fonctionne sur un tas de pathologies.

Comment je suis féministe ?

Parce qu’on me pose encore et souvent cette (étrange à mon sens) question, « mais comment tu peux être féministe, toi, là, en 2014 ? », je me suis dit que ça vaudrait le coup de faire partager mon expérience de femme « sensible » (tendance chatouilleuse) à la cause des femmes, en ces temps où cette dernière (la cause) prête souvent à la controverse (à commencer par les féministes entre elles, qui s’occupent bien entre elles de saborder leur combat à coups de luttes intestines, je sors le pop corn 3 fois par semaine en moyenne sur twitter, et encore j’ai fait du tri).

(Même si je me rends compte que j’ai répondu à peu près à la même question il y a pile 2 ans et que je reviens souvent sur ces questions ici, à croire que ça me travaille. Je radote, CERTES, mais le sujet me semble le mériter.)

Je supporte toujours assez mal les arguments m’opposant que la question de l’égalité homme femme serait dépassée (car toute revendication valide – à commencer par l’égalité des droits – aurait été conquise) ou secondaire dans nos pays civilisés (bonjour la hiérarchisation arbitraire des priorités sociales, sociétales ou simplement humaines). Je suis et reste fille de féministe (coucou maman, je sais que tu me lis EN CACHETTE), élevée et attachée à ces valeurs et essayant désormais aussi de les perpétuer et retrouver chez mes enfants (plus compliqué, j’y reviendrais).

Alors petit warning, je ne suis pas là pour dire que la manière dont j’agis est LA BONNE. Je dis juste qu’en tant que femme urbaine / active / avec des enfants / mariée / de 35 ans, c’est ce qui me paraît naturel de mettre en oeuvre. Si j’étais au foyer / célibataire / vivant en Algérie (je ne stigmatise pas ce pays, il s’avère juste que j’en suis originaire) / prostituée / femme battue ou en situation irrégulière, je ferais ou penserais très probablement autrement. Je ne vis pas le féminisme comme une doctrine universelle, mais comme un mode de faire / d’être personnel avant tout. Et si ça permet de renouveler la vision de certains / certaines, tant mieux.

  • Comment je suis féministe en France ? en milieu « urbain » ?

Rien ne m’énerve plus que les discours sur l’obsolescence du combat féministe en France. J’y reviendrai concernant le monde de travail et l’éducation des enfants en particulier, mais je vois et je vis tous les jours des exemples s’agissant de l’absence d’égalité entre les hommes et les femmes, de discrimination par le sexe, d’accès fortement inégal aux fonctions électives, et de sexisme au quotidien, dans les comportements des « dominants » (=> les hommes blancs de + de 50 ans) qui dirigent et régentent encore largement notre beau pays. J’utilise le terme de domination à dessein, sachant que ça agace souvent certains (à commencer par les hommes blancs de – de 50 ans) que l’on assimile lutte pour l’égalité et domination, ça tourne vite au pugilat sur la lutte des classes. Il reste je trouve le parallèle valide : nos sociétés modernes sont encore largement gouvernées et dominées par une catégorie de personnes (les hommes blancs de + de 50 ans). La discrimination prend ensuite bien des formes, plus ou moins graves (certes), mais elles appellent toutes à être désignées comme telles et bannies. Deux exemples très concrets et au ras du bitume.

Les blagues sexistes. Comment en 2014 peut on voir (par exemple) des pubs télés (au hasard celle de Cuir Center avec des hyènes assimilées à des femmes) sexistes ? Personne ne se permet plus (hors public averti) des blagues racistes ou antisémites, mais rire des femmes et de leurs « caractéristiques » est le lot commun et gare à toi espèce de gonzesse aigrie si tu ne fais pas preuve d’HUMOUR. Personnellement, dans mon quotidien, dès qu’il y a une blague sexiste dans mon environnement direct, la réplique est simple : je sors une blague sur les petites bites. En général ça calme bien les esprits et je me rends compte que je ne suis pas la seule à manquer d’humour parfois, dis donc.

Le harcèlement de rue. Récemment sur les réseaux sociaux il y a eu des témoignages / articles relayés concernant les situations de harcèlement au quotidien que subissent les femmes dans la rue de la part des hommes. Il y a même eu des initiatives pour renverser le paradigme (montrer ce que serait la vie d’un homme harcelé, je trouve ce clip glaçant à souhait) et faire comprendre ce que l’on vit régulièrement en tant que femme lorsque l’on se déplace isolée / le soir. D’autres initiatives (très débattues) ont essayé de donner des conseils aux hommes pour essayer de ne pas faire peur ou se rendre menaçant dans certaines situations quotidiennes. Il a été assez fou de voir les réactions des hommes outrés, genre « faut pas pousser les gonzesses, on n’est pas tous des violeurs en puissance ». Certes (et encore heureux), il n’empêche que beaucoup de femmes vivent dans cette peur. Je n’ai pas (ou rarement) peur, et je ne considère pas les hommes comme mes ennemis. Mais je mesure 1,76 m et pèse plus de 80 kg (ahem), et je suis 90% de mon temps en robe et talons. Je marche la tête haute, parce que je m’assume et que je ne pense provoquer personne de par mon comportement. MAIS je le sais, c’est au prix d’une certaine inconscience du danger, du refus de le voir me coller à la peau. Et je sais que je dirais à ma fille de se méfier de certaines situations, parce que le pire n’est pas toujours évitable. Un des combats féministe doit être le recul de la peur, de la culture du viol.

  • Comment je suis féministe au travail  ?

Pour ceux qui suivent ce blog et mon compte twitter, l’égalité hommes / femmes dans le monde du travail est mon principal cheval de bataille. Je souhaite gagner autant qu’un homme à compétence et expérience équivalente (je suis engagée socialement et collectivement dans mon entreprise à cet effet), je considère que la parentalité (des hommes et des femmes) n’est pas (ne doit pas être) un frein à une carrière accomplie, et je veux que les équipes soient gérées de la même manière qu’on soit un homme ou une femme. Je supporte mal par exemple que les femmes soient stigmatisées / signalées comme « plus empathiques » dans leur management (on est des connasses comme les autres). Le travail doit être le lieu emblématique d’une stricte égalité, c’est là que je crois que la valeur d’exemple est la plus forte (après l’école). L’exigence doit se porter tant vis à vis des hommes qui doivent proscrire comportements sexistes, paternalistes et discriminants (pas de surnoms « affectueux », pas de harcèlement moral ou sexuel évidemment), que des femmes, qui doivent éviter d’utiliser certains ressorts sexistes / sexués dans le cadre professionnel. On s’abstiendra donc de pleurer quand on est en échec, ou de minauder (montrer ses seins / coucher) pour arriver à ses fins. S’agissant des postes à responsabilité / de direction, je suis en faveur d’une politique de quotas, parce que sinon le monde de l’entreprise sera encore régenté par des hommes (blancs de + de 50 ans) pendant encore 200 ans (et de même en politique).

Je suis très à cheval sur ces sujets, et je reprends méthodiquement toutes les situations / comportements sexistes et misogynes, je ne laisse rien passer. C’est très fatigant et décourageant, surtout quand on bosse dans des milieux masculins ET malins, c’est à dire qui savent jeter un peu de poudre aux yeux sur l’égalité et la parentalité avec quelques « mesurettes ». Je décortique TOUS les plans proposés et au quotidien je ne tolère aucun comportement misogyne ou ambigu. Par exemple, le chef qui m’appelle en tout paternalisme « ma puce », je lui réponds « oui papa ». C’est dans le cadre professionnel que je me rends le plus compte du chemin restant à parcourir concernant l’égalité, et pourtant je travaille dans le tertiaire supérieur, où la situation est loin d’être la plus critique.

  • Comment je suis féministe avec des enfants ?

C’est un rôle relativement neuf (3 ans pour la fille / 6 ans pour le gars) pour moi, mais auquel je tiens évidemment particulièrement. C’est assez kiffant (et parfois hautement décéptif) d’avoir un terrain vierge sur lequel exercer ses théories en mode « travaux pratiques de l’anti sexisme ». J’ai la chance d’avoir un représentant de chaque sexe, et je m’applique à élever les deux dans le strict respect de l’égalité entre filles et garçons. Les débats actuels sur la « théorie du genre » seraient presque drôles s’ils n’étaient si délétères et révélateurs des préjugés et stéréotypes de notre société. Cette brave Simone (de Beauvoir) l’avait dit clairement (avant Judith Butler et ses travaux sur le genre) « on ne naît pas femme, on le devient » (et c’est valable pour les hommes). Nous naissons mâles et femelles (sauf autres cas plus rares) et nous construisons socialement et culturellement hommes et femmes (ou pas), dans nos sociétés « genrées ». A partir de cela, on peut juger (c’est mon cas) que les constructions / stéréotypes sur lesquels nos vies se basent sont critiquables / inégalitaires. En bref je veux que mon garçon puisse être sensible et / ou devenir coiffeur sans se faire traiter de sale pédé et que ma fille puisse être camionneuse et autoritaire sans être assimilée à une gouine aigrie. Et bien entendu qu’ils soient des homosexuels épanouis si c’est là que leurs préférences vont.

Alors oui, je refuse d’acheter PAR PRINCIPE des nippes roses / à paillettes à ma fille (mais accepte que d’autres lui en offrent) et quand je lui offre une poupée, j’en offre aussi une à son frère. J’essaie de leur lire des histoires non stéréotypées, de même pour les dessins animés que nous filtrons sérieusement. J’insiste aussi pour inviter autant de filles que de gars aux anniversaires (même si j’ai été mise en échec pour les 6 ans). Au quotidien je reprends toute discussion où l’un dirait « ça c’est pour les filles … », et je donne toujours des contre exemples à des situations sexistes. Ca n’empêche pas à ma fille d’adorer le rose et les princesses, tout en jouant sans se poser de questions avec son frère à des jeux de construction et des voitures.

  • Comment je suis féministe avec mon conjoint ?

C’est évidemment central, la question de mon intimité et de ma vie conjugale / amoureuse / parentale avec un homme sur ces sujets de féminisme. C’est toutefois difficile d’en parler ici dans la mesure où j’ai un gentleman’s agreement avec l’Epoux qui ne souhaite se voir exposer d’aucune manière ici. Disons qu’être en couple avec un homme non féministe ne serait pas possible pour moi, car tu construis pas ta vie avec un gusse avec lequel tu ne partages pas un socle de valeurs minimal (encore plus quand tu te reproduis avec) (ou alors c’est l’échec garanti). Car j’attends que dans mon couple on partage les tâches parentales, domestiques et quotidiennes en égaux, d’abord parce que je travaille et lui aussi, mais fondamentalement parce que nous sommes deux et que les choses doivent s’équilibrer. L’un emmène les enfants à l’école le matin, l’autre le soir. Tout le monde est susceptible de faire des courses et de préparer les repas. Certaines tâches sont réparties, c’est inévitable, et bien entendu on a des zones de frottement (je ne parle pas là de notre vie sexuelle, bande de quiches :p), car fondamentalement, homme ou femme, PERSONNE n’aime descendre les poubelles.

Au-delà du partage d’un quotidien, je crois aussi qu’on partage une vision commune des choses (à commencer par vivre dans une société où les hommes et les femmes sont égaux) et qu’on entrecroise pas mal les regards de par nos caractères respectif. Il a une sensibilité féminine (= comprendre c’est un métrosexuel) et travaille dans des environnements très féminisés, tout en restant un viril – et poilu – descendant d’ibères. Alors que je travaille avec 80% d’hommes et reste aussi attachée à des marqueurs féminins (jupes / talons / maquillage). Mon mari n’est pas une serpillière sur laquelle je passe mes aspirations féministes (ce que pensent beaucoup de mecs des féministes en couples). On s’engueule rarement sur ces sujets parce que nous sommes d’accord (alors qu’on arrive que rarement à se mettre d’accord pour voir un film au ciné).

Donc voilà comment je suis féministe. Ca ne me prend pas la tête en permanence (c’est plutôt une tâche de fond), mais c’est tout de même une attention régulière, car je suis intimement persuadée que ça rend la société, les hommes et les femmes, MEILLEURS.

« Pour un jeu de dupes … »

Je me lasse parfois de défendre mes positions et convictions féministes.

D’abord parce qu’elles sont de plus en plus relayées dans le débat public, et ça, c’est (théoriquement) une bonne nouvelle. Partout, et désormais régulièrement, « on » (la presse, les femmes – même non déclarées féministes – et certains hommes de tous bords, les politiques, les professionnels, …) dénonce largement les situations sexistes au quotidien, les violences faites aux femmes, la misogynie dans le monde du travail et en politique, etc. Pour autant, je me sens encore obligée de remonter au créneau régulièrement (doux euphémisme, car étant très 1er degré je monte au créneau en moins de 2), parce que si le message (du traitement non discriminant des femmes par rapport aux hommes) semble mieux passer, il y a parfois des situations qui me hérissent le poil au quotidien. Deux exemples dans les 15 derniers jours pour illustrer ….

Cas pratique 1 / Au boulot

J’étais avec une jeune collaboratrice (enfin elle doit avoir 30 ans environ, c’est encore jeune non ?) pour soutenir un dossier chez un potentiel client. Dans le train, alors que notre chef comatait sur l’Equipe, on parlait chiffons toutes les deux (j’assume donc le caractère tout à fait genré d’une partie de ma vie vous voyez, le chef est un homme et lit l’Equipe, ses équipes féminines discutent modes & travaux), elle me lâche au cours de la conversation « ah mais c’est bien, toi tu assumes de porter des jupes courtes chez les clients, moi j’ose pas, j’ai trop peur que ça ne fasse pas très crédible ».

Ahem.

#ootd la robe trop courte qui nuirait à ma crédibilité pro :B #sexiiiiisme

(Voici la tenue que je portais le jour en question.)

Alors bon, je lui ai (gentiment) expliqué que la crédibilité professionnelle ne se mesurait pas à l’aune de la longueur des jupes. Enfin je crois pas. Je ne porte pas à la base de jupes (et elles ne sont PAS SI courtes que ça, bordel) comme un étendard de ma féminité (il s’avère accessoirement que j’ai un gros cul et que je trouve peu de pantalons où glisser le mien) ou pour mettre en avant des atours sexués et sexuels, et donc assez peu professionnels. Ce sont des vêtements dans lesquels je suis à l’aise (comme je suis plus confortable en talons que sur du plat) et qui me vont bien (et oui, on peut être féministe et attachée à son apparence). Je n’attends pas ni n’espère qu’on me juge professionnellement sur mon apparence et ma vêture (n’étant ni mannequin mode ni vendeuse chez A&F), et je ne vois pas en quoi une tenue féminine serait un indicateur de ma (non) compétence.

J’entends l’argument selon lequel des professionnelles peu expérimentées se réfugient dans des codes vestimentaires stricts (tailleur pantalon / chignon) pour sembler plus âgées qu’elles ne le sont et se « dé-sexualiser » en quelque sorte (et sans doute de même chez certains hommes, j’ai des collaborateurs qui se laissent pousser la barbe !). Mais penser de soi-même qu’être (relativement) jeune ET femme est un  handicap pour un cadre supérieur est bien déprimant je trouve en  2013. Bien sûr, j’ai aussi témoigné ici des situations sexistes et misogyne auxquelles j’ai été confrontée maintes fois dans ma vie professionnelle, et il est indéniable que mes 13 ans de boutique me donnent une assurance et un sens de la répartie que je n’avais pas il y a quelques années. Mais je me désespère (un peu) quand même qu’avec le temps, les mentalités n’évoluent pas, à commencer par celles des jeunes femmes. Si on part perdantes / discriminées d’avance, on est pas sorties de l’ornière mesdames.

Cas pratique 2 / Avec les enfants

Comme vous le savez, j’ai deux enfants, un gars / une fille (le choix du roi, ahahah). Comme tout 2ème enfant, la Dauphine hérite des nanars de son aîné. Fringues (un peu), jouets et bouquins (beaucoup). Elle me demande de plus en plus de livres « de princesse » (et des déguisements de princesse, et un lit rose pour son bébé, et du maquillage, etc.). Bref, je comprends bien qu’elle a envie de « trucs de fille ». D’ailleurs, le matin je la « maquille » avec moi (= je fais semblant de lui mettre du blush, puisque c’est la seule touche de maquillage que j’aie moi même le temps de m’appliquer 9 fois sur 10) et je la mets en jupe (« comme maman ») quand elle me le demande (environ tous les jours, puisqu’elle me voit en robe tous les jours ou presque en semaine).

Ne voulant pas non plus créer trop de frustration autour de mon refus du rose /des princesses et des paillettes (au secours), je me suis donc mise en chasse de livres avec des personnages féminins héroïques. Donc des princesses éventuellement mais pas des gourdasses. Autant te dire camarade que je m’étais lancée en slip mousseline dans la quête de l’edelweiss en plein hiver … Je suis donc allée dans des magasins d’enfants, et voilà sur quoi je suis tombée ….

A tout moment je hurle #sexiiiiisme !! (Putain de magasins pour enfants)

(Franchement, ça donne pas envie de pousser des cris de loup au fond des bois ?)

A la FNAC ensuite j’ai croisé une charmante vendeuse qui avait l’air d’avoir envie de me faire plaisir.

Pauvre femme, je l’ai rendue chèvre.

Pourtant mon cahier des charges était simple :

– pas de rose / pas de paillettes dans l’iconographie

– pas de niaiserie dans l’histoire et le style de narration

– un personnage principal féminin dégourdi (j’ai pas osé dire « émancipé »)

Hé bien camarades : ON A FAIT CHOU BLANC ! Je crois que le *pire* a été quand elle m’a sorti un très beau livre fait à l’aquarelle, certes sans rose et paillettes, mais ….. racontant l’histoire de « la belle au bois dormant« . Raaaaaah très dégourdi et émancipé comme personnage, parfait oui. Je l’ai regardé en mode « mais t’es con ou t’as rien compris ? » Elle m’a regardée en mode « mais tu es hystérique ou juste cruelle ? » BREF, on s’est pas comprises, et j’ai du gagner la palme de la cliente la plus reloue de sa journée.

J’ai quand même pris deux petits livres (avec des personnages de fillettes qui …. font de la danse en tutu), juste parce que je culpabilisais de l’avoir fait tourner en bourrique dans ses rayons pendant 20 minutes.

Bref, si à l’instar de Sophie, qui publie sa liste de cadeaux à faire pour une féministe vous pouviez me trouver des livres pour fille de féministe, j’en aurais l’usage. Merci <3

PS : le titre est évidemment piqué à Souchon qui a tout dit sur les jupes des filles ….

25 novembre, journée de la jupe peut être, mais surtout de lutte contre les violences faites aux femmes

J’en ai d’abord entendu parler chez Anais, puis chez Romain.

Ni putes ni soumises appelle à une « journée de la jupe », pas plus tard que demain, jeudi 25 novembre 2010, selon le principe suivant.

Lorsque je suis en jupe, je remarque, oui, que les hommes me regardent. Lorsque je suis en jupe, je me sens femme, oui, aussi dans mon propre regard. Lorsque mes sœurs, à Vitry ou ailleurs, tentent d’en faire de même, elles se font traiter de putes. Elles bravent l’interdit en arborant trop de liberté et de féminité.

C’est de là qu’est venue l’idée de se servir des jupes comme un symbole de notre mouvement. Le 25 novembre donc, journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, j’appelle toutes les françaises à porter une jupe, qu’elle soit crayon, porte feuille, mini, bouffante, plissée…comme un acte de soutien à toutes celles qui subissent le fait d’être née femme.

Aussi, ce même jour, Ni Putes Ni Soumises organisera « Toutes en Jupes », une vente aux enchères de jupes de femmes célèbres, qui ont décidé de soutenir notre combat pour les femmes. Les fonds récoltés à l’occasion de cette vente serviront à financer des « appartements-relais », projet de Ni Putes Ni Soumises et de l’association Aurore, un acteur social reconnu. Dans la continuité, des photos de filles des quartiers portant les dites jupes seront exposées et mises en vente.

J’attends que les valeurs de Ni Putes Ni Soumises de métissage et de mixité empreignent le Palais de Tokyo le soir du 25 novembre, et que cette soirée soit un bel hommage à toutes celles qui se battent, en France et ailleurs, contre les pressions de toutes sortes.

Je suis un peu dubitative.

Certes, je comprends bien que notre époque est au « buzz », aux actions un peu ludiques qui peuvent marquer les esprits, et là dessus, je vois avec bienveillance les initiatives comme celle de La Barbe, ou Osez le Féminisme. Les féministes passent trop souvent pour de vieilles réacs sans sous-tifs (non pas de lien de cause à effet, enfin je ne crois pas, je porte des sous-tifs perso et je suis assez réac), et autant essayer de jouer la carte de l’auto dérision et de l’humour de temps en temps pour sensibiliser nos contemporain(e)s que la juste cause des femmes rebute.

Mais bon, associer la féminité à une jupe … n’est ce pas un peu passéiste tout de même ? Tout d’abord, un des premiers combats des femmes a été celui du droit à l’indifférenciation ou à l’indifférence, et donc à porter … des pantalons. Revenir donc (lourdement) sur cet attribut sexué me paraît déjà peu pertitent.

Ensuite, la cause du 25 novembre, la lutte contre les violences faites aux femmes, me paraît mériter mieux que cet amalgame douteux violence / jupe / féminité. Certes, nul de l’ignore, comme le dit Ni putes ni soumises, dans les « quartiers », des femmes ne sont pas respectées, agressées ou violées parce qu’elles font affichage de leur féminité, en portant des jupes (ou des décolletés, ou du maquillage, ou juste en laissant leurs cheveux lâchés).

Mais de mon point de vue cela tend à amalgamer ce qui ne doit pas l’être. Des femmes sont encore (beaucoup) (trop) non respectées, agressées ou violées PAS parce qu’elles se sont montrées féminines, ou en mettant en avant en leurs atours sexuels / sexués (ce qui pour autant est déjà inadmissible), mais au seul motif qu’elle SONT des femmes. Qu’elles soient en jupe ou en pantalon. Cette journée a le mérite de le rappeler, 80% des femmes violées connaissaient leur agresseur. Les violences faites aux femmes ne sont pas le fait de mâles en rut irresponsables, qui n’ont pas su résister à l’attrait d’une femme en jupe. Pas seulement, et loin s’en faut. Les violences faites aux femmes ne sont pas qu’un problème de sexe / de rapports de séduction, c’est avant tout une question de respect fondamental du sexe dit faible, quand il soumis à des rapports de domination, dans le cadre du couple, du travail, des relations sociales.

Donc demain, je porterais une jupe (honteusement courte, de plus en plus courte, mais je fais pas exprès, c’est mon ventre qui la soulève chaque jour un peu plus en grossissant, le vilain). Mais comme 90% du temps.

En attendant, vous pouvez toujours signer cette pétition, les messieurs aussi bien naturellement, faute d’arborer un joli kilt demain.

(Avis aux amateurs, je SURKIFFE les hommes en kilt.)

« Les filles de rien et les hommes entre eux »

Certes, j’ai un peu la main lourde ces jours ci, avec le féminisme. Tant pis.

Mais ce texte publié dans Libération hier, écrit par Lola Lafon et Peggy Sastre est remarquable, concernant l’affaire Roman Polanski.

J’ai la chance de n’avoir connu à ce jour que des relations sexuelles consentantes (même mineure), et je suppose que toute femme ne peut être qu’effectivement glacée par les propos qui ont pu être rendus publics par les supports de Polanski.

Je crois qu’en la matière, il faut lire (et relire) Benoîte Groult, Ainsi soit-elle (je pense que j’en ai déjà parlé ici), et Virginie Despentes, King Kong Theory, ça ferait de bien saines lectures pour l’été.

Lola Lafon a un blog.

Peggy Sastre aussi.

VDM, V point meuf

Après l’inégal VDM (je lui préfère presque Mon pire coup, sans parler de notre blog collectif de La Looze), voici venu un petit nouveau, lancé par le collectif Osez le féminisme, Vie de Meuf.

Le principe est simple. Je cite :

27 ans après la première loi sur l’égalité professionnelle, les femmes touchent toujours des salaires inférieurs de 27% à ceux des hommes et constituent 80% des travailleurs précaires. Ce blog a été ouvert par Osez le féminisme pour mettre en lumière ces inégalités flagrantes entre les femmes et les hommes dans le monde du travail et exiger des mesures de la part des pouvoirs publics. Discriminations, sexisme, inégalités de salaires, entretiens d’embauche, montant des retraites, congé maternité ou prise de responsabilité : cliquez ici pour raconter votre « vie de meuf ».

Alors comme toujours, les plans looze des autres, ça console pas, mais un peu quand même, surtout quand on est une femme et qu’on a l’affront de vouloir occuper un emploi (et même parfois, autre chose que du secrétariat). Je trouve intelligent de la part d’Osez le féminisme de prendre le parti de l’humour (même qui grince), pour dénoncer ces tracas de ce que j’appelle la misogynie ordinaire. Mes expériences personnelles en la matière sont légion, et j’aime à les raconter ici.

Comme ce client qui m’offre des fleurs pour me « consoler » d’une réunion très difficile.

Comme cet animateur dans le cadre d’un débat, où je suis la seule femme à intervenir, et la seule oratrice dont il « oublie » le nom.

Même si en la matière, le souvenir le plus mémorable reste cet élu local, au tout début de ma « carrière », qui est venu me voir en fin de présentation avec les yeux qui brillaient et la langue pendante, me déclarer, sans honte aucune « le meilleur moment de la réunion, mademoiselle, c’est quand vous avez fait tomber la veste ».

Garanti 100% authentique.

A vous de jouer mesdames, sur VDM.

Elisabeth, dans mes bras ma grande.

Que ça fait du bien de l’entendre, Elisabeth Badinter, parle des femmes, du féminisme, de la tyrannie de la maternité et de l’enfant roi.

Ca fait du bien de l’entendre expliquer combien il est insupportable que notre société contemporaine nous culpabilise d’être de mauvaises mères, indignes de ce merveilleux statut maternel, parce que l’on travaille à temps plein, parce que l’on ne veut pas sacrifier sa vie de femme à sa vie de mère, parce qu’on ne veut pas être la seule à tenir l’intendance familiale, parce qu’on veut continuer à exister autrement que comme mère.

Ecoutez là, jeunes jouvencelles (avec ou sans enfants), Elisabeth vous expliquer pourquoi le féminisme n’est pas un combat d’arrière garde. Attentivement.


Journée spéciale Elisabeth Badinder – France Inter
envoyé par franceinter. – L’info video en direct.

Autant vous dire que je vais aller m’acheter au plus vite l’essai qu’elle sort, Le conflit, la femme et la mère.

Merci Madame.

Enfin la vérité éclate au grand jour

Ce matin, dans le train de 6 h 30, j’avais un peu la tête dans le sac. Rapport au fait que j’entendais toujours la fine équipe de Rammstein battre la mesure dans ma tête, alors que non, le concert était bien terminé depuis quelques heures.

Ce fut ma foi un très joli spectacle de bonne facture, avec plein de moyens pyrotechniques très chouettes (des flammes, des éclairs, des étincelles, ça te faisait friser les poils de nez tellement tu sentais bien la chaleur), des allusions phalliques très fines (sur German Pussy, une projection-éjaculation de mousse sortie d’une énorme bite sur roulettes) et des purs moments de polésie, quand le batteur s’est fait porter dans la fosse sur un bateau pneumatique. Entre autres.

Comme d’habitude, nous autres lyonnais avons pâti de l’accoustique daubique de la salle (la Halle Tony Garnier pour ne pas la nommer), qui te permettait certes d’entendre assez distinctement la puissante et virile voix du chanteur (il a une paire de pecs, le gars, j’en bavais presque), mais aussi beaucoup trop bien tes voisins pré pubères annoner les paroles des chansons dans un allemand plus qu’approximatif.

Le pompon étant tout de même l’odorama : toutes ces aiselles mises à l’air au fil de la soirée, qui laissaient régulièrement circuler des odeurs de dessous de bras mal peignés, et arrivaient directement à mes narines sensibles, ce fut assez pénible. L’adolescent 2009 ne se lave pas suffisamment, c’est établi scientifiquement.

Bref, alors que le train s’ébrouait lentement, et que mes tempes palpitaient doucement (ça s’appelle une migraine je crois), je découvre mon Libé du matin. Oh l’heureuse surprise. Pour une fois un grand sujet de société à la une : le partage des tâches ménagères au sein des couples hétérosexuels (aujourd’hui les articles ne sont accessibles en ligne que pour les abonnés, mais ils le seront demain je crois).

Et là, pof, l’étude (de l’INED, donc réputée sérieuse) qui prouve (une fois de plus, une fois encore), hommes modernes, couples modernes, mon cul, kiséki qui se cogne la majorité des tâches familiales, et encore plus après l’arrivée d’un enfant ?

LA FEMME.

Et pas la femme de ménage. Même si cette dernière semble être bien la seule alternative possible pour éviter à la femme (du ménage hétérosexuel moderne) de se tirer une balle.

Un résumé de de l’INED est disponible ici.

Pourquoi est ce que je me réjouis tant de cette étude ?

Simplement parce qu’elle évoque en termes neutres et scientifiques une réalité que j’ai le sentiment de vivre depuis 2 ans (la naissance de l’Héritier) : une répartition inéquitable des tâches familiales entre l’Epoux et moi. A mon détriment. C’est un sujet récurrent de désaccord / de débat entre l’Epoux et moi. 

Je ne dis pas qu’il en est le seul responsable, ou qu’il se carapate / ne prend pas sa part. Je sais aussi qu’il en fait beaucoup plus que d’autres. Mais ma perception au quotidien est celle-là : j’ai l’impression d’en faire plus, plus que mon mari, plus qu’avant, et des trucs plus chiants. Je vois bien qu’au fil du temps, on arrive à une répartition nomenclaturée, des tâches qui sont systématiquement attitrées à l’un ou l’autre, débouchant sur une taylorisation un peu flippante.

Quelques exemples :

Maman : les RDV chez le pédiatre et le suivi médical de manière générale, le bain de bébé, le choix des vêtements de bébé (au quotidien, pour les valises), les machines à laver à faire tourner et à étendre, les repas quotidiens (notamment ceux de bébé), la serpillière, la poussière, les relations conflictuelles contractuelles avec la nounou ….

Papa : les impôts, le nettoyage du nez, les repas élaborés, les séances de Lego, le rangement de la chambre de bébé, le bricolage …

Les tâches vraiment partagées : les courses au supermarché.

Ce qui m’intéresse dans l’étude, au delà du constat, ce sont les facteurs d’explication. Et je les partage en grande partie => l’arrivée d’un enfant renforce les inégalités à cause de la réduction de l’activité des femmes.

Et effectivement, la réduction de l’activité, je la sens très bien au quotidien. J’optimise mon temps de travail au bureau (je cherche à être plus efficace, je dis pas que j’y arrive tout le temps), je prends moins de temps pour moi (moins de déjeuners, moins de ciné, moins de sport, moins de shopping), et tout cela, pour en faire plus … pour / avec l’Héritier. Et comme cela s’est fait naturellement au fil du congé maternité, ensuite, le pli a été pris. Et si bien évidemment le papa le fait un peu, c’est forcément à la marge, parce que lui n’a pas de coupure significative de son activité professionnelle. Conclusion, ensuite, il y a un effet de cliquet, qui fait que même en reprenant le travail, on continue de s’attreindre à certaines tâches, sans avoir les moyens de les répartir de manière plus équitable avec l’homme (à part piquer une crise existentielle tous les 3 mois et une poussée de féminisme toutes les 3 semaines).

Et je trouve ça profondément chiant. Et injuste.

Caliméro vous laisse là-dessus ….