Le coeur des femmes *

(* Et non le Choeur des femmes, titre d’un formidable roman de Winckler, que je vous incitais à lire là.)

Tous les ans, ça recommence, d’abord je serre les dents, puis je tempête, je m’agace, bref je finis par m’énerver toute seule (ma grande spécialité, je sais), mais rien n’y change, tous les 8 mars, la journée de la femme revient sur le devant de la scène. Médias, et calembours nazes. Publicités, et promos lamentables associées (allez voir Naf Naf, l’Elephant Bleu, par exemple, j’en reviens pas de cette récupération commerciale, un peu comme si le jour de la lutte contre la lèpre, des pharmacies proposaient des lots de gaze en promo, par exemple). L’envahissement ridicule et mal à propos se reproduit à l’infini.

Faut il une énième fois rappeler que cette journée a vocation à être celle consacrée aux DROITS des FEMMES ? dont un certain nombre ne sont pas acquis pour nos soeurs, dans bien des parties du monde (un appel très fort ce matin des femmes arabes ce matin sur France Inter), et restent à consolider, défendre, partout, y compris et à commencer par chez nous. Profitons aussi de cette campagne électorale pour rappeler que depuis 5 ans (au hasard), le droit à la contraception et surtout celui à l’avortement reculent, à cause du sort fait par l’Etat (et les choix budgétaires gouvernementaux) aux centres de planning familial, sous-financés, sous-équipés, et en perte de vitesse.

Donc oui, une fois par an, après tout, on peut regarder le chemin parcouru (long et semé d’obstacles), et celui reste à parcourir (encore infini il me semble).

Dans 2 jours, mon blog aura 7 ans. Depuis 6 ans qu’il est ici, sous WP et sous mon propre nom de domaine, presque chaque année j’ai parlé de la Journée de la Femme (finalement).

En 2007, pour pleurer le ralliement de Simone Weil au nain.

En 2009, pour me plaindre tout court.

En 2010, pour dire que l’important, aussi, pour les femmes, c’était de s’aimer … en tant que femmes.

En 2011, pour parler de l’autre femme, celle à laquelle j’ai donné naissance il y a un an à peu près, et à qui je compte bien bourrer le crâne transmettre quelques préceptes féministes, comme ma mère l’a fait avec moi.

Le féminisme, chez nous, ce n’est pas une vue de l’esprit, mais une application familiale pragmatique (tout à fait discutable sur bien des aspects) et aux ressorts politiques puissants. La Reine Mère, je ne sais plus si je l’ai dit ici, a été à l’origine de la création de l’équivalent du MLF algérien (c’est une histoire que j’aimerais écrire ici à l’occasion, je me le suis promis de longue date). C’est ma mère qui, lorsque j’avais 12 ou 13 ans, m’a permis de rencontrer Benoite Groult et lire mes premiers écrits féministes. C’est également elle qui m’a inculqué quelques préceptes fondamentaux pour devenir, être, et rester une femme libre :

:: s’instruire, s’éduquer, se former pour gagner son autonomie financière, et ne JAMAIS y renoncer. Donc travailler toute sa vie, ne jamais trop s’éloigner du marché du travail, pour être prête, le cas échéant, à s’assumer seule, ne compter que sur soi, ne dépendre de personne, et surtout pas de son conjoint,

:: se respecter, avoir conscience de sa valeur d’individu, et le faire respecter, principe qui a ouvert la porte à l’affirmation caractérielle qui est la mienne.

Mais aussi :

:: prendre soin de son apparence, de son enveloppe corporelle, et savoir en jouer si besoin,

:: laver ses collants à la main (bon, ça j’avoue, je le fais pas),

:: traiter les hommes pour ce qu’ils sont (de grands enfants, certes attachants mais immatures),

:: laver son linge sale en famille,

:: chérir ses enfants sans trop leur montrer,

:: et plein d’autres choses hautement polémiques et discutables.

Je vous embrasse les filles. Soyez fortes et prenez soin de vous.

La Journée de l’infâme …

Qu’est ce que ça peut me GONFLER les ovaires cette histoire de Journée de la Femme (surtout qu’originellement, cela se voulait un rappel aux DROITS de la femme, ce qui n’est pas tout à fait la même chose, admettez).

Juste dans la zone intersticielle entre la Fête des Grands-Mères (des femmes qui ont vieilli, c’était le 1er mars) et la Journée des Secrétaires (des femmes qui ne sont jamais des hommes à ce poste semble-t-il, ça sera le 16 avril). Pour découvrir toutes les fêtes, c’est par ici. Autant dire que le marketing du vide est loin d’être tari.

Même notre bonne ville de Lyon s’y est mise …

Personnellement, j’avais décidé de fêter tout de même cette journée rien qu’à moi, en m’accordant ce vendredi une demi journée de congés (c’est dire si j’avais été modeste dans la considération de la journée). Pas pour la passer avec l’Héritier, non (faut pousser mémé – et les secrétaires tiens – dans les orties). Pour me prendre du temps pour MOI. (Voir ici le blog des parents indignes, j’aime beaucoup.)

C’était sans compter sur le syndic de notre immeuble, qui a décidé de réunir cette après midi l’assemblée annuelle des co-propriétaires. AU SECOURS. Pour tous les nantis qui sont comme moi propriétaires, les AG d’immeubles, c’est juste un des pires moments de l’année. Déjà, tu te retrouves coincée dans une toute petite salle avec des gens que tu connais à peine, mais dont tu subis les nuisances diverses et variées à longueur d’année, et avec qui tu dois débattre de choses parfois insignifiantes mais sur lesquelles tout le monde à un avis, et parfois lourdes, du genre qui te coûtent un oeil et des brouettes (au hasard en 2008 : 4.500 euros pour refaire l’ascenseur, rien que pour nous). Ensuite, tu passes donc des heures à parlementer pour la moindre dépense, des pinaillages à n’en plus finir sur chacun des points de l’ordre du jour, des conversations de comptoir interminables pour arbitrer (comme par exemple sur la légitimité de maintenir un sytème d’évacuation par vide ordure).

Voilà à quoi je vais passer mon après-midi de la femme. Si c’est pas infâme ça …