Le faire (l’amour). Le refaire. Ou pas.

En cette rentrée littéraire habituellement chargée, c’est cornélien pour moi de devoir CHOISIR ce que je vais avoir le temps de lire. Car naturellement, deux nains (et le reste), ça te laisse beaucoup moins de temps pour lire, et encore moins de temps pour lire de mauvais bouquins (ma hantise, je déteste laisser entamé et non terminé un livre qui ne m’a pas plu). Là, coup sur coup, j’en ai lu deux très bien. Écrits par des femmes. Courts (peut être même trop pour l’un des deux). Et parlant de sexe (crûment, très crûment pour l’un des deux).

Clèves, de Marie Darrieussecq, m’a beaucoup impressionné. Pourtant, depuis Truismes, qui m’était tombé des mains d’ennui, je n’avais rien lu d’elle. Mais je l’ai entendue dans deux émissions de radio, l’Humeur Vagabonde (avec la voix de la délicieuse Kathleen Evin, dont je suis par ailleurs amoureuse depuis de nombreuses années), et dans Eclecktic (avec l’insupportable Rebecca Manzoni, mais c’est pas grave, elle a une belle voix aussi, et un vrai talent pour les entretiens). Et j’ai su qu’il fallait que je le lise, car ce livre parlait de moi. Enfin de moi à 13 ans, quand j’étais en plein Oedipe et travaillée par une libido naissante, brouillonne et (un peu) sale.

Marie Darrieussecq raconte très bien cette initiation adolescente féminine à la sexualité. Avec un réalisme effrayant, qu’elle a tiré en partie de l’écoute de son propre journal intime qu’elle enregistrait alors qu’elle était elle-même adolescente. Les garçons sont maladroits, brutaux et indifférents, les filles sont ignorantes et arrogantes, et tous partagent cette obsession de LE FAIRE. Je me souviens très bien moi aussi de cette période là, un peu mytho, un peu ingrate, où tu brodais autour d’une histoire finalement pas très jolie et insignifiante, pour faire croire aux copines que tu t’émancipais et vivais la passion charnelle, décontractée et sans tabou. Alors qu’en fait …

Clèves se déroule dans les années 80, à peu près la période de ma propre adolescence, et c’est un peu La boum en version trash (mais criante de vérité). La scène où Solange, l’héroïne, échange sa salive (et pas que) pour la première fois avec un gars, un pompier fêtant son enterrement de vie de garçon dans une boîte de nuit, est extraordinairement décrite. Vraiment. (Je crois que je me projette beaucoup dans Solange aussi.)

Et dans l’ordre chronologique, après les émois adolescents, j’ai lu L’envie, de Sophie Fontanel, qui lui aussi parle de la sexualité, du désir, de son absence, du manque ou de l’absence de manque, chez les adultes. C’est un joli roman, presque trop court, très émouvant à lire, bien que pudique. Elle dresse un panorama complet (et finalement un poil déprimant) de nos vies adultes et plus ou moins sexuées, au travers de son histoire personnelle et celles de sa bande d’amis. Il y a elle, qui a renoncé à le faire parce qu’elle n’y trouve plus de plaisir, d’envie, et il y a les autres, ceux qui crèvent de ne pas le faire, ceux qui en parlent tout le temps, ceux qui le font beaucoup et le disent très fort, etc.

J’ai trouvé forcément un peu caricatural sa position de principe, voulant croire (ou faire croire) que finalement c’est parce que tu ne focalises plus sur le sexe et ce qu’il y a autour (les hommes, la vie à deux, les enfants, etc.) que tu réalises et jouis mieux la beauté du monde et des choses. Mais il reste au-delà de cette vision un peu idéalisée de la solitude (et de l’ascèse) une description très juste et également crue de la manière dont nous vivons notre sexualité d’adultes. Avec parfois aussi peu de discernement et de recul que des adolescents en rut …. (j’aime bien boucler la boucle, oui).

Maintenant que je suis me suis bien plombée la libido avec ces deux bouquins là, on va donc passer à plus guilleret (des twittas m’ont déjà donné quelques pistes).