La (dé)faite des mères

Hier, c’était la Fête des Mères (merci à Padre Pio de nous rappeler que ce n’est PAS une célébration pétainiste).

Et on ne manquerait cela pour RIEN AU MONDE !

#FêteDesMeres de l'héritier > ma maman en or (et la photo en mode otage au Mali)

#fêtedesmeres de la dauphine (le rapport entre les pâtes et l'amour est encore à éclaircir)

(Ca vaut bien les réalisations 2009, quels progrès accomplis !)

Ca fait maintenant un peu plus de 6 ans que je suis mère. Comme j’ai la mémoire vive d’un poisson rouge, j’ai oublié – littéralement – ce qu’était ma vie avant d’en avoir, des enfants. Il me semble qu’ils ont toujours été là, ces vampires chers à mon cœur, la chair de ma chair. Pourtant, je ne suis pas tout le temps avec eux. J’ai un travail, des loisirs, des sorties SANS eux. C’est salvateur ces temps de vie sans enfants. Se lâcher la grappe mutuellement, leur manquer (un peu), vous languir d’eux (assez rapidement). Mais c’est un équilibre délicat, précaire.

Depuis 6 mois je ne me déplace plus outre-mer. Ca ne me manque pas en soi (j’ai suffisamment accumulé de rhum pour 3 générations), ça me repose même, mais je vois très bien comment cela a modifié mon rapport à mes enfants, et le leur. Ils sont plus exigeants vis-à-vis de moi : puisque j’en donne plus (du temps, de l’attention), ils en veulent ENCORE plus. Pas en qualité nécessairement, mais en quantité certainement. Dès que je ne suis plus dans la pièce, ils me cherchent, « elle est où maman ? » (partie pisser !). Et j’observe mieux aussi la « prime à l’absent » quand c’est le père qui part (« je veux papa ! »). Ma patience s’érode (doux euphémisme : j’ai envie de les balancer par la fenêtre), parce qu’à être beaucoup avec eux, on fait moins attention, on dégrade la relation parce qu’on sait qu’on aura du temps pour la rééquilibrer (en tous cas je fonctionne ainsi). Alors des fois j’organise l’absence de la mère, je ménage la séparation temporaire, pour retrouver cet air dont j’ai besoin et dont je considère qu’ils ont besoin aussi. Je ne me sens pas coupable de penser ainsi, mais …

Mais au delà de la gestion du lien quotidien et routinier aux enfants, il y a le lien profond, la « charge mentale » que sont les enfants dans votre vie, que vous soyez mère ou père (enfin je crois). Beaucoup d’événements (maladie, chômage, harcèlement, désillusions) peuvent vous amener à reconsidérer la place des choses dans le grand tout de nos petites vies – et notamment celle du travail. Rien ne le fait de manière aussi violente et radicale qu’avoir « charge d’enfants ». Oui ça emmerde les nullipares quand les parents émettent cette vérité universelle et douloureuse, mais qui n’est pas parent ne peut comprendre l’immense et angoissante responsabilité qu’est d’avoir charge d’âme. Y’a avant et après. Et oui, c’est vrai, on hausse un sourcil relativiste devant tout le reste (et encore, j’ai l’immense chance d’avoir des enfants en bonne santé). Dans mon cas, c’est le travail que j’ai questionné et que je questionne le plus violemment. La question étant « Est ce que ce client / ce projet mérite que je sacrifie (car oui les journées n’ont que 24h et certaines choses ne se font qu’au détriment des autres, dès lors qu’il existe des déséquilibres) : un dîner avec mes enfants / deux nuits / un WE … ? «  Quand je réponds non trop souvent, ça devient critique. Bien entendu j’ai quelques stratégies de contournement (je délègue, je temporise, je choisis, quand j’ai ce luxe). Mais je sens TRÈS BIEN, à 36 ans, 2 enfants et une carrière jusque là bien remplie, que je ne vais pas tarder à m’écraser le coin de la gueule sur le fameux plafond de verre. Parce que je suis à cette croisée des chemins un peu fatale, où d’un côté je sens que mes enfants ont besoin de moi, de mon temps et de mon attention (de la qualité ET de la quantité), et que moi j’ai envie et la responsabilité partagée avec leur père de leur donner, et que de l’autre côté mon employeur attend aussi que je lui prouve mon engagement et ma motivation à accéder au poste de grand chef, en allant au-delà d’une implication « normale » dans mes activités en sa faveur. J’ai longtemps cru que j’échapperais à cette banalité sociologique, maline que je me croyais. Hé bien pas tout à fait.

Alors je ne suis pas (encore) défaite, je cherche encore le point d’équilibre qui me permettra de conserver un travail intéressant / épanouissant / rémunérateur sans avoir le sentiment que cela se fait au détriment de mes sangsues préférées, à qui j’ai envie de consacrer du temps et de l’attention (et une bonne partie de mon argent, cela va sans dire). Mais c’est comme le point de patinage sur une voiture, des fois ça râpe un peu.

Bonne fête mes chéri(e)s !

Comment je suis féministe ?

Parce qu’on me pose encore et souvent cette (étrange à mon sens) question, « mais comment tu peux être féministe, toi, là, en 2014 ? », je me suis dit que ça vaudrait le coup de faire partager mon expérience de femme « sensible » (tendance chatouilleuse) à la cause des femmes, en ces temps où cette dernière (la cause) prête souvent à la controverse (à commencer par les féministes entre elles, qui s’occupent bien entre elles de saborder leur combat à coups de luttes intestines, je sors le pop corn 3 fois par semaine en moyenne sur twitter, et encore j’ai fait du tri).

(Même si je me rends compte que j’ai répondu à peu près à la même question il y a pile 2 ans et que je reviens souvent sur ces questions ici, à croire que ça me travaille. Je radote, CERTES, mais le sujet me semble le mériter.)

Je supporte toujours assez mal les arguments m’opposant que la question de l’égalité homme femme serait dépassée (car toute revendication valide – à commencer par l’égalité des droits – aurait été conquise) ou secondaire dans nos pays civilisés (bonjour la hiérarchisation arbitraire des priorités sociales, sociétales ou simplement humaines). Je suis et reste fille de féministe (coucou maman, je sais que tu me lis EN CACHETTE), élevée et attachée à ces valeurs et essayant désormais aussi de les perpétuer et retrouver chez mes enfants (plus compliqué, j’y reviendrais).

Alors petit warning, je ne suis pas là pour dire que la manière dont j’agis est LA BONNE. Je dis juste qu’en tant que femme urbaine / active / avec des enfants / mariée / de 35 ans, c’est ce qui me paraît naturel de mettre en oeuvre. Si j’étais au foyer / célibataire / vivant en Algérie (je ne stigmatise pas ce pays, il s’avère juste que j’en suis originaire) / prostituée / femme battue ou en situation irrégulière, je ferais ou penserais très probablement autrement. Je ne vis pas le féminisme comme une doctrine universelle, mais comme un mode de faire / d’être personnel avant tout. Et si ça permet de renouveler la vision de certains / certaines, tant mieux.

  • Comment je suis féministe en France ? en milieu « urbain » ?

Rien ne m’énerve plus que les discours sur l’obsolescence du combat féministe en France. J’y reviendrai concernant le monde de travail et l’éducation des enfants en particulier, mais je vois et je vis tous les jours des exemples s’agissant de l’absence d’égalité entre les hommes et les femmes, de discrimination par le sexe, d’accès fortement inégal aux fonctions électives, et de sexisme au quotidien, dans les comportements des « dominants » (=> les hommes blancs de + de 50 ans) qui dirigent et régentent encore largement notre beau pays. J’utilise le terme de domination à dessein, sachant que ça agace souvent certains (à commencer par les hommes blancs de – de 50 ans) que l’on assimile lutte pour l’égalité et domination, ça tourne vite au pugilat sur la lutte des classes. Il reste je trouve le parallèle valide : nos sociétés modernes sont encore largement gouvernées et dominées par une catégorie de personnes (les hommes blancs de + de 50 ans). La discrimination prend ensuite bien des formes, plus ou moins graves (certes), mais elles appellent toutes à être désignées comme telles et bannies. Deux exemples très concrets et au ras du bitume.

Les blagues sexistes. Comment en 2014 peut on voir (par exemple) des pubs télés (au hasard celle de Cuir Center avec des hyènes assimilées à des femmes) sexistes ? Personne ne se permet plus (hors public averti) des blagues racistes ou antisémites, mais rire des femmes et de leurs « caractéristiques » est le lot commun et gare à toi espèce de gonzesse aigrie si tu ne fais pas preuve d’HUMOUR. Personnellement, dans mon quotidien, dès qu’il y a une blague sexiste dans mon environnement direct, la réplique est simple : je sors une blague sur les petites bites. En général ça calme bien les esprits et je me rends compte que je ne suis pas la seule à manquer d’humour parfois, dis donc.

Le harcèlement de rue. Récemment sur les réseaux sociaux il y a eu des témoignages / articles relayés concernant les situations de harcèlement au quotidien que subissent les femmes dans la rue de la part des hommes. Il y a même eu des initiatives pour renverser le paradigme (montrer ce que serait la vie d’un homme harcelé, je trouve ce clip glaçant à souhait) et faire comprendre ce que l’on vit régulièrement en tant que femme lorsque l’on se déplace isolée / le soir. D’autres initiatives (très débattues) ont essayé de donner des conseils aux hommes pour essayer de ne pas faire peur ou se rendre menaçant dans certaines situations quotidiennes. Il a été assez fou de voir les réactions des hommes outrés, genre « faut pas pousser les gonzesses, on n’est pas tous des violeurs en puissance ». Certes (et encore heureux), il n’empêche que beaucoup de femmes vivent dans cette peur. Je n’ai pas (ou rarement) peur, et je ne considère pas les hommes comme mes ennemis. Mais je mesure 1,76 m et pèse plus de 80 kg (ahem), et je suis 90% de mon temps en robe et talons. Je marche la tête haute, parce que je m’assume et que je ne pense provoquer personne de par mon comportement. MAIS je le sais, c’est au prix d’une certaine inconscience du danger, du refus de le voir me coller à la peau. Et je sais que je dirais à ma fille de se méfier de certaines situations, parce que le pire n’est pas toujours évitable. Un des combats féministe doit être le recul de la peur, de la culture du viol.

  • Comment je suis féministe au travail  ?

Pour ceux qui suivent ce blog et mon compte twitter, l’égalité hommes / femmes dans le monde du travail est mon principal cheval de bataille. Je souhaite gagner autant qu’un homme à compétence et expérience équivalente (je suis engagée socialement et collectivement dans mon entreprise à cet effet), je considère que la parentalité (des hommes et des femmes) n’est pas (ne doit pas être) un frein à une carrière accomplie, et je veux que les équipes soient gérées de la même manière qu’on soit un homme ou une femme. Je supporte mal par exemple que les femmes soient stigmatisées / signalées comme « plus empathiques » dans leur management (on est des connasses comme les autres). Le travail doit être le lieu emblématique d’une stricte égalité, c’est là que je crois que la valeur d’exemple est la plus forte (après l’école). L’exigence doit se porter tant vis à vis des hommes qui doivent proscrire comportements sexistes, paternalistes et discriminants (pas de surnoms « affectueux », pas de harcèlement moral ou sexuel évidemment), que des femmes, qui doivent éviter d’utiliser certains ressorts sexistes / sexués dans le cadre professionnel. On s’abstiendra donc de pleurer quand on est en échec, ou de minauder (montrer ses seins / coucher) pour arriver à ses fins. S’agissant des postes à responsabilité / de direction, je suis en faveur d’une politique de quotas, parce que sinon le monde de l’entreprise sera encore régenté par des hommes (blancs de + de 50 ans) pendant encore 200 ans (et de même en politique).

Je suis très à cheval sur ces sujets, et je reprends méthodiquement toutes les situations / comportements sexistes et misogynes, je ne laisse rien passer. C’est très fatigant et décourageant, surtout quand on bosse dans des milieux masculins ET malins, c’est à dire qui savent jeter un peu de poudre aux yeux sur l’égalité et la parentalité avec quelques « mesurettes ». Je décortique TOUS les plans proposés et au quotidien je ne tolère aucun comportement misogyne ou ambigu. Par exemple, le chef qui m’appelle en tout paternalisme « ma puce », je lui réponds « oui papa ». C’est dans le cadre professionnel que je me rends le plus compte du chemin restant à parcourir concernant l’égalité, et pourtant je travaille dans le tertiaire supérieur, où la situation est loin d’être la plus critique.

  • Comment je suis féministe avec des enfants ?

C’est un rôle relativement neuf (3 ans pour la fille / 6 ans pour le gars) pour moi, mais auquel je tiens évidemment particulièrement. C’est assez kiffant (et parfois hautement décéptif) d’avoir un terrain vierge sur lequel exercer ses théories en mode « travaux pratiques de l’anti sexisme ». J’ai la chance d’avoir un représentant de chaque sexe, et je m’applique à élever les deux dans le strict respect de l’égalité entre filles et garçons. Les débats actuels sur la « théorie du genre » seraient presque drôles s’ils n’étaient si délétères et révélateurs des préjugés et stéréotypes de notre société. Cette brave Simone (de Beauvoir) l’avait dit clairement (avant Judith Butler et ses travaux sur le genre) « on ne naît pas femme, on le devient » (et c’est valable pour les hommes). Nous naissons mâles et femelles (sauf autres cas plus rares) et nous construisons socialement et culturellement hommes et femmes (ou pas), dans nos sociétés « genrées ». A partir de cela, on peut juger (c’est mon cas) que les constructions / stéréotypes sur lesquels nos vies se basent sont critiquables / inégalitaires. En bref je veux que mon garçon puisse être sensible et / ou devenir coiffeur sans se faire traiter de sale pédé et que ma fille puisse être camionneuse et autoritaire sans être assimilée à une gouine aigrie. Et bien entendu qu’ils soient des homosexuels épanouis si c’est là que leurs préférences vont.

Alors oui, je refuse d’acheter PAR PRINCIPE des nippes roses / à paillettes à ma fille (mais accepte que d’autres lui en offrent) et quand je lui offre une poupée, j’en offre aussi une à son frère. J’essaie de leur lire des histoires non stéréotypées, de même pour les dessins animés que nous filtrons sérieusement. J’insiste aussi pour inviter autant de filles que de gars aux anniversaires (même si j’ai été mise en échec pour les 6 ans). Au quotidien je reprends toute discussion où l’un dirait « ça c’est pour les filles … », et je donne toujours des contre exemples à des situations sexistes. Ca n’empêche pas à ma fille d’adorer le rose et les princesses, tout en jouant sans se poser de questions avec son frère à des jeux de construction et des voitures.

  • Comment je suis féministe avec mon conjoint ?

C’est évidemment central, la question de mon intimité et de ma vie conjugale / amoureuse / parentale avec un homme sur ces sujets de féminisme. C’est toutefois difficile d’en parler ici dans la mesure où j’ai un gentleman’s agreement avec l’Epoux qui ne souhaite se voir exposer d’aucune manière ici. Disons qu’être en couple avec un homme non féministe ne serait pas possible pour moi, car tu construis pas ta vie avec un gusse avec lequel tu ne partages pas un socle de valeurs minimal (encore plus quand tu te reproduis avec) (ou alors c’est l’échec garanti). Car j’attends que dans mon couple on partage les tâches parentales, domestiques et quotidiennes en égaux, d’abord parce que je travaille et lui aussi, mais fondamentalement parce que nous sommes deux et que les choses doivent s’équilibrer. L’un emmène les enfants à l’école le matin, l’autre le soir. Tout le monde est susceptible de faire des courses et de préparer les repas. Certaines tâches sont réparties, c’est inévitable, et bien entendu on a des zones de frottement (je ne parle pas là de notre vie sexuelle, bande de quiches :p), car fondamentalement, homme ou femme, PERSONNE n’aime descendre les poubelles.

Au-delà du partage d’un quotidien, je crois aussi qu’on partage une vision commune des choses (à commencer par vivre dans une société où les hommes et les femmes sont égaux) et qu’on entrecroise pas mal les regards de par nos caractères respectif. Il a une sensibilité féminine (= comprendre c’est un métrosexuel) et travaille dans des environnements très féminisés, tout en restant un viril – et poilu – descendant d’ibères. Alors que je travaille avec 80% d’hommes et reste aussi attachée à des marqueurs féminins (jupes / talons / maquillage). Mon mari n’est pas une serpillière sur laquelle je passe mes aspirations féministes (ce que pensent beaucoup de mecs des féministes en couples). On s’engueule rarement sur ces sujets parce que nous sommes d’accord (alors qu’on arrive que rarement à se mettre d’accord pour voir un film au ciné).

Donc voilà comment je suis féministe. Ca ne me prend pas la tête en permanence (c’est plutôt une tâche de fond), mais c’est tout de même une attention régulière, car je suis intimement persuadée que ça rend la société, les hommes et les femmes, MEILLEURS.

L’engagement du (bon) petit soldat

Il y a quelques jours, je discutais avec un collègue, du même « rang hiérarchique » que le mien (les managers de stars, à savoir les vieilles peaux ayant plus de 10 ans d’expérience professionnelle), qui s’était chargé de l’accueil d’un nouvel arrivant. Voulant bien faire, il a cherché à articuler son petit discours d’introduction autour de quelques idées fortes, des mots clefs. Il en avait choisi deux (c’est un ingénieur, il est concis, j’en aurais pris au moins 4 ou 5, histoire de bien diluer la sauce), dont un m’a interpellé. C’était l’engagement.

Autour de ce mot, il a présenté ce qu’il considérait être comme l’essence / le carburant de notre métier (de consultant), avec l’autonomie (ça je m’attarde pas dessus, mais c’était également bien synthétisé). Nous faisons un métier exigeant (intellectuellement, mais aussi psychologiquement et voire physiquement, du fait du nomadisme perpétuel), et il faut y être engagé. C’est à dire volontaire, curieux, dynamique (c’est le côté laudatif de la formule), mais aussi résistant, pour ne pas dire résiliant, et parfois tout simplement comme le troufion de base, discipliné et obéissant, pour rentrer dans des logiques et des contraintes qui nous échappent partiellement (puisque nous servons des causes et acceptons des contraintes qui ne sont pas les notres, mais celles de nos emmerdeurs de clients).

J’ai trouvé son approche particulièrement intéressante, étant dans une période où j’ai de vraies difficultés à faire travailler et à travailler avec mes collaborateurs. Les causes sont sans doute multiples (le contexte économique défavorable, ma fatigue à devoir reformer en permanence les jeunes, la fin de l’année …) mais toujours est-il que ces représentants de la génération Y, dont je ne suis pourtant pas très éloignée, me déçoivent et m’exaspèrent (les lecteurs attentifs remarqueront qu’il y a 6 mois, je savais reconnaître leurs qualités). Je trouve qu’ils sont exigeants envers leur employeur et leurs responsables sans être en échange très exigeants sur leur niveau d’engagement professionnel dans les missions, qu’ils critiquent vite et beaucoup, sans être force de proposition, et que globalement, ils n’ont rien à cirer du job sur le fond. Que la mission se passe plus ou moins bien, que le niveau de satisfaction du client soit plus ou moins élevé, ils s’en cognent, du moment où ils considèrent avoir exécuté les tâches (avec plus ou moins d’entrain) pour lesquelles ils sont payés. L’Epoux m’a traitée de réac et il a sans doute raison (et c’est vrai qu’ils ne sont pas tous comme cela, on s’arrache tous les profils les plus éloignés de ce raccourci calamiteux).

Mon premier réflexe, je l’admets bien volontiers, c’est de me comparer à eux il y a 10 ans, puisque j’étais à leur place. Et pour le coup, nous étions à l’époque (début 2000, avec nous aussi une crise à traverser) de bons petits soldats, engagés, y compris avec ce travers d’être parfois bête dans la discipline. Je me suis rendue malade d’angoisse / de culpabilité pour des missions, lorsque je n’avais pas assez de temps pour bien faire les choses, ou que je ne me trouvais pas compétente / pertinente. Les années et l’expérience m’ont permis de dépasser mes angoisses, mais je reste très engagée. Même quand les choses (les missions, les clients, les sujets) m’emmerdent, je mets un point d’honneur à ce que les choses soient bien faites, je ne les bâcle pas pour m’en débarrasser. Et pourtant, j’en connais, des périodes de doutes et d’incertitudes.

Je ne suis pas une passionnée (au sens où pas grand chose me fait profondément vibrer en dehors des mecs de mon mec à poil et de ma progéniture), je n’exerce pas un métier passion. Mais je suis engagée, je suis dans cette discipline assez naturelle > je suis payée pour le faire, je l’ai accepté, je le fais bien (le premier qui me compare à Papon se prend mon slip dans la gueule). Et là j’ai clairement du mal à faire travailler et m’entendre avec des personnes détachées, peu engagées dans leur vie professionnelle. Comment je peux réconcilier cela avec le fait que j’ai moi même conscience que le cadre d’emploi actuel est plein de faux semblants et de déceptions ? Comment leur dire « soyez engagés bordel de couille » juste parce que je considère que c’est un état d’esprit / une manière d’être plus valeureuse, rétributrice (symboliquement hein), toutes choses (crise, patronat abusif, clients relous) égales par ailleurs ?

Bref, être manager de stars, c’est la plaie.

PS : pour prendre la mesure de l’expression « manager de stars », il faut connaître cette petite annonce d’Elie Semoun (de rien).

Le coeur des femmes *

(* Et non le Choeur des femmes, titre d’un formidable roman de Winckler, que je vous incitais à lire là.)

Tous les ans, ça recommence, d’abord je serre les dents, puis je tempête, je m’agace, bref je finis par m’énerver toute seule (ma grande spécialité, je sais), mais rien n’y change, tous les 8 mars, la journée de la femme revient sur le devant de la scène. Médias, et calembours nazes. Publicités, et promos lamentables associées (allez voir Naf Naf, l’Elephant Bleu, par exemple, j’en reviens pas de cette récupération commerciale, un peu comme si le jour de la lutte contre la lèpre, des pharmacies proposaient des lots de gaze en promo, par exemple). L’envahissement ridicule et mal à propos se reproduit à l’infini.

Faut il une énième fois rappeler que cette journée a vocation à être celle consacrée aux DROITS des FEMMES ? dont un certain nombre ne sont pas acquis pour nos soeurs, dans bien des parties du monde (un appel très fort ce matin des femmes arabes ce matin sur France Inter), et restent à consolider, défendre, partout, y compris et à commencer par chez nous. Profitons aussi de cette campagne électorale pour rappeler que depuis 5 ans (au hasard), le droit à la contraception et surtout celui à l’avortement reculent, à cause du sort fait par l’Etat (et les choix budgétaires gouvernementaux) aux centres de planning familial, sous-financés, sous-équipés, et en perte de vitesse.

Donc oui, une fois par an, après tout, on peut regarder le chemin parcouru (long et semé d’obstacles), et celui reste à parcourir (encore infini il me semble).

Dans 2 jours, mon blog aura 7 ans. Depuis 6 ans qu’il est ici, sous WP et sous mon propre nom de domaine, presque chaque année j’ai parlé de la Journée de la Femme (finalement).

En 2007, pour pleurer le ralliement de Simone Weil au nain.

En 2009, pour me plaindre tout court.

En 2010, pour dire que l’important, aussi, pour les femmes, c’était de s’aimer … en tant que femmes.

En 2011, pour parler de l’autre femme, celle à laquelle j’ai donné naissance il y a un an à peu près, et à qui je compte bien bourrer le crâne transmettre quelques préceptes féministes, comme ma mère l’a fait avec moi.

Le féminisme, chez nous, ce n’est pas une vue de l’esprit, mais une application familiale pragmatique (tout à fait discutable sur bien des aspects) et aux ressorts politiques puissants. La Reine Mère, je ne sais plus si je l’ai dit ici, a été à l’origine de la création de l’équivalent du MLF algérien (c’est une histoire que j’aimerais écrire ici à l’occasion, je me le suis promis de longue date). C’est ma mère qui, lorsque j’avais 12 ou 13 ans, m’a permis de rencontrer Benoite Groult et lire mes premiers écrits féministes. C’est également elle qui m’a inculqué quelques préceptes fondamentaux pour devenir, être, et rester une femme libre :

:: s’instruire, s’éduquer, se former pour gagner son autonomie financière, et ne JAMAIS y renoncer. Donc travailler toute sa vie, ne jamais trop s’éloigner du marché du travail, pour être prête, le cas échéant, à s’assumer seule, ne compter que sur soi, ne dépendre de personne, et surtout pas de son conjoint,

:: se respecter, avoir conscience de sa valeur d’individu, et le faire respecter, principe qui a ouvert la porte à l’affirmation caractérielle qui est la mienne.

Mais aussi :

:: prendre soin de son apparence, de son enveloppe corporelle, et savoir en jouer si besoin,

:: laver ses collants à la main (bon, ça j’avoue, je le fais pas),

:: traiter les hommes pour ce qu’ils sont (de grands enfants, certes attachants mais immatures),

:: laver son linge sale en famille,

:: chérir ses enfants sans trop leur montrer,

:: et plein d’autres choses hautement polémiques et discutables.

Je vous embrasse les filles. Soyez fortes et prenez soin de vous.

Hé Madame, t’es bonne !

…. C’est par cette douce interpellation en bas de chez moi que je me suis dit qu’il fallait que je communique sur cette opération conjointe entre les Chiennes de Garde et Osez le féminisme concernant l’utilisation administrative et abusive du « mademoiselle ». C’est vrai, « Madame tu es bonne« , c’est mieux que « « Z’etes charmante mademoiselle« , autre gimmick des dragueurs de caniveau.

(Juste après, comme je n’avais pas relevé l’interjection qui se voulait flatteuse à mon égard, le MONSIEUR est devenu fielleux, et alors que je descendais vers le métro il m’a à nouveau hélé « Hé MADAME, tu te trompes, la manif, elle part là bas, de l’autre côté de la rue », en me désignant le cortège des prostituées lyonnaises qui s’étaient rassemblées en bas de chez moi pour manifester contre Collomb. Oué c’est ça gros. Crois me vexer en me confondant avec une fille de joie.)

Bref.

Après le clito, les féministes 2.0 s’attaquent donc à un autre sujet à débat. Ça a fusé (fait le buzz comme ils disent) ces derniers jours sur le ouèbe. Notamment pour fustiger qu’elles avaient que ça a foutre les féministes, se démener pour des combats d’arrière garde. Taratata. Je ne suis pas d’accord.

C’est bien une aberration sexiste, ce distinguo madame / mademoiselle, et les illustrations concrètes dans la vie quotidienne sont nombreuses. Cela rejoint directement mon cheval de bataille sur les noms de jeune de fille. Notre statut marital ne regarde que nous, il ne nous donne pas moins ni plus de droits, et pourquoi devrions nous le mentionner quand les hommes eux n’ont pas à le faire ? Au delà de la simple considération légale et administrative, c’est un recours souvent spécieux pour humilier ou vexer (le plaisir retors de traiter une vieille fille de mademoiselle ou d’induire l’âge d’une autre en l’appelant madame).

Il y a bien un moment où on se rendra à l’évidence que demander l’égalité de traitement entre les hommes et les femmes dans la vie quotidienne n’est pas la marque d’un féminisme revanchard et aigri, voire bourgeois. On en entend hululer, qu’est ce que vous nous emmerdez avec ça, quand des petites filles se font encore exciser, des femmes n’ont pas le droit de vote, se font violer, etc (biffer les mentions inutiles) ? L’un n’empêche pas l’autre. On peut faire progresser la condition féminine et l’égalité hommes / femmes sur tous les fronts.

Tout ça pour dire qu’elle me plaît bien, cette campagne.

(Votez Aubry.)

(Sinon pour ceux qui sont en manque de femmes à poil, j’en ai vu dans les commentaires, peuvent toujours aller voir chez Bonjour Madame si j’y suis. Ou pas.)

Tu la vois ma grosse extimité ?

Tant bien que mal, cela fait maintenant plus de 6 ans que je « gère » mon extimité par ici, ce « désir de dévoiler (ma) vie intime » et qui n’est pas (tout à fait) de l’exhibition. Avec des questionnements récurrents. Qui ont repointé leur nez en ce début d’été grisou.

En termes de tendances, on peut se le dire sans fard, les blogs sont passés de mode. Je suis hazbeen mes enfants c’est un fait (heureusement que je suis followée à donf sur touitteur, sinon je vous raconte pas la claque pour l’égo). Quelque part, tant mieux, ça permet de vivre sa petite addiction un peu plus au calme, sans qu’on cherche à vous décrypter le karma tous les 15 jours. Par ailleurs, c’est surtout dommage à mon sens parce que du coup, ils se font de plus en plus rares, les véritables diaristes, les conteurs narcissiques de leur quotidien, qui vous livrent tout chaud et brut de décoffrage leurs états d’âmes (Folie Privée est reviendue, par exemple, et ça, c’est une grande joie, car elle fait partie de ces conteurs de l’intime qui me ravissent). J’ai la prétention d’en être, de ces diaristes compulsifs, même si depuis 6 ans mon rythme de vie a bien changé, et l’élevage de nains mobilise du temps et de l’énergie au détriment du présent blog (c’est un euphémisme, j’ai même plus le temps de regarder mes ongles pousser). J’ai moins le temps d’en raconter, certes, mais je dois aussi m’astreindre à en dire moins. Pas sur moi directement, mais sur mon environnement, mes proches, qui apprécient parfois diversement, et très moyennement, de se voir croqués au fil de ces pages, même de manière indirecte.

Mon extimité n’est donc pas celle de mes proches. Je le respecte profondément et en prend acte, surtout qu’ils restent prioritaires et essentiels. C’est un peu frustrant parfois, ces coupes que je dois faire dans mes récits ou mes réflexions, mais c’est le prix pour garder la couleur de l’eau de la baignoire : claire et transparente, authentique autant que faire ce peut, mais avec quelques opacités planquées sous la mousse. Les doigts de pieds qui dépassent sont bien les miens, le galbe du mollet n’a pas changé (c’est plus haut que ça blobote sévère, mais c’est un autre sujet), mais il y a une partie de Sasa qui reste à l’abri des regards (et il le vaut mieux sans doute), c’est l’écart entre Sasa et Sabrina.

Je ne suis pas coutumière de ces notes un peu cryptiques, mais voilà, des fois il faut savoir aussi dire certaines choses avec un peu plus de rondeurs que d’autres, c’est important la forme aussi.

Et puis ne vous inquiétez pas trop non plus , de temps en temps, y’aura bien un téton qui surgira de sous la mousse. (Hiiiiiii.)

loulou1

(Faute de téton, un petit cliché de la Dauphine, cette merveille d’enfant – au léger strabisme – qui refuse justement désormais de prendre en bouche le dit téton, visiblement trop peu roboratif au regard des biberons de 240 qu’elle s’enfile 4 fois par jour. La vilaine. La fin de l’allaitement, c’est un cap difficile à passer pour une mère juive comme moi. Je vais m’en remettre hein. Mais c’est tout de même les boules. Heureusement qu’en guise de compensation je vais pouvoir me remettre à picoler à la Winehouse.)

Et surtout, LA SANTE !

C’est tout de même formidable la vie parfois.

En ce qui mer concerne, l’année 2010 a donc fini dans la fièvre (celle de mon enfant, pas celle du samedi soir, ne rêvons pas) et la toux (on dit merci l’angine à streptocoque doublée d’une scarlatine), 2011 commence dans le vomi et les glaires (on fait coucou à la gastro saisonnière).

BONNE ANNEE 2011 à tous donc 😀

An 6

Il paraît donc que pour ne pas être malade de tout l’hiver, il y a une solution radicale : se baigner dans une eau à 6°. Comme le font, entre autres, quelques givrés à Genève. On l’a vu de nos yeux en ce 1 / 1 / 11, car nous étions venus soutenir moralement l’une de nos amies qui participait donc à cet étrange rituel.

Pourquoi me direz vous n’avoir pas trempé l’Héritier dans cette eau gelée, histoire de lui passer l’envie de me faire faire des trajets urgences pédiatriques / pharmacie de garde tous les 15 jours ? Parce qu’à vrai dire, je lui ai déjà fait le coup de la trempette dans le lac, l’été dernier. Alors qu’il jouait (sous ma surveillance) au bord des marches du dit lac, il a glissé en arrière, effectuant une roulade arrière à l’issue de laquelle je l’ai rattrapé, hurlant à plein poumons. Pour la petite histoire, il a refusé de se tremper dans toute autre surface aqueuse n’étant pas son bain, tout le reste de l’été. Ahem.

D’ailleurs, pour ceux qui pensent que les enfants ont une mémoire de poisson rouge, petit démenti par l’exemple. Alors que nous approchions notre destination en voiture, je lui ai désigné le lac comme étant celui de Genève. C’est alors qu’il m’a demandé « c’est le lac où tu m’as laissé tombé dans l’eau la dernière fois ? » Six mois après.

C’est ça mon chéri … le lac où Maman t’a laissé tomber.

Son père était bien évidemment fracturé de rire.

An 3

Pour ce qui ne connaissent donc pas Genève, voici le lac, arrosé par le Rhône (mais baignable, à la différence de sa branche lyonnaise), et à l’arrière son fameux jet d’eau. Pour ma part, je déteste cette ville, je la trouve particulièrement laide et froide, mais je m’y rends pour y cultiver des amitiés bien plus chaleureuses et bien moins grises, fort heureusement.

An 2

An 1

Ce qui est rassurant, c’est qu’ils étaient assez peu nombreux somme toute, bien que très déterminés. Je me serais bien joints à eux, mais étant enceinte, j’ai pas le droit de boire. J’allais tout de même pas me baigner en bikini dans une eau à 6° avec zéro carotte (comme genre au hasard une coupe de champagne) pour me motiver.

An 4

En tous cas Vanessa était A BLOC.

An 5

Voilà, une bonne partie de l’équipe genevoise du réveillon (9 adultes, 6,5 gnomes, dont le nôtre, qui baille au centre de la photo), réunie pour la postérité.

En tous cas, en 2011, je vous souhaite le meilleur, le bon et le beau, pour vous et les vôtres, et surtout, surtout, LA SANTE. Parce que finalement, c’est quand elle vous lâche, sa pute la mère nature / la santé, que vous vous rendez compte combien elle conditionne votre vie. Pour ma part, entre la grossesse et ses menus tracas (non, je ne détaillerais pas ici mes reflux gastriques, ma sciatique et autres joyeusetés conséquentes à mon état), les maladies infantiles que l’Héritier se chope à répétition (sans doute pour me punir UN PEU de lui imposer bientôt une frangine), qui ne sont finalement que peu de choses, je vois déjà les répercussions sur ma vie, mon quotidien, mon humeur, … Et j’ai aussi une pensée pour ceux et celles qui affrontent bien pire, bien plus lourd, directement ou dans leur entourage proche (des bécots). Prenez soin de vous et des vôtres.

En tous cas, pour l’instant, pas d’inquiétude à avoir pour la santé de la Dauphine, je l’ai vue à la télé pas plus tard qu’hier lors de l’écho du 8ème mois. Elle se porte très bien, la coquine, puisque le gynéco me prédit qu’elle pèsera sans doute à l’arrivée le même poids que son ainé. Soit 4,2 kg.

OUIIIIIN.

(Cette après-midi, j’ai été très ASSIDUE à mon RDV chez l’anesthésiste, je lui ai promis BEAUCOUP si pour cette fois, sa mère la péridurale pouvait fonctionner.)

Animal social (portant des claquettes de piscine)

Demain sort le film de Fincher sur la « saga » Facebook (le terme de saga me fait toujours rire employé comme cela, je m’attends toujours à voir sortir du bois Stéphane Bern et ses bouclettes pour nous entretenir des hémorroïdes de la Reine d’Angleterre), que je compte bien aller voir (ce qui porterait mon capital ciné du mois à 3, autant dire que je suis assez follement ambitieuse ces temps ci).

Parce que j’aime bien généralement ce que fait Fincher.

(Parce que y’a Justiiiiin dedans.)

Parce que quoi que l’on en pense, on ne peux pas nier que FB fasse partie d’une révolution sociale planétaire qui nous a tous impactés. On a les révolutions qu’on mérite  …

Et parce que je veux connaître l’histoire du mec qui tout en étant plein aux as continue de porter des claquettes de piscine au boulot (ce qui est quand même la grole masculine plus débandante que je connaisse).

(Un jour, je vous montrerais, j’ai fait un roman photo dont le « personnage » principal est une paire de claquettes de piscine. Je suis une artiste.)

FB je m’y suis inscrite en 2007, quasiment en même temps que Twitter ou presque. Avec une différence majeure, puisque je suis sur FB sous mon identité « réelle », alors que je suis sous Twitter en tant que blogueuse (bonjour le statut glorieux). Amusant au passage de voir qu’en 2007, je disais me servir très peu de Twitter, alors que j’y publie désormais des choses passionnantes quasiment quotidiennement. Par contre, sur FB, ça n’a pas changé d’un iota. Je reste relativement méfiante vis à vis de l’outil : j’accepte peu de monde (surtout quand je ne les connais pas IRL), je m’inscris pas ou peu à des « clubs », refuse les applis, surtout celles qui permettent la localisation, je privatise tout ce que je peux, et j’y publie peu d’infos / de photos des miens et de moi.

Je sais bien que cette « méfiance » vis à vis de FB peut sembler paradoxale de ma part, puisque je m’affiche sur la toile, plus ou moins habillée (il paraît), ici ou ailleurs. Sans parler de soin particulier portée à ma e-réputation, il reste que je suis (aussi) épouse, mère, employée et employeur, et que je reste soucieuse de rendre mes deux « mondes« , le virtuel et le réel, relativement imperméables. (Merci aux geeks parmi mon lectorat de m’épargner leurs enquêtes en mode gogo-gadget, oui je sais, quelques recherches un peu poussées peuvent me rendre identifiable sur la toile y compris sur ce blog. J’assume tout de même mes publications – d’un strict point de vue légal – et je ne vais pas non plus ouvrir une domiciliation bancaire aux îles Caïman pour payer mon obole annuelle à ces sangsues d’OVH.)

Quand je fais passer un entretien de recrutement (et j’adore ça), je suis la première à passer le prénom+nom du candidat sous Google / FB pour essayer d’en savoir un peu plus (et ces petits saligauds de candidats en font de même). Pas tant pour chercher la faille que pour humaniser des candidats qui veulent souvent à priori se faire passer pour des über-mensch dans leurs profils (CV / LM). Généralement, je ne trouve d’ailleurs rien de bien compromettant, car je pense que ceux qui sont en recherche d’emploi sont assez aguerris pour ne pas se griller en laissant des photos d’eux en train de nager dans leur vomi en fin de soirée (et après tout, nager dans son vomi, ça arrive malencontreusement à des gens très bien, l’Epoux me surnomme d’ailleurs Jimmy Hendrix).

Par contre, quitte à passer pour une vieille réac (ce que je commence sans doute à être), je suis assez effarée de voir, en particulier chez les ados (j’ai en « cas pratique » une ribambelle de cousins qui ont entre 12 et 17 ans, et qui m’ont acceptée comme amie sur FB, les inconscients) le manque de précautions concernant les usages sociaux du ouèbe. Et encore, à eux on peut leur trouver en excuse leur jeune âge et inconscience. Car il en va de même pour pas mal de 18 / 25, voire des comportement étonnamment puérils chez les 25 / 35 ans. Que l’on puisse livrer, sous sa véritable identité, au vu et au su de ses proches, de sa famille notamment, mais aussi de ses collègues d’école, de fac ou de travail des anecdotes (« j’ai pas fait caca ce matin alors que j’ai poussé très fort » / « ma prof de franssé est une conasse, LOL« ), états d’âmes petits (« je crois que je vais m’acheter l’iPhone 4« ) et grands (« trop in love de Kévin, il faut vite ke je fasse gicler cette Brenda », « je pendrais bien ma belle-mère avec les tripes de mon beau-frère ») ou règlements de comptes explicites (« que le crevard de voisin qui a emprunté mon vélo se dénonce immédiatement« ), ça me troue (toutes les phrases entre guillemets sont quasi authentiques).

(Je vous expose aussi la « théorie du complot » par l’Epoux, qui pense que sur FB, des voleurs potentiels repèrent les gens qui annoncent leur départ en vacances, pour aller ensuite piller leur domicile en toute tranquillité.)

Au-delà des risques pris, matériels et relationnels (la presse se fait volontiers l’écho amplifié de gamins harcelés sur FB, ou qui se suicident suite à publication de photos / vidéos compromettantes), il y a aussi dans le flux continu et un peu lassant des « fils d’actu » sur FB un côté assez pathétique d’exhibition d’un quotidien pas toujours palpitant, avec l’impression que certains s’astreignent presque à un « been there, done that » (je n’arrive pas à traduire correctement cette phrase) systématique.

Je comprends que venant de ma part, qui fait aussi oeuvre d’exhibition et d’étalage plus ou moins régulier de (une partie de) ma vie ici-même, l’observation puisse se retourner contre moi. Oui mais non. Je ne suis pas ici en tant que Sabrina, mais en tant que Sasa, ce qui change la donne (au moins de mon point de vue). Cela demande une certaine schizophrénie, mais je ne suis pas que ce que vous voyez ici, et je ne suis pas toujours ailleurs ce que vous voyez ici non plus (cette phrase est lumineuse). D’ailleurs, je rabroue volontiers les quelques proches (ils sont une minorité, et ils s’améliorent avec le temps) qui confondent mon blog avec un canal d’info sur mon quotidien. Surtout, la grande différence à mon sens est le travail d’écriture. Je ne me contente pas de nodules en 140 caractères sur Twitter, et ne me satisfait donc pas non plus du caractère lapidaire et illustratif de FB. Le blog est un espace d’écriture, de prise de recul, et l’intimité que l’on y révèle (ou que l’on travestit) y est scénarisée, réécrite, et donc ainsi transformée. C’est d’ailleurs pour le plaisir de lire des quotidiens revus sous une plume habile / rigolarde / émouvante que je lis (trop) de blogs. Et à côté d’eux, les pages FB me semblent bien fades et creuses.

La BA de « The social network« , demain en salles donc.

VDM, V point meuf

Après l’inégal VDM (je lui préfère presque Mon pire coup, sans parler de notre blog collectif de La Looze), voici venu un petit nouveau, lancé par le collectif Osez le féminisme, Vie de Meuf.

Le principe est simple. Je cite :

27 ans après la première loi sur l’égalité professionnelle, les femmes touchent toujours des salaires inférieurs de 27% à ceux des hommes et constituent 80% des travailleurs précaires. Ce blog a été ouvert par Osez le féminisme pour mettre en lumière ces inégalités flagrantes entre les femmes et les hommes dans le monde du travail et exiger des mesures de la part des pouvoirs publics. Discriminations, sexisme, inégalités de salaires, entretiens d’embauche, montant des retraites, congé maternité ou prise de responsabilité : cliquez ici pour raconter votre « vie de meuf ».

Alors comme toujours, les plans looze des autres, ça console pas, mais un peu quand même, surtout quand on est une femme et qu’on a l’affront de vouloir occuper un emploi (et même parfois, autre chose que du secrétariat). Je trouve intelligent de la part d’Osez le féminisme de prendre le parti de l’humour (même qui grince), pour dénoncer ces tracas de ce que j’appelle la misogynie ordinaire. Mes expériences personnelles en la matière sont légion, et j’aime à les raconter ici.

Comme ce client qui m’offre des fleurs pour me « consoler » d’une réunion très difficile.

Comme cet animateur dans le cadre d’un débat, où je suis la seule femme à intervenir, et la seule oratrice dont il « oublie » le nom.

Même si en la matière, le souvenir le plus mémorable reste cet élu local, au tout début de ma « carrière », qui est venu me voir en fin de présentation avec les yeux qui brillaient et la langue pendante, me déclarer, sans honte aucune « le meilleur moment de la réunion, mademoiselle, c’est quand vous avez fait tomber la veste ».

Garanti 100% authentique.

A vous de jouer mesdames, sur VDM.

Le cul fait vendre (il paraît)

Je suis plutôt mal placée (il paraît) pour jouer les mères la pudeur (et en fait, je fais aussi assez mal la mère tout court, mais c’est un autre sujet, je vous en parlerait, j’ai été traumatisé dans le ELLE de la semaine dernière par un papier sur le dernier bouquin d’Aldo Naouri, pédopsy psychopathe).

Je sais bien que deux choses font tourner le monde, l’argent, et le cul. C’est aussi pour cela que le mélange des deux ne me gène pas forcément. Et par ailleurs, j’ai beaucoup de respect pour l’argent (je sais ce qu’en gagner m’apporte), et j’ai aussi beaucoup d’intérêt pour le cul (beaucoup).

Toujours est-il que je commence à être (un poil) exaspérée par ce pli systématique de sexualiser (et de manière sexiste qui plus est) toutes les campagnes publicitaires.

Ce matin, j’ai vaguement haussé un sourcil à la vue de ceci. (Ce qui serait donc apparemment une pub pour une banque. A part celle que j’ai prise en photo ce matin à la Gare de la Part Dieu, et donc jouant subtilement avec la métaphore de la prostitution, j’ai découvert aussi dans le RER parisien une  autre affiche, de la même campagne, utilisant des allusions homosexuelles, avec une affiche d’un rouquin qui clame qu’il l’a fait avec un ami. Ah ah.)

Cette après-midi, l’ami Riton m’a envoyé le communiqué de presse de Saez (parce qu’on est jeeeeuuuunes et cooooons, ça vous rappelle peut être quelque chose). Le dit Saez qui est tout chagrin parce qu’on lui a refusé l’affichage de ceci dans les lieux publics. (Alors qu’elle a été prise par Mondino, rendez-vous compte.)

Bah. Une blonde peroxydée à oualpé dans un caddie. Si on y regarde de près, il faut bien avouer qu’on lui voit la religion à la dame (de confession épilée très probablement).

Bon à la lecture du dit communiqué, je me MARRE doucement. Ca me rappelle Pagny qui avait réussi à faire une chanson de ses démélées avec le fisc, en faisant passer sa fuite patagonienne pour une posture intellectuelle et philosophique. Nan mais arrêtons. Il a voulu une affiche provoc, il s’est fait tapé sur les doigts, ce n’est pas toute sa sensibilité artistique qui est remise en cause.

Ce n’est pas parce que les lobbies de la grande distribution se sont mis en branle que l’affiche (pour un concert complet) ne vienne attenter à l’image du caddie comme il dit (non parce que l’image de la femme, franchement …). Je ne crois pas aux grandes conspirations. Basiquement, la photo est crue, on comprend qu’un affichage public puisse heurter les sensibilités les plus jeunes (oui, bien sûr, il suffit de se promener sur internet / chatroulette / mon blog 3 minutes pour voir pire, mais ce ne sont pas des lieux publics). Là où la pub qui m’énerve, et qui tout aussi bêtement provocatrice, n’est pas déchiffrable pour un enfant. Et ne compare pas explicitement la femme à une marchand

Mon frère (qui a 6 ans de moins que moi, El Padrino) m’a raconté qu’il avait été très frustré, étant petit, de ne pas comprendre une blague cochonne qu’avait raconté mon père, et qui me faisait hurler de rire (la blague des nonnes à qui on annonce le repas du soir. Des carottes. Ouéééééé. Rapées. Ooooooh – elle est mauvaise je sais). Pour autant, quand il avait été en âge de la comprendre, certaines choses s’étaient éclairé d’un jour nouveau 😉 Petit parallèle pour illiustrer que je considère comme normal que chacun ait une liberté de parole, d’expression (artistique, politique, littéraire, publicitaire même), mais que je considère tout aussi normal qu’on préserve les yeux et les oreilles de ceux qui n’ont pas toutes les clefs pour décrypter certaines choses. Cette affiche en fait partie.

(Et je prierais à Damien Saez de laisser ma chatte tranquille, je lui garantis que je suis TRES attentive à ce que l’on fourre dedans.)

Edit : Maia donne un avis assez proche du mien, je trouve, ici.

POUR INFO.

Saez dit plus exactement les choses suivantes (reproduction du communiqué)

Allo Paris bonjour tristesse.

Notre photo, une femme nue dans un caddie, utilisée comme visuel de notre album et comme affiche de concert, a été interdite dans les couloirs des métros et sur les kiosques à journaux.

Dans une seconde étape, une autre affiche textuelle signifiant cette interdiction l’a été à son tour par tous les réseaux publicitaires, méprisant ainsi et la liberté de l’art et la liberté d’expression.

Une femme nue dans un caddie, outrage aux moeurs du commerce ? Remise en question du système ? Droit d’informer ? Quel crime avons nous donc commis ? Cette interdiction aurait pour but, qu’ils disent, de protéger l’image de la nature humaine, j’en doute. Mais protéger l’image du caddie ? Ca c’est certain. Les publicistes portant le drapeau de la nature féminine… Faîtes moi rire… Une chose est sûre, les caddies valent plus que les hommes dans nos pays. Quand les bureaux du commerce prennent des allures d’entrée de boites de nuit, quand la ségrégation outre raciale en devient culturelle, la honte grandit.

J’ai honte pour ces gens, honte pour mon pays, honte pour ce qu’il est devenu, honte pour cette auto-censure que la société s’inflige à chaque fois qu’elle ouvre sa bouche. Et dire que nous étions d’avant-garde un jour..

Alors que le vulgaire à outrance et les illégalités font rage sur chaque devanture et dans ces mêmes couloirs de métro, alors que nous vendons nos chairs, à tort et à travers, pour n’importequel inutile qu’il faudra vendre aux enfants, alors que la femme n’a jamais été autant méprisée dans sa qualité d’être humain autre que celle d’être une chatte béante dans laquelle on refourgue tous les artifices du nouveau monde, voilà que les petits capos voient de l’outrage quand le féminisme est à son expression la plus pure.

Mais quelle est cette douleur qui fait si mal dans les p’tits slips des p’tits capitalistes d’arrêt de bus ? Les miroirs feraient-ils donc si peur à ceux qui n’aiment pas leur visage ? D’abord une photo, puis des mots…. Dis quand viendra le temps où nous reverrons la liberté ailleurs que sur nos billets de banque ?

Cet album que nous sortons est l’oeuvre de deux ans de travail, d’écriture, de production, de musique, de réflexion, d’argent et surtout de temps. Un art populaire mis à mal par les pilleurs de tombeaux que sont tous les vendeurs de câbles en tous genres.

Je suis parti des majors company pour ne pas finir en abonnement téléphonique, en sonnerie de portable vendue à des crétins.

Bien sûr on est blasé de tout, bien sûr on ne s’étonne plus de rien, bien sûr ça n’est pas grand chose, qu’une photo aujourd’hui, quoi demain ?

Bien sûr je continuerai à être libre, bien sûr qu’on galère tous à faire nos courses, bien sûr qu’il y a toujours plus grave, bien sûr, bien sûr… Mais les symboles sont là pour stigmatiser très souvent des maux bien plus profonds, et les choses sans grande importance à première vue cachent souvent des forêts qui le jour où elles prennent feux font bien plus de dégâts que la liberté.