Sexisme, égalité dans le monde du travail et parentalité (mes thèmes de campagne pour 2012)

Une fois n’est pas coutume, je vais dire ici du bien de Laurence Parisot (roulements de tambours).

Depuis quelques semaines, la patronne du MEDEF s’exprime assez vivement sur les questions d’égalité homme / femme et de traitement du sexisme dans le monde du travail. Je suis contente qu’elle le fasse, à son niveau, car elle bénéficie tout de même d’une audience supérieure à la mienne quand je narre mes « petits contes du sexisme ordinaire » de cadre en entreprise. Elle donne un exemple d’ailleurs très concret (et banal à pleurer) de la manière dont elle même a pu être victime de sexisme lors d’un recrutement. C’est important qu’elle l’exprime ainsi, de manière franche et pragmatique, car c’est de mon point de vue la 1ère barrière à lever : le monde du travail (et le monde tout court j’ai envie de dire) reste hautement sexiste. Et il m’est de plus en plus insupportable de voir les haussements d’épaules amusés de ces messieurs lorsque l’on vient à émettre à haute voix que certains comportements ne sont pas admissibles, même au nom de la gauloiserie qui habite le commun des français (et pas la peine d’aller jusqu’à l’affaire DSK pour en entendre des énormes).

Au-delà du constat, il y a ensuite la question des mesures correctrices à prendre, si tant est que l’on souhaite y remédier. En faire un thème majeur de la campagne présidentielle à venir, pourquoi pas. Après tout, quand on voit déjà les remarques immondes qu’essuie Martine Aubry parce qu’elle est femme en politique, pas encore candidate, et celles qu’avait enduré Ségolène Royal, on peut se dire qu’elles auraient elles mêmes tout intérêt à prendre le macho par les cornes. De là à réclamer un Ministère en charge de l’égalité, je ne sais pas à vrai dire si cela sera d’une grande utilité pour faire avancer les choses. Pourquoi pas. Mais pitié, qu’on nous épargne le Grenelle de l’égalité entre les sexes (à mon sens, les Grenelle et autres débats publics à rallonge, ce n’est jamais que la traduction à grande échelle de notre goût immodéré et très français pour la réunionnite : beaucoup de tchatche, d’affichage, de concertation entre têtes plus ou moins bien pensantes, mais peu de résultats et mesures concrets). Laurence Parisot en émet quelques unes, de pistes.

Concernant les attaques sexistes dans la vie publique (publicité, débats publics), en tant qu’ancienne sympathisante des Chiennes de Garde, je ne dirais pas le contraire. De la même manière qu’aujourd’hui on ne tolère pas les remarques racistes et antisémites, je ne vois pas pourquoi il y aurait une plus grande mansuétude pour les remarques sexistes. Après, certains diront que c’est casser le thermomètre pour éviter la fièvre, et que ce n’est pas parce qu’on sanctionnera les injures émises que les incriminés n’en penseront pas moins. Tant pis. Il faudra bien qu’un jour, les hommes (au sens humanité, il y a bien des femmes pour casser du sucre sur leurs congénères, pas de souci) comprennent que traiter une femme de grosse pute n’est pas une licence poétique, bordel.

Concernant l’égalité dans le monde du travail, c’est un point plus difficile. Aujourd’hui, de la même manière qu’il existe une loi en politique sur la parité, les entreprises (au delà d’un certain nombre de salariés) sont soumises également à observer la situation comparée des hommes et des femmes (accès à des postes d’encadrement, rémunérations à postes équivalents), et à corriger les écarts. Et cela se fait très bien dans certaines (très grandes) entreprises, qui ont une tradition sociale forte. Mais en majorité on en reste au plafond de verre : les femmes accèdent moins à des postes à responsabilité que les hommes (on salue Anne Lauvergeon, notre dernière représentante au CAC 40, évincée il y a quelques jours), et affichent des salaires inférieurs à niveau de responsabilité / compétence équivalent.

Pourtant, tout le monde s’accorde à dire que les femmes dans le monde du travail c’est soit disant génial (moins carriéristes, plus dans le dialogue, le management, la conciliation). FOUTAISE. On s’en cogne, qu’une femme exerce ses fonctions différemment parce qu’elle est femme (ce qui reste par ailleurs à prouver), ce que l’on demande, c’est qu’elles ne soient pas marginalisées parce qu’elles sont femmes (c-à-d font des enfants principalement). Et pour cela, je ne vois moi qu’une solution : les quotas (et des quotas qu’on suit, pas comme la loi sur la parité en politique hein). Et pas seulement dans les conseils d’administration. Dans toutes les strates. M’en cogne que l’on dise que certaines accéderont à des postes sans le mériter (ça ne sera pas les premières) ou même sans le vouloir (vaste blague, qui ne veut pas accéder à un travail plus intéressant et mieux rémunéré). Si cela permet qu’une génération corrige le déséquilibre et qu’ensuite on rentre dans une normalité, ça sera suffisant.

Concernant la parentalité, Parisot réagit notamment aux conclusions du Rapport Gresy (Olympe détaille les mesures au fur et à mesure), et promeut principalement l’accès des hommes à un congé paternité amélioré, qui serait d’un mois environ (proposition Gresy). Je pense que sur le principe les proposition du rapport Gresy vont dans le bon sens : c’est en permettant aux hommes de s’impliquer plus dans les 1ères semaines de vie de l’enfant qu’ils « prendront le pli » pour la suite, et pourront mieux partager avec les femmes les tâches (quotidiennes, harassantes et peu valorisantes / valorisées) de la parentalité. C’est aussi en ayant un vrai congé parental où ils largueront le boulot pour de vrai quelques semaines que ces messieurs apprendront que nul n’est irremplaçable (au travail), et qu’ils peuvent se consacrer à leur enfant de manière privilégiée sans que leur carrière n’en pâtisse. Toutefois si l’entreprise le permet, voire le rend obligatoire (parce que j’en connais des jeunes pères qui préfèrent taffer plutôt que changer des couches).

Pour autant, la mesure proposée me paraît presque trop tiède. Parce qu’à mon sens ce n’est pas que le congé paternité qui est trop court et pas assez indemnisé, c’est aussi le congé maternité (et là je crois que Parisot ne me suit pas). Après l’expérience de 2 enfants, je peux le dire : les 6 premiers mois de l’enfant, ils sont fondamentaux et fondateurs, pour tout le monde, on devient des parents au contact de ses enfants, c’est tout simple, ça ne s’apprend pas dans les livres, ni en passant juste 1 heure par jour avec eux. Et le larguer à un tiers à 2 mois 1/2, ça ne permet pas de faire cet apprentissage, même pour la mère (alors que dire pour le père). Là dessus, je pense qu’il faut lorgner du côté du modèle canadien, qui est respectueux du choix de chacun (il est possible de reprendre à travailler plus tôt), tout en permettant au père comme à la mère, de bénéficier jusqu’à un an de congé parental (ce qui me paraît l’idéal) correctement indemnisé.

Tout ça pour dire que si c’est aujourd’hui Parisot qui parle le plus fort de ces questions cruciales à mes yeux (lutte contre le sexisme, égalité hommes / femmes dans le travail, partage de la parentalité), j’espère bien que « mon » camp politique va savoir aussi investir correctement ce champ lors de la campagne à venir. Sachant qu’avoir des femmes présentes aux primaires est sans doute nécessaire mais pas suffisant, car nous sommes (les femmes) souvent nos meilleures ennemies.

(Il y a bien la proposition 13 du projet 2012, mais elle envoie pas du rêve et ne répond pas vraiment à tous les enjeux à couvrir.)

Sexisme ordinaire au travail

J’en ai parlé ici à demi mot cette semaine, j’ai subi cette semaine un moment professionnel assez difficile. Encore une fois, je ne peux en raconter grand chose sans réveler des aspects de mon travail que je ne souhaite pas exposer. Il faut juste savoir que l’intégrité et l’objectivité d’un audit que j’ai réalisé (avec une équipe autour de moi) ont été remis en cause, devant une assemblée partiellement partisane, et qui a utilisé des moyens détournés pour essayer de déstabiliser mon équipe et son travail. Les méthodes employées m’ont révulsé, mais j’étais tenue à un droit de réserve devant la dite assemblée. J’ai serré les dents, courbé l’échine, laissé passé l’orage, mais il a fallu que je quitte à un moment la séance pour décompresser (petit euphémisme pour dire que j’ai lâché les vannes grave).

Bref, à la suite de quoi mon chef, ainsi que d’autres personnes présentes dans l’assemblée, m’ont rassuré sur mon intégrité, la qualité du travail de mon équipe, et gna gna gna, mais j’étais tout de même assez destabilisée. Même si en l’occurrence ce n’était pas moi qui était remise en cause personnellement, j’ai mal vécu toute cette histoire. Je suis une bestiole susceptible et parfois je prends un peu trop les choses à coeur.

Hier, j’ai reçu un mail de ma secrétaire, qui m’a informée qu’un des chefs d’entreprise présent lors de cette pénible séance m’avait envoyé un MAAAAAAGNIFIQUE bouquet de fleurs par porteur au bureau à Lyon. Bien entendu, en bonne midinette, j’ai d’abord rougi jusqu’aux oreilles. Et après, je me suis sentie quelque peu mal à l’aise.

A première approche, c’est une attention délicate. Il a bien compris que j’avais mal vécu cette séance, que ça avait été un moment difficile, et a marqué par son geste sa solidarité, sa compréhension. Mais voilà, il m’a envoyé des fleurs. J’aurais été un homme, il m’aurait passé une bourrade dans le dos, payé un coup à boire, et basta. Et des fleurs, là, ben ça me gêne. Parce qu’on offre pas des fleurs à une relation de travail. On offre des fleurs à une femme. Et moi, ça me gonfle d’être considérée comme une femme dans mon travail. Mais c’est de ma faute, parce qu’en montrant ma sensibilité (toute féminine bordel), que je prenais à coeur une question qui aurait du rester professionnelle, hé bien c’est moi qui ait ouvert la porte à un traitement sexiste de ma personne.

Fait chier quoi.

Je préfère boire des bières plutôt que recevoir des fleurs. D’une relation de travail, et non d’un homme (oui parce que si l’Epoux me paye une bière pour la St Valentin, je risque de le prendre assez mal).