Au petit matin … Un conte de Noël et une foule sentimentale

Il est des billets que je ne suis pas capable d’écrire autrement que dans les conditions qui sont réunies en ce moment même : une journée très longue qui vient de s’écouler (presque 24 heures debout, un jogging, une visite aux parents, quelques achats de Noël en retard, des amis et de la famille au téléphone), puis une soirée et une nuit quelque peu alcoolisées, la foule et la musique, cet étourdissement dans lequel on tend parfois à s’oublier, pour mieux se rappeler ce que nous sommes, une fois le bruit arrêté, la solitude regagnée.

Une anecdote de Noël, que j’hésitais à raconter, moi qui ne voulait pas ajouter une pierre par trop pessimiste aux doutes déjà lisibles par ailleurs sur la blogosphère. Tant pis, je suis « in the mood for ».

J’étais dans le métro, comme chaque matin, assise dans un wagon vers la Part Dieu. A un arrêt, monte et s’installe en face de moi un homme âgé, sans doute près de 70 ans. Il est très grand, maigre, mal rasé et mal habillé, maladroit dans ses mouvements, et dégage une odeur désagréable, entêtante, reconnaissable entre mille, celle des gens qui ne se lavent pas tous les jours. Il est complétement recroquevillé sur lui-même, essayant de se faire le plus discret, lui et son encombrante et odorante carcasse, dont il a visiblement honte.

Je vois ses mains, je les fixe. Elles se lient et se délient, se serrent souvent, grandes mains jaunies par la cigarette, en des suppliques silencieuses. Je n’arrive plus à détacher mes yeux de ces mains. Elles ont tout hapé, moi qui somnolait un peu sur mon siège, encombrée de pensées un peu vaines (un dossier à boucler, un client à rappeler, une amie à sermoner, un cadeau à faire). D’un coup, mon oppulence, ma fatuité, mon inutilité crasse m’asaillent, face à cet homme tête baissée, qui fait tout pour éviter qu’on le remarque, lui et son indigence.

Quelle aide puis-je lui apporter, lui qui fait tout pour ne pas inspirer cette piété (pitié) bien-pensante ? Alors je le regarde en face , essaye de capter son attention, et de mettre le plus d’humanité possible dans mon regard. Quand son regard accroche enfin le mien, l’innatendu se produit alors. Dans cette échange silencieux, je suis soudain assaillie par une émotion insoutenable, comme si brusquement, j’étais submergée par l’injustice de cette terre et de cette vie, et j’éclate en sanglots. Pauvre conne.

Alors l’homme prend mes mains dans les siennes, et doucement, les serre. Je ne saurais dire ce qu’il a compris de mes pleurs. Chagrin d’amour, crise compationnelle, ou autre. Je me souviendrai juste de cet homme, qui dénué de tout, m’a tendu la main … Joli cadeau de Noël, dont je me souviendrais.

… Nous ne sommes qu’une Foule sentimentale, d’Alain Souchon, chantée ici avec Vanessa Paradis.

7 réponses sur “Au petit matin … Un conte de Noël et une foule sentimentale”

  1. Merci les enfants de vos compliments(et pour les appels ce matin !) et de vos voeux, ça me touche !

    Denis, un jour je t’expliquerai ce que veulent dire les lettres ABC pour l’Epoux & moi. Tu seras surpris .. .

  2. euh ça veut dire Ah Bra Carambar ?
    plaisanterie mise a part, c’est une jolie histoire.
    de bonne fêtes a toi, a l’époux et a tes lecteurs.

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