Dans ces bras là (enfin quand on arrivera à se comprendre)

Titre emprunté (à dessein) au très bon roman de Camille Laurens.

Alice (sur son blog Bien en chair) évoquait aujourd’hui ce qui l’attire chez un homme. Elle cite trois prérequis : le style, l’assurance, les muscles. Elle explique ses choix, et je les comprends. Même si je ne les partage pas tous, et ne les mettrait pas dans le même ordre. Ensuite, dans les commentaires, un certain Point-G Dit prend la peine de revenir en détail sur ces critères, notamment le second, qui revient souvent dans les conversations de salons (bon, ok, quand on glousse entre nous affalées devant des cocktails fortement alcoolisées). Alice évoque « la prise de risque » dans le rapport de séduction, de plus en plus rare chez l’homme (un point de vue partagé chez beaucoup de filles), son commentateur réplique « repères et signes de séduction brouillés« , pour finir sur l’inévitable axiome des années 2000 « m’enfin mesdames, vous avez voulu l’égalité, alors séduisez nous à votre tour, on n’est pas que des couilles sur pattes« .

Sur cette question, on peut toujours relire « Le musée de l’homme » de David Abiker, sorti en 2005, et qui évoque très bien de cette supposée perte de repères, vu depuis chez ces messieurs. Depuis quelques années, j’ai pu recueillir des témoignages d’amies célibataires, et il semblerait bien que le dialogue soit de plus en plus tendu et chargé d’incompréhensions. Et surtout, le serpent (de la luxure) tend à se mordre la queue, si je puis dire …. En essayant d’être schématique :

Vulva (c’est pour la démonstration, je n’ai aucune copine qui porte ce doux prénom) apprécie d’être draguée, c’est bon pour l’égo, quoi qu’elle en dise (et plus longtemps dure le célibat, plus le besoin de réassurance est fort. De toutes manières, ce besoin est intrinsèque à la nature féminine, celles qui nient sont des menteuses). Mais il faut que la drague soit originale, sans être lourde, et faite tout de même avec conviction et allant (l’assurance dont parle Alice). Parce que le temps où l’homme traînait la femme par les cheveux pour aller la sauter au fond de la caverne, c’est fini, même si Vulva apprécie quelques signes subtils de domination masculine (et non je ne parle pas d’une carte Gold et d’une grosse bagnole). Certes, ce n’est pas évident à saisir, mais l’essence du bidule est là. On veut des hommes, des vrais, mais intelligents et sensibles et bien membrés. Et on peut tout à fait comprendre que tout cela soit très exigeant. Mais de l’autre bord, est ce que la société n’a pas développé de grandes exigences vis à vis des femmes, tout aussi éreintantes (bien roulées, bonnes au pieu, professionnelles aguerries et mères exemplaires) ?

Alors dans ce contexte darwinien en diable, quand Vulva se trouve confrontée à son propre désir, de plus en plus souvent, elle attaque, et se lance d’elle même à la conquête de l’homme. Mais là, deux écueils majeurs surgissent. Parce que la révolution tellement attendue dans les rapports hommes / femmes n’a pas achevé sa rotation, et qu’une femme qui drague, elle risque doublement de se vautrer.

1. Parce que quoi que l’on en dise, une femme qui va au-devant de son propre désir, elle risque encore souvent aujourd’hui de passer pour une amazone (métaphore pour ne parler d’une salope), et d’effaroucher la bête (moi, je ne mange pas de ce pain là madame ….). Parce que si ces messieurs réclament que les filles passent à l’acte, concrètement, ça fait encore un peu peur. Alors, révolution des moeurs non achevée ou méthodes maladroites en cause, le résultat est le même, l’échec.

2. Parce que plus prosaïquement, et là, j’ai une brouette d’exemples, 4 fois sur 5, les messages ne passent pas. Oui, Vulva s’efforce de donner des signaux signifiant son désir, son intérêt pour le monsieur, tout en subtilité et en délicatesse et en face, c’est le néant, l’absence totale de réaction. Et c’est l’ébétement total quand à bout de force, par dépit, Vulva finit un soir par se jeter bouche ouverte sur sa proie, pour le violer furieusement (c’est une image). C’est là qu’en général l’homme couine « aaaah mais je pensais que tu voulais qu’on soit juste amis ».
« Arrrrgh, pauvre con, et depuis quand tu y crois à l’amitié homme / femme, entre deux célibataires ? » crache Vulva, excédée.

A force de deviser régulièrement sur le sujet (un puits sans fond), on s’est dit que c’était en fin de compte les sociétés traditionnelles qui avaient inventé les meilleurs remèdes à l’incommunicabilité entre les sexes. Et notamment celles (en Inde je crois) où des codes simples, visuels (couleurs, grigris), existent entre les célibataires d’une tribu, pour signifier leur position de principe, et leur niveau d’ouverture (et non, je vous vois venir, Meetic n’est pas le grigri XXIème siècle, faut pas déconner). Bon, ça c’est les jours de découragement, parce que les autres on se dit surtout que ces moments d’incertitude, de tâtonnements, de désirs mal dissimulés et pas (encore) comblés, ce sont les meilleurs, avant de pouvoir tomber « dans ces bras là » ….

PS : et surtout, ne pas aller sur le ouèbe pour chercher des conseils de séduction, sinon, vous tomberez sur ce genre de trucs. L’horreur.

Edit de mardi : j’ai réussi à publier dans les commentaires une expérience sociologique très intéressante communiquée par un lecteur assidu. Alors c’est pas facile à lire, bicoz la mise en page saute, mais ça vaut la peine de la lire, c’est édifiant. Merci à lui.

7 réponses sur “Dans ces bras là (enfin quand on arrivera à se comprendre)”

  1. horreur, horreur, je pense que vous n’avez pas suffisemment parcouru le site en profondeur avant d’émettre un tel jugement, il est facile de juger sans connaître le fonds des choses, cordialement

  2. Ah ben si je peux plus donner mon opinion en toute facilité, ici, chez moi, où va-t-on ?

    Blague à part, je l’ai parcouru votre site, et franchement, des articles comme celui-ci http://www.verselejus.com/Commen...

    au hasard, c’est ou du 8ème degré, ou d’un ridicule achevé.
    Comment peut-on dire très sérieusement des choses comme "Les boîtes ne sont pas des lieux pour danser, DANSER est l’excuse, ce sont des lieux pour que des garçons séduisent ou draguent des filles."

    Franchement !!

  3. N’étant pas très objectif sur le sujet, je me suis livré à une petite expérience ce matin autours de la machine à café en expliquant aux jeunes messieurs présents que je soupçonnais une amie proche de m’envoyer qq signaux…mais n’en étant pas sûr… « Mon Dieu, que faire ??? Le résultat était surprenant… sur mes 4 cravatés, on comptait : – 1 frère de PUA, je cite : « Ben tu t’en fous, t’y vas, tu la sautes et tu te poseras les questions après… de toute façon y’a que ça qui les intéresse !!! » – 1 cousin de PUA : « De 2 choses l’une, soit elle te chauffe pour une nuit, soit elle te chauffe sans avoir réellement l’intention d’aller jusqu’au bout, une allumeuse quoi…dans les 2 cas une salope.» – 1 victime des « repères et signes de séduction brouillés »: « La séduction suprême n’est pas d’exprimer son désir, c’est de le faire soupçonner » (citation retrouvée 5 mn plus tard sur citation du monde…connaissant le Monsieur, ça me paraissait trop bien tourné…mais bon, au moins on luit doit le mérite d’avoir réfléchi sur le sujet…néanmoins, à supposer que la Madame aie le même point de vue, on est mal mon bon Monsieur, parce qu’on peut rester longtemps comme ça à feindre de s’ignorer l’un l’autre !!!) – 1 incompris (du moins de moi…) : « Il faut laisser l’eau se calmer avant de s’y baigner » …heu, désolé, là à 8h30, j’ai pas encore branché le décodeur, John ! Bref, entre le mec un peu cash (pour pas dire le chaud de la B—), le frustré, l’aveugle (et fier de l’être !) et le poète attentiste, je reste seul pour départager mon petit monde (j’adore ce petit pouvoir !)… Alors, je lance comme ça l’air de rien : – « …et le plaisir de séduction dans tout ça ? » – … (silence dans l’audience) – « Ce plaisir de désirer l’autre, de lui montrer qu’on la désire, de lui montrer que l’on capte les signes de son désir à elle » – … (silence dans l’audience) Je relance : – «… ha ces seins chauds que soulignent une fine dentelle et qui s’offrent « négligemment » mais généreusement à mon regard…ce parfum… ce regard plein de sensualité et de promesses qui vaut tous les discours et me hante le reste de la journée…faudrait être aveugle pour passer à côté et complètement con pour y être insensible, non ???» (argumentaire inventé pour les besoins de ma petite expérience, toute ressemblance avec un trouble réel serait purement fortuit…) – … (silence dans l’audience) – « … et justement le plaisir de jouer avec ce désir réciproque quand on sait qu’il ne manquera pas de tenir ses promesses ?» – … (silence dans l’audience) Je relance : – «Et enfin, ce doux pincement, lorsque l’on cède et que l’on s’abandonne sans réserve aux plaisirs des sens en s’enivrant physiquement de l’autre … » – … (silence dans l’audience) – « Et les gars, Y’a quelqu’un ? Je parle plaisir, séduction et sexe là, les gars, pas forcément sentiments, ok ? Vous me suivez un peu ? » – … (silence dans l’audience) Et là, mes 4 kékettes…oups… collègues, gobelets fumant et regards hébétés, de me dévisager comme un extra-terrestre : – « Ca va pas, vieux ? T’es dans une mauvaise passe, tu veux en parler ? » – « Non, non…rien de grave. » Conclusion : Je pense que ce n’est pas tant de l’incompréhension qui est en jeu, mais effectivement une perte totale de repères (manque d’assurance ?) et des « stratégies à la con discutables» (manque de style ? stupidité ordinaire ?), qui mènent je te le concède à ce résultat désolant : l’échec et la frustration !

  4. Magnifique note !
    je crois que c’est Elle qui avait consacré un article à "pourquoi les hommes ont-ils plus de pannes qu’avant" : réponse de leur expert : parce qu’ils ne sont pas habitués à être sommés en matière sexuelle, parce qu’ils avaient l’habitude de l’initiative du désir et qu’ils sont paumés maintenant que les femmes expriment le leur. Ca rejoint un peu ton propos (?).

  5. Nicolas M … t’es un garçon très drôle … mais tu dois pas te marrer tous les jours avec tes 4 kékettes .. heu .. collègues … Putain, j’aurai voulu être punaise (quoi L’Epoux c’est déjà fait ???!!!) ou fourmi pour voir la têtes des 4 loustiks … qui ne font pas envie, du tout du tout … je les plains … ces signes dont tu parles font le lit du désir … ça fait du bien de s’autoriser à se faire confiance (et aussi s’autoriser à se planter) … on peut avoir les antennes encrassées parfois, mais c’est très rare … par contre, on peut aussi se prendre le mur car ces signaux peuvent parfois être produit uniquement par narcissisme, pour soigner l’image que l’on a de soi, un comportement tourné vers soi, et non vers l’autre …. là encore ne pas hésiter, goûter … et si c’est le mur, c’est que l’autre n’en vaut pas la peine .. et on passe à la suite pénélope … Et puis il y a une manière de se planter, de trouver des mots pas si maladroits pour l’autre et avec bcp de dérision pour soi …. on est émouvant qd on se plante (joliment)

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