Délectation de la délation

Mon quartier (Jean Macé pour les locaux) abrite un nombre impressionnant de petits bars crasseux, hors d’âge, survivances de sa population ouvrière (parce que maintenant, à 3.000 euros du m²*, ça se bobo-ifie grave par ici, je sais de quoi je parle). Je me suis toujours promis d’y faire un safari photo (c’est pas aussi dépaysant que le Kenya, mais moins dangereux semble t il), immortaliser devantures ringardes, comptoirs et tables de bar en formica antédéluviens auxquels s’accoudent des retraités amorphes et jaunis, clopant mollement de la main gauche, la main droite étant quasiment soudée à une p’tite mousse qu’ils descendent lentement. Ces gars, tu sens qu’ils sont pas là pour se retourner la tête. Non juste fumer tranquillement et tailler la bavette avec les copains, loin des yeux de bobonne. C’est beau de vieillir …

Il y en a à tous les coins de rue de ces refuges à retraités dépités, mais y’a jamais plus de trois consommateurs en même temps, faudrait pas que ça devienne trop bruyant. Je me suis toujours demandé comment tous ces bistrots ne faisaient pas banqueroute, avec le peu de fréquentation qu’ils ont. Avec l’interdiction complète de fumer dans les lieux publics, je crains cependant que leur arrêt de mort ne soit signé pour de bon. A la radio, je ne sais pas ce qu’il leur prend, ils diffusent dans tous les journaux des reportages rassis, pour nous raconter combien l’interdiction est bien entrée en vigueur, et comment tout le monde se tient bien à carreau derrière et devant les comptoirs. Comme si notre peuple d’indiciplinés avait besoin d’exemplarité pour ne pas déraper d’entrée de jeu … Personnellement, en tant qu’ancienne fumeuse aigrie, je prendrais un malin plaisir à dénoncer le premier non respect du décret, rien que pour le sport et voir si effectivement des sanctions sont prises. Oui, c’est vrai je suis un peu revancharde …

Cette photo n’a rien de contractuelle. Je l’ai prise au Café Brunet à Annecy, sympathique et authentique bistrot tenu par un ami (et jusqu’à cet été, y travaillait le serveur hétéro le plus sexy que je connaisse mais il est exilé en Sibérie depuis, c’est trop dommage). Je précise encore qu’accoudé au comptoir, c’est pas un des retraités dont je causais, mais l’Epoux, qui s’accoude avec beaucoup de distinction je trouve, et c’est bien naturel, l’Epoux est classe par essence.

* Toi le parisien qui lit ce blog, ne t’étonnes pas. Non, il n’y a pas de faute de frappe. Oui 3.000 euros du m² c’est cher pour nous, les provinciaux.

Dans un prochain post, je te raconterai comment la nounou toute neuve qu’on vient d’embaucher, avec 13 ans d’expérience, met les bodys de l’Héritier à l’envers. Comme quoi, pour confier son enfant, faut une bonne part de confiance et de détachement distancié. Pas facile quand il s’agit de SON bébé. Mais je saurais être forte et courageuse. Oui oui oui, je peux le faire.

3 réponses sur “Délectation de la délation”

  1. waouuuuuh, pas mal le mec accoudé au comptoir ! 😀
    sinon, t’en fais pas pour les bodies à l’envers, ça arrive encore au papa de la filleule de ce mec là justement (comment ça C pas clair ?!) et ça l’empêche pas d’être un zentil papa attentionné itou itou (et je te passe les collants à l’envers, les pulls… ‘tain, C désespérant parfois quand même…)

  2. sois forte mina, sois forte bordel, crak pas .. pas maintenant .. pas le 1er jour …. 🙂

  3. si tu veux délater, à Lyon le café 203 (vers l’Opera) a décidé de rester fumeur…

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