Ce qu’il faut savoir entendre

Je n’étais pas certaine d’avoir eu la meilleure idée de l’année en allant voir cette dame, un médecine nutrionniste. Parce que j’en ai épuisé, dans la profession, et ça ne m’a pas toujours réussi. Parce que c’est un peu ardu, là, de repenser à gérer son poids, son apparence, sa corpulence, alors que l’on est encore dans le rodage, la mise en route de cette vie à trois. Parce qu’elle a failli me faire sortir de mes gonds, en me prenant en rendez-vous avec près de 45 minutes de retard. Elle est gentille. Un peu abrupte dans l’approche. Mais sincère. Je crois qu’on m’avait pas dit les choses de la vie avec autant de franchise et de naturel depuis un bon moment. Pas de cynisme, mais un réalisme sans fard. Un certain sentiment de soulagement de s’entendre dire à haute voix ce que l’on sait au fond de soi, intuitivement.

Des choses difficiles à entendre.

Que le corps est définitivement bouleversé par la grossesse, qu’il ne reprendra jamais le tonus, l’harmonie originelle (enfin, en ce qui concerne le tonus, ça n’a jamais été tellement extraordinaire, soyons honnêtes), qu’il faut faire le deuil de son corps d’avant. Et que toutes celles qui croient que l’on peut « récuperer » tout se fourvoient, s’illusionnent. Qu’il faut accepter ce changement, celui de vieillir aussi. On ne grandit plus ça y est ? On vieillit …

Que rétablir les équilibres (émotionnel, physique, diététique, organisationnel, amoureux, dans le désordre), ça prend du temps. Elle estime ce temps à deux ans. « Juste quand on décide de lancer le 2ème lardon en général ! » qu’elle me lance en se marrant. Deux ans …

Des choses saines.

Que les régimes c’est inutile, que ça ne fait que faire grossir (et ça, je ne peux que le confirmer, j’ai TOUJOURS repris du poids après un régime),

Qu’il faut prendre son temps, pour tout, pour soi, pour son enfant. Elle m’a ôté le poids de la culpabilité, celle que je me mets toute seule, sur les épaules. Celle de devoir tout réaliser de front, de tout accomplir en même temps, parce qu’on veut (se) prouver qu’on y arrive, qu’on en est capable.

Que je pouvais continuer à allaiter l’Héritier, comme je voulais, aussi longtemps que je le voulais (enfin, penser à arrêter avant ses 18 ans …). Parce que je m’interrogeais sur cette « animalité » en moi. J’ai parfois l’impression d’avoir un rapport trop fusionnel à l’Héritier. Le soir quand je le retrouve, je le renifle, sous toutes les coutures, comme le ferait une chatte avec son petit. Je le caresse, le presse contre moi, avant même de lui parler. Si je ne peux pas tout de suite le prendre dans mes bras, je cherche le contact visuel, pour vérifier qu’il y a bien cette compréhension immédiate que j’ai l’impression qu’il existe entre nous. Je ne supporte pas de retrouver un parfum tiers sur lui (comme celui de sa nounou, qui se parfume beaucoup, et qui laisse un sillage derrière elle). J’ai toujours envie de lui donner le sein, pour l’avoir lové contre moi, avec sa main posée sur le dessus de mon sein, en propriétaire tranquille. Ces moments sont extrêmement basiques, primaires, mais essentiels au lien que l’on tisse entre nous deux (et qui ont tendance à exclure le Papa, j’en ai bien conscience). Elle m’a dit que c’était normal, que c’était mes hormones qui me réclamaient ce contact primaire, exclusif. Et que le reste attendrait (le retour des règles, la perte de poids, …)

(Photo non contractuelle, mais l’Héritier et moi, après la tétée, on ressemble à peu près à ça. Et c’est juste le bonheur.)

Qu’il faut s’écouter, ne pas se faire violence, se faire confiance. Mais que tout ça prend un peu de temps.

Et moi qui suis tellement impatiente ….

14 réponses sur “Ce qu’il faut savoir entendre”

  1. Juste passer te dire que j’ai allaité miss E près de 10 mois, qu’elle va très bien.
    Et que tu as rencontré quelqu’un de visiblement sensé.

  2. Très joli, quelqu’un de sensé ce médecin en effet.

    Pour avoir étudié l’allaitement je te garantis que ce que tu ressens est partagé par beaucoup. De nos jours les femmes ne prennent plus le temps de s’écouter et d’écouter leurs bébés, il faut dire que la pression se fait sentir (travail, patron, collègues, famille, amis…) : il faut tout faire, assurer de partout, réussir à tout prix.

    C’est en grande partie ce qui est ressorti de mon étude, et c’est aussi cette pression qui est une des raisons principales de l’échec de l’allaitement au sein.

    Alors je te dirais bon courage, prends le temps d’écouter tes sentiments de mère, suit les, prends le temps d’écouter ton bébé, prends autant de temps qu’il te faut pour toi et ta famille.

    Si tu as besoin d’expériences… Je peux te donner le nom d’une association de mères à mères.

    Beaucoup de bonheur à vous trois.

  3. Ben voui. Oh quelle est bien cette petite dame que tu as rencontrée. Je vais même oser dire un truc… on peut en fait pas mal refuser cette pression et ce n’est pas si difficile si on acceptes de changer quelques uns des modèles qui nous faisaient fonctionner jusque la… (et je ne suis pas en train de dire qu’on laisse tomber l’envie de s’épanouir aussi professionnellement…). Mais shuuuuttt….

    Et pour le corps…. Quelques jours aprés la naissance de ma fille, je me souviens avoir ressenti une belle gratitude envers lui, comme pour un vieil ami qui a fait un sacré bon boulot. Il avait changé, certes, il lui fallait du temps (notamment pour retrouver un peu de fermeté du ventre), mais moi, tout ça m’avait décidé à ne plus lui faire de gué-guerre (du genre régimes). J’avais décidé qu’on allait être pôtes lui et moi. Ça m’a enlevé un sacré poids (ah! ah!)
    Bisous de Montréal (ou on se les pèle graaaaaave aujourd’hui!)

  4. c’est quoi cette vie où la culpabilité d’être fusionnel(le) avec son gosse de …. QUATRE MOIS… s’installe ? le nombre de gosses qui n’ont pas cette chance est malheureusement trop grand pour laisser de la place à ce ressenti …. taratata … c’est un non sujet (note pour plus tard : penser à écrire l’inverse si le phénomène lave en fusion persiste au-delà de 5 ans)

  5. deux ans, oui. et encore plus quand on lance le 2e lardon *avant* (notre fils avait 8 mois quand nous avons conçu notre fille et maintenant que celle-ci a presque 2 ans, ça commence tout doucement à ressembler à ce qu’on avait avant).

    alors oui, il faut du temps, du temps du temps. et accepter les choses comme elles sont. tu fais du mieux que tu peux, c’est déjà énorme. et ton Époux et ton Héritier s’en rendent bien compte. allaiter malgré un travail à plein temps c’est extraordinaire, ça demande beaucoup de volonté et de capacité à s’imposer, aux autres notamment.

    laisse-le donc faire ton corps, et donne lui tout ce temps-là. tu auras TA VIE ENTIÈRE pour t’occuper de ça, alors que l’Héritier c’est maintenant qu’il est petit, c’est maintenant qu’il faut que tu en profites.

    du courage… et beaucoup de sérénité 🙂

  6. @ tous (toutes surtout j’ai l’impression) : MERCI !

    @ Isidora : je vois tout à fait ce que tu veux dire, mais une fois de l’autre côté de la barrière, on trouve finalement que l’obstacle à franchir en valait la chandelle, oui oui oui (un peu comme la sodomie tu vois ?) ;D

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