Petit conte de la misogynie ordinaire

Ce soir, en rentrant d’un déplacement professionnel, j’ai lu dans le Libé du jour (mercredi 1er juillet, flemme de linker) deux articles qui m’ont réchauffé le cœur.

Le premier est la page portrait, consacrée à Fatiha Benatsou, toute nouvelle préfète à l’égalité des chances dans le Val d’Oise, d’origine kabyle, comme moi. L’article soulignait en particulier que bien qu’attendue sur la question du racisme, ses premiers mots avaient plutôt concerné la question des femmes « quand on vous prend systématiquement pour la secrétaire, que vous êtes responsable d’un dossier, qu’on ricane quand vous allez prendre la parole. La planète se compose à 50% de femmes. Il faut arrêter de les repousser ».

Que dire de mieux que ces quelques phrases qui ont fait écho à ce que je venais de vivre l’après midi même.

J’étais conviée à des assisses organisées par une collectivité locale, pour laquelle je travaille depuis quelques mois, pour qui j’ai produit un diagnostic, des pistes de travail. Sur une durée de conférence de deux heures, je devais bénéficier d’un quart d’heure de présentation des conclusions de mon diagnostic. C’était peu, mais j’avais travaillé la synthèse avec les élus. Toutefois, le journaliste / animateur des débats m’avait rappelé pour que j’ « allège » la présentation, trop longue à son goût. Ce que j’ai fait, tout en précisant que c’était mon METIER de présenter des travaux, et que je saurais m’adapter au temps disponible.

Arrivée sur site, je croise le dit journaliste, me présente (avec mon prénom et nom, je précise pour la suite), avant de rejoindre l’estrade. Nous sommes quatre, 3 élus et moi, comme souvent, je suis la seule femme. Avant que je ne monte sur l’estrade, le journaliste prend le temps de me lancer « hé ben j’ai encore vu vos slides, vous avez pas vraiment synthétisé, bon courage pour tenir les 15 minutes ».

De quoi je me mèle ….

Cinq minutes après, il présente les 4 orateurs présents sur scène par leur nom et prénom ….. sauf moi. Il me toise d’un sourire tout en précisant « et interviendra la représentante du cabinet duchemol, dont je m’excuse d’avoir oublié le nom ».

SOMBRE CON.

Nom que je lui avait donné juste avant.

Nom, prénom et fonction inscrites en grosses lettres à ma place sur l’estrade.

Lorsque mon tour est venu, je me suis levée, suis allée lui emprunter son micro sans fil (c’est mon côté Britney quand je suis en présentation devant une centaine de personnes, j’aime arpenter la salle tout en parlant).

Bien entendu, car même si je suis une femme, de celles dont on oublie le nom, je suis aussi une professionnelle responsable, j’ai tenu mon temps de parole, avant de lui rendre son micro et de le lui carrer dans le fondement.

Bien entendu, alors que la plupart des principaux acteurs sont ensuite venus me remercier, me saluer, lui s’en est bien gardé.

Tout ça pour dire qu’il y a vraiment des coups de pied au cul qui se perdent. Et que définitivement, la cause des femmes mérite encore largement d’être défendue.

Le second article concerne une étude allemande, qui a évalué le niveau de satisfaction chez les mères qui travaillent à temps plein, celles à temps partiel et celles qui ne travaillent pas du tout. Hé bien ce sont les premières les plus épanouies. Ce qui est partiellement lié aux conditions de garde particulièrement difficiles en Allemagne. Mais qui permet aussi de rappeler, si besoin était, que l’épanouissement de la mère (et de l’enfant, j’en suis persuadée) passe aussi par le maintien d’une activité professionnelle.

N’en déplaise aux abrutis qui oublient trop facilement qui je suis.

Une mère qui travaille.

Entre autres.