Lettre de soutien.

A mes heures perdues, je fais souvent office d’écrivain public familial. (« Aaah ben oui, on va demander à tata Sasa, elle sait écrire.« ) C’est un bien beau métier ma foi. Surtout quand on l’exerce à titre gracieux.

A moi les hommages rendus aux morts dans les églises (youhou), à moi la rédaction des voeux pour la nouvelle année, les remerciements pour les condoléances (youhou bis), à moi les lettres. Toutes sortes de lettres. De plainte. De réclamation. De soutien. De séparation … Qui a dit que l’art épistolaire se perdait ?

Bref, que des joyeusetés.

(Personne pour me demander de gratter une demande en mariage ou une déclaration d’amour hein.)

(Oui, je vous entends pouffer là bas, au fond. Plus romantique que moi, tu meurs, je sais, je sais. En même temps, si j’avais toutes les qualités, on s’emmerderait ici – et ailleurs – non ?)

Ce WE, je me suis collée à une lettre de soutien dans le cadre d’une procédure de divorce (youhou ter). Ce n’est pas la première fois que je le fais. 

Mon principe de base : soutenir celui qui se fait planter (un couteau dans le dos), et charger la barque de la partie adverse (il paiera pour tous les autres, et TOC). Soyons francs, on le fait plus par amitié compatissante qu’autre chose. Dans la mesure où ces pièces ont valeur de témoignage légal dans la procédure de divorce, il faut avoir quelques points en tête :

1. Il ne faut pas mentir (surtout à un juge, ces petites bestioles sont susceptibles).

2. Il ne faut pas donner les bâtons pour se faire battre, c’est à dire évoquer des faits qui pourraient avoir un effet boomerang pour la « victime ».

3. Il faut s’efforcer de rester dans le (tristement) factuel (« J’étais présente de 20 h à 2 h matin, on a bu des mojitos en attendant le retour de M. X, qui n’est jamais rentré au domicile conjugal. Pour se venger on a vomi dans son tiroir à chausettes« ), et rien d’autre. Alors qu’on se fendrait bien d’une ou deux envolées lyriques (« Ce gros blaireau n’a pas daigné de se lever une seule fois depuis la naissance de leur enfant, qui ne fait pas ses nuits à l’âge de 24 mois, au prétexte que sa carrière était plus importante que celle de madame. Donc là ça me ferait un peu mal au derrière qu’il obtienne la garde partagée du petit. Surtout si c’est juste pour obtenir un passe-temps pour sa maman qui s’ennuie dans sa retraite dorée. » Non, ça on ne peut pas l’écrire.)

4. Il faut « choisir son camp ». Parce que quand ça se passe mal (et c’est quand même assez souvent, que l’on soit dans le cadre d’un consentement mutuel ou pas), vous êtes souvent sollicité par une des deux parties (voire les deux) et celle qui sera confrontée à votre « témoignage » à charge le vivra nécessairement mal. Donc avant le divorce vous aviez deux potes, après souvent plus qu’un (et malheureux en plus).

Bref, les divorces, c’est pas drôle (exclusivité du jour, bonjour).

Las, la trentaine arrivant (oué, d’accord, se déroulant largement), on en vit de plus en plus dans notre entourage. Le seul avantage, c’est que ça remet des mecs sur le marché pour celles qui n’ont pas trouvé chaussure à leur pied (et réciproquement !). Sauf qu’il y a souvent quelques petits inconvénients (ça s’appelle des enfants je crois).

Alors que je m’appliquais à ma petite page d’écriture sur un coin de table chez mes parents, mon père s’est penché pour regarder ce que je faisais (je déteste ça, le prof de lettres qui est en lui est théoriquement à la retraite depuis 2005, mais il a le stylo rouge toujours facile). Mais il a compati.

« Aaah moi aussi, j’en ai rédigé, des lettres de soutien, à des copines qui se faisaient plaquer par leur mec avec pertes et fracas. »

Tiens tiens, c’est donc une vocation en héritage (mon EPAD de consolation, merci papa) …

Et aucune pour un copain, ai-je demandé ?

« Non aucune, que pour les copines. Il faut dire qu’en général, c’était plutôt les mecs qui se barraient. Pour une plus jeune. »

(Salauds. Salauds. Salauds.)

Et l’inverse ? jamais ? (oué, j’insiste.)

(Après un très court temps de réflexion.) « Non. Jamais. Mais tu vois, même si j’étais plus copain avec lui qu’avec elle, je les leur faisais toujours, leurs lettres de soutien, quand elles me le demandaient. »

(Quelle grandeur d’âme, mon papounet, et quelle rigueur vis-à-vis de tous ses queutards de potes.)

En attendant, il faut dire ce qu’il est, à ce jour, toutes les séparations que j’ai vécu dans mon entourage personnel et familial (à une exception près), ont été le fait des hommes. Comme quoi, la lachêté que j’évoquais il y a quelques jours, elle finit bien par tomber parfois (mais après deux gosses et un pavillon de banlieue, c’est un peu raide).  

Alors je sais qu’on va encore me taxer de sexisme, de partialité. Il paraîtrait de l’avis de certains commentateurs (ici et ailleurs) que « de nos jours » les femmes soient tout aussi manipulatrices et lâches que les hommes (mais est ce que c’est vraiment là une grande victoire, que de niveler vers le bas, on est pas dans la Communauté Européenne là bordel !?). C’est le retour que l’on m’oppose à chaque fois que j’ose évoquer ici des comportements différents entre hommes et femmes.

Pourtant, quelques soient les quelques exemples (et de mon point de vue exceptions) que l’on me présente, ma vision (fort empirique) des rapports hommes / femmes me laisse encore à penser que tout cela est encore très discrimé par le sexe (au sens genre).

Et donc en l’occurrence que ce sont les femmes qui se font quitter (statistiquement, ce sont apparamment les femmes qui demandent le divorce dans 75%, mais bon, difficile d’en tirer un enseignement sur le fait générateur).

Les féministes vont hurler au discours victimaire.

D’ailleurs, vous pouvez aller voir comment ça hurle à ce propos chez Crêpe Georgette et Olympe => attention les yeux, les posts en question ont donné lieu à des débats houleux dans les commentaires, dont je ne suis pas certaine que la cause féministe en sorte grandie (quand l’insulte suprême consiste à se faire traiter de « féministe de droite » ….). Le féminisme (dans mon acception) vise justement à faire sortir les femmes du ghetto / percer le plafond de verre. Alors si on s’époumone en plus dans des querelles de chapelle, que d’énergie perdue …

Enfin, au moins, ce sont des notes qui font un peu contre-poids à la vision Bisounours de Libé du féminisme, et . Ensuite, c’est un autre débat.

Toujours est-il qu’en vertu du droit à l’égalité que je prône, promis, le premier camarade qui se fait plaquer par une copine, promis, je lui mets à disposition mes services de témoin compatissant (pour autant que j’aie à témoigner, hein, n’oublions pas le point 1.)

13 réponses sur “Lettre de soutien.”

  1. Challenge! Tu veux pas m’aider a ecrire une ‘non-demande en marriage’ pour lui dire que c’est pas parce qu’on est pas marie que je l’aime moins?

  2. Décidemment, on ne sortira jamais de cette question des relations hommes-femmes…

    Pour ce qui s’agit des commentateurs « ici et ailleurs » (en suis-je ?), moi, je ne pense pas que les femmes « d’aujourd’hui » soient plus manipulatrices et lâches que celles « d’antan ». Je crois que la nature humaine de tout temps est portée sur la manipulation, la lâcheté etc., tous ces défauts que nous n’assumons guère mais qui font partie de nous. Dire que seuls les hommes sont lâches, n’est-ce pas exagérer ?

    En creux de cette question, il y a la question plus générale du but du féminisme : en effet, est de permettre aux femmes d’être aussi lâches et minables que les hommes et de niveler les comportements par le bas ? Il est certain que c’est une ambition assez triste mais peut-il y avoir un autre but ?

    Oui, se battre pour permettre aux femmes de claquer la porte du domicile conjugal pour rejoindre un petit jeune n’est peut-être pas une finalité élégante, mais elle permettrait in fine de mettre hommes et femmes sur le même pied d’égalité. Un pied d’égalité bas, certes, mais une égalité tout de même. Je concède que je n’ai pas une vision optimiste de l’humain…

    Quant à savoir si le débat ne va pas donner une mauvaise image du féminisme, certes, il est sûr que certains ne vont pas de manquer de ricaner et parler de « crêpage de chignon ». Pourtant, cela montre que le débat est vivace, ce qui n’est pas si mal, tout compte fait.

  3. c’est surtout chez Mlle S que les commentateurs se sont lachés. elle a d’ailleurs finit par fermer les coms. et tu remarqueras que je n’ai pas insisté, je me suis gentiment laissée lyncher . mais tu as raison personne n’en sort grandi

  4. je comprend pas: tu dis que les femmes se font plus quitter qu’elles ne quittent puis tu dis qu’elles sont dans 75% des cas à l’origine des divorces…je comprend pas.

  5. @ romain blachier:
    je crois que c’est parce qu’elles décident de la rupture dans la forme car elle est déjà effective dans l’affect, les hommes semblant curieusement avoir du mal à quitter leurs femmes (le pourquoi reste du domaine du débat ouvert… pardon vivace; mais je soulignerai qu’elles rompent rarement s’il n’y a pas déjà une autre femme dans l’équation).
    Nonnonnon, je ne cherche pas à jeter de l’huile sur le feu, mais il y a aussi un peu de lecture ici:
    http://www.i-love-my-shoes.com/2009/07/25/mais-bien-sur/

  6. Bonsoir, bonsoir,

    Juste un mot rapide et hors débat pour dire que je découvre (grâce à Dandy Candy) et que j’aime beaucoup le style d’écriture, le rythme et le rire qu’il suscite.

    Voilà, c’était tout.
    Eh bééé merci beaucoup hein. C’était intéressant…
    (Oui, je sais mais en même temps, nous sommes lundi, ferai mieux prochainement)

  7. A ce que je lis, tu n’as jamais rédigé de lettre pour la séparation de deux hommes (ou deux femmes) ?
    Ce qui prouve donc que les couples homosexuels sont beaucoup plus stables que les hétéros.
    La preuve, je n’ai JAMAIS quitté AUCUN de mes ex pour aller avec une fille plus jeune.

    CQFD.

  8. (tu noteras -aux heures des billets- qu’il m’a fallu à peine une minute de réflexion pour faire le bilan de toute ma carrière hétérosexuelle.)

  9. @ hervé : tu t’es emmerdé quoi …

    @ valérie : la vérité, c’est que je lis ton blog dans mon lecteur de flux, je ne vois donc pas les commentaires, et en général, tes notes me donnent suffisamment matière à réflexion pour ne pas avoir « besoin » des commentaires. Là j’y suis allé vu la teneur des débats sur le blog d’olympe, et j’avoue que j’en suis restée comme deux ronds de flan, du niveau d’expression 🙂

    @ mimosa : le moustachu à la gratte l’a déjà fait bien mieux que moi non ?!

    @ masque : je ne sais plus qui a dit (Elisabeth Badinter peut être) « l’égalité hommes femmes sera effective quand une femme incompétente sera à la tête d’une entreprise » (à peu près). Je ne vais pas extrapoler avec la cause homosexuelle, mais cela revient aussi au droit à l’indifférence je pense.

    Bien entendu que dans la plupart des cas, le féminisme veut tirer les femmes vers le haut (parce qu’elles le valent bien, ha ha). Mais pour la plus grande partie de l’humanité (celle qu’évoque justement Martin Winckler dans son roman « le coeur des femmes », et qui a fait l’objet de la polémique / crêpage de chignons sur les blogs cités), il faut déjà les sortir du trou dans lequel elles se trouvent.
    Parce que être femme, quand par ailleurs tu es pauvre / pas éduquée / sans emploi, c’est un HANDICAP supplémentaire, parce que tu as plus de chances de te faire soumettre par un homme / violer / abuser … qu’un homme.

    Je pense donc que le féminisme est de toutes manières tiraillé entre ces différents objectifs. Ceux vitaux, que les femmes puissent être maîtres de leur corps et de leur destin. Ceux de fond, liés à la conquête des lieux de pouvoirs économiques, politiques. Et les sociétaux, qui sont perçus comme étant l’écume des choses, mais qui de mon point de vue sont également importants, et liés à la perception de la femme, par les autres femmes, et par les hommes bien évidemment. Pouvoir être une séductrice sans être une salope. Par exemple. Et effectivement, oui, avoir le droit d’être aussi pourrie que les hommes.

    @ olympe : comme je le disais plus haut à valérie, j’ai été très surprise de la teneur des débats. Et j’en suis presque venue à regretter mon commentaire sur ton post, puisque j’ai évoqué ma « condition de cadre sup », dont a découlé en partie la teneur des propos qui ont suivi. Féminisme et lutte des classes, bonjour les amalgames …. Mais j’ai appris plein de choses !

    @ romain : rassure moi, tu fais semblant de pas comprendre hein ?!

    @ galstar : merci de faire la leçon de choses à romain 😀

    @ julie : ouèlcome !

    @ erwan : détrompe toi ! il m’est arrivé un truc AFFREUX avec un ami homo. Il sortait avec un espagnol, dont il était croque love grave. Comme le gars avait un blog (et qu’il lui avait donné le lien, le couillon), il m’a demandé d’aller y lire ce qu’il disait. Horrible.
    Alors que mon pote avait l’impression d’être en pleine fusion amoureuse, l’autre se moquait de lui sur son blog (dans un mode humoristique très sardonique, que je vois souvent sur les pédéblogs, très rigolo à lire … quand tu ne connais pas le dindon de la farce).

    Que faire ?
    Profondément navrée pour mon pote, et choquée par la moquerie (vraiment cruelle), j’ai lâché un commentaire assassin sur le blog, et ensuite me suis fendue d’un loooong mail meurtrier (oui je sais de quoi je me mèle, mais je l’ai vraiment pris pour moi).
    Comme souvent sur un blog, je me suis fait conchier par une partie de ses lecteurs (normal), mais les autres ont pris « mon parti ». J’ai mis tout le monde très mal à l’aise, et j’étais assez contente de moi.

    Vis à vis de mon pote, j’ai mis des jours avant de lui lâcher le morceau, pour finir par lui traduire les posts qu’avait publié l’autre naze, ainsi que mes échanges avec lui.
    Donc tout ça pour répondre à ta question, de l’épistolaire pour les homos, j’en ai bouffé !
    Petite conclusion que j’ai tiré de cette mésaventure : les homos se comportent amoureuse exactement comme les hétéros. Les différences réelles, elles sont dans la sexualité (la manière de la pratiquer, et sans doute un rapport à la fidélité parfois différent).

    Par contre il me semble en effet que ta connaissance hétérosexuelle, elle est toute petite 😀

  10. euh… je viens de lire ce post avec retard…

    je ne m’attendais pas du tout à passer d’un sujet tel que « sasa, l’écrivain public », à « les femmes, des victimes? » (j’ai été lire ce qui se passait chez olympe and co).

    Comme je suis un peu bas de plafond, perso, je suis restée bloquée sur les lettres de soutien de divorce et non pas sur la victimisation des femmes (et pourtant je me dis féministe).

    Donc ça existe encore ces lettres?

    Je n’ai pas trop compris : tu y écris quoi au juste? « machin(e) s’est barré du domicile conjugal en laissant X seul(e) avec les mômes »? Parce que pour ça, pas besoin de demander une lettre à une copine, il me semble qu’il existe la déclaration d’abandon de domicile conjugal au commissariat.

    Ca me paraît toujours délicat de prendre parti dans ce genre de situation: tellement complexe, tellement intime le pourquoi du comment ça ne marche plus entre deux personnes.

    A l’heure actuelle, même si un de mes meilleurs amis me le demandait, je refuserais de prendre position (je ne parle plus seulement d’une lettre au juge, je parle de décider en moi-même qui est le plus en tort). Ce qui est sûr, c’est que je soutiendrais cet ami dans cette phase difficile, mais je garde mon objectivité. Je vois aussi les torts qu’a eu cet ami. Amitié n’égale pas aveuglement.

    Bref, j’ai été étonnée par ta prise de position catégorique!

    Sinon, pour les femmes qui se feraient plus larguées que les hommes, voilà mes observations dans mon « cercle social » :
    -relation encore peu installée (durée faible dans le temps, pas de cohabitation)–> c’est en majorité l’homme qui part,
    -relation installée (longue durée et/ou cohabitation)–> c’est en majorité la femme qui part.

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