Morticia is back.

Quand j’avais 18 ans, je me faisais toujours la bouche rouge. Et les yeux noirs charbon. Je ressemblais à Morticia Adams, avec mes cheveux noirs tous raides (surtout que je me tartinais à mort de fond de teint pâle pour camoufler mon acnée, histoire de parfaire le tableau).

J’ai doucement mis la pédale douce sur le maquillage en commençant à travailler, à 22 ans (oui les enfants, tata Sasa, ça fait presque 10 ans qu’elle turbine). Quelques semaines avant de commencer en stage dans l’entreprise qui m’emploie encore depuis, je suis allée chez le coiffeur, je me suis fait faire une frange, et teinte en rousse. J’ai donc renoncé au glam, pour plus de … sobriété.

J’ai vu /lu dans la presse pour gonzesses que c’était le grand retour du rouge à lèvres, et bien rouge avec ça. Moi je suis pas contre, la mode ça n’est qu’un éternel recommencement après tout (et le gloss, j’ai jamais beaucoup aimé cela, ça colle un max). Et ça me rappelle mes années de jeunesse. Il y a juste un souci. Aujourd’hui comme il y a 10 ans.

J’ai une (très) grande bouche.

Et autant sur une petite bouche rétro à la Dita c’est très distingué un rouge à lèvres rouges, ben sur moi, on a juste l’impression … Que j’ai une énorme bouche à pipe quoi …

Collants rouges, bouche rouge, je suis en phase rouge ….

Yiddish Style !

Ce soir l’ami Marco m’a fait découvrir un très chouette restau / bar lyonnais, que je vous recommande chaudement. L’accueil est convivial, les plats fort bons, le vin léger, et la programmation musicale … osée.

Aux trois Gaules, ça s’appelle, c’est rue Burdeau.

Ce soir, c’était un groupe de musique yiddish, il nous manquait juste Rabbi Jacob 🙂

La journée des petits collants rouges

Ce matin, je me suis habillée tout de noir (comme souvent quand j’ai rendez-vous avec mes très chiants sérieux clients). La seule « touche de fantaisie » (damned, faut que je lutte contre ma tendance à m’exprimer comme ma grand-mère) ce sont quelques bijoux berbères, et des collants de couleur.

Là, j’en avais choisi des rouges tramés. Ils sont de toute beauté, si si.

(En fait, au départ, j’en avais choisi d’autres, des plus « wild », à motifs panthère, mais l’Epoux a dit que c’était too much. Enfin très précisément il a dit « je vois pas pourquoi tu veux t’habiller comme une couguar de 50 piges ».)

J’ai pris mon TGV préféré, le Lyon Paris de 7 h 30, celui où je suis souvent la seule femme dans le wagon de première, ou la seule femme de moins de 50 ans. (Des fois, je fais des cauchemars du genre viol collectif, heureusement que la voyoucratie en col blanc est tout aussi peu réveillée que moi à ces heures indues). Las, le train a eu plus de 30 minutes de retard. Arriver Gare de Lyon à 10 h 05 quand tu as une réunion à 10 h à Issy les Moulineaux, c’est ballot.

Merci la SNCF.

A la sortie du TGV, ruée sur les taxis. Je me décide donc à faire la queue pour un taxi moto (environ 30 fois moins de personnes qui attendent, mais c’est normal, ça facture 3 fois plus cher). Quand mon tour arrive, le motard considère d’un air circonspect ma tenue de combat. Les escarpins haut perchés, les collants rouges, la robe, l’imper, le sac à main et le sac à dos. Même pas peur. J’enfile la charlotte, le casque, le blouson et les gants de protection, et m’enfourche sur la bête. C’est là que je me rends compte que deux japonaises, dans la queue des taxis, me prennent en photo consciencieusement. Elles me jettent des coucous ravis.

Mes collants et moi sommes des stars.

Par contre, ça meule sévère, mais ça n’a pas d’importance. Parce que je profite ainsi de ce que je préfère à Paris depuis que j’y ai goûté il y a fort longtemps, quand j’avais 18 ans et un petit ami avec une grosse moto (et j’ai eu le droit à une petite resucée avec Mry pour notre Safari Urbain) : traverser la ville en deux roues. Il n’y a rien qui ne me rendre plus euphorique que de me faire promener dans Paris les cheveux (et pas qu’eux) dans le vent. Zigzaguer dans le flux des voitures, tout en ayant le temps d’humer les rues, mater les gens, voir défiler vitrines et monuments, de jour comme de nuit, c’est un spectacle qui me ravit. Je pense que si un jour je suis amenée à revivre sur Paris, je délaisserais volontiers le métrokipu pour un deux roues.

Quais de Seine, Notre Dame, Tour Eiffel, les immeubles défilent, tendrement éclairés par la lumière du matin, je sens la morsure du vent et du froid sur mes jambes, les collants frissonnent, le duvet se hérisse. Je serre les cuisses, mais ça s’engouffre quand même, jusque sous la jupe. Ces motos sont trop larges, quand tu serres les cuisses, c’est contre la machine, moi ce que j’aime c’est enserrer les hanches du conducteur, mais là, ça se fait pas ….

Quand j’arrive à destination, j’ai oublié que j’ai presque 45 minutes de retard. Mes mains ont pris sous les gants la couleur de mes collants, mais je me sens légère, heureuse de m’être offerte cette ballade. Quand j’entre dans la salle de réunion, les débats ont commencé, je salue d’un signe de tête le président de séance, je sais que je suis à peine recoiffé, les joues en feu, les yeux brillants. Mais je m’en fous.

Quand je reprends mes esprits, que j’entre dans les débats, mon voisin me glisse, « alors, le petit chaperon rouge arrive en retard ? » …. Aaaah, tiens.

Plus tard, quand vient mon tour de présenter mes conclusions, je suis debout à côté du vidéo projecteur à faire défiler mes slides pour les expliquer. Campée sur mes deux jambes, devant cette assemblée, je les sens, ces regards sur mes jambes rouges. Plus tard, lorsque chacun défile pour me saluer, plusieurs, femmes et hommes, font une petite allusion à mes collants. Mine de rien. Jubilation.

Tout ça pour dire quoi finalement ?

Depuis quelques temps, j’essaie de mettre en application une petite philosophie personnelle. Sans utiliser de grands mots disons plutôt une petite hygiène de vie. Inspirée notamment de ce que je lis chez Christie, une blogueuse qui parle – entre autres – de l’importance dans sa vie d’un certain nombre de petites choses, gestes quotidiens auxquels elle prête un soin particulier. Que chaque journée soit en quelque sorte éclairée par un plaisir personnel, même tout petit, insignifiant. Philippe Delerm appelle ça la première gorgée de bière (mais bon, en ce qui me concerne, compte tenu de ma propension à l’alcoolisme mondain, social et de compensation, si je peux éviter de picoler pour éclairer ma journée, cela vaudra mieux ….). C’est un peu de la philosophie de comptoir tout ça, mais moi ça m’aide (un peu).

Je suis une petite grande fille (globalement) gâtée par la vie (j’obtiens souvent ce que je souhaite, sachant que je me donne aussi les moyens d’y arriver, mais la chance y est pour beaucoup, comme toujours), mais cela s’est corrélé au fil du temps par une forme d’impatience, de frustrations que j’ai du mal à maîtriser quand je me sens impuissante. Parce que concrètement, ce que l’on veut, pour soi, les siens, ne dépend pas que ce que l’on est capable de mobiliser comme énergie pour l’obtenir. Les obstacles existent, la nature à ses droits (oui, un jour on va tous mourir, paraît-il, mais j’ai encore du mal à réaliser), et on ne force pas le désir d’autrui (c’est un peu confus ? c’est normal). Du coup je m’emporte, je m’énerve, je conspue, je cherche des coupables. Je me disperse et je m’épuise, et j’ai peur de m’aigrir (en deux mots hein, parce que maigrir, ça par contre, c’est bien un truc sur lequel j’ai du mal à mobiliser ma soit disant volonté d’acier).

Alors je cherche au quotidien à éviter ces emportements, ces aigreurs non productives par la recherche d’un petit plaisir hédoniste et éphémère. Ecouter une chanson qui me plaît. Faire un petit massage à l’Héritier en le sortant du bain. Ecrire un long mail à une amie que je n’ai pas vu depuis longtemps. Appeler ma mère (oui, moi ça me fait plaisir), juste pour prendre des nouvelles. Acheter un bouquin dont j’ai entendu parler à l’Epoux, parce que je sais qu’il lui plaira. Un truc gratuit, pas vital, mais qui me procurera une satisfaction immédiate. Ca ne marche pas à tous les coups. Mais là, par exemple, aujourd’hui, c’était pile poil bon. La ballade en moto, qui m’a permis d’oublier de stresser parce que j’allais arriver avec 45 minutes de retard à une réunion importante. Les collants rouges, qui ont distrait les japonaises, ont fait sourire mes clients, et détendu l’atmosphère.

(Même si là, le TGV de retour est aussi annoncé avec 20 minutes de retard, et qu’il va peut être falloir que j’aille en voiture bar pour un autre plaisir compensatoire. Genre une bonne bière, au hasard.)

PS : je me suis achetée une (autre) paire de collants DIM qui soit disant ne compressent pas le ventre => mensonge ! Ils sont comme tous les collants, ils gainent tout, y compris le ventre. Point barre (j’attends de voir les posts sponsorisés / avec collants offerts, qui diront le contraire et je ME MARRE d’avance). Ceci dit ce sont de bons collants quand même.

Craquage.

Des fois, je balancerais bien mon PC, mon Blackberry, mon téléphone par la fenêtre.

Tellement ça me fait HURLER de participer à des confs calls CHIANTISSIMES, INUTILES (et après 18 h bien entendu, parce que sinon c’est pas drôle), où tout le monde se branle la nouille collectivement, pour au final, pondre des trucs chiants et inutiles. Voire pour rien faire. Encore plus fort.

Heureusement, ze feurme a pensé à tout, dans la tour, au 29ème étage, les fenêtres ne s’ouvrent pas.

Donc je reste à ma place, sage, très très sage.

Diapos de vacances – Alger la blanche (et grise)

Plus je prends des photos, plus je me dis … qu’il faudrait que je me dote d’un véritable appareil photo, pas un de ces compacts numériques, que je détériore / casse avec une grande régularité, mais un truc correct, genre un réflexe numérique dont je prendrais soin que je ne sortirais jamais par peur de l’abîmer.

Mais voici tout de même quelques photos d’Alger en ce début octobre, 27° à l’ombre.

(Je teste la fonction « gallery » de WP, pas encore tout bien compris, mais en tous cas, pour voir le titre de la photo et celle-ci dans une taille correcte, il faut cliquer dessus.)

 

Alors bien évidemment il vous manque les sons (le bruit de la ville, permanent, le coq le matin, les chiens la nuit, la musique souvent, le babillage incessant des femmes, les cris de joie des enfants), les odeurs (cette pollution qui se forme dans la cuvette et ne disparaît jamais, le sucre, la fleur d’oranger et le miel sur les gâteaux, le jasmin dans les jardins, les moutons que l’on garde dans les garages), et la pulsation, le coeur de la ville, qui ne s’arrête jamais.

(Comme je vous le disais, pas de photos de famille ici, tant pis pour les 7 robes et tout le tralala, mais je pense qu’il est des promiscuités qu’il me faut éviter sur ce blog, et les musulmans n’apprécient de toutes manières que modérement qu’on les prenne en photo. Alors les diffuser sur un blog, n’en parlons pas.)

Et des chansons ?

La préférée de la Reine Mère (et de nombreux kabyles de sa génération). A Vava Inouva.

Une autre d’Idir que j’aime beaucoup, Tizi Ouzou (nous on est pas loin, Azzefoun).

Le choeur des femmes (*)

(* Titre piqué au f-a-b-u-l-e-u-x dernier roman de Martin Winckler, 600 pages indispensables, que je viens de dévorer en 3 jours. Foncez mesdames – et messieurs aussi.)

Me voici donc revenue de 4 jours, trop courts, beaucoup trop courts, au pays de ma mère.

J’y retournais régulièrement, dans le cadre du travail, depuis 2004, après 13 ans sans y avoir mis les pieds (la décennie noire). J’y étais allé pour la dernière fois, enceinte, courant 2007. Depuis, j’étais impatiente de présenter son arrière petit fils à ma grand-mère. Les épousailles de ma cousine sont donc tombées à pic.

Cette fois-ci, n’ayant pas le paravent de mon activité professionnelle (l’emploi du temps charrette, les nuits en hôtel de lusque), je me suis retrouvée comme du temps de ma prime jeunesse.

Avec ma mère en chaperon. Qui a tout de même trouvé le moyen de me renvoyer me changer parce que ma robe était trop décolletée. « Je sors pas avec toi comme ça. » / « Et pourquoi ? » / « Parce que tu vas te faire emmerder, je veux pas que tu fasses emmerder. » / « Mais je les emmerde, ceux qui essaieront de m’emmerder, je suis une grande fille, je me laisse pas faire, je m’habille comme je veux. » / « Non je sors pas avec toi comme ça. » / « Ok, je vais mettre une étole, mais je suis pas d’accord, tu m’as pas élevée comme ça. On doit pas se laisser faire, on doit pas ployer. » / « Tu as raison, mais je veux pas que tu te fasses emmerder. Ils me font honte ». Et elle a raison sur un point, on s’est fait emmerder, même avec étole.

Avec ma soeur en vieille complice. L’une sur l’autre, à s’épouiller, se papouiller, s’asticoter. C’était bon ce retour en enfance. Responsables de rien, à se faire traîner d’un lieu à l’autre, se faire gaver comme une oie (vazy ma fille, reprend un gâteau, sont bons, c’est moi qui les ai fait), piailler, écouter toutes ces femmes parler, refaire le monde, raconter la même histoire de famille bien glauque pour la 28ème fois, juger les unes, condamner les autres, adouber certaines. Et nous au milieu, petites filles sages un peu lointaines (les cousines françaises, ça met forcément un peu de distance, cette mixité) mais source de curiosité.

Au milieu de toutes ces femmes. J’avais presque oublié ce que c’était, la vie à l’algérienne. Les hommes et les femmes, qui ne se croisent pas ou presque. Elles monopolisent l’espace intime, la maison. Les gars sont dehors, trouvent à s’occuper entre eux pour se donner l’air affairés, pendant qu’à l’intérieur elles s’étendent, se répandent, régentent leur monde. Le mariage de ma cousine n’a pas dérogé à la règle. Nous étions entre femmes (et les enfants, partout, qui courent dans nos jambes), pour voir défiler la mariée dans ses 7 tenues. Nous étions entre nous pour danser, pousser des youyous.

Pas de picole, pas d’hommes, pas de rapports de séduction sexués. Comme je le disais sur Twitter (cet autre lieu de la blogoshère que j’occupe de plus en plus), un sacré sevrage, un peu abrupt, auquel je ne m’étais pas préparée. J’ai survécu hein. Mais je suis contente de ne pas avoir à vivre de manière permanente dans ce pays auquel je suis pourtant très attachée. Je ne mesure que mieux quelle est l’étendue de ma liberté quand j’éprouve les limites de celles de mes cousines. Et de mes cousins. C’est notamment assez déstabilisant cet évitement entre les hommes et les femmes. Il ne faut pas regarder, désirer, et il ne faut pas donner à laisser voir. Parce que finalement il a beaucoup d’effets contre productifs. Ces préceptes créent de véritables tensions. Le moindre bout de peau dévoilé devient insoutenable, indécent (et pourtant, je me doute que par ailleurs le satellite doit relayer tout ce qu’il faut pour assouvir quelques pulsions latentes).

Si j’ai un peu de temps cette semaine, je publierais quelques photos. Pas du mariage, de mes cousines ou de ma famille, car je préfère respecter leur pudeur et leurs croyances, mais quelques unes d’Alger, de lieux que j’aime particulièrement ….

(et de moi en tenue traditionnelle, tout de même, si vous êtes sages.)

Sasa du bled

Les enfants, je vous confie les clefs de la maison, soyez sages, Sasa se casse.

Oui, je sais, je passe mon temps à me casser. Mais là c’est particulier, je pars au bled, là bas, de l’autre côté de la Méditerranée. Là où vivent une partie des miens, l’Algérie. Et il est fort probable que je n’y ai pas de connexion (en même temps, le sevrage sera court hein, je pars juste 4 jours).

J’y retourne régulièrement depuis 2004, mais dans le cadre du boulot généralement. Là gros évènement, ma cousine Lila se marie. Pour qui ne connait pas, un mariage au bled, c’est …. comment dire …. un énorme raout. Et quand la frange kabyle de la diaspora se réunit dans ces occasions, y’a moyen qu’on soit … plusieurs centaines. Le mieux sera que je vous raconte en revenant je pense.

Surtout, j’emmène pour la première fois l’Héritier dans mes bagages. Il va connaître la seule arrière grand-mère qui lui reste, ma Yima.

C’est parti mon kiki.

Implication citoyenne

Ce matin, j’ai été contactée par un élu de ma mairie (non pas Romain, mais ça aurait pu), qui m’a demandé si je voulais bien participer à des tables rondes organisées par la Ville sur la vie nocturne à Lyon (hips !!). En m’expliquant qu’ils avaient pas mal de volontaires pour s’exprimer sur les nuisances de la dite vie nocturne (tu m’étonnes, John, je les vois d’ici, les cohortes de pisse-froids et autres aigris, en train de pester contre la jeunesse de France, qui n’a plus de principes, plus de respect, et qui vomit partout ….), mais pas assez côté promoteurs. Alors JE lui ai été recommandée.

Ahem.

A un moment, je me suis dit que c’était peut être un lecteur de mon blog, ou un client mécontent de la Passagère (m’enfin, certes, j’ai beaucoup crié, mais j’ai AUSSI enlevé mon soutien gorge, merde).

Mais en fait non, j’ai été « outée » par un autre élu, ancien de l’IEP de Lyon comme moi, celui-là même qui a marié mon ami Pierre.

Je ne m’implique pas beaucoup dans la vie de ma cité (à part de temps en temps dépouiller les votes lors des scrutins, et bien entendu écluser les bars de la ville), il faut dire que j’y passe trop peu de temps, mais je suis curieuse de voir ce que donnent ce genre de démarches impliquant des habitants. Peut être que lorsque j’en saurais un peu plus sur les modalités de ces échanges, je consulterais mon lectorat lyonnais (on lève le doigt ?).

(Par contre, merci de me faire penser à ne pas envisager comme seule solution de conciliation de montrer mes seins, pas dit que ça fonctionne systématiquement.)