Les tâches.

Aujourd’hui a été une de ces journées marathons, comme j’en connais beaucoup (trop) ces temps-ci. C’est le lot des prestataires de service. En fin d’année, les clients sont pris d’une espèce de fièvre, se rendant tout à coup compte que merde, l’année est presque terminée, et le projet Dugenou, qui bat gentiment de l’aile depuis 6 mois, n’a toujours pas abouti. Alors, Madame Sasa, si vous pouviez nous remettre vos recos / nous organiser le séminaire stratégique / nous sucer la bite / nous pondre un rapport de 200 pages pour caler mon armoire / m’organiser le licenciement de mon directeur, ça nous rendrait service hein ?

Voilà voilà, on se retrouve donc en entretiens, de 14 h à 20 h 30, à décortiquer, juger, évaluer, tempérer, arbitrer. Sans boire. Ni pisser d’ailleurs, forcément, puisque tu n’as pas bu. En sortant de là, ma collaboratrice et moi sortons lessivées physiquement, essorées intellectuellement, fatiguées émotionnellement. Au restau (La vache au plafond, à Limoges, vous ais-je déjà dit combien c’était chouette ?), on en a plein le dos, mais on a du mal à décrocher, à passer à autre chose. On refait le match quoi, comme deux vieux boxeurs après le combat.

Et puis tout doucement, un verre de vin aidant, on lâche prise, on souffle, on commence à renaître au monde. Nos interlocuteurs de la journée se retirent de notre mémoire vive, reviennent au premier plan nos familles, nos amis, nos amours, nos emmerdes.

On partage cette inquiétude sur la conduite de nos petites vies. Comment faire pour que nos journées soient autre chose qu’un enchaînement de tâches à remplir, d’obligations, de contraintes ? Tout ça n’est qu’une variante contemporaine du métro / boulot / dodo. Mais voilà, que nous reste t il quand on a rempli nos obligations physiologiques (dormir, manger, boire), professionnelles et familiales ? Quelle est la part de libre arbitre dont on dispose finalement ? Comment ne pas être esclave de sa propre vie ?

Ma grande chance est que je ne vis pas (la plupart du temps) mon travail comme une simple tâche à exécuter en échange d’un salaire. Parfois la lassitude se fait pourtant sentir, l’envie d’un ailleurs, d’un autrement. Que l’on a pas le temps de construire, ni même d’imaginer.

Demain (enfin tout à l’heure, bordel, réveil à 5 heures), je quitte Limoges, direction Cayenne. Un petit détour par Lyon le WE, tout de même (voir si l’Héritier reconnaît sa mère, et si l’Epoux ne m’a pas remplacé par une blonde à forte poitrine), et je repars à Lens la semaine prochaine. Le Sasa World Tour ne s’interrompt jamais longtemps.

Faire en sorte que la vie ne soit pas qu’un enchaînement de tâches.

Oui mais comment.

9 réponses sur “Les tâches.”

  1. ça me rappelle ma dernière « charette » l’an passé.
    J’avais quitté l’agence à 4h du matin, pour rendre une reco demandée la veille.

    Oui, oui, quatre heures du matin, comme dans les ateliers clandestins.

    Du coup, envahie du même sentiment que toi, j’ai tout plaqué.
    Aujourd’hui j’ai la liberté, avec ce double tranchant de se dire que l’on ne sait pas de quoi demain sera fait. Mais je vis mieux de mon côté.

    Je croise les doigts pour que tu parviennes à souffler, à ralentir et à trouver un rythme qui te convienne.
    Bon courage!

  2. Et tout ça, toujours sans stagiaire !

    (sinon, rien à voir : j’aime beaucoup la publicité Jacques Dessange que tu as mise en haut du blog 🙂 )

  3. @ Julie : je pense que tant que j’exercerais comme prestataire de service, le champ d’autonomie sera toujours très contraint

    @ Gattino : je le fais pas dire ! (moi aussi je l’aime beaucoup le lion qui se fait shampouiner dans la baignoire)

  4. Je comprends ce que tu veux dire, j’ai eu la même réflexion en début d’année, non pas suite à une surcharge de travail mais à un arrêt de mission (je suis consultante). Je me suis rendue compte qu’à part mon travail, ma famille, je ne faisais rien pour moi. Alors, depuis je lâche un peu prise et m’autorise plus de choses pour moi…
    Le plus difficile est de dire : là stop, je prends du temps rien que pour moi.

    Bon, sinon, avec tous ces entretiens de stagiaires, tu n’as pas de nouveaux hommes à mettre dans ta baignoire ?

  5. parei lque toi, avec des clients qui t’envoient pas de contrat puis subitement te donnent de leurs nouvelles et speedent parce que c’est la fin de l’année et qu’il faut le faire passer sur le budget 2009 et qu’il faut que tu speede d’un coup! grr

  6. Eh bé … un post qui tombe à point nommé pour moi aussi (8H00-22H00 auj avec 30 mn de pause ; et encore, je suis large). Tu ressors lessivée, avec l’impression d’en avoir abattu toute la journée … tout en te disant : pour ce qu’il en restera dans 2 ans ;-( Et moi, et moi, et moi 😉 ??!!

  7. … en fait, nous (les prestataires), sommes des prostitués… y’a un mec/meuf qui a une grosse envie, il/elle fait appel à nous, se décharge un bon coup puis nous regarde de haut et fait le difficile pour payer… toujours en finissant par un commentaire sur notre performance…on doit refiler l’argent gagné à un pimp qui souvent à une grosse caisse…
    … la seul différence c’est que nous ont a le droit de racoller…

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