Mon engagement en faveur du latex

J’ai « construit » ma sexualité, grosso modo, entre 1991 – mes premières séances masturbatoires d’adolescente – et 1996 – date à laquelle j’ai fait la connaissance de celui qui allait devenir le seul l’unique, l’Epoux. Ca fait court comme apprentissage, je sais. Mais derrière, j’affiche 14 ans d’expérience au compteur (ouais, bientôt 14 ans les jeunes, ça calme hein, à commencer par moi). Compte tenu de la période en question, j’ai largement baigné dans les années SIDA et capote. En 1992 sortait sur les écrans Les nuits fauves, par feu Cyrill Collard, flagué comme LE film générationnel français sur ce sujet. En fait, à l’époque, j’étais un peu jeune (13 / 14 ans), et je suis un peu passée à côté du film (accessoirement, je trouvais que la Romane Borhinger avait une affreuse tête à claques). Par contre, dès lors que j’ai commencé à développer une certaine conscience (sociale, politique), deux choses m’ont intéressée : la montée de l’extrême droite (j’étais au lycée en Alsace à l’époque) ET la lutte contre le SIDA. Côté politique, mon engagement n’est pas allé cherché bien loin. Après quelques errements un peu dogmatiques (JCR, Ras l’Front), j’ai surtout investi dans le prosélytisme pro-latex (ce qui est tout de même un comble, étant moi-même allergique au latex, ah ah).

A Sciences Po, en même temps que j’apprenais consciencieusement à abhorrer la politique et que je me passionnais pour le droit constitutionnel (je suis un peu retorse), je m’engageais dans une association estudiantine de promotion du sexe sans risque, qui s’appelait Sid’agir. Accessoirement cette activité associative fort mobilisante me permettait aussi de côtoyer mine de rien une de mes premières targets dans cette noble institution qu’était l’IEP (Pierrot, coucou). De toutes façons avec lui c’était ça ou le bureau des sports (une prochaine fois, je vous raconterais comment j’ai fait la pompom girl pendant 3 jours, en jupette rouge et bleue, IEP de Bordeaux 1996). C’est ainsi que j’ai développé et conservé une large connaissance des choses de la sexualité et de la protection de celle-ci vis-à-vis de tout ce qui peut la menacer (MST, Sida, petits amis abusifs et coups d’un soir pas suffisamment attentifs, ou l’inverse, etc.). Les copines (plus que les copains) m’appelaient pour me questionner pour savoir où se procurer la pilule du lendemain, gérer les capotes qui se déchirent, soigner les chlamydias qui grattent, dresser les digues dentaires qui manquent de nous étouffer, etc. Si le fait d’avoir rencontré mon futur mari très jeune n’a pas aidé au développement d’une grande diversité dans mes partenaires (joies de la monogamie), j’ai toujours conservé quelques principes bien ancrés, et que j’ai largement diffusés autour de moi : on nique couverts, point barre.

En tant que génération n’ayant connu que les relations sexuelles protégées, je pensais qu’une nouvelle ère s’ouvrait, et que désormais, la capote serait la règle. Autant je pouvais avoir une certaine mansuétude pour ces gars qui regrettaient le temps où ils pouvaient niquer à couilles rabattues et dans tous les sens (et pour qui la capote a été assez difficile à adopter), autant j’étais sans pitié pour ces petits cons qui se lamentaient de débander à l’approche du caoutchouc, laissant entendre que vraiment, comme ça, ils n’arriveraient à rien. Bordel, dans ce cas, ceinture cocotte.

Pourtant, de ce que j’entends dans mon entourage, et de ce que je lis ça et là, il semblerait presque que l’on fasse un retour en arrière : la capote est de moins en moins utilisée, le Sida semble être une ombre qui s’efface. Du coup, si l’on ne voit pas une progression du Sida dans nos pays occidentaux, par contre, on assiste à une remontée fulgurante d’un tas de maladies sexuellement transmissibles craspecs, signe clair d’un relâchement dans les pratiques. Dans une étude récente, on lisait notamment :

Les infections à gonocoques, comme la blennorragie ou «chaude-pisse» ont progressé de 52% sur l’ensemble de la France. «Cette progression, explique l’Institut dans un communiqué, a été observée sur l’ensemble du territoire mais elle est légèrement moins importante en Ile-de-France (+38%), où l’on constate une augmentation chez les hommes (+44%) et une relative stabilité chez les femmes (-5%) ». En province, l’augmentation atteint 54% et elle concerne les femmes (+75%) comme les hommes (+51%).

Read more at Suite101: Maladies sexuellement transmissibles: retour des maladies d’amour http://medecine-generale.suite101.fr/article.cfm/le-grand-retour-des-mst#ixzz0ymxUdnSp

JE SUIS SCANDALISéE. De quoi ils ont besoin ces (jeunes) couillons ? revoir ces images d’hommes et de femmes exsangues, rongés par la maladie ? histoire de se remettre un peu de plomb dans l’aile ….

S’il y avait une manifestation pour réhabiliter le port de la capote, c’est clair, j’irais.

4 réponses sur “Mon engagement en faveur du latex”

  1. Je me souviens très bien des J.T. parlant de « cette nouvelle infection venue d’Afrique qui semble n’affecter que les toxicomanes et les homosexuels »… j’avais 12-13 ans. Puis les premières images de malades en effet… Ah c’est sûr la fin des années 80 n’a pas été aussi festive qu’une nuit au Palace.
    En tout cas ces images dures et la terreur provoquée par cette maladie dont on ignorait tout alors sont restées bien ancrées en moi et m’ont accompagné dans mon apprentissage de la sexualité. On a connu plus joyeux en effet mais rien de tragique car on n’en meurt pas de mettre une capote !

  2. T’es gonflée, à l’IEP y’avait plein d’autres trucs !

    Pour la capote, ce qui me tue aussi c’est notre génération, après avoir niqué sans capote pendant tous les mids 90s et les early 00s se met à ne plus en mettre désormais.Et puis y’a les jeunes gens qui effectivement sont moins portés sur la durex que nous ne l’etions.

  3. C’est de pire en pire, les jeunes se protègent de moins en moins.
    Les générations précédentes ont vécu dans la peur de la maladie, donc se sont protégées très vite, mais les nouvelles génération connaissent les infos sur la trithérapie, la possibilité d’accoucher d’un enfant « sain » tout en étant séropositive, bref, ils mesurent beaucoup moins les graves conséquences.

    Dans tous les milieux on connait une recrudescence des rapports non-protégés, je trouve ça grave.

    Que dire, à part que se protéger reste INDISPENSABLE…

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