« Qu’on arrête de me ramener à ma condition de femme. Bordel. »

Telle fut la dernière phrase que j’ai balancé à l’Epoux avant de me rendre compte que décidément, je ne suis pas faite pour vivre en dehors d’une activité salariée structurante. Oui, je sais, ça promet pour les 20 semaines de congé maternité à venir (oui, 20 semaines, parfaitement, je passe à l’heure européenne avant tout le monde, mon petit secret s’appelle congé patho, il démarre le 27 décembre, youhou). Mais en même temps, je le savais.

Lors de la naissance de l’Héritier, j’ai été évidemment très malheureuse de devoir le laisser à des bras inconnus alors qu’il avait à peine 3 mois. Gros spleen pendant une bonne semaine. Mais en fait, je savais qu’il en était mieux ainsi. Notamment (et principalement) pour ma santé et mon équilibre mental, et par ricochet, le sien. Car soyons clairs, au foyer, je me transforme à vitesse supersonique en dragon domestique. Sans doute parce que je maîtrise assez mal le commun des tâches ménagères. Et qu’elles me gonflent royalement, ces journées qui filent à toute vitesse, remplies de tâches peu valorisantes (mais néanmoins nécessaires à la bonne marche du foyer), et pour autant très chronophages.

Emmener le nain à l’école. Aller le chercher chez sa nounou. Y aller plus tôt (le chercher chez sa nounou) parce qu’on culpabilise, après tout, on ne bosse pas, autant essayer d’en profiter un peu pour passer du temps avec lui.

Se cogner les RDV dans les banques, administrations, leurs ronds de cuir obséquieux, obtus à toute explication rationnelle (quand on a mensualisé ses principales charges et choisi les relevés numériques, nan, on pas souvent des justificatifs de domicile de moins de 3 mois) ou à tout choix qui sorte des cases (non, je ne porte pas mon nom de femme mariée, c’est normal qu’il n’apparaisse dans aucun document officiel, et j’en veux pas dans les votres). Et qui te font ATTENDRE. Au téléphone. Dans les salles d’attente.

Aller à la SNCF. A la Poste. Attendre. Faire la queue. Sachant qu’il ne faut absolument pas compter sur qui que ce soit pour avoir un acte de compassion (ou de courtoisie) pour toi & ton encombrant chargement (un foetus de 1,6kg selon les dernières mesures prises ce matin). Nan, pareil dans les transports. Je pense qu’environ 1 personne sur 10 se lève spontanément à mon approche chaloupée (oui chaloupée, c’est grâce à la sciatique).  Et non, je réclame pas. Manquerait plus que ça tiens.

Se retrouver cantonnée à des tâches subalternes parce que tu es enceinte et incompétente sur un chantier, je crois que c’est ça ma plus grande frustration. Actuellement, le salon, les chambres sont couverts de poussière, le dressing est éventré, les WC donnent DIRECTEMENT sur l’entrée, y’a des plaques de placo partout, et des poils en bleu de travail qui s’égayent là dedans. Dans ce ballet poussiéreux, la seule contribution qui est attendue de moi : remplir le frigo, si possible fournir les ouvriers en repas roboratifs, remplir le frigo, faire la vaisselle, et les écouter causer VMC.

Bouh.

Accessoirement, pendant ce temps, on crèche chez ma mère. Sans doute pour plusieurs semaines.

Du coup, je suis presque contente de reprendre à travailler, même pour les quelques semaines qui restent. Parce qu’il est indéniable, au foyer, tu te reposes pas. Pas moi. Je bouillonne, je tempête, je donquichottise à tout crin. Vais donc retourner un peu en milieu professionnel histoire de reprendre forme humaine (au lieu de rêver d’énucléer un préposé à La Poste ou aux impôts par jour. Ou de me demander quoi faire à manger à 4 manards affamés, mis à part des pâtes et du riz.)

7 réponses sur “« Qu’on arrête de me ramener à ma condition de femme. Bordel. »”

  1. je t’assure que ta mission a la poste etait de la plus haute importance et tu seras recompensee pour cela gueuse !

  2. « Nourrir les ouvriers de repas roboratifs ». Je n’ai pas lu « La mère Sassa » de Balzac. C’est dans le cycle des Rougon-Macquart?
    C’est quoi ce deal de jouer la cantinière? Un fantasme de l’époux? 😉

  3. « Ptin ! T’es pas allée à La Poste ?! Et t’as pas fini la vaisselle ?!
    Mais t’avais que ça à faire !
    Et sinon on mange quoi ce soir ? »

    8)

  4. @ kek : mais j’y compte bien 😀

    @ romain : oué, c’est pareil, en pire …

    @ François : apparemment, ma contribution à l’élaboration des dits repas serait une contrepartie attendue à ma totale inutilité sur le chantier. Hélas, je crains ne pas avoir d’assez gros roploplos, même enceinte, pour jouer les cantinières 🙂

    @ Gattino : ça sent le vécu ce dialogue. Enfoiré va !

  5. Hi hi
    Oui mais pas ce que tu crois ! Ca remonte aux temps (bénis) où je bossais à 80 % et c’est un dialogue que JE ME suis vu entendre dire parfois… 😉

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