La technique de l’escalier

Il paraîtrait que l’Education Nationale manque de profs pour corriger les épreuves de philo de cette année. Le truc de fou quand même, non ? C’est triste d’imaginer ces 3.000 copies, sur lesquelles des ados appliqués ont sué sang et eau pendant 4 longues heures (perso, j’en garde un bon souvenir, mais je suis pas une référence, j’étais une pisse copies incroyable, mes disserts faisaient deux feuilles double en moyenne, y compris en philo), en déshérence, abandonnées sur un bureau du Rectorat. C’est triste de mon point de vue, mais vu de la porte des bacheliers, c’est surtout scandaleux. Sans blague. On t’emmerde pendant toute ta scolarité, à te mettre une pression de malade, pour te faire passer le message que sans le bac, tu n’es même pas le début d’une sous-merde, et là, pouf pouf, tu apprends incidemment que ta copie, personne ne veut / peut la corriger.

Le fuuu comme on dit sur Twitter (jamais compris pourquoi, soit dit en passant.)

C’est comme cette histoire d’épreuve annulée au concours de 6ème année de médecine. Autre illustration de comment toutes les choses partent en quenouille, et que tout le monde s’en cogne (attention, je rentre en mode vieille conne / c’était mieux avant / y’a plus de respect ni de valeurs ma bonne dame). J’ai du mal avec ces injonctions, cette exaltation du travail et du dépassement de soi (il faut dire que j’en ai reçu une bonne dose, de retour au boulot), l’épanouissement à tout prix (être jeune / mince / sportif / en bonne santé / baiser à couilles rabattues / oser le clito, toussa), travailler plus pour gagner plus, alors qu’en face, le système (économique, financier, éducatif, de santé, ne rayer aucune mention) se grippe, se sclérose, perd en efficacité, et ne te donne ma foi plus grand chose. De manière générale, j’ai le sentiment que le prix à payer pour vivre aujourd’hui est plus élevé, et pour une moindre qualité de vie qui plus est. J’en ai pas pour mon argent, dit la petite vieille au marché devant le kilo de patates. Ben je trouve qu’elle a pas tort, c’est ce sentiment un peu confus qui grandit en moi depuis quelques années (on va dire 5 ans pour être précise). Et je comprends donc très bien la colère des indignés en Espagne, ou celle de la génération Y, pas prête à investir un monde du travail qui demande tant pour donner si peu.

Bref.

C’était mon petit coup de calcaire du jour. Demain, je reprends le chemin de la gare SNCF à l’aube. YOUHOU. Le train de 7h, mes clients, mes emmerdes, je ferais moins la maline. Et l’indignée de la veille laissera place au cadre sup concerné et appliqué que je suis 90% du temps.

Sinon pour les copies de philo, on pourra toujours recourir à la technique de l’escalier, selon la (très vieille) blague de mon prof de père. Quand il avait trop de copies à corriger, il me disait qu’il les balançait du haut de l’escalier. Celles qui arrivaient en haut ont 20, et puis on décroit tout doucement, et celles qui atterrissaient en bas, tout en bas, c’était zéro. Voilà, une solution à la mesure de notre société je m’en foutiste.

(Et puis pour la philo, ça sera très approprié, vu comme la notation y est de manière générale très aléatoire.)

De rien.

5 réponses sur “La technique de l’escalier”

  1. Je partage le même sentiment, j’ai grandi avec la valeur du travail blablabla, et aujourd’hui je me retrouve dans un méande professionnel où je ne vois plus qu’injustices et exploitation (tiens, tout augmente sauf ma paie. Quand on me paie). Non seulement je suis blasée et la plupart du temps franchement découragée, mais parfois je me demande si j’avais un enfant maintenant, comment j’arriverais à l’élever, à l’encourager à bien travailler à l’école : aie de bonnes notes comme maman, c’est super pour faire intellectuel précaire !!!

  2. Il n’y a pas à dire… on est sur la même longueur d’onde.
    J’ai les même interrogations, Coralie : « franchement est-ce que ça vaut vraiment le coup de le pousser sur ses devoirs, tout ça pour qu’il finisse chômeur à bac +7 comme papa avant reconversion ? »

  3. hahahaha la technique de l’escalier ! j’adore ! ma prof de philo elle jugeait à « l’humeur du jour », c’est elle qui le disait, quand elle allait pas très bien, qu’elle n’avait pas le moral, elle prenait les copies à corriger, si ça lui decrochait un sourire, la moyenne etait assurée, si tu faisais rire, alors là tu pouvais attendre le 18 ! peut importe que tu reprennes diderot ou kant, elle voulait de la blague et un bon moment ! j’etais un clown j’avais des supers notes, avant le bac … ils doivent avoir la technique de l’escalier ce jour là, et mes copies etaient très lourdes (pisse copies ici aussi) je ne sauvais pas les meubles.

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